Il faut considérer la matitre comme ayant deux ex
(4) Cf. ci-dessus, liv. 111, 6 10 et % 39.
(2) C'est-à-dire : les substances simples, considèrées chacune en elle-même, ont un terine par le haut, parce que chacune est limitée par celle qui la précède comme cause efficiente, de même que 8 Volonté les limite toutes; mais elles n’ont pas de terme par le bas, parce que toutes elles émanent sans interruption les unes des autres.
(3) La vers. lat. diffère du sens qu'exprime notre traduction : «et ₪08 habet primam formam constituentem essentiam materiæ primæ, sed secundam quæ constiluit essentiam substantiarum simplicum.» Ceci me paraît un contresens; il faudrait dire non caret prima forma etc., sed secunda etc.
trémités, l’une montant à la limite de la création --- c’est-àdire, jusque là où commence l’union )1( de la matière et de la forme —, l’autre descendant à la limite de la cessation (#). Figure-toi la partie qui est au dessus de la sphère céleste (revêtue) d’une forme spirituelle, et figure-toi cette spiritualité, à mesure qu’elle monte, ayant plus d'unité et de simplicité, jusqu’à ce qu’elle arrive à la limite de la création; et de même tu te figureras ce qui est au dessous de la limite de la sphère céleste (revêtu) d’une forme corporelle, et tu verras que (la forme), à mesure qu’elle descend, est plus corporelle, jusqu’à ce que la corporéité arrive à la limite de la cessation ().
39. La matière n’est qu'une, et la diversité n’est que dans la forme (4), Et, si tu cherches à te figurer la substance spirituelle (sans la substance corporelle), tu reconnaîtras qu’elle est à la substance corporelle (5) comme la lumière est à
(4) Littéralement : jusqu'à la limite de l'attachement de la matière à la forme.
(2) C'est-à-dire, à l'extrémité inférieure où la forme s'arréte. Cf. ci-dessus, liv. IV, $ 29.
(3) Cf. ci-dessus, liv. 11, 1.
(4) Cf. ci-dessus, liv. 1%, S 1.
(5) La leçon est ici incertaine. Le ms. porte: העעם Dr ‘9 הגשמי , car le rapport de la substance corporelle, où évidemment il manque quelques mots; la vers. lat. porte: «et scires quod substantia corporalis {alem habet comparationem ad eam (sc. substanliam spiritualem) qualis est comparatio luminis ad aërem. » Cette version ne saurait être exacte; car la comparaison n'est pas juste, et il faut au contraire comparer la substance spirituelle à la lumière et la substance corporelle à l'air (cf. ci-dessus, liv. 1 $ 15). C'est donc dans ce sens que nous avons rectifié le texte en écrivant : אל העצם הגשמי JON" 92, car son rapport (c.-à-d., le rapport de la substance spirituelle) est à la substance corporelle, etc. Une autre variante nous est fournie par le Moré ha-Moré (III, 14, pag. 122), où notre passagelest cité en ces termes : ויחס ה עצם הגופני אל הרוחני כיחס הגוף אל האויר , car le substance cor-
Fair. — Si tu demandes : Comment (me figurer) cela ? — [| faut abstraire ton intelligence de la substance corporelle , te plonger entièrement dans la substance spirituelle, t'arrêter à la limite de la création, c’est-à-dire là où commence l’union de la matière avec la forme, et ensuite retourner ta pensée vers le bas; alors tu reconnaitras la vérité de ce que j'ai dit de la petitesse de la substance corporelle auprès de la grandeur de la substance spirituelle. Et s’il t'est possible de mesurer {1) la substance spirituelle créée — je veux dire la matière spirituelle unie à la forme — et de la comparer à la source d’où vient l’'émanation, c’est-à-dire à la Volonté, alors tu verras la substance corporelle encore plus petite. — Tu peux prendre pour comparaison le ciel et la terre ; car, si dans ta pensée tu te tiens à la première limite du ciel supérieur, plongeant le regard sur la terre, la terre, qui est dans le milieu (de la sphère) du ciel, te semblera être, auprès du ciel, comme un point sans dimension, bien qu’elle soit grande ; et de même, si dans ton intelligence tu t’arrêtes à la première limite (2) de la
porelle est à la substance spirituelle comme le corps est à l'air. Cette leçon, que présentent aussi tous les ms. du Moré ha-Moré, n'offre pas de sens satisfaisant.
(1) Le mot Dr doit être considéré ici comme infinitif ou nom d'action, comme un peu plus loin 957% ; ces deux mots se lient ensemble. Le sens est : Si tu pouvais mesurer le rapport et la relation de la substauce spirituelle à la Volonté, tu serais convaincu qu'auprès de cette dernière la substance spirituelle elle-même est peu de chose, et, par conséquent, tu trouverais la substance corporelle encore bien plus petite.
(2) Vers. lat. : « si cogitaveris intellectu ultimum terminum spiritualem, etc. = L'auteur veut parler de la limite supérieure de la substance spirituelle. Si l'esprit se place à ce point supérieur de l'être, il plane à Ja fois au dessus de la terre et au dessus de la sphère céleste, qui est la limite inférieure de la substance spirituelle et où commence la nature, il doit alors reconnaître que toute la substance corporelle )6.-8-0. le ciel et la terre ensemble) est à la substance spirituelle comme la terre est au ciel, et que ce rapport
substance spirituelle, tu verras que la substance corporelle est à la substance spirituelle, ou plutôt (1) que l’une et l’autre sont à la Volonté, comme la terre est au ciel. — Tu ne dois donc pas éprouver de l'embarras, si (parfois il te semble que) le supérieur est au dessous de l’inférieur; car le haut et le 8 n’existent que pour nous et par rapport à nous, et ne s'adaptent qu’à un atome de l'être, qui est le centre 9. Mais la substance spirituelle est une, et ses parties jointes ensemble s’enveloppent les unes les autres ; elle subsiste dans la connaissance de Dieu et dans sa puissance , qui environne tont.
40. Je vais te donner (encore) une indication succincte pour t'aider à mieux comprendre : Arrête-toi, par ton intelligence, à la limite de la création, je veux dire là où commence l'union de la matière avec la forme, et figure-toi une substance n'ayant ni commencement ni fin, et c’est là la substance du Créateur. Figure-toi ensuite tout l’être spirituel et corporel existant dans elle, comme tu te figurerais une chose quelconque existant dans l’âme. Alors tu verras que la faculté du Créateur (5) existe dans tout être, et tu verras aussi que la faculté et l'essence de ce qui est supérieur d’entre les êtres existent dans ce qui lui est inférieur: (et ainsi de suite) jusqu’à l’extrémité inférieure. qui est la limite de la cessation (4). Et ainsi tu te formeras une idée de la manière dont la matière et la forme s'étendent avec continuité de haut en bas.
est encore celui de tout l'être (y compris la substance spirituelle) à la Volonté.
(4) Le mot אכל a ici le sens de la particule arabe à. La vers. lat. diffère un peu de notre texte ; elle porte : « videbis quod comparatio substantiæ corporalis et spiritualis ad voluntatem sic est ut comparatio terræ ad cœlum.»
(2) Le texte porte העצם , la substance, ce qui ne me paraît pas intelligible : j'ai cru devoir substituer 13977, le centre. Tout ce passage jusqu'à la fin du paragraphe manque dans la vers. lat.
(3) Cette faculté ou force (virtus), c'est la Volonté. Cf. $ 62. (4) Cf. ci-dessus, 8 38.
41. La matière est établie dans la connaissance divine comme la terre est établie dans le milieu du ciel; la forme brille sur elle et s’y plonge comme la lumière du soleil brille (1) sur l'air et sur la terre et s’y plonge. On appelle cette forme lumière, parce que la parole (ל) , de laquelle est émanée la forme, est une lumière, c’est-à-dire une lumière intelligible, et non pas une lumière sensible; ou bien, parce qu’il est de la nature de la lumière de découvrir la forme de la chose et de la faire voir après qu’elle est restée cachée, et que de même la forme, lorsqu’elle s'attache à la matière, fait voir la chose après qu'elle est restée cachée, de sorte que c’est par elle que (la chose) existe.
42. On dit que la matière est le lieu de la forme, ce qui veut dire qu’elle la porte et que (la forme) est portée par elle; de même on dit encore que la Volonté est un lieu pour les deux ensemble ; et ce qu’il faut entendre par là, c’est que chacune d'elles a besoin de la Volonté pour exister et pour durer. Mais le lieu proprement dit (3) est ur accident qui prend naissance à l’extrémité inférieure de la forme.
(1) 97, briller, est un infinitif qu'il faut considérer comme
étant mis à l'accusatif et gouverné par le participe מזהרת ; 1 une construction arabe, imitée par le traducteur hébreu.— La vers. lat. n'exprime qu'un seul verbe : « et quod forma diffusa est super eam sicut diffusio luminis solis per aërem.»
(2) C'est-à-dire, le Verbe divin (5706ב) , ou la Volonté. Cf. ci-après, $S 56, 57 et 71. Les anciens commentateurs juifs expliquent généralement la parole de la Création dans le sens de Volonté; cf. Maïmonide, Guide des Égarés, 1. 1, chap. Lxv, pag. 292.
(3) Littéralement : le lieu véritable; par ces mots l'auteur désigne sans doute l'espace, qui, dit-il, prend naissance à l'extrémité nférieure de la forme, c'est-à-dire là où commence le monde de la nature, ou l'univers ; car la Volonté et les substances simples sont en dehors de l'espace. La vers. lat. diffère un peu de notre texte : « sed locus verus est attributus, in intellectu, extremo inferiori formæ.» — Sur l'ensemble de notre paragraphe, cf. ci-dessus, 5 21, ₪ liv. 11. SS 21-25.
.43. [| est impossible que la matière précède la forme, ou la forme la matière ; et comment se pourrait-il que l’une précédât l’autre, puisqu'elles ne sont pas séparées pendant un seul clin d'œil, mais qu’elles sont liées ensemble? — Ensuite la matière n’a pas, par elle-même, d'existence formelle ; c’est-àdire en acte, mais elle n'existe que par la forme; il s’ensuit donc que son existence n’a lieu que par celle de la forme.
44. Ce qui lie la matière et la forme, ce qui les joint ensemble et les tient unies, c’est l'unité (!) qui est au dessus d'elles; car l’union de la matière et de la forme est (l’effet de) l'impression que cette unité fait sur elles (*). Or, comme il n’y a pas d’intermédiaire entre (les nombres) un et deux, tu sauras de même qu’il n’y a pas d’intermédiaire entre l’unüé (d'une - part) et la matière et la forme (d’autre part) (*). La preuve que c’est l'unité qui ordonne (4) la matière et la forme, c’est la forte union ‘de la matière et de la forme à la limite de [8 créstion — c’est-à-dire là où l’union commence —, sa stabilité et sa permanence, en raison de sa proximité de la source de l'unité, et, au contraire, sa multiplicité, sa division, sa séparation et son peu de stabilité et de permanence à le limite de la cessation — c'est-à-dire à la fin de la substance —, et cela à cause de son éloignement de la source de l’unité. En cela donc il y a une preuve que c’est l'unité qui retient tout et qui porte tout.
45. Si la faculté de l’unité varie en force et en faiblesse, et si au commencement elle unit l’être d’une manière parfaite (5) et le retient avec une force extrême, tandis qu’à la fin le contraire
(4) Vers. 18]. : « hoc est voluntas quæ est superior illis. »
(2) Peut-être faut-il lire אמנם הוא מרשום האחרות בהם ; vers. lat. : «non est nisi ex impressione unitalis in jllis. »
(3) Cf. ci-dessus, liv. IV, à la fin du S 8.
(4) המסדר est la traduction du mot arabe 1-2 5, celle qui range, dispose; vers. lat. : «a quod unitas ordinalriz etc. » (5) Littéralement : d’une union extrême.
a lieu, c'est à cause de la diversité de la matière. Le mouvement que fait la matière pour recevoir la forme ressemble au mouvement que fait l’âme dénuée de connaissance pour chercher cette connaissance et pour la recevoir; et, lorsque la forme de cette connaissance s'attache à l’âme et s’y établit, l'âme devient par là connaissante, c’est-à-dire elle porte la furme de cette connaissance. De mime, lorsque la forme s’attache à la matière, celle-ci devient par là formée, c’est-à-dire elle porte la forme (").
46. La cause qui fait que la matière se mout pour recevoir la forme, c’est le désir qu’a la matière d'atteindre le bien et la jouissance en recevant la forme On peut en dire autant du mouvement de toutes les substances, je veux dire que 6 mouvement de toutes les substances (se fait) pour l'unité. En voici l’explication : tout être désire se mouvoir pour atteindre quelque chose de la perfection de l’être premier (4); maïs les mouvements des êtres sont divers selon la diversité de leurs degrés, en fait de proximité et de distance ; car, à mesure que la substance est plus rapprochée de l’être premier, elle atteint plus facilement la perfection, et à mesure qu'elle en est éloi- ₪66 , elle n’atteint la perfection que par un mouvement lent, ‘ou par plusieurs mouvements et en plusieurs temps, et, si (la
(4) L'auteur veut expliquer ici comment il arrive que l'unité de la matière ct de la forme, qui est si forte au commencement, ou, comme il s'exprime plus haut, à la limite de la création, passe au maltiple et se multiplie de plus en plus à mesure qu'on descend à l'autre extrémilé ou à la limite de la cessation. C’est que d'abord la matière ressemble à l'âme qui cherche la connaissance, mais cette ressemblance n'existe plus dès que la matière a reçu la forme universelle, et son mouvement devient plus lent.—Il achève sa pensée dans le paragraphe suivant.
(25 Cf. Aristote, Metaph., liv. 11, chap. T : ro 00-06 ro vonrèv 4087 OÙ ruvo EVE * לשדטסז TR 2076ח Ta 0076. ÉrLUNTOV
440 vù paurèuvor 2
distance) augmente encore, son mouvement s'arrête. Tu peux prendre pour exemple le ciel et la terre (1).
47. La preuve que le mouvement de tout ce qui se meut ne se fait que vers l’unité et pour l’unité, c’est que tout ce qui se meut ne se meut que pour recevoir la forme, et la forme n’est autre chose que l'impression de l’unité. L'unité, c’est le bien; et. par conséquent, le mouvement de toutes choses ne se fait que pour le bien, qui est l'unité. Une autre preuve de cela, c’est qu'aucune des choses qui existent ne désire être multiple, mais elles désirent toutes être un; et, par conséquent, leur désir à toutes se porte vers l'unité.
48. Puisque, par désir et amour, on entend nécessairement la tendance à s'attacher à l’objet aimé et à s’unir à lui, et que la matière aspire à s'attacher à la forme, il s’ensuit que son mouvement se fait à cause de l’amour (qu'elle a) pour la forme et du désir (qui l’attire) vers elle. On peut en dire autant de tout ce qui se meut pour chercher une forme.
49. Tu me diras : Si le mouvement de la matière pour recevoir la forme ne se fait que par son désir (qui l’attire) vers > l'être premier, il faut alors qu’il y ait une similitude entre les deux ; car le désir et l'attachement n’ont lieu qu’entre les semblables. Je te répondrai : Entre la matière et l’être premier il n’y a pas de similitude, si ce n’est sous ce rapport que la matière reçoit la lumière qui est dans l'essence de la Vo-
(4) L'auteur fait allusion, sans doute, au système de Ptolémée : la sphère supérieure , ou celle des étoiles fixes, qui environne toutes les autres sphères, a un mouvement diurne très rapide ; les sphères des planètes ont évidemment le mouvement diurne de plus en plus lent, à mesure qu'elles sont plus éloignées de la sphère supérieure el que ce mouvement décrit un cercle plus petit autour de la terre. Le mouvement propre des planètes, selon les hypothèses des excentriques et des épicycles, est combiné de plusieurs mouvements divers; enfin la terre, le plus éloignée de la sphère supérieure , n'a point de mouvement.
Jonté (1), et cela la porie à tendre vers elle 9 et à y aspirer, elle ne se meut pas pour atteindre l'essence (de la Volonté), mais elle se meut pour atteindre la forme qui lui survient (d'elle).
50. Si tu demandes : Quelle similitude y a-t-il entre la matière et la forme, puisque ce sont deux substances qui diffèrent entre elles par leur essence, l’une portant et l’autre étant porte ? je te répondrai : (En effet) il n’y a pas de similitude entre elles; mais, comme la matière reçoit la forme dans elle et que la forme s’y infuse en lui communiquant sa force et en la pénétrant 6), il faut que la matière se meuve pour recevoir la forme et que la forme s’unisse à elle. Et en cela 1 y a une preuve qu’elles sont (toutes deux) soumises à la Volonté et sous sa dépendance (4), puisque, tout en différant par leur essence , elles s'unissent ensemble.
51. Tu me diras encore : Si la matière se meut pour recevoir la forme, parce qu’elle cherche à atteindre le bien, qui est l'unité, il s'ensuit de là que la matière connait par elle-même la chose qu’elle a pour but de chercher, et cependant il a déjà été dit que la matière n’a de connaissance que par la forme. (Voici ma réponse :( Sache que, puisque la matière se trouve
(4) Le ms. hébreu porte אלא מצד קבול היסוד מה שבעעם וההשארות NAN: le mot וההשארות ne donne ici aucun sens, el nous avons substitué les mots האור ;. Vers. lat. : « .... nisi secundum modum quo materia inquirit lumen et splendorem ab eo quod est in essentia voluniatis. < — Sur la lumière de la Volonté, d. ci-dessus, 0 18, et liv. IV, 6
(2) C'est-à-dire : et cela porte la matière à tendre vers laVolonté.
(3) Littéralement : et que la forme s'y infuse d'une infusion de force et de pénétration. Vers. lat.: «et forma est defluxa in materiam fluxu violentiæ et necessitatis. »
(4) Le ms. hébreu porte ומשוערים ONLY .ובזה ראיה שהסם Ceue leçon, qui n'offre pas de sens, a été corrigée d'après la vers. lat. : «et hoc est signum quod obligata (lis. obligalæ) sunt voluntati et obedientia (lis. obedientes) ei. »
près de l'unité, elle doit recevoir de celle-ci la faculté de Patteindre, l’unité exerçant son influence sur elle: c’est là ce qui fait que la matière se meut vers elle, afin de recevoir d’elle la perfection, jusqu’à ce que, ayant reçu la forme qui la rend connaissante et parfaite, il ne lui reste rien à recevoir (1). I] en est (de cela) comme de l'air auquel il s’est mêlé un peu de lumière au lever de l'aurore : à mesure que le soleil monte en face de lui, il se remplit de lumière, jusqu’à ce que, devenu parfait (en clarté), il ne lui reste plus rien à recevoir du soleil. De même, la matière première se trouvant près de l'unité, celle-ci doit nécessairement répandre sur elle assez de lumière et de force pour faire qu’elle (la matière) la désire et qu’elle se meuve vers elle )3( De la même manière on répondra à celui qui ferait une objection au sujet de la similitude entre la matière, ou les autres substances, et l’agent premier (5): On posera (en principe) que le mouvement de ces substances est un mouvement d’aspiration et de désir; car, la matière se trouvant près de l’unité, elle doit percevoir de sa force et de sa lumière autant qu’il faut pour qu’elle aspire et incline vers elle, afin de recevoir la perfection et de passer du non-être à l’être (4), jusqu’à ce que, la
(4) Les mots ולא ישאר וכולי forment évidemment le complément de la phrase ; le \ dans ולא est donc superflu, à moins qu'il ne fasse ici la fonction de la conjonction arabe | 5. Peut-être faut-il effacer le ₪ dans שיהיה , de sorte que le complément de la phrase commencerait par ÿ"51; c'est dans ce sens que la phrase est construite dans la vers. lat. : א et, quum recipit formam, ]א per edm sciens et perfecta, 6] non restat aliud quod (non) adquirat. » ]| faut effacer dans cette version le dernier non.
(2) Littéralement : 11 faut qu'il se repande sur elle de sa lumière et de sa force ce qui puisse être la cause pour laquelle elle (la matière) la désire et ce qui puisse la faire mouvoir vers elle.
(3) C'est-à-dire : à celui qui demanderail quelle similitude il y a entre ces substances et l'agent premier (le créateur) pour qu'elles soient attirées vers lui. Voy. $ 49.
(4) Voici la vers. lat. de ce passage, qui diffère un peu de notre
Yolonté répandant sur elle la forme universelle et (la matière) s'unissant avec celle-ci, sa nature s’accomplisse, et qu’elle devienne intellect.
52. L’aspiration à l’agent premier (Dieu) et le mouvement vers lui sont répandus dans tout, mais diffèrent selon la proximité ou l'éloignement. Ainsi, par exemple, la matière hylique particulière aspire à la forme particulière; telle est la matière des plantes et des animaux, laquelle se meut, lors de la naissance, pour recevoir la forme de plantes et d'animaux ; elle est l’objet d’action de la forme particulière, qui agit sur elle. De même l’âme vitale aspire à la forme qui lui convient, c'est-à-dire à la forme sensible. De même encore l’âme rationaelle aspire aux formes intelligibles ; car (1) l’âme particulière, celle qu'on appelle lintellect premier, est d’abord comme une matière (hylé) qui reçoit la forme, et (cet intellect), après avoir reçu la forme de l’intellect universel, qui est l'intellect troisième, passe à l'acte, et on l’appelle alors l’éntellect second (2). Les âmes
texte : « scilicet, quia per hoc quod materia propius est unitati, com-
pellitur adquirere ab ea lumen et desiderium per quod moveatur.
ad illam et desideret cam ad recipiendum perfectionem et exeundum de non esse ad esse. »
(1) Le ms. hébreu porte 751, et de méme; nous avons substitué וזה כי , c'est que, car ce qui suit n’est évidemment que l'explication du mouvement de l'âme rationnelle. La vers. lat. a en effet : doc est quia.
(2) Par intellect premier, l'auteur entend évidemment ce que les philosophes arabes appellent généralement l'éntellect matériel ou hylique ( S Y D! Jin}; c'est une simple puissance, une disposition qu'a la faculté rationnelle pour abstraire les formes. Quand cet intellect a su abstraire les formes, il est devenu intellect en acle (Jails A) ו et, lorsque cet éntellect en 00/6 est devenu en quelque sorie la propriété de l'homme, de manière qu'il peut à tout insiant et sans faire de nouveaux efforts s'identifier avec les formes intelligibles, on l'appelle l'intellect acquis (ll sr) ; ce sont ces deux degrés de développement qui forment ce que l'auteur appelle l'inéellect second. Ce développement a lieu sous l'in-
particulières ayant ce genre de désir, les universelles doivent l'avoir également (1); je veux dire que l’âme universelle doit aspirer à l’universel 3%. On peut dire la même chose de la matière naturelle, c'est-à-dire de la substance qui porte les catégories ; car cette matière se meut également pour recevoir (d'abord) la forme des qualités premières (3), ensuite la forme minérale, puis la forme végétale, puis la vitale, puis la ration nelle, et enfin l’intelligible, jusqu’à ce qu’elle s'attache à la forme de l’intellect universel. Tu jugeiïas d’après cela du mouvement de toutes les choses universelles: et, d’après cette analogie , il faut que la matière première aspire à recevoir 8 forme première, afin d'atteindre le bien, qui est l’existence. On peut en dire autant de tout ce qui est de matière et de forme ; car la matière (imparfaite) se meut pour recevoir la forme du parfait, et, à mesure que l’être monte, les mouvements et les désirs diminuent, parce qu’il s'approche de la perfection (4). C’est pourquoi, à mesure que l’être monte et
fluence de l'intellect actif universel (J\aa)\ Jia)l), qui est appelé ici l'intellect troisième, et qui plus haut a 616 désigné comme intellect premier (voy. $ 25). — La théorie des Arabes sur l'intellect a été plus amplement exposée dans mes notes au Guide des Égarés, 1. 1, pag. 306 et suiv.
(4) Les âmes particulières sont les différentes facultés 66 6 humaine ; par les 07061 universelles, l'auteur entend les facultés de l'âme universelle, l’une des substances simples. Voy. ci-dessus, liv. III, 6 21 (pag. 49, note 4).
(2) Littéralement : aux (choses) universelles, c'est-à-dire, aux formes qui lui viennent de l'intellect universel.
(3) Sur les qualilés premières, voy. ci-dessus, pag. 88, note 1.
(4) Il y a ici une contradiction apparente avec ce que l'auteur 8 dit au $ 46, savoir que le mouvement devient plus lent à mesure que l'être s'éloigne de la perfection ; mais ici, en parlant de la diminulion du mouvement dans les régions supérieures, l’auteur veut dire que le mouvement y devient de plus en plus uni, précisément à cause de sa rapidité ; car, plus le mouvement est lent, et plus il peut
qu'il s’approche de la source de l’unité, son action est plus unie et plus durable, sans (l'intervention du) temps; car plus la chose est une dans son essence, et plus aussi son action est une, et, lorsque son action est une, elle fait beaucoup de choses dans un mème temps.
53. Tu me demanderas : Si l’union de la matière et de la forme à l’extrémité supérieure a lieu parce qu’elles désirent union, comment se fait-il que la division se répande à l’extrémité inférieure ? — Sache que, plus la matière descend et s’épaissit, et plus elle se multiplie, se divise et se sépare; ce qui fait que la forme aussi se multiplie, se divise et se sépare. Cependant, si tu examines toutes les choses distinctes qui sont en bas, tu trouveras que, bien qu’elles soient distinctes, elles tendent à se mélanger et à s'unir, et ce mélange 8 l’exirémité inférieure correspond à l'union (qui a lieu) à l’extrémité supérieure. Je dirai en général que, tant dans les régions supérieures que dans les inférieures, toutes les choses diverses et distinctes, c’est-à-dire les individus, les espèces, les genres, les différences, les propres, les accidents et toutes les 00808 opposées et contraires les unes aux autres, aspirent à se rassembler, désirent se mettre d'accord et cherchent à s'unir ; elles se rassemblent malgré leur division et se mettent d'accord malgré leur diversité, au moyen d’une chose qui les retient, les rassemble et les met d'accord. Le principe général de tout cela est que l’unité domine tout, pénètre dans tout et retient tout.
54. Si donc tu connais parfaitement l’existence de la matière universelle et de la forme universelle, leur quiddité, leur qualité, leur cause finale et tout ce qu’il est possible d’en connaître, et qu'alors tu les examines et les observes, tu
paraître multiple et interrompu par des intervalles de repos, tandis que le mouvement infiniment rapide est entièrement uni et se fait pour ainsi dire sans {emps, comme l’auteur va le dire. Voir aussi le
paragraphe suivant, et cf. ci-après, 6 63.
verras la matière comme si elle était un livre ouvert on un tableau sur lequel sont tracées des lignes, et la forme t'appsraîtra comme des figures tracées et des caractères disposés, qui procurent à celui qui les lit une connaissance parfaite 4 une science accomplie. Et, lorsque mon essence les environne et que je comprends les merveilles qu'elles renferment, je me trouve en quelque sorte entrainé per le désir de chercher celui qui a tracé cette figure merveilleuse et qui ₪ 666 noble forme (1),
55. S'élever jusqu'à la substance première et suprême « 0 chose impossible; mais s'élever à ce qui est auprès d’elle 4 (seulement) difficile. C'est pourquoi je dis que la matière et ls forme sont deux portes fermées et qu'il est difficile à l’intellect de les ouvrir (2) et d'entrer per elles, parce que l’intellect est au dessous d'elles, la substance de l'intellect étant composée d’elles. Celui dont l’âme est subtile et dont l’intellect est pur, de manière qu’il lui soit possible de pénétrer dans elles 6 d'entrer par elles, est arrivé au but, a atteint la perfection et est devenu (un être) spirituel et divin , jouissant de ce qui est près du bien parfait; son mouvement s'arrête et sa jouissanos est perpétuelle.
(1) Ainsi qu'on le reconnaft par la vers. lat., tout ce paragraphe dans l'original arabe était mis dans la bouche du disciple, qui paris à la première personne. C'est sans doute par inadvertance qu'ibs- Falaquéra a, dans la dernière phrase, conservé la première personne, quoique, dans ce qui précède, il substitue la seconde personne.
(2) Le ms. hébreu porte ,לפרסס ce qui n'offre aucun sens! nous avons substitué, par conjecture, .לפתחס Dans le ms. de la vers. lat. il manque ici quelques mots. Le mot ְהַהַכְּנס (infinitif
avec l'article) ne se lie pas bien avec לפתחסם (infinitif avec préfixe), et il vaudrait mieux dire D351)1. C'est un arabisme que le traducteur a sans doute conservé An inadvertance , car l'original arabe
portait probablement Js Ni le Ji! Je 9
Log. La méme construction se répèle dans la phrase suivante .(לפלש — וההכנס)
56. Les sources de la science et ses racines (!) sont (au nombre de) trois : la première science est celle de la matière et de la forme (2); la seconde est la science de la parole efficiente, C'est-à-dire de la Volonté &); la troisième est la science de la substance première. Celui à qui il a été possible de comprendre ces trois sciences générales embrasse toute chose par la connaissance, autant que le permet la faculté de l'intelligence humaine; et, après (avoir acquis) ces sciences, il ne lui reste plus rien à chercher, car tout y est contenu (4).
57. La différence entre le mouvement et la parole est celleci: la parole est une force infuse dans les substances spirituelles et qui leur communique la connaissance et la vie, et le mouvement est une force infuse dans les substances corporelles et qui leur donne l’action et la passion; car la parole, c'est-à-dire la Volonté, après avoir fait la matière et la forme et sy être attachée comme l'âme est attachée au corps, se répand dans elles et reste avec elles, et pénètre du supérieur à inférieur.
58. La preuve que la Volonté existe et qu’elle est en dehors de la matière et de la forme est tirée du mouvement qui est dans la Volonté, ainsi que de son ombre et de son rayonnement (5). Ce mouvement se trouve dans la substance corporelle et y est répandu; mais il n'appartient pas à la substance cor-
(4) C'est-à-dire, les sciences fondamentales.
(2) La vers. lai. ajoute : «et hæc est illa pars scientiæ quam adqaisivimus usque modo a principio. » C'est de cette science que traite le présent ouvrage ; l'auteur s’était réservé de traiter ultérieurement des deux autres. Cf. liv. 1, ₪ 3.
(3) Cf. ci-dessus, 6 41 (pag. 191, note 2).
(4) Vers. lat.: 6 quia totum continetur in illis et refertur ad iles. »
(39 C'est-à-dire : Ce qui prouve que la Volonté existe indépendamment de la matière et de la forme, c'est le mouvement, qui a sa base dans la Volonté (dont il émane), et qui, en se communiquant à des degrés différents, fait que certaines substances restent dans
porelle et il n’y a pénétré que par les substances spirituelles. Ce mouvement ne saurait être dans la substance corporelle tel qu’il est dans la substance spirituelle ; car la substance corporelle n’a pas, pour le recevoir, la même faculté que la substance spirituelle, parce qu’elle est plus éloignée de la source (que cette dernière), comme je te l’ai fait connaitre plusieurs fois. De même, il est impossible que, dans les substances spirituelles (elles-mêmes), la Volonté soit à l'égard de la substance inférieure (qui en est plus éloignée) ce qu’elle est à l’égard de la substance supérieure.
59. Dans les substances spirituelles comme dans les substances corporelles, la pénétration et l'impression de 18 Volonté doivent se manifester à divers degrés (1), à raison de ls diversité des substances, en fait de supériorité et d’infériorité, de proximité et d’éloignement, de spiritualité et de corporéité. La cause de la différence d’action de la Volonté doit être ramenée à la matière qui reçoit son action, et non pas à la Volonté en elle-même, comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois (3). De ce qui vient d’être dit, il s'ensuit que la Volonté produit dans la matière de l’intellect, sans (l'intervention du)
l'ombre , tandis que d'autres reçoivent la lumière de la Volonté. — Le suffixe féminin dans les mots וצלה וניצועותיה (son ombre et son rayonnement) ne peut grammaticalement se rapporter qu'au mot תנועה (mouvement); mais peut-être faut-il lire וצלו וניצועותין , avec le suffixe masculin se rapportant à רעון (volonté), ce qui serait plus naturel. En arabe les mots 5 Lu (mouvement) et כל | (volonté) sont l’un et l'autre du genre féminin, et le traducteur hébreu a peut-être fait ici une faute d'inadvertance. Dans la vers. lat il y a de l'ambiguïté, elle porte : > signum hujus sumptom est ex motu qui est ex voluntate et ab umbra ejus et radio.» Le pronom ejus peut se rapporter à molu ou à voluntate.
(1) Littéralement : Il faut que les degrés de la Volonté dans les substances spirituelles et dans les substances corporelles diffèrent en fait de pénétration et d'impression.
(2) Cf. ci-dessus, $ 18.
temps, l'existence, qui est la forme universelle portant toutes les formes; et l’action par laquelle la Volonté universelle produit la forme universelle dans la matière de l’intellect peut se comparer à celle par laquelle la Volonté particulière, c’est-àdire l’intellect particulier, produit la forme intelligible particulière ; je veux dire, que lintellect infuse cette forme dans l'âme et la lui apporte sans (lintervention du) temps. De même (la Volonté) produit, dans la matière de l’âme, la vie et le mouvement essentiel, et, dans la matière de la nature et de ce qui est au dessous, la locomotion et les autres mouvements. Mais (1) tous ces mouvements émanent de la Volonté, et c’est la Volonté qui les fait émaner (d’elle-même) ; 11 s’ensuit donc que toutes les substances spirituelles et corporelles sont mues par la Volonté. La Volonté, mettant en mouvement toutes les substances spirituelles, ainsi que les (substances) corporelles mues par elles, peut être comparée à la Volonté de l’âme mettant en mouvement le corps ou un de ses membres, tel que le cœur, lorsque l’âme juge que la chose a besoin de mouvement (3). — Et, si ce mouvement, je veux dire
(1) Quoique la vers. lat. porte également sed, on sent bien que la conjonction mais n'est pas ici à sa place, et que la suite des idées demande un autre mot. Je crois que le mot ]וצ qui se trouvait sans doute ici dans l'original arabe a été mal lu par les deux tra-
docteurs, qui ont prononcé ]צר sed, tandis qu'il fallait prononcer LE 3 ,
(nonne vides), ]צר גל 6 , nonne, mot qui est employé, comme ,וצר poor exprimer une forte affirmation. Le sens serait donc: « Nonne omnes isti motus orti sunt ex voluutate », c'est-à-dire, tous ces mouvements, par conséquent, émanent évidemment de la Volonté.
(2) Ce passage est un peu obscur ; il faut peut-être effacer le mot כלב (Lel que le cœur), ou lui substituer le nom d'un autre membre dont le mouvement dépende réellement de la Volonté de l'âme. Malheureusement la vers. lat. ne peut pas servir à rectifier notre texte: non seulement elle offre une leçon 1001 à fait différente, mais elle est en elle-même fautive et peu intelligible ; quoi qu'il en soit, nous la mettons sous les yeux du lecteur : « Quod
le mouvement répandu dans toutes les substances par le Velonté, varie de force et de faiblesse, c’est uniquement à cause de la diversité des substances qui le reçoivent, et non pas par sa diversité en lui-même, comme je l'ai dit.
60. Définir la Volonté est chose impossible ; mais, d’après ce qui précède, on peut la décrire (1), (en disant) qu’elle est une faculté divine, qui fait la matière et la forme et les lie ensemble, qui pénètre du haut dans le bas comme l'âme
pénètre dans le corps et s’y répand, qui meut tout et conduit tout. |