‹ Mélanges de philosophie juive et arabeChapitre 10 sur 55 · EXTRAITS DU LIVRE III · texte numérisé non relu

EXTRAITS DU LIVRE III

De l'existence des substances simples.

4. 11 faut maintenant établir par une démonstration qu’il y a une substance intermédiaire entre l’agent premier (Dieu) et la substance qui porte les (neuf) catégories. Nous posons le principe que voici : Si le premier des êtres est l'agent premier qui n’a pas d'autre agent (au dessus de lui), et si leur dernier est le dernier objet d’action qui n’a pas d'autre objet d'action (au dessous de lui) (t}, il y 8 une séparation (une distance) essentielle et effective entre le premier et le dernier des êtres ; car, s’il n’y avait pas de séparation entre eux (®), le premier serait aussi bien le dernier, et le dernier le premier. Cette séparation n’est autre chose que la discontinuation de similitude; et lorsque la similitude cesse, l'attachement cesse aussi, car l'attachement ne se fait que par la similitude.

2. La démonstration de l'existence des substances simples est très difficile; nous alléguerons d’abord les preuves qui démontrent qu’entre l’agent premier et le dernier objet d’action il y a une substance intermédiaire. — Démonstration : L'agent premier est le premier des êtres, et le premier est séparé du dernier (5); la substance qui porte les neuf catégories

(1) En d'autres termes : Si l'être premier est la première cause efficiente, qui n’émane plus d’une autre cause, et si le dernier être est le dernier cffet, qui n’a pas d'objet d'action au dessous de lui et qui ne produit pas d'autre effet.

(2) Le texte hébreu, qui est ici défectueux, a 616 rectifié d'après la vers. lat. : « tunc principium rerum distat ab ultimo earum in essentia et effectu, quia si principium rerum non distet ab ultimo earum,, elc. »

(3) Littéralement : et la première des choses est séparée de leur dernière.

est le dernier des êtres : donc, l’agent premier est séparé de Ja substance qui porte les neuf catégories. Ensuite, nous prenons cette conclusion pour prémisse, et nous disons : L'agent premicr est séparé de la substance qui porte les neuf catégories, et, toutes les fois que deux choses sont séparées l’une de Vautre, c’est-à-dire, qu’il y a entre elles une distance, il y 8 entre elles un intermédiaire, sans lequel elles seraient une seule et même chose et ne seraient point séparées : il y a donc un intermédiaire entre l’agent premier et la substance qui porte les neuf catégories.

3. L'âme (de même) est séparée (distincte) du corps, et sans l'esprit, intermédiaire entre les deux, ils ne seraient pas attachés l’un à l’autre (1).

4. Si l'agent premier était séparé de [8 substance qui porte les catégories, sans qu’il ץ‎ eût un intermédiaire entre 8 deux, ils ne pourraient pas s'attacher (l’un à l’autre); et s'ils ne s’attachaient pas (l’un à l’autre), la substance ne pourrait pas exister un seul instant. — Démonstration : L'agent premier est l’unité véritable dans laquelle il n’y a aucune multiplicité, et la substance qui porte les neuf catégories est la multiplicité extrême, après laquelle il n’y a pas de chose plus multiple; tout ce qui est multiple et composé se résout dans l’unité : donc, il faut nécessairement qu'il y ait des intermédiaires entre l'unité véritable et la multiplicité composée. — Autre démonstration : Tout agent ne fait que ce qui lui est semblable ; la

(4) Pour montrer qu'en général deux choses opposées ne peuvent s'atlacher l'une à l'autre que par un intermédiaire, l'auteur cite l'exemple de l'âme et du corps, et il fait observer que c'est l'esprit qui leur sert d'intermédiaire et de lien. Par esprit l'auteur entend ici probablement l'ensemble des trois esprits admis par les anciens, savoir, l'esprit physique ou naturel, l'esprit vital et l'esprit animal. (Voyez mes notes au Guide des Égarés de Maïmonide, +. 1, chap. LXXII, pag. 355.) Le mot רוח‎ (spiritus) n'admet pas d'autre interprétation. Conf. ci-après, $ 8, où l'auteur désigne expressément l'esprit vital.

substance simple est semblable à l'agent premier: donc, l'agent premier ne fait que la substance simple.

5. Plus la substance descend, plus elle devient multiple, et plus elle monte, plus elle prend le caractère de l’unité, de sorte qu’elle doit finir par arriver à l’unité véritable. [1 faut donc que la substance multiple arrive à la substance véritablement une (1).

6. Le petit monde (l'homme) ressemble au grand monde (à l'univers) par l'ordre et la construction (3). La substance de l'intellect, qui est 18 plus subtile, la plus simple et la plus sublime de toutes les substances du petit monde, ne s'attache pas (directement) au corps; car l’âme et l'esprit sont intermédiaires entre les deux. Il doit y avoir dans le grand monde un ordre analogue; je veux dire, que la substance (} la plus simple et la plus sublime ne saurait s'attacher (directement) à la corporéité, c’est-à-dire, à la substance qui porte les catégories. |

7. Démonstration : Le mouvement de la substance qui porte les catégories se fait dans le temps ; mais le temps tombe dans l'éternité, et l'agent premier est au dessus de l'éternité:

(14) Le texte hébreu, que nous avons rendu aussi fidèlement que possible, est ici un peu obscur. Nous n'avons pas cru devoir le modifier; mais nous joignons ici la vers. lat., qui est moins obscure et qui offre plus de suite : = Substantia quo magis ascendit fit unitior; et quidcunque ceperit multiplicitatem descendendo et unitionem in ascendendo, necesse 05) ut perveniat ad unilionem veram. 0 necesse est ut substantia multiplicata perveniat ad substantiam unitam veram.» || faut peut-être corriger ainsi le texte hébreu : op מתאחד !כל מה שיתרבה‎ nv כל מה שיעלה העצם יהיה‎

c'est-à-dire: Plus la‏ ; הירידה ויתאחד עס הסלוק מהחיוב

substance 6|מסתז‎ et plus elle est unie; mais tout ce qui devient

multiple en descendant et un en montant, doit finir par arriver à l'unité véritable, etc.

(2) Conf. ci-après, 6 44, et le Guide des Égarés, liv. 1, chap. LXXIT.

(3) Vers. lat. : « ergo substantia, etc. »

donc, l'éternité est intermédiaire entre lui et la substance. Mais l'éternité est éternité pour quelque chose (qui est éternel) 613 et une mesure pour quelque chose qui se mesure (©) : il y a donc, entre l’agent premier et la substance qui porte les catégories, quelque chose d’intermédiaire dont l'éternité est la mesure, et par conséquent la substance qui porte les catégorics ne s'attache pas (directement) à l’agent premier.

= 8. Comme le grossier ne s'attache au subtil que par un intermédiaire qui a de la ressemblance avec les deux extrêmes, et que l’un ne reçoit l'impression de l’autre que par un intermédiaire — [de même que le corps humain ne recoit l’impression de l’âme rationnelle que par l'intermédiaire de l’esprit vital 6); que l’homme ne reçoit l’intellect que par l’intermélaire 06 l’âme rationnelle; que la faculté visuelle שמ‎ 6 aux corps que par l'intermédiaire de la pupille et de l'air subtil, et que l’âme universelle ne s'attache aux corps que par l'intermédiaire de la sphère, placée au milieu entre la spiritualité et la corporéité )9[ —, il en résulte encore qu’il

(4) Vers. lat.: ₪ Sed sempiternitas est sempiternitas sempilerno. » Peut-être faut-il changer le mot לרבר‎ (pour quelque chose) en לרוהר‎ ; le traducteur hébreu a pu former le mot 57" (dans le sens d'élernel) d'après le mot arabe pb.

(2) Vers. lat. : « et est mora morato » (et une durée pour quel-

que chose qui dure). Le texte arabe portait sans doute 32 (espace de temps). ו‎

(3) Vers. lat. : « spiritus animalis »; l'arabe avait sans doute 1, adjectif qui, dans le sens qu'il a ici, vient de 5), vie, et non de Je , animal. L'esprit animal Ou psychique (huyixiv #v:ue) s'appelle en arabe Li es.

(4) Vers. lal.: «inter corporalia et spiritualia »; mais la leçon que nous avons adoptée se trouve aussi dans le Moré ha-Moré d'Ibn- Falaquéra, liv. IT, chap. VI, où tout ce paragraphe est cité. Cette citation nous a servi à rectifier plusieurs fautes graves de notre ms.;

nous nous sommes servi d'un des meilleurs manuscrits du Moré ka-Moré (ancien fonds hébr., n° 352).

- M — existe des substances intermédiaires entre la substance qui porte les catégories et l'agent premier.

9. Comme les corps sont plus nobles les uns que les autres et que le supérieur est plus noble que l’inférieur, il s'ensuit nécessairement que celui des êtres qui est à l'extrémité supérieure est le plus noble et le plus fort et que celui qui est à extrémité inférieure est le plus vil et le plus faible. L'extrémité supérieure des choses sensibles est à l'extrémité supérieure des choses intelligibles comme l'extrémité inférieure des choses sensibles est à leur extrémité supérieure (t). Tu reconnaîtras par là qu'il y a des substances simples intermédiaires entre agent premier et la substance qui porte les catégories.

10. Les substances simples ne se communiquent pas ellesmêmes, mais ce sont leurs forces et leurs rayons qui se communiquent et s'étendent (2); car les essences de toutes les substances sont retenues dans des limites et ne s’étendent pas à l’infini, mais ce sont leurs rayons qui se communiquent et qui dépassent leurs limites, parce qu’ils sont sous (la dépendance (%) de) l’émanation première qui vient de la Volonté (divine). Il en est comme (#) de la lumière qui se communique

(1) Vers. lat.: « Ad ultimum inferius intclligibilium.» D'après celle versionilfaudrait lire en hébreu: וש הקצה השפל מהמושכלות‎ ce qui ne modifie point le sens; car l'extrémité inférieure des choses intelligibles est elle-même l'extrémité supérieure des choses sensibles.

(2) Vers. lat. : « quæ defluunt et effunduntur ». Peut-être faut-il lire ici והנשפעים‎ au lieu de .והנמשכים‎ Un peu plus loin le mot נמשכים‎ est rendu par extensæ. — Après avoir démontré l'existence des substances simples, au moyen des propriétés de l'agent premier et de la substance portant les catégories, l'auteur montre maintenant comment l'existence des substances simples se manifeste par leur propre action. -

(3) Peut-être faut-il ajouter dans le texte hébreu, après היותם‎ , 16 mot עצורים‎ . Vers. lat. : « propter continentiam earum sub etc.»

(4) Littéralement : et elle (l'émanation) est au rang de la lumière etc.

du soleil à l'air, — car cette lumière dépasse la limite du 80leil et s'étend avec l'air, tandis que le soleil lui-même ne sort pas de sa limite, — et comme de la faculté de l’âme (vitale) (1) qui se communique de la faculté rationnelle, dont le siége est dans le cerveau, aux nerfs et aux muscles )3( ; car cette faculté pénètre dans toutes les parties du corps et s’y répand, quoique la substance de l’âme en elle-même ne s’étende pas et ne se répande pas. C’est ainsi que s'étendent les rayons et la lumière de chacune des substances simples, qui (par là) pénètre ce qui est au dessous d'elle, et malgré cela la substance reste à sa place et ne dépasse pas sa limite.

11. Puisque les substances inférieures émanent des substances supérieures (seulement) comme la force émane de la chose forte, et non pas comme une essence qui émanerait d'une autre essence, 1l s'ensuit que les substances supérieures ne diminueront pas en faisant naître les substances inférieures. Il s'ensuit aussi que ces forces, je veux dire les substances inférieures, ne seront pas séparées des essences de celles-là (}, quoique les unes émanent des autres; de même que la chaleur du feu ne diminue pas et ne s’en sépare pas,

(4) Vers. lat.: «et sicut vis animalis». L'adjectif animalis ne vient pas ici de animal, mais de anima, comme dans spiritus animalis (esprit animal).

(2) Vers. lat.: «in nervos ct lacertos ». Notre ms. hébreu ajoute ₪ : בנידים עצל כי הגיריס מתנועעים לא מניעים‎ nb. Nous avons cru devoir effacer ces mots, qui v’offrent pas de sens et dont on ne trouve pas de traces dans la vers. lat. C'est probablement une glose marginale qui, par la faute des copistes, s’est glissée dans le texie. Î1 y avait peut-être dans quelques manuscrits ובגידים‎ et aux veines (au lieu de ובעורקים‎ , et aux muscles); l'annotateur disait donc qu’il ne fallait pas lire ובגידים‎ , et aux veines, l'arabe portant Jo, muscles; en outre, ajoute-t-il, les veines sont mues el ne meuvent pas, car ce sont les muscles qui donnent [0 mouvement.

(3) Littéralement : de leurs essences, c'est-à-dire, des essences des substances supéricures.

quoique ce dernier fasse naître une chaleur dans l’air qui est près de lui. C’est que cette dernière chaleur n’est pas la chaleur du feu elle-même; car le feu pourrait être enlevé et la chaleur resterait néanmoins dans l’air ; les deux sujets (1) sont différents, et la chaleur qui naît dans J’air diffère en force de celle du feu. De même, la lumière du soleil qui se répand sur la terre ne diminue pas la lumière portée par le soleil luimême, quoiqu’elle en émane, et la lumière qui se répand sur la terre n’est pas cette même lumière qui est portée par (le soleil) lui-même (2); la preuve en est que les deux sujets (3) et les deux lumières diffèrent par leur force et leur faiblesse (respectives).

193. En somme, la première effusion, qui embrasse toutes les substances, rend nécessaire l’effusion des substances les unes dans les autres. Ainsi, par exemple, lorsque 16 soleil s’épanche par lui-même, c’est-à-dire sans intermédiaire, et qu’il communique ses rayons, ce n’est que pour cette même raison, je veux dire, parce que tout tombe sous la première effusion et que tout lui obéit. Ensuite (‘), comme la forme est plus subtile que la matière, et que le subtil a coutume de pénétrer et de s’enfoncer dans ce qui est en face de lui, il s’ensuit que toute forme pénètre et s'enfonce dans ce qui est en face d’elle et à sa rencontre.

13. La substance corporelle ne peut pas épancher son essence , à cause de l'épaisseur et de l’obscurité de la quantité ;

(4) C'est-à-dire, le feu et l'air, considérés l'un ei l'autre comme substratum de la chaleur.

(2) Le texte hébreu de ce passage, qui est très défectueux, a été complété d'après la vers. lat. : « similiter quum lumen solis diffunditur supra terram, non minuilur de lumine solis quod sustinetur in essentia ejus, quamvis hoc fluat ab illo, et lumen quod est diffusum supra lerram non est idem ipsum quod sustinetur in essenlia cjus.» =

(3) C'est-à-dire, le soleil et la terre.

(4) L'auteur indique encore une autre cause de l'effusion des substances les unes dans les autres.

néanmoins la quantité épanche son ombre sur les corps qui sont en face d'elle, de sorte que, lorsqu'elle rencontre un corps poli, elle lui communique sa forme. Il s'ensuit, à plus forte raison, de cet exemple, que la substance spirituelle, qui est exempte de quantité, sera plus propre à épancher son essence, sa force et sa lumière.

14. Si tu réfléchis que la substance simple est infinie, si tu considères sa force, si tu examines sa faculté de pénétrer et de s’enfoncer dans la chose qu’elle rencontre et qui est disposée à la recevoir, et si tu établis une comparaison entre elle et la substance corporelle, tu trouveras que la substance corporelle ne peut pas être partout et qu’elle est trop faible pour pénétrer dans les choses; mais tu trouveras que la substance simple, c’est-à-dire, la substance de l’âme universelle, pénètre le monde entier et s’y enfonce, et tu trouveras de même que la substance de l’intellect pénètre le monde entier et s’y enfonce. La cause en est dans la subtilité de chacune de ces deux substances, dans leur force et dans leur lumière; c’est pourquoi la substance de l’intellect s'enfonce dans l’intérieur des choses et y pénètre. À plus forte raison s’ensuit-il de ce raisonnement que 18 force de Dieu — qu’il soit glorifié et sanctifié! — pénètre tout, environne tout et agit dans tout sans (l'intervention du) temps.

15. Et comme cette substance (celle de ce bas monde) est un corps sensible et composé, il faut que l'impression que la substance spirituelle fait sur elle soit sensible aussi. Cette impression cependant n’est ni absolument corporelle, ni absolument spirituelle, mais elle est intermédiaire entre les deux extrêmes, comme (nous le voyons dans) la croissance, la sensibilité, le mouvement, les couleurs et les figures, qui, dans les substances composées, reçoivent les impressions des substances simples ; ces impressions ne sont pas absolument corporelles, mais elles ne sont pas non plus absolument spirituelles, puisqu'elles sont perçues par les sens. Il résulte de ce que nous avons dit que toutes les formes sensibles, dans la substance corporelle, viennent de l'impression que fait

la substance intelligible et spirituelle ; ces formes ne sont sensibles que parce que la matière qui les reçoit s'approche, par sa nature, de la corporéité, et que ces formes sont , dans la substance spirituelle et intelligible, plus simples qu’elles ne le sont dans la matière. Il en est de la communication de la forme par la substance simple et spirituelle et de ses impressions sur la substance corporelle, comme de la lumière communiquée par le soleil et qui s'enfonce dans l'air et y pénètre, sans pourtant y être vue, à cause de la subtilité (de l'air), jusqu’à ce qu’elle rencontre un corps solide, comme la terre; alors la lumière est perceptible pour le sens, parce qu’elle ne peut pas pénétrer dans les parties (de la terre’ et s’y répandre, et qu’au contraire elle s’arrête à la surface du corps, de sorte que son essence se resserre et que sa radiation devient plus forte. C’est d’une manière semblable que pénètrent les lumières des substances simples et qu'elles se communiquent les unes aux autres, sans être perceptibles pour le sens, à cause de la subtilité et de la simplicité de chacune de ces substances ; mais, lorsque ces lumières ont pénétré jusqu'à la matière ‘', la lumière devient perceptible pour le sens, à cause de l’épaisseur de la substance corporelle. De cette manièré l’homme arrive à reconnaître que toutes les formes portées par la matière universelle existent dans l'essence de la faculté qui les produit, je veux dire dans la Volonté (divine; , d’une manière plus simple qu’elles n'existent dans la matière première qui les reçoit ; mais, comme la matière première, par sa nature, diffère de l'essence de la Volonté, et peut, par rapport à celleci, être considérée comme un corps, il faut que l'impression que cette dernière fait sur la matière soit sensible, aussi bien que l'impression que les substances intelligibles font sur les corps; et il faut aussi que la Volonté fasse sortir ce qui est dans son essence, pour le donner à la matière, de même que

(4) C'est-à-dire, celle qui porte la corporéié. Vcrs. lat. : « usque ad materiam corporalem. »

les substances intelligibles font sortir ce qui est dans leur essence, pour le donner aux corps; avec cette différence, que la Volonté agit sans temps, sans mouvement, sans instrument et sans espace (1), tandis que 108 substances intelligibles agissent à l’inverse. C’est pourquoi les substances simples, et en général toutes les substances actives, exercent leur action par (l'impulsion de) l’action première (%), qui met tout en mouvement et qui pénètre tout. C’est donc de cette manière qu’on arrivera à comprendre comment la faculté première et l’action première pénètrent tout ce qui est; car, 81 les facultés des substances simples, et en général les facultés de tout ce qui est, se communiquent à tout, s’y enfoncent et y pénètrent, à plus forte raison la faculté de l'agent premier. C’est pourquoi nous disons que l’agent premier (Dieu) se trouve dans tout, et qu'aucune chose n’est vide de lui.

16. Toute action vient d’une faculté spirituelle, et toute réception d’une faculté corporelle; si donc une substance agit en même temps qu'elle recoit, elle sera à la fois spirituelle et corporelle, et si une partie (de la substance) agit, tandis que l’autre reçoit, elle sera en partie spirituelle et en partie corporelle. La substance qui porte les catégories est tout entière corporelle; par conséquent, aucune action ne peut émaner d'elle (5).

47. Démonstration : Toute substance spirituelle a une forme, et toute substance spirituelle est subtile ; la forme de tout ce qui est subtil 86 communique et s’épanche ; par conséquent, la

(4) C'est-à-dire : l’action de la Volonté divine ne tombe ni dans le temps ni dans l’espace, et elle est la cause motrice non mue; les mots בלא כלי‎ , sans instrument ou sans organe, manquent dans la vers. lat.

(2) C'est-à-dire, celle de la Volonté divine.

(3) L'auteur veut montrer que les formes qui existent dans la substance à laquelle s'appliquent les catégories émanent des sub- 8180065 simples, qui sont le siége des formes, ce qu'il va démontrer plus rigoureusement dans les quatre paragraphes suivants.

forme de la substance spirituelle se communique 6) Ensuite, nous prenons cette conclusion pour prémisse, et nous disons : La forme de la substance spirituelle se communique et s’'épanche, et toutes les fois que la forme d’une chose se communique et s’épanche, cette forme se réfléchit sur l’objet qui est en face d'elle et celui-ci la reçoit; par conséquent, la forme de la substance spirituelle se réfléchit sur l’objet qui est en face d’elle, et celui-ci la reçoit. Ensuite, nous joignons -à cette conclusion l’argumentation süivante : Toutes les fois que la forme d’une chose se réfléchit sur un objet qui la reçoit, cette forme pénètre dans l’objet qui la reçoit et environne (cet objet), si la substance (de laquelle émane la forme) est une substance subtile ; par conséquent, la forme de la substance spirituelle pénètre dans la substance qui porte les catégories etl’environne. Prenant ensuite cette conclusion pour prémisse, nous disons : La forme de la substance spirituelle pénètre dans la substance qui porte les catégories et l’environne, et la forme portée par la substance qui porte les catégories pénètre (cette substance) et l’environne ; par conséquent, la forme portée par la substance qui porte les catégories est la forme de la substance spirituelle. |

48. Autre démonstration : Tout ce qui reçoit plusieurs formes n’a point en soi-même une forme qui lui soit propre. Les substances simples, telles que l’intellect, l’âme, la nature et la matière, reçoivent plusieurs formes; par conséquent, aucune d’elles n’a une forme unique qui lui soit propre.

49. Autre démonstration : L’intellect et l’âme savent toute chose; savoir veut dire que la forme de la chose sue subsiste dans l’âme et dans l’intellect : donc, la forme de toute chose subsiste dans l’intellect et dans l’âme. Si les formes de toutes les choses y subsistent, c’est par l’union : donc, toutes les formes sont unies à l’intellect et à l’âme. L'union se fait par la similitude : donc, les formes sont semblables 8 l’intellect et à lime.

20. Autre démonstration : Les choses sensibles existent dans l'âme d'une manière simple; c'est-à-dire, que leurs formes s’y

trouvent sans leurs matières (1). Dans l’intellect, les formes des choses se trouvent encore plus simples et d’une existence plus générale (2); il s'ensuit donc que toutes les formes inférieures se trouvent successivement dans les formes supérieures de divers degrés, jusqu’à ce qu’on arrive à la forme universelle qui renferme toutes les formes. Cependant, ces dernières formes (5) ne sont pas dans l’espace, tandis que les autres sont dans l’espace; les unes sont unies par l’union de la substance spirituelle, les autres sont divisées par la division de la substance corporelle.

21. On pourrait objecter (à nos raisonnements): S'il est vrai que le (monde) inférieur est semblable au supérieur et que l’inférieur existe dans le supérieur, comment se peut-il toutefois que les dix genres (), qui sont corporels, soient dans la substance simple et spirituelle? — (Voici ce que j'aurais à répondre :( Examine l’extrémité inférieure de l'être, c'est-àdire chacun des dix genres, et considère de même l'extrémité supérieure de l’être, et tu trouveras pour chacun des dix genres qui existent à l'extrémité inférieure quelque chose qui lui correspond dans l'extrémité supérieure. 1° Tu trouveras que la matière universelle correspond à (la catégorie de) la substance. 20 Tu trouveras, comme correspondant de (la catégorie de) la quantité, laformedel’intellect, ainsi queles unités qui se trouvent

(4) Voy. Aristote, traité de l’Ame, liv. II, chap. 19 : 2600080 8: mepi nüéanç uirbnatus 011 hoBriv ל4ק מ וס‎ utrbnais écre TO JextTer0ov Ov aicbntoy eidmy veau + ,6מגט‎ Ye Te de

Conf. ci-après, liv. V, à la fin du 9 64.

(2) Voy. ibid, liv. III, chap. #, et conf. mes notes sur le Guide des Egarés de Maïmonide, t. 1, pag. 304, 305.

(3) C'est-à-dire, les formes supérieures.

(4) C'est-à-dire, les dix catégories; les philosophes arabes, à l'exemple d'Aristole , désignent fréquemment les catégories sous [6 nom de genres, parce qu'elles représentent les notions les plus générales désignées par les mots. Conf. le Guide des Égarés, 1. 1, pag. 193, note 2 , et ci-dessus, pag. 23, notc 1.

dans les formes des substances ({), et tu trouveras que ses sept espèces (2) correspondent au nombre des sept substances simples, — [qui sont: la matière, la forme 6), l’intellect, les âmes (4) et la nature] — ainsi qu'au nombre des facultés de chacune de ces substances (5). 3° Tu trouveras comme correspondant de la qualité les différences de ces substances et leurs formes. 4° Ce qui correspond à la relation, c’est que (ces substances)

(4) Voy. ci-dessus, liv. 11, 6 26.

(2) C'est-à-dire, les sept espèces de la quantité, qui sont : le nombre, la parole, la ligne, la surface, le corps, le temps et l’espace ; vOy. Arist., Catégories, chap. 6.

(3) C'est-à-dire, la matière universelle 61 la forme universelle qui se trouvent à l'extrémité supérieure de l'être. Voy. liv. V, 568 1 et suiv.

(4) L'auteur subdivise l’âme universelle en trois âmes, correspondant aux trois facultés de l'âme humaine (Conf. ci-après, liv.V, à la fin du 6 13). A la fin du deuxième livre (vers. lat., fol. 176 a) sont énumérées comme substances simples « natura et tres animæ et intelligentia ». Ainsi que nous l'exposerons ailleurs, ce que l'auteur dit des substances simples et de leur gradation, est en général emprunté aux néoplatoniciens, et ceux-ci considèrent également l'âme universelle à un triple point de vue : « Dirigée vers ce qui précède (c.-à-d. vers l'intellect), elle pense ; dirigée vers elleméme, elle est le principe de sa propre conservation ; enfin, dirigée vers ce qui la suit, elle sert à l'ordonner, à le gouverner et à le dominer. א‎ Voy. Plotin, Ennéades, IV, 8, 3: LBiérouca % RPÔE pév To #po éautiç vosi, 600 54 ÉauTiv 00014 éauTiv, elç 0é To ET” adrcr, 60 200240 Te xœi 8000007 ו‎ ApyEt xÜTOU.

(5) J'ignore quelles peuvent être les sept facultés que l'auteur paraît attribuer ici à chacune des sept substances simples ; la vers. lat. dit également : «et contra numerum virium ipsius uniuscujusque istarum substantiarum. » Peut-être ne faut-il pas prendre ces mots dans leur sens rigoureux ; il se peut que l'auteur désigne, en genéral, les différentes forces ou facultés qui résident dans l'ensemble des substances simples, et qui correspondent, selon lui, aux différentes espèces de la quantité. Cf. ci-après, 68 27 et suiv.

sont des causes et des effets (1), 5° Comme correspondant du temps, tu trouveras l'éternité. 6° Le lieu aura pour correspondant les degrés de ces substances qui se précèdent et se succèdent mutuellement. 7° La situation ץ‎ aura son correspondant en ce qu'elles se portent (les unes les autres). 8° A l’action correspondent l'impression (qui émane) de ces substances et leur faculté de produire et de créer. 9° A la passion correspond l'impression reçue par les substances, objets de la production (2). 40° Enfin à l'avoir (manière d’être) correspond l’existence de la forme universelle dans la matière universelle, et celle de chacune des formes des substances simples dans la matière qui la porte, ainsi que l'existence, dans chacune de ces substances, des facultés qui lui sont propres. — Tout cela montre que les formes de la substance composée émanent de celles des substances simples.

22. Si ces formes se corporifient et deviennent telles (5), ce n’est que parce qu’elles s’attachent à la substance corporelle. Elles ressemblent (sous ce rapport) à une étoffe blanche, subtile et transparente, qui, lorsqu'elle est appliquée sur un corps rouge ou noir, prend sa couleur et se transforme ainsi pour le sens, quoiqu'elle ne soit pas telle en elle-même (4),

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