EXTRAITS DU LIVRE II
De la substance qui porte la corporéité.
1. On parviendra à connaître l’existence de la matière corporelle, c’est-à-dire, de la substance qui porte 1 6 du monde, en ayant égard à ce qui a été dit précédemment des (différentes) matières. En effet, si le monde est une substance corporelle, comme le corps est une substance ayant figure et couleur, il s’ensuivra de cela que 16 corps (du monde) est une matière pour les formes portées par lui, savoir, pour les figures , les couleurs ct les autres accidents, et que ces choses sont une forme pour lui. De même il faudra qu’il y ait une
(4) La troisième matière est celle de toutes les choses sublunaires, soumises à la génération ct à la destruction ; la quatrième est celle des sphères célestes qui ne naissent ni ne périssent ; cette dernière a été quelquefois appelée l'’éther. Voy. Aristote, traité du Ciel (liv. 1, chap. 3), et ci-après, liv. Il, $ 3. Cette quatrième matière n’est point ce qui est en puissance, cet elle ne subit dans son mouvement d'autre changement que celui du lieu. V. Aristote, Métaphysique, liv. IX, à la fin du chap. 8 (éd. de Brandis, pag. 188), etliv. XI, chap. 2 (pag. 241), et conf. ci-dessus, pag. 4, note 1.
: (2) Vers. lat.: Hi 18001. .. elsi sunt diversi; le ‘ms. hébreu 0 le mot במוחשים (in sensibilibus), que nous avons cru devoir cffacer.
tt —
chose qui soit la matière de la corporéité et qui ait la corpé: réité pour forme. La corporéité sera donc à la matière qui la ‘porte comme les formes générales , c’est-à-dire, les figures et les couleurs, sont à la corporéité qui les porte. Il faut donc qu'il y ait une matière du sensible, celle qui porte la forme de la corporéité. — Je vais te donner une règle générale pont parvenir à connaître les formes et les matières : Figure-toi les classes des êtres les unes au dessus des autres, s’environnant ({) les unes les autres, se portant les unes les autres, et ayant deux limites extrêmes, l’une en haut, l’autre en bas. Ce א se trouve à la limite supérieure, environnant tout, comme la matière universelle, est uniquement matière qui porte (simple substratum) ; ce qui se trouve à la limite inférieure, comme la forme sensible, est uniquement forme portée. Dans les intermédiaires entre les deux limites, ce qui est plus haut et plus subtil sert de matière à ce qui est plus bas et plus grossier, et celui-ci, à son tour, lui sert de forme. Par conséquent la cor poréité du monde, qui se montre comme une matière, substretum d’une forme qui est portée par elle, doit être elle-même une forme portée par la matière intérieure (invisible) dont nous parlons. De la même manière cette dernière matière sert de forme à ce qui la suit, et ainsi de suite jusqu’à la première matière qui environne toutes les choses (2).
2. Le nom seul du corps () est une preuve pour l'existence de la matière qui porte la corporéité; car, si on qualifie la chose, (en disant) qu’elle est un corps, on établit une qualité et une chose qualifiée, de même que, lorsqu’on attribue au corps la qualité de la couleur et de la figure, on établit par là une qualité et une chose qualifiée. Pour le définir (le corps), on dit
(1) Sur ce qu'il faut entendre par environner, cf. liv. 111, 5 4
(2) Cf. .אן V, S 8.
(3) Le ms. hébreu porte 6ן / שהג וגוף לברו 8 seul); la vers. lat.: solum nomen generationis. Ïl faut lire évidemment: הגוף לברו D, slum nomen corporis. |
qu’il est ce qui a longueur, largeur et profondeur, et on établit une chose qui a longueur, largeur et profondeur.
8. La matière particulière artificielle est portée par la matière particulière naturelle (1) et celle-ci par la matière générale naturelle; cette dernière est portée par la matière générale des sphères, laquelle est portée par la matière générale corporelle, et celle-ci à son tour est portée par la matière générale spirituelle. Il s'ensuit de cela que la sphère céleste, avec tout ce qui s’y trouve, est placée dans la substance spirituelle et que la substance spirituelle la porte.
4. Il s'ensuit aussi que les formes particulières naturelles subsistent dans la forme générale naturelle, que celle-ci subsiste dans la forme générale des sphères (?), que celle-ci à son tour subsiste dans la forme générale corporelle, et qu’enfin cette dernière subsiste dans la forme générale spirituelle.
5. Si la substance de l’intellect se connait elle-même, il faut que la forme de la vérité soit portée par cette substance même (5); c’est pourquoi l’intellect a de cette forme une con-
(4) Le ms. hébreu étant ici fort incomplet, nous avons dû restituer tout le passage d'après la vers. lat., qui est conçue en ces termes: « Matcria particularis naturalis subsislit iu materia naturali universali et materia universalis naturalis subsistit in materia universali cœlesti et materia cœlestis universalis subsistit in materia universali corporali et materia universalis corporalis subsistit in materia universali spirituali. » On voit que le commencement de notre paragraphe manque dans la vers. lat. Peut-être faut-il effacer les mots : la matière particulière artificielle est portée par la matière particulière naturelle; tout ce passage, dans notre texte hébreu défectueux, ne nous est révélé que par le seul mot הטלאכותי , artificielle, et rien ne lui correspond dans le paragraphe suivant. Cependant, le 6 9 du Liv. 1 paraît favorable à la leçon que nous avons adoptée.
(2) Ces derniers mots ont été ajoutés dans notre texte hébreu d'après la vers. lat. : « Dicimus opus esse ut formæ particulares naturales sint subsistentes in forma naturali universali ef forma naluralis universalis sit subsistens in forma universali cœlesti, etc. »
(3) La vers. lat. porte : « Necesse est ut forma veritatis subsistat
naissance (parfaite) qui n’a rien de douteux, cette forme étant. portée par lui-même, de sorte qu’elle n’en est pas distante. C’est pourquoi aussi la substance de l’âme (rationnelle) connaît la forme de la vérité dans certains instants, à cause de 8 proximité de la substance )+( de l’intellect, je veux dire, parce que sa nature est voisine de celle de l’intellect et lui ressemble, L'âme vitale n’a point de cette forme une connaissance parfaite : (elle la connaît) seulement par l'imagination, à cause de 8 distance de l’intellect, je veux dire, parce que sa nature est distante de celle de l’intellect. Ceci ressemble à la vue; car, lorsque celle-ci est éloignée de l’objet sensible, la forme de vient douteuse pour elle et elle ne la reconnait pas bien. — Or, si la chose est comme nous l’avons dit, — c’est-à-dire, que l’intellect saisit la forme de la vérité par lui-même, celle-ci étant portée par sa substance, — et si, pour lui, saisir (ou percevoir) les choses et les connaitre, c’est nécessairement les environner et les entourer, il est impossible que l’intellect saisisse une chose qui occupe un degré supérieur au sien. Cependant, cela ne doit pas se prendre dans un sens absolu ; car l'intellect peut
in se ipsa », ce qui est inexact; Île suffixe dans בעעמו (dans sa substance ou dans lui-méme) se rapporte évidemment à שכל (intellect). Le sens est : si la substance de l’intellect est elle-même l'objet de sa perception et de sa science, elle doit être le substratum d'une forme qui est la vérité absolue, — D'ici jusqu'au 6 8 l'auteur fait une petite digression. 11 s'ensuit de ce qui précède que la matière qui porte toutes les choses sensibles est une, car toules les choses sensibles se résolvent en elle et y sont ramenées par l'intelligence. Ceci amène l’auteur à montrer que toutes les choses inteiligibles ou sensibles, unies dans une même existence, sont distinctes pour l'intellect parce qu'elles sont toutes dans lui.
(4) Le ms. hébreu porte מצורת השכל (de la forme de l'in tellect); mais nous préférons écrire DLYD (de la substance) conformément à la vers. lat., qui a: « quia proximat substantiæ intelligentiæ. » — Le pronom suffixe dans קרבה (sa proximité) se rapporte à l'âme,
saisir ce qui est au dessus de lui comme ce par quoi il sub— siste (1), c’est-à-dire, comme l'effet saisit la cause ; seulement 1 ne peut pas le saisir comme quelque chose qui soit environnée par lui, c’est-à-dire, comme la cause saisit l’effet. — Puis donc que l’intellect saisit toutes les substances, il s'ensuit qu’il est au dessus d'elles (?); (car) étant au dessus d'elles, il doit néces-. sairement les environner, et s’il les environne, il faut qu’elles soient toutes dans lui, et il doit nécessairement les saisir.
6. Plus une chose est subtile et sa substance pure, et plus sa faculté de percevoir et de saisir les choses est forte (5). L'intellect possède à un plus haut degré que ce qui est au dessous de lui la faculté de percevoir et de saisir toutes les choses ; 1 faut donc que sa substance soit plus subtile et plus pure que toutes les substances qui sont au dessous de lui.
(1) Vers. lat, : « Secundum hoc quod 88 est (sc. intelligentia) in illo et stans per illud. »
(2) Cette dernière phrase manque dans la vers. lat., qui termine ainsi ce paragraphe : « Sed si intelligentia est super omnes substantias, necesse est ut comprehendat illas ; et 81 comprehendit illas, necesse est ut sint omnes in illa et sit illa continens illas. » Au lieu
de continens, il faut peut-être lire apprehendens.
(3) La construction du texte hébreu est un peu irrégulière. Après les mots והשגתו לדברים (et son action de saisir 8 choses), il faut sous-entendre : יותר חזקה (est plus forte); c'est comme si l'on eût dit: יהיו קבולו והשגתו לדברים יותר חזקים (vers. lat: 6 Illud est perceptibilius et comprehensibilius rerum»). La phrase suivante est également irrégulière, et il faudrait la construire ainsi :
והשכל קבולו והשגתו לכל הדברים יותר חזקים מטה שתחתיו (vers. lat. : « 560 intelligentia omnibus quæ sub ca sunt per-
ceptibilius et apprehensibilius est omaium rerum »). Le texte. arabe original portait peut-être : וג ,צר כ ליכ US: 55 Le 2 > EST 1-5 3.5. Jixl,. D'après cela il aurait mieux valu traduire en hébreu : / . ב pin יותר חזק הקבול וההשגה לרברים והשכל יותר MM
7. Comme l’intellect n’a pas de forme particulière à lui et qu'il saisit toujours toutes les formes, il en résulte que les formes de toutes les choses sont les (propres) formes de sa substance. Or {t), comme toutes les formes sont des formes pour la substance de l’intellect et que cependant elles sont distinctes pour l’intellect, il s'ensuit qu’elles sont distinctes en elles-mêmes.
8. Toutes les formes.des êtres embrassées par le sens et l’intellect sont distinctes en elles-mêmes, parce qu’elles le sont pour le sens et l’intellect; et cependant elles ne sont pas distinctes dans (leur) existence, car tous les êtres sont unis et joints ensemble, Il en est des substances et des accidents intelligibles, distincts et divers en eux-mêmes et pour l’ine tellect, quoique unis par l'existence, comme il en est des corps et des accidents sensibles, distincts et divers en euxs mêmes et pour le sens, quoique unis dans l'existence (3), comme (le sont, p. ex.,) la couleur, la figure et le corps ; car toutes ces choses sont en elles-mêmes distinctes les unes des autres, et cependant elles sont toutes unies dans l'existence (5); 1] en est de même de la quantité et de la substance qui la porte ; car la quantité, tant en elle-même que pour lintellect, est distincte de la substance qui la porte, et cependant elles sont
(4) Nous avons effacé dans notre texte hébreu, au commencement de celte phrase, les mots ,וכשיהיו כל הצורות לעצמו qui sont superflus. Vers. lat. : «Et postquam formæ omnium rerum sunt ibi formæ essentiæ intelligentiæ. » |
(2) Ce passage était incomplet dans le ms. hébreu, et nous avons 00 le compléter conformément à la vers. lat., qui porte : 6 .... intellige exemplum divisionis substantiarum 61 accidentium intelligibilium et diversitatem in semet ipsis et apud intelligentiam, hcet sint unila in esse, sicut exemplum separalionis corporum el accidentium sensibilium et diversilatem eorum in se ipsis et in sensu et si sint 66. » .
(3) C'est-à-dire : elles existent ensemble ct forment uu seul être.
unies dans l'existence. Par conséquent, l’union de la quantité avec la substance est analogue à l’union de la couleur et de la figure avec la quantité, quoique celles-là (la quantité et la substance) soient distinctes en elles-mêmes et pour l’intellect, de même que la couleur et la figure sont distinctes de la quantité en elles-mêmes et pour le sens, bien qu'elles ne soient pas distinctes dans l'existence. |
9. La quantité en général est portée par la substance ; de même toutes les substances intelligibles sont portées les unes par les autres, comme la figure et la couleur sont portées par la quantité et comme la quantité est portée par la substance.
10. Toutes les formes sont portées par la matière première, comme la figure, la couleur et les autres accidents semblables sont portés par la quantité, et comme la quantité est portée par la substance. 1] est clair par là que Jes êtres visibles sont l'Image de inxlsi 1 4(. Tu comprendras ensuite que toutes les choses, existant dans la matière première, sont (en quelque sorte) ses parties, et tu verras que la matière première les embrasse toutes (2), et qu’il y en a de ces choses qui sont les parties d’autres choses. La première matière qui porte (tout) apparaîtra donc comme un livre portant l'écriture, et tu verras ton intelligence environner toutes les choses et (planer) au dessus d’elles (5), selon la faculté de l’homme.
41. C’est par cette substance qui porte les neuf catégories que doit commencer la recherche de ce qui est caché pour les sens, parce que cette substance occupe le degré le plus rap- - proché des choses sensibles; en outre, la substance qu'on se figure avec les neuf catégories est l’image qui doit servir de
(4) Littéralement : que les étres EXTÉRIEURS sont l’image des êtres INTÉRIEURS. Voy. ci-dessus, pag. 9, note 1.
(2) Litféralement : est universelle pour toutes.
(3) Au lieu de ועלוהס (et au dessus d'elles), notre ms. hébr. porte עליהס , sans la conjonction 5 Peut-être faut-il lire : ומרומם עליחם ou ajouter un autre mot du même sens; vers. lat. : «et excelsam super illas. כ
preuve pour ce qui est caché. Je ferai une observation générale qui sera un guide suffisant pour ce qui va suivre. Je dirai donc: : Puisque l'âme, du moment où elle est liée au corps, est privée de la connaissance des accidents secondaires et des substances secondaires, qu'ensuite elle se les approprie, — après avoir vu les accidents premiers et les substances premières (1), — et qu'elle les traverse et les pénètre G), il est clair par là que les accidents premiers et les substances premières, qui forment le monde de la nature (visible), sont retracés dans elle, et que les sens lui ont été donnés pour percevoir les accidents premiers et les substances premières, de sorte que l'âme, après les avoir perçus, arrive par là à percevoir les accidents secondaires et les substances secondaires. C’est pourquoi, à mesure que l’homme, depuis le moment de sa naissance dans ce monde, acquiert la connaissance des choses sensibles, son intelligence augmente et passe de la puissance à l’acte ; car les formes sensibles s’impriment dans les organes auxquels elles s’assimilent, et les formes imprimées dans les organes s’impriment ensuite dans l'imagination plus subtiles et plus simples qu’elles ne s'étaient imprimées dans les organes, et de même elles s’impriment dans la substance de l’âme plus subtiles et plus simples qu’elles ne s'étaient imprimées dans l'imagination. Les formes sensibles sont donc à l'âme ce que le livre écrit est au lecteur; car, lorsque la vue en perçoit les caractères et les signes, l’âme se rappelle le véritable sens de ces caractères. Ceci prouve que la substance qui porte les neuf catégories est l'image qui doit servir de preuve pour ce qui est caché (5).
(4) Par accidents premiers et substances premières, il faut entendre ici tout ce qui est l'objet de la perception des sens; par secondaires on entend les perceptions de l'intelligence qui ne viensent qu'à la suite et par l'intermédiaire de celles des sens. Cf. liv.V, 58 65, 66.
(2) Vers. lat.: «et meditatur in illis et intelligit. »
(3) C'est-à-dire, pour les choses non sensibles; en effet la vers.
lat. a: «sigaum rerum insensibilium. » .
-- 19. Je te donnerai à cet égard un principe qui pourra te
servir d'appui{t): Puisque nous avons pour but la connaissance, qui monte de l'extrémité inférieure des êtres à leur extrémité supérieure, ct que tout ce qui est à l'extrémité inférieure vient de l’extrémité supérieure, il faut que tout ce que nous trouvons à l'extrémité inférieure nous serve de point de comparaison et de preuve pour ce qui est à l'extrémité supérieure, la partie inférieure étant l'image de la partie supérieure, dont elle émane; car, émanant d’elle, elle doit être son image. Nous expliquerons encore (plus loin) comment l’inférieur émane du supérieur. La chose étant ainsi, nous pourrons, après avoir compris la similitude qui existe entre les deux extrémités, arriver, par ce qui est visible, à la connaissance de ce qui est caché. Or, comme notre but est de monter à l’extrémité supérieure de l'être, c'est-à-dire, à la matière universelle qui porte toutes les choses, et à la forme universelle qui est portée par elle, et qui sont le terme de l’être par rapport à nous et son commencement par rapport au Créateur (G), nous trouverons, après avoir examiné l’extrémité inférieure, c’est-à-dire, la matière qui porte les neuf catégories, que celle-ci correspond à l’autre (matière) et qu'elle est son analogue. De même nous trouverons que la forme de la quantité, portée par cette substance, correspond à la forme universelle, c’est-à-dire, à la forme de l’intellect portée par la matière première universelle, L’extrémité supérieure est, pour ainsi dire, comme le corps du soleil, et l’inférieure (5), comme ses rayons qui se répandent sur le globe terrestre.
(1) C'est-à-dire, qui pourra te faire comprendre comment la substance sensible peut servir d'image et de preuve pour les choses non sensibles.
(2) Vers. lat.: «ex parte inventoris eorum». L'arabe avait
probablement DJs ./ .
(3) Le texte de ce passage 8 00 être complété d’après la vers. lat., qui porie: 6 Tanquam si supremus finis sit corpus solis el infimus radius cjus, etc. »
15. Tu verras (maintenant) comment ces deux extrémités correspondent l’une à l’autre. En examinant les propriétés de ג[ matière universelle, tu les retrouveras dans la matière inférieure ; je veux dire, la propriété de subsister par elle-même, celle d’être une, celle de porter la diversité, et les autres propriétés (1). 11 y a de même un (parfait) parallélisme entre les deux formes (2). En effet (3%), de même que la forme première fait naître, en s’attachant à la matière supérieure, l’espèce de l’intellect et en constitue l’essence, de même la forme de la quantité fait naître, en s’attachant à la matière inférieure, l'espèce du corps, et en constitue l’essence; la forme de la quantité est donc parallèle à la forme de l’intellect, avec cette distinction que la forme de l’intellect fait une unité simple, tandis que la forme de la quantité fait plusieurs unités composées ensemble (#. De même encore que la forme de l’intellect est inséparable de la matière supérieure, de même la forme de la quantité s’étend sur toute l’essence de la matière inféreure (»). — De même que la forme de l’intellect couvre la
(1) Cf. ci-dessus, liv. 1, 6.
(2) Vers. lat. : « Assimilatio duarum materiarum non est longe [ab] assimilatione duarum formarum. »
(3) D'ici jusqu'à la fin du paragraphe le texte hébreu est extrémement corrompu et défectueux. Pour justifier nos corrections ct intercalations, nous donnerons ici la vers. lat. de divers passages que nous avoss cru devoir compléter, en meltant en lettres italiques ce qui manque dans le ms. hébreu.
(4) Vers. lat.: « Scias quod sicut prima forma quando conjungitur altiori materiæ consliluit speciem inlelligentiæ et eam ducit ad esse, simililer forma quantitalis quum conjungitur materiæ inferiori conslituit speciem corporis et eam ducit ad esse. Ergo forma quantitatis erit conferibilis formæ intelligentiæ. Manifestatio autem hujus hoc est, scilicet quod forma intelligentiæ est una, simplex ; forma vero quantitatis multæ unæ compositæ. כ
(5) Au lieu de cette seconde comparaison on lit dans la vers. lat. ce qui suit : « Et sicut forma intelligentiæ est propinquior materiæ altiori inter omnes formas, similiter forma quantitatis est propin-
matière supérieure et l’environne, de même la forme de la quantité couvre la matière inférieure et l’environne.—De même que la forme de l’intellect porte toutes les formes et que toutes les formes sont portées par elle, de mème la forme de la quantité porte toutes les formes du corps et ses accidents, qui existent dans elle. — De même que la figure est le terme de la forme de la quantité et la haic qui l’environne, de même la science est le terme de la forme de l’intellect et la haie qui l’environne. En effet, la science que possède l’intellect est une figure pour lui, parce qu’elle est le terme qui le limite tout autour, comme la figure (géométrique) qui environne le corps; car, de même que le corps, lorsqu'il rencontre un autre corps et s’y attache, le rencontre et s’y attache uniquement par sa figure, de même l'intellect, lorsqu'il rencontre un autre intellect (1) et s’y attache, le fait uniquement par la science. —
quior materiæ inferiori inter omnes formas, Et sicut forma intelligentiæ penetrat lotam essentiam materiæ altioris, similiter forma quantitatis diffusa est per totam cssentiam materiæ inferioris. »
Nous n'avons pas jugé nécessaire de modifier ici notre texte hébreu; car c'est peut-être à dessein que le traducteur hébreu a confondu les deux comparaisons en une seule et en a modifié les termes. En effet les mots אינה נכרלת «est inséparable» n'ont rien qui leur corresponde dans le latino.
. (4) Le ms. hébreu porte כשיפגש או תבנית היה וידבק כו Les mots או חבנית היה n'offrent aucun sens ; nous leur substituons les mots שכל אחר , un autre inlellect, analogues aux mots גוף אחר un autre corps. L'intelligence en acte a surtout pour objet ce qui est intelligence, soit les formes abstraites avec lesquelles elle s'identifie, soit les intelligences séparées (ou celles des sphères). Voy. mes notes sur le Guide des égarés de Maïmonide, t. }, chap. LXVIIT, pag. 306. Toutefois, nous devons faire remarquer. que la vers. lat. n'exprime pas non plus les mots שכל אחר , un autre intellect, et qu'elle présente ici le mot figura (תבנית) que nous voyons paraître dans la leçon corrompue du ms. hébreu : 6 Similiter (dit la vers. la.) intelligentia quum conjungitur FIGURÆ non conjungitur ei nisi per scientiam. » Mais ces mots ne nous pa-
De même que la forme de la quantité se résout dans le point et dans l’unité, de même la forme de l’intellect se résout dans la matière et dans l’unité (1). — De même que l'intellect, en examinant la forme de la quantité, la trouve la plus élevée de toutes les formes ct la plus proche de la substance, tandis qu’il trouve les autres formes au dessous d’elle, de même la forme de l’intellect, en s’examinant elle-même, se trouve ellemême la plus élevée de toutes les formes et la plus proche de la matière (universelle), tandis qu’elle trouve les autres formes au dessous d'elle 9. — De même que dans la matière (uni verselle) il y a des formes nécessaires qui en sonit insépara-
raissent pas offrir de sens convenable, et nous croyons qu'il y avait ici dans l'original arabe quelque erreur de copiste qui a été reproduite par les deux traducieurs. En effet, l'original arabe ayant 6 écrit sans doute en caractères hébraïques (comme l'étaient en général les ouvrages des Juifs), on a pu facilement confondre les mots arabes עקל (Ji), intelligence, et שכל (K4), figure, d'autant plus que ce dernier mot se trouve plusieurs fois répêté dans ce paragraphe.
(4) On verra plus loin que l'intellect universel est la forme principale de la matière universelle (voy. liv, V, S$ 17, 18 et passim), et qu'il est placé immédiatement après celle-ci dans la gradation de l'être ; c'est la forme la plus élevée 0] la plus simple, et qui en même temps 65) comme le substralum et le centre de toutes les formes inférieures de l'être. La matière usiverselle peut donc être comparée à un point central où convergent toutes les formes; sur ce qu'il faut entendre par l'unité, voy. ci-après, 6 26. — Nous reviendrons ailleurs sur la gradation dont nous venons de parler, et que notre auteur a adoptée des néoplatoniciens, avec la doctrine des émanations. Cf. III, 49; IV, 25, 28; V, 13,17, 26, 27, 59. |
(2) Vers. lat.: «Et sicut quum intelligentia inspexerit in formam quantitatis, inveniet eam altiorcm omnibus formis et propinquiorem substantiæ, et inveniel cætera accidentia et formas inferiores in ea; simililer forma intelligentiæ quum inspexeril in se ipsam inveniel se alliorem omnibus formis et propinquiorem maleriæ, el inveniet ceteras formas infra se. »
bles, comme la forme de l'intellect et des substances simples, et d’autres qui ne sont pas nécessaires, comme les formes des éléments, de même il y a dans la substance des formes non nécessaires, comme la couleur et la figure qui lui sont propres (1) et les autres accidents semblables, tandis qu’il y en a d’autres qui sont nécessaires, comme (la forme de) la quantité qui est nécessairement attachée à la substance. Enfin , de même que ce sont les formes de la matière (universelle) qui rencontrent l’intellect (2), de même ce sont les formes de la substance qui rencontrent le sens. — Et ainsi il y a encore d’autres analogies (3%) entre les deux extrémités (de l'être). 14. Pour arriver 8 la connaissance que nous cherchons de la matière et de la forme, on n’a pas besoin de connaître des prédicaments autre chose que leurs genres, leurs espèces, leurs différences, leurs propriétés, ce que celles-ci ont de commun et en quoi elles sont diverses (4); et il faut savoir que tous ces
(4) Vers. lat. : « .... et sunt quædam quæ non sunt affixæ, sicut formæ elementorum; simililer ex formis subslantiæ, aliæ non sunt affixæ, ut color et figura propria, etc.» — On remarquera aussi que la vers. lat. a ici partout affiræ là où [8 vers. hébraïque a מתחזייב , nécessaire; il paraîtrail que 16 traducteur latin a lu, dans l'original arabe, 355, tandis que le traducteur hébreu a lu .בו
(2) C'est-à-dire, se présentent à l'intellect ou le frappent; vers. lat. : sunt obviantes intelligentiæ, et de même, un peu plus loin : sunt obviantes sensui.
(3) Le ms. hébreu porte מהכמות (en fait de quantité), ce qui est évidemment une faute. Nous avons substitué מהדדמות (en fait de ressemblance ou d’analogie). Vers. lat. : «et [sic] se habent quæcunque sunt sibi similia inter duo extrema. »
(4) Littéralement : Tu n’as pas besoin, en fait de la connaissance des prédicaments, de connaître quelque chose de plus que leurs genres, 016. La vers. lat. diffère un peu de notre texte ; on y lit : « non eges scientiâ prædicamentorum, sed 50160114 generum et specierum et differentiarum et proprietatum suarum et diversitatis. » — La manière dont l’auteur s'exprime offre un peu d’obseu-
genres {t) sont des formes pour la substance qui est leur sub- | stratum. Mais il faut surtout avoir soin d'examiner la substance qui les porte, ct il faut que l'intelligence fasse à cet égard les plus grands eflorts ; car cette substance est une chose intelligible , et non pas une chose sensible, et la connaissance (qu’on peut avoir) d'elle doit précéder celle de toutes les autres substances intelligibles. Mais, quoique cette substance soit une chose intelligible, elle n’occupe pas le même rang que les autres choses intelligibles: car elle est placée à l’extrémité inférieure des substances et elle cest passive, tandis que les autres substances (2) sont actives. La preuve que cette substance est passive, et non active, la voici : tout agent, à l'exception de l'agent premier
rité. 11 paraît vouloir dire que, pour la connaissance de la matière et de la forme, il ne s'agil pas, comme pour la substance inférieure, de la connaissance des catégories, mais seulement des notions générales et abstraites, comme celles de genre, d'espèce, etc. Il semblerait que l'auteur fait ici allusion à ce qu'on appelle les catégorèmes ou les quinque voces, dont traite Porphyre dans l'Isagoge; il dirait donc que c’est de ces dernières notions seulement qu'il s'agit ici, et non pas des catégories proprement dites. En effet nous retrouvons ici les cinq catégorèmes à l'exception de l'accident. Le mot NYNDN3, que nous traduisons ici par prédicaments, paraît s'appliquer à la fois aux catégories et aux calégorèmes. Les mots ושתופם וחלופס signifient leur communaulé et leur diversité; le pronom leur se " rapporte, je crois, aux quaire calégorèmes qui viennent d'être énumérés, et le sens est qu'il faut aussi connaître ce que ces notions ont de commun et en quoi elles diffèrent. L'auteur paraît avoir en vue ce que Porphyre expose à la fin de l’Isagoge, chap. VI et suiv.
(1) Ici le mot genre est employé dans le sens de catégorie ou prédicament. Aristote lui-même donne souvent aux catégories le nom de genres (yivn), parce qu’elles représentent les notious les plus générales désignées par les mots. Voy. mes notes au Guide des égarés de Maïmonide, t. 1, pag. 193.
(2) Par les autres substances l'auteur paraît entendre les intelligences séparées (c.-à-d. celles des sphères) et les substances simples. Voy. III, 42, ct passim.
(Dieu), a besoin d’un substratum qui reçoive son action; or, il n’y a au dessous de cette substance aucune autre substance qui puisse en recevoir l’action, car cette substance est l’extrémité inférieure de l'être, et elle est comme au centre des autres substances intelligibles (qui forment des circonférences). Ensuite, la quantité l'empêche de se mouvoir et ne lui permet pas de marcher, car elle s’étend sur la substance qui est plongée dans elle; c’est pourquoi (cette substance) ressemble à une flamme de feu troublée par l'humidité qui y est mêlée et qui lempêche de se mouvoir rapidement, ou bien à l'air troublé par les nuages qui empêchent la lumière d’y pénétrer. C'est pourquoi aussi l’impression que reçoit la substance est d’autant plus visible, quand, étant d’une complexion subtile, elle est apte à recevoir son impression [et par SON impression, je veux dire l'impression que font dans elle les substances intelligibles en y pénétrant] et alors se montre l’action que les substances spirituelles exercent sur le corps (1), en le pénétrant et en le traversant (2), comme le (rayon de) soleil qui pénètre à travers certains obstacles et les perce. Mais, outre que la quantité retient cette substance (5), et lui rend impossible d’être active, celle-ci est en elle-même privée de mouvement, à cause de son éloignement de la source et de la racine du mouvement, et parce qu’il ne lui arrive pas de la faculté active, qui meut les choses, de quoi devenir elle-même motrice et active ; il en résulte donc qu’elle reste fixe, sans communiquer le mouvement, quoiqu’elle soit mue, c’est-àdire passive. La preuve que la quantité empêche la substance qui la porte de se mouvoir, c’est que le corps, à mesure
(4) Nous avons ici complété notre texte hébreu conformément à la vers. lat., qui porte: א hoc est ut penetrare possint actiones substantiarum intelligibilium in eam; tunc apparebit actio etc.
(2) Plus littéralement : en le regardant et en le déchirant.
(3) Le ms. hébreu ajoute אותן MI", et l’altère; nous avons cru devoir effacer ces mots, qui interrompent la suite logique de Ja phrase et qui d'ailleurs ne se trouvent pas dans la vers. lat.
que sa quantité augmente, devient plus lourd et se meut plus difficilement.
15. Cette chose est appelée tantôt substance et tantôt matière ; [8 différence entre le nom de substance et celui de matière est celle-ci : le nom de matière désigne la chose qui est disposée à recevoir la forme, mais qui ne l’a pas encore reçue, tandis que le nom de substance désigne la matière qui a reçu une forme et qui, par cette forme, est devenue une substance particulière.
46. Cette substance donc est la chose qui porte la forme de 18 quantité; le nature de cette substance émane d’une autre substance supérieure qui est la substance de la nature (1), et son essence dérive de l’essence de la nature. Tu peux dire, si tu veux, qu'elle est le plus bas degré de la nature, ou bien la faculté infime d’entre ses facultés. Toutes les fois qu’une chose dérive d’une autre chose, il faut qu’il y ait une similitude entre les deux choses; si donc cette substance vient de la substance de la nature, il faut qu’il y ait une similitude entre cette substance et la nature.
17. Lorsque l’homme connaît le quoi de cette substance il en connaît aussi le pourquoi (2); car le pourquoi se trouve à côté du quoi. Pour parler du pourquoi des êtres, il faut posséder la science de la Volonté (divine) (5). Le pourquoi implique la cause (finale) pour laquelle chacun des genres, chacune des espèces et chacun des individus passe de la puissance à l'acte, et le terme où chacune de ces choses s'arrête.
18. Puisque c’est la Volonté qui meut toutes les formes portées par la matière et qui les fait pénétrer jusqu’à la der-
(4) Conf. plus loin, 111, 42, et passim, sur les gradalions de l'être.
(2) C'est-à-dire : dès qu'il sait ce qu'elle est, il en connaît aussi la cause finale. Le mot מהות désigne la quiddité ou le -: dore, למות est le 05 >ל:צ; ou la cause finale. Conf. plus loin, V, 30.
(3) Littéralement: Le discours (oratio) sur Le pourquoi des êtres fait partie de la science de la Volonté.
nière extrémité de la matière, — parce que la Volonté pénètre et environne tout et que la forme la suit et lui est soumise, — il s'ensuit nécessairement que les différentes parties de la forme, c’est-à-dire, les différences qui constituent les espèces et les divisent, s’impriment et se tracent dans la matière selon ce que la Volonté en possède dans elle (1).
49. Et ceci indique un grand mystère, savoir, que tous les êtres sont retenus par la Volonté (divine) et en dépendent, parce que c’est par elle que chacune des formes des êtres se trace dans la matière et s’y imprime avec égalité (2) [j’emploie ici en général le mot égalité pour (exprimer) l'opposition (5) et
(4) Littéralement : Il s'ensuit nécessairement que l'impression des différentes parties de la forme .... et leur inscription dans la matière (se fait) selon ce qui est de cela dans la Volonté. La vers. lat. rend ces derniers mots par secundum hoc quod est in voluntate de hoc.
(2) התרשמה doit être considéré comme l’infinitif avec le suffixe féminin se rapportant à .צורה Les mots מצוע התטבעותה signifient : Le juste milieu ou l'égalité de son impression, c'est-àdire, son impression également distribuée. Le mot בן se rapporte à nu (la Volonté). Vers. lat. : « Quia quæcunque formæ corum quæ sunt opus habent formari in materia et æqualiter sigillari ex 64. » Les mots opus habent paraissent être de trop ; il faut peut-être lire: «formari earum in materia et æqualiter sigillari 6] ex 4 (sc. voluntate) », de sorte que les mots formari 61 sigillari seraient employés comme substantifs dans le sens de formation et impression. Le texte hébreu du moins ne me paraît pas admettre d'autre interprétation.
(3) Le ms. hébreu a "1933, ce qui ne donne pas de sens; il faut lire sans doute “2333, conf. plus loin .והנגורים Vers. lat. : « Et omnino æqualitas opfonis (i. e. oppositionis) formarum in materia et librationis in illa ex voluntate est quæ 608170181 et stare facit ]685[ etc. » D'après le latin les mots que nous avons considérés comme une parenthèse forment la suite de la phrase, et il faudrait traduire : ef je dirai en général que l'égalité de l'opposition et de l'équilibre des formes dans la matière vient de la Volonté qui les retient et les fixe.
l'équilibre des formes dans la matière]. En effet, c’est la Volonté qui les retient et les fixe aux limites et aux extrémités où elles s'arrêtent, et c’est par la Volonté que les formes sont ré- gulièrement disposées et égalisées (1), tout en étant sous sa dépendance et retenues par elle. — Ainsi, par exemple (3), la substance se divise en simple et composée ; le simple, en intellect et âme et en forme et matière; le composé, en végétatif et non végétatif, en vivant et non vivant; et d'autres oppositions qu’on rencontre dans les différences qui divisent la matière et en constituent l'être (5).
20. On ne saurait comprendre le mystère de la Volonté qu'après avoir acquis la connaissance de l’universalité de la matière et de la forme ; car c’est la Volonté qui fait la matière et la forme et qui les met en mouvement. La doctrine de la Volonté suppose celle de la matière et de la forme, comme . celle de l’intellect suppose celle de l’âme, et (à son tour) la doctrine de l’intellect suppose celle de l’âme, comme celle de la matière et de la forme suppose celle de l’intellect (4.
(1) Le latin a : competentes (sic!) materiæ ; il faut peut-être lire dans notre 626 מתמצעות ביסוד (et égalisées dans la matière), de sorte que les pronoms dans 9 et בן (sa dépendance, par elle) se rapporteraient à la matière.
(2) Cet exemple se rapporte à ce que l’auteur a dit de l’opposi- מסגו et de l'équilibre des formes dans la matière.
(3) Littéralement : et la constituent; c'est-à-dire, en font un être déterminé. Vers. lat. : « et eam ducunt ad esse. »
(4) Plus littéralement : le rang qu'occupe la doctrine de la Volonté vis-à-vis de celle de la matière et de la forme, c'est le rang qu'occupe la doctrine de l’intellect vis-à-vis de celle de l'âme, etc. Nous devons noter la variante que présente la vers. lat.: « Et dictio voluntatis talem habet comparationem ad dictionem materiæ et formæ qualem comparationem habet dictio animæ ad dictionem corporis el qualem habet diclio maleriæ et formæ primæ ad dictionem intelligentiæ. » D'après cette version il faudrait rétablir ainsi le texte hébreu :
91. Si tu demandes comment est l'existence de cette substance et en quel lieu tu dois te figurer son existence, — il faut que tu saches que toute chose n’a pas besoin, pour subsister, d’un lieu corporel; car ce qui n’est pas un corps, mais une substance simple, subsiste dans la cause qui le porte, et 1 faut que la cause soit également simple (1). La substance n’est pes en elle-même un corps pour qu'elle ait un lieu (où elle existe), mais elle est le lieu de la quantité, dans laquelle le lieu (l’espace) existe en réalité. On pourrait objecter : si le lieu (l’espace) est dans la quantité, comment peut-on dire avec cela que la substance est le lieu de la quantité, puisque le lieu suppose l’application de la surface d’un corps à celle d’un autre corps et que la substance , n’étant point un corps, n’a pas de surface pour pouvoir s'appliquer 8 la quantité ?
22. Voici la réponse : Pour se figurer les choses dans leur réalité, il ne faut pas confondre les formes des choses inférieures avec celles des supérieures ; que si tu trouves une qualité quelconque dans les individus, ou dans les espèces, ou dans les genres qui sont près de nous, il ne faut pas croire que tu trouveras cette même qualité dans les individus, ou les espèces , ou les genres qui sont dans les choses supérieures ; car, bien que les qualités qui existent dans les choses inférieures émanent des supérieures, elles ne se trouvent pourtant pas dans les choses inférieures sous la même forme sous ]8quelle elles se trouvent (2) dans les choses supérieures. Ceci est
(4) Littéralement : et il faut que la cause soit simple et (lui) ressemble. Vers. lat. : « et ipsa causa debet 0880 simplex et conveniens ilki. »
(2) Le ms. hébreu porte הנמצאת בהם , laquelle s’y trouve; nous croyons devoir substituer שנמצאים בה ou .שימצאו בה Le texte arabe avait peul-être Lo 2 | 8, ב ; le traducteur hébreu a rapporté le mot 52. A à la forme et le suffixe dans Lo aux qualités, tandis qu'il aurait dû faire l'inverse. La vers. lat. porte : « et non inveniuatur in infcrioribus in tali forma quali sunt in superioribus. »
un principe général qui s'étend successivement sur tout ce qui vient du supérieur à l’inférieur (1).
23. Dans l’ordre, suivant lequel les êtres résident et subsise tent (les uns dans les autres), on peut distinguer neuf degrés: D'abord les choses toutes ensemble résident dans la science de: l'Éternel [qu’il soit loué!]; au dessous, la forme universelle réside dans la matière universelle; ensuite les e les substances simples résident les unes dans les autres: ; ensuite les accidents simples dans les substances simples ; ensuite la quantité dans la substance ; ensuite les surfaces dans les solides, les lignes dans les surfaces et les points dans les lignes; ensuite les couleurs et les figures dans les surfaces; ensuite les parties. homogènes des corps (2) les unes dans les autres; ensuite les corps les uns dans les autres, et c’est là le lieu généralement connu (). Plus (l'être) est bas et descend du simple au composé, pius 11 est épais et grossier? et plus il monte, plus il est clair et subtil.
24. Tu n'auras donc plus de doute sur ce que j'ai dit, (savoir) que Ja substance est le lieu de la quantité; car nous avons dit cela pour faire savoir que la substance porte la quantité, et que celle-ci résideet subsiste dans la substance. En effet, rien n’empêche de dire de la substance, qui n’est pas un corps, qu’elle 08: un lieu pour le corps, lorsqu'elle le porte, de même que
(1) Le texte ne me paraît pas tout à fait correct; il faut peutétre lire: וזה השרש כולל מתפשט בכל מה שנמשך מהעליון .אל השפל Le sens est: qu'à aucun des différents 060768 66 on ne peut conclure de l'inférieur sur ce qui lui est supérieur. Vers. lat, : « et hæc est communis radix de omni illo quod venit a a superiore ad inferius. »
| (2) Littéralement : les parties des corps à parties semblables. Vers. lat. : « eu infra hoc subsistentia aliarum partium corporis similium sibi in corporibus in aliis partibus. » Îl faut effacer les mots in corporibus.
. (3) Vers. lat. : « et hic est 10005 cognitus »; c'est-à-dire : c'est là ce qu'on 000081! généralement sous le nom de lieu ou d'espace.
rien n'empêche de dire que le corps est le lieu de ce qui n’est pas un corps, comte 108 couleurs, les figures, les lignes, les surfaces et les autres accidents corporels, quoique ce qu’on appelle généralement lieu nécessite l'application de deux corps (l'un sur l’autre) et que ces accidents ne soient pas des corps.
25. En général, le lieu est de deux espèces, spirituel et corporel. Si tu veux te figurer la manière dont la substance simple réside dans une autre substance simple, et comment l’une est le lieu de l’autre, figure-toi la manière dont les couleurs et les figures résident dans les surfaces et les surfaces dans les solides, et, ce qui est encore plus subtil, comment les accidents simples résident dans les substances simples, comme, par exemple, les accidents portés par l’âme ; car ces accidents résident dans l’âme et l’âme est leur lieu. Rappelletoi le principe que nous avons posé à cet égard, savoir, que les choses visibles sont l’image des choses cachées. Il résulte de ce principe que 16 lieu visible inférieur est l’image du lien invisible (1) supérieur ; et il en est de même de tous les degrés (de l'être) + qui se trouvent entre les deux extrémités.
26. L'unité première, étant l'unité en elle-même (l’unité absolue), fait l’unité qui est au dessous d’elle, et, comme cette dernière est produite par l'unité première et véritable , laquelle n’a ni commencement, ni fin, ni changement, ni diversité, il faut que l'unité qui la retrace (®), c’est-à-dire, qui est produite par elle, ait un commencement et une fin, et qu’elle soit sujette au changement et à la diversité. C’est pourquoi elle n’est pas semblable à l’unité véritablement parfaite (3); il lui
(4) Littéralement : le lieu extérieur .... du lieu intérieur. Cf. ci-dessus, pag. 9, note +.
(2) Littéralement : qui a reçu son impression ou son action.
(3) Vers. lat. : « Ac propter hoc facta est dissimilis ab unitate perfecta prima quæ fecit eam. Et quia hæc unitas secundum hoc quod dixi est opposila unilati perfectæ veræ et advenit ei multiplicitas et diversitas et mutabilitas, necesse fuit, etc.» Il est possible que le eopiste hébreu ait sauté d'un mot השלימה (perfecta)
arrive la multiplicité, la diversité et le changement, et il faut qu’elle soit divisible et qu’elle ait des degrés divers. Plus l’unité s'approche de la véritable unité premiére, et plus la matière qui la représente est unie et simple; et, au contraire, plus elle est éloignée de lunité première, et plus elle est multiple et composée. C’est pourquoi lunité qui constitue la matière de l’intellect est une et simple, et n’est (en elle-même) ni divisible, ni multiple, quoiqu'elle soit accidentellement divisible. Cette unité est plus simple et plus unie que les autres unités qui constituent les autres substances, parce qu’elle se trouve à l'extrémité supérieure, près de l'unité première (1) qui l’a faite. C’est pourquoi la substance de l’intellect perçoit toutes les choses per l'unité de l'essence qui la constitue ; car son unité environne toutes les unités qui constituent la substance de toute chose. C’est que (3) toutes les unités représentent le multiple (venant) de la première unité créée 5) ; celle-ci constitue leurs substances, et les substances des unités multiples subsistent par la substance (4) de l’unité une. Cette der-
à un autre השלימה (perfectæ). Cependant notre texte hébreu tel qu'il est offre un sens satisfaisant, et nous n'avons pas cru devoir le compléter d'après le latin.
(4) Liltéralement : au côté extrême de la supériorilé de l'unité première. Vers. lat. : «hoc est בוט cohæret primæ unitati quæ fecit eam. »
(2) Vers. lat. : «hoc est quia essentiæ unilatum quæ subsistunt in partibus materiæ, — unilales dico scilicet formas omnium generum et omnium specierum el individuorum , — habent esse et exisiere in essenlia unilalis primæ quia omnes unitates multiplicantur ex prima unitate creala, etc. »
(3) Littéralement : sont multipliées et doublées de la première unité créée.
(4) La vers. lat. a dans ce passage le mot essentia là où nous avons mis substance; il en est de même dans beaucoup d'autres passages. Le mot hébreu עצם s'emploie à la fois, par les traducteurs hébreux, pour rendre |05 mots arabes Pa) substance, et «213, essence, et nous nous sommes guidés dans Îles différents
nière, par conséquent, se trouve avec elles et réside dans elles; c’est pourquoi les formes de toutes les choses existent dans la forme de l’intellect, qui les porte et les rassemble, car son unité simple (et absolue) rassemble dans sa substance toutes les unités, et les formes de toutes les choses ne sont que les unités multipliées. — La preuve en est, que toute chose intelligible ou sensible doit être nécessairement üne ou multiple; or, comme l'unité portée par la matière de l’intellect est, ainsi que nous l'avons dit, absolument simple et une{t)}, il faut que l'unité portée par la matière de l’âme soit composée et multiple, puisqu'elle est placée au dessous du degré de l'unité portée par la matière de l’intellect. De même, il faut qu'aux autres degrés de la matière qui la porte, l'unité soit plus composée et multiple et plus sujette à la diversité et au changement, à mesure que la matière descend d'un degré vers le lieu inférieur et qu'elle est plus éloignée du lieu supérieur, jusqu’à ce qu’elle arrive à la matière qui porte la quantité, c’est-à-dire, à la substance de ce bas monde. Là (les unités) se composent, se divisent, se multiplient et sont resserrées (2) par la matière qui les porte, car elles sont soumises à l’unité qui les fait (à l’unité créatrice) ; la substance, par conséquent, s’épaissit, se corporifie et est retenue par elle-même. Cette substance inférieure est donc, par son
passages par le sens de l'ensemble. Le traducteur lalin, quoique traduisant sur l'arabe, nous paraît quelquefois avoir confondu ces deux mots.
(1) Littéralement : est, en fait de simplicité et d'unité, selon ce que nous avons dit, elc.
(2) Le texte hébreu ayant tous ces verbes au pluriel, sans exprimer le sujet auquel ils se rapportent, nous avons cru devoir suppléer les mots les unilés. La vers. lat. a partout le singulier : « .... donec pervenit (unitas) ad materiam quæ suslinet quantitatem 1. 6. substantiam hujus mundi; et est augmentata in eà (sc. substantiä) et divisa et mulliplicala et angustata et densata materiâ quæ sustinet cam (sc. unitatem). »
épaisseur et sa grossièreté , l’opposé de la substance supérieure dans sa simplicité et sa subtilité ; car dans cette dernière réside l'unité dans son principe et dans son commencement, tandis que dans cette substance (inférieure) résident son terme et sa fin. Or, le terme ne saurait être semblable au principe ; car le terme doit être {la limite) où cesse et 8 877016 la faculté du principe {!).
27. Ce que j'ai dit de la simplicité de la substance depuis son point de départ jusqu'à la nature , et de sa corporification depuis la nature jusqu’au centre (?)}, peut.s’expliquer par l'exemple des eaux coulantes (5), dont la profondeur va toujours augmentant, et qui tantôt sont claires et légères, et tantôt troubles et épaisses [de même qu’un morceau de plomb fondu au feu se trouve, lorsqu'on le retire, en partie fondu et liquéfié, de sorte qu’il est pénétrable à la vue, et en partie à l’inverse](1). Nous voyons à vue d’œil la diversité des unités dans la matière qui porte (tout) ; ainsi, par exemple, nous trouvons les parties du feu extrêmement unies, simples et égales, de sorte que sa forme parait être une, sans multiplicité, tandis que nous trou vons [68 parties de l’air.et de l’eau plus divisées et dissémi
(4) Voy. ce que l'auteur dit plus loin sur la diversité et la gradation des formes, liv. 1V, 6 29, et liv. V, S$ 17 et suiv.
(2; La nature, comme on le verra ailleurs, est la dernière des substances simples et leur limite ; de là jusqu'au centre de la terre, qui est en même temps celui de tout l'univers, s'étend, dans diverses gradations, la substance qui porte les catégorics.
(3) Vers. lat. : 6 Exemolum autem ejus quod dixi .... est aqua decurrens et princeps ». D'après celte version il faudrait lire dans. notre texte : המים הרצים הראשים , des eaux coulantes et primilives, c'est-à-dire, des eaux jaillissant d'une source.
(4) Ces mots, que nous considérons comme une parenthèse, se ratlachent, dans la vers. lat., à ce qui suit: ₪ 6/ sicut plumbum quum de fornace exhibitur, et partim est lucidum ct visui pervium, partim e contrario est, simililer palam possumus videre diversitatem unitatum, etc. » Le texte hébreu n'admet pas cette interprétation.
nées, de sorte que leurs parties et leurs unités peuvent être perçues à la vue de l'œil. Et ceci facilite l'intelligence )1( de ce que nous avons dit de la quantité portée par la substance, savoir, qu’elle se forme de la réunion des unités qui se multiplient. C’est pourquoi il a été dit que la composition du monde s’est faite par l'inscription du nombre et des lettres dans Fair (9).
| (1) Littéralement : Et en cela il y a un rapprochement (קרוּב) vers l'intelligence etc.
(2) L'auteur veut dire que déjà les anciens ont fait allusion à la théorie qui vient d'être développée, en plaçant le commencement de la substance composée dans la région de l'air, dont les parties, comme on vient de le dire, sont plus divisécs ct disséminées que celles du feu. Il est évident que l'auteur veut parler du livre Yecird. On connaît le rôle que jouent dans ce livre les nombres (Sephirôth) et les lettres; ces dernières, éléments de la parole ou du verbe créateur, se résolvent dans le souffle ou l'air, et se trouvent sur la limite du monde intellectuel et du monde physique (Cf. La Kabbale de M. Franck, pag. 149-154). Voici comment s'exprime le texte du Yecir4 édit. de Mantoue, chap. 1, 10 ; chap. IT, 66 2 et 3): « Deux, c'est le souffle (ou l'air) qui vient de l'esprit, et dans lequel il a gravé et sculpté les vingt-deux lettres... Les vingt-deux lettres, il les a gravées, sculptées, pesées, transposées et combinées, et il a créé par elles l'âme de tout ce qui est créé et de tout ce qui est à créer... Les vingt-deux lettres, qui sont la base, sont gravées dan: la voix, sculptées dans l'air et fixées dans la bouche dans cinq en droits (organes), etc. »
C'est ce point que Rabbi Saadia Gaôn, dans l'introduction de son commentaire arabe inédit sur le 700770 (ms. de la bibliothèque Bodiéienne, cod. Poc., n° 256), essaie de faire ressortir comme la doctrine fondamentale de ce livre. Énumérant, sur l’origine du monde, neuf systèmes différents, dont le dernier est celui de la tradition biblique, il s'exprime ainsi sur le huitième, qui est celui du livre Yecirà :
אלתאָמן קול 59 אחבת אלאשיא מחדתה אלא אנה anna | נעל מבראהא אלערר ואלחרוף והו קול צאחכ הדא אלכתאב לב שיא “pm ורלֶך אנה ינעל אול מא כלק אלבארי תב' אלאעראר ואלכ'כ אלחרף והו פלים ידעיהא מחצו; ep on
98. Chacune des formes des substances simples est une, n'admettant pas la divisiontt’; car comment admettrait-elle מ[ division, puisqu'elle est une seule chose et que l'unité ne se divise par la quantité qu’à cause de la substance ‘comjmsée qui lui sert de substratum? Xe vois-tu pas ‘en efhet que toutes les unités en lesquelles se divise à quantité ont de commun la forme de l'unité et ne différent que par leur substratum? La preuve en est que c'est l'unité qui constitue . l'être de’ la matière ; c’est par elle que ‘la matière’ est une . c’est elle qui l'embrasse (tout entière’. Lors donc que la mativre est subtile et simple et qu’elle est loin d’être disséminée et séparée, l'unité lui est conforme et est entièrement d’accord avec elle : elles sont alors une seule et même chose, qui est indivisible en acte. Mais lorsque la matière est épaisse et faible, l'unité, ne lui étant pes conforme , est trop faible pour l'hnir et pour rassembler son essence ; la matière donc se sépare et se dis- | sémine, de manière à ne plus être retenue par Funité, et l'unité (elle-même) se multiplie et se divise.
29. La manière dont la substance corporelle universelle réside dans la substance spirituelle universelle doit être com-
AE ואנמא יקול אנה כלק אלהוא ואודעה הרה אלל"ב שיא וענדה אן אלהוא אנזא מנזאה יקטעהא אלערד וארא סאר פיהא עלי כטיט מסתקימה ומנעונה אחדת אשכאלא .
Le huitième système est celui qui admet que les choses sont « créées, mais qui cherche les principes des choses dans les nombres et les lettres. C'est l'opinion que professe l'auteur de ce livre; car il établit que ce que le Créateur a créé tout d'abord, ce sont choses, savoir, les 10 nombres et les 22 lettres. Cependant, 32 il ne les admet pas purs et isolés, mais il dit que Dieu a créé l'air et y a déposé ces 32 choses; ct il suppose l'air divisé en parties coupées par le nombre, lequel, en s'y produisant en lignes droites et en courbes, fait naître certaines figures.» — Saadia entre à ce sujet dans de plus longs détails, en commentant les passages 600 6 que nous venous d'indiquer. La vers. lat. ajoute : ue£ omnino omnis una non recipil )4( parlilionem. »
parée à la manière dont le corps réside dans l’âme : de même
que l’âme environne le corps et le porte, de même la sub-
stance spirituelle universelle environne le corps universel du monde et le porte, et de même que l’âme est en elle-même séparée du corps et s'attache à lui sans le toucher, de même la substance spirituelle est en elle-même séparée du corps du monde et s’attache à lui sans le toucher.
30. On peut se former une idée de l'attachement de la substance spirituelle à la substance corporelle, et en général de la manière dont les substances spirituelles s’attachent les unes aux autres et résident les unes dans les autres, par la manière dont la lumière ou le feu s'attache à l'air, la couleur et la figure à la quantité, la quantité à la substance, et les accidents spirituels aux substances spirituelles. Car, comme les choses visibles doivent être l’image des choses invisibles, il faut que l'attachement des différentes parties des substances corporelles [telles que la couleur, la figure, la quantité et la substance] les unes aux autres et leur existence les unes dans les autres soient l’image de l’attachement des substances spirituelles les unes’aux autres et de leur existence les unes dans les autres ().
31. Il n’y a dans les choses intelligibles, tant universelles que particulières, autre chose que la matière et la forme.
(4) Notre texte hébreu et la vers. lat. sont ici également corrompus et défectueux, et la leçon que nous avons 4000166 8 de la combinaison des deux textes, qui se complètent mutuellement. Voici la vers. lat. rectifiée : « hoc est, quum necesse fuerit ut manifestum rerum sit exemplum occuliorum earum, necesse erit ut applicatio partium substantiarum corporalium, scilicet coloris et figuræ et quantitatis et substantiæ [aliarum cum 81115 [ et subsistentia earum aliarum in aliis, [sit exemplum applicationis substantiarum spiritualium aliarum cum aliis et subsistentiæ earum aliarum in aliis].» En Otant les mots que nous avons mis entre ] ], onala leçon du ms. latin.