La matière et la forme sont comme le corps ou l'air
autem [voluntas] moveat omnes substantias [spirituales] et corporales, est exemplum quod voluntas animæ movet corpus aut quiescere facit aliquod membrorum ejus, v. g. sicut quies quum reünetur anhelitus, quia hoc contrarium est facienti motum. Et 6 motus qui diffusus est in omnibus substantiis, etc. »
(4) Sur les conditions de la définition et la différence qu'il y 8 entre définir et décrire, voyez les notes au 6 29 (p. 407 et 108). — ci le premier verbe, celui que nous rendons par définir, est exprimé par רשם (ar. ג( , et le second (c.-à-d.; décrire) par תאר (ar. Les), tandis qu'au 6 29 le premier verbe est גדר (ar. Ja), qui est le véritable terme pour désigner la définition, et le second verbe est .רשם La différence que nous venons de signaler se fait remarquer aussi dans la vers. lat., qui porte ₪ 6 29 : > diffinitio uniuscujusque illarum non est possibilis .. sed descriplio carum possibilis est »; et dans notre passage : « describere voluntatem impossibile est, sed tamen describitur quum dieitur, 040.2 S'il fallait prendre ces différents mots à la lettre, l'auteur paraîtrait dire que de la Volonté on ne peut pas même donner ce qu'on appelle une description, mais qu'on peut seulement la désigner (ie). Mais nous croyons que c’est seulement par inadverlance que l’auteur a ici changé les termes, et que, comme aa 5 29, il distingue seulement entre la définition et la description.
(d'une part) et l'âme ou la lumière (d'autre part) (1); la Volonté s’y attache, les lie ensemble et y pénètre comme l’âme (pénètre) dans le corps, la lumière dans l'air et l’intellect dans l’ême. Car, lorsque la Volonté pénètre dans la matière de l’intellect, qu’elle s’y répand et qu’elle se plonge dans sa totalité, cette matière acquiert par là la connaissance et perçoit les formes de toute chose; et, lorsque (la Volonté) pénètre dans la matière de l’âme, qu’elle s’y répand et qu’elle 88 plonge dans sa totalité, cette matière reçoit par là la vie et le mouvement et perçoit les formes selon sa faculté et selon son degré (de proximité) de la source de la vérité et de l’origine de la forme; et, lorsque (la Volonté) pénètre encore dans la matière de la nature et dans celle du corps et qu’elle s’y plonge, chacune de ces deux (matières) reçoit par là ce qu’elle a de faculté, de mouvement, de figure et de forme.
62. La Volonté, qui agit, peut être comparée à l'écrivain; lforme, produit de l’action, est comme l'écriture, et la matière qui leur sert dé substratum est comme le tableau ou
(4) Nous avons cru devoir ajouter après והנפש le mot והאור , le lumière, quoique ce mot ne se trouve pas non plus dans la vers. let. En général ce paragraphe est aussi corrompu dans le ms. Jat. que dans le ms. hèbreu. Le texte que nous avons adopté résulte de la combinaison des deux versions. Voici la vers. lat. : « Materia et forma est sicut corpus et aër et anima, et voluntas ligans illa et infusa in illis est sicut anima in corpore, sicut lumen in aëre el sicut intelligentia in anima ; quia, quando voluntas infunditur 1011 materiæ intelligentiæ, fit ipsa maleria sciens et comprehendens formas omnium rerum ; et [quando] ipsa infunditur in totam materiam animæ, fit ipsa vivens et mobilis , apprehendens formas secundum suam vim et secundum suum ordinem ab origine veritatis et formæ ; et, quando infunditur materiæ corporis, attribuit ei figuram, motum et formam. »
le papier )3(.- Or, comme la Volonté est une faculté spirituelle et qu’elle est même (?) au dessus de la spiritualité, il n’y 8 pas de doute qu'elle ne se répande dans la matière et ne l’environne avec la forme (3). On peut comparer à cela ls manière dont la faculté de l’âme, c’est-à-dire la faculté visuelle (#, qui ressemble à la lumière, se répand et s’unit dans l'air avec la lumière du soleil : 18 Volonté sera représentée par cette faculté (5), la forme par la lumière, et la matière par l'air (6), — C’est Dourquoi on dit que le Créateur Très-Hant
(1) L'auteur veut expliquer dans ce paragraphe : 4° en quoi la forme diffère de la Volonté, puisqu'on dit de l'une et de l’autre qu'elles pénètrent la matière ; 2° que, de même que Ja Volonté pénètre tout avec la forme, de même Dieu pénètre tout avec la Volonté.
(2) La conjonction אבל a ici, comme dans beaucoup d'autres passages, le sens de la conjonction arabe
(3) C'est-à-dire: en même temps que la forme environne ₪ matière. Vers. lat. : simul cum forma.
(4) Nous avons cru devoir ajouter le mot visuelle (MIN), qui ne se trouve pas dans le ms. hébr. (cf. liv. IV, % 22, pag. 84). Ce passage, qui est un peu obscur, a été peut-être défiguré par les copistes. 1[ est possible que les mots c'est-à-dire | 6 (visuelle) qui ressemble à la lumière ne soient qu'une glose explicalive qui est entrée dans le texte; la vers. lat. porte : 6 Exemplum autem hujus est sicut penetratio virlultis diffundentis lumen et unitio ejus cuin lumine solis in aëre. »
(5) C'est conformément à cette image que l'auteur dit ailleurs, en parlant de la Volonté, כהמשך האור היוצא מן העין , comme s'élend la lumière qui sort de l’œil. Voy. les passages du poème Kether Malkhouth (la Couronne royale) que nous citerons plus loin, en parlant des ouvrages d'Ibn-Gebirol.
(6) Le texte hébreu porte ויהיה הרצון במעלת הכח והצורה במעלת האור והאויר במעלת היסוד «La Volonté sera au rang de cette faculté, la forme au rang de la lumière et l'air au rang de la matière. » On s'aperçoit facilement que les derniers mots sont transposés et que logiquement il faudrait dire et la matière au rang de l'air. La transposition devait exister aussi dans l'origi-
85 trouve dans tout; car la Volonté, qui est sa faculté, se communique à toute chose et entre dans toute chose, 61 aucune chose n’est vide d’elle (1), puisque c’est par elle que toute chose existe et se maintient. Ne vois-tu pas que ce sont uniquement ג[ matière et la forme qui constituent l’essence de toute chose? or, la matière et la forme ne subsistent que par la Volonté, cr c’est elle qui les fait, qui les joint ensemble et qui les tient. [Et, si nous disons )3 que la forme tient la matière, nous ne parlons ainsi que par métaphore, parce que la forme reçoit de la Volonté la faculté par laquelle elle tient la matière. En voici l'explication : la forme est l’impression de l'unité, et ב[ faculté de tenir (ou d’embrasser tout) appartient 8 l’unité ; mais la Volonté est la faculté de l’unité; donc la faculté de tenir appartient à la Volonté (5). Mais la Volonté tient la matière par l'intermédiaire de la forme, c’est pourquoi on dit que la forme tient la matière ; car la forme, intermédiaire entre ת matière et la Volonté, reçoit de la Volonté et donne à la matière.] Ainsi donc, comme la Volonté pénètre (tout) et qu'elle est émanée de la source-première, (celle-ci) pénètre avec elle la matière et la forme; l’une et les autres (4) se trouvent dans toute chose et rien n’est vide d'elles.
ml arabe, car elle a été reproduite par la vers. lat., qui porte : «Erit ergo voluntas sicut virtus, et forma 51001 lumen, et aër sicut maleria. כ
(4) Cf. liv. ,זה 6 15, pag. 46.
(2) Ici, à notre avis, commence une parenthèse qui a pour but d'expliquer dans quel sens la faculté de pénétrer la matière et de la tenir est attribuée à la forme. La fin du paragraphe 66 6 évidemment à ce qui précède.
(3) Le texte hébreu étant tronqué, nous l'avons complété par la vers. lat. : « Manifestatio autem hujus hoc est quia forma impressio est unitatis et virtus retinendi unilatis est, et voluntas est virtus unilalis; ergo virtus retinendi voluntalis est. כ
(4) Par l’une l'auteur me paraît désigner la source première (Dieu) ; par les autres, la Volonté, la matière et la forme.
63. La Volonté pénètre tout sans mouvement et agit sur tout sans lemps, à cause de sa grande force et de son unité. Si tu veux te faciliter l'intelligence de ceci, figure-toi l’action que l’intellect et l’âme (rationnelle) exercent sur tout, sans mouvement et sans temps; et figure-toi encore comment la lumière se répand subitement, sans mouvement et sans temps, bien qu’elle soit corporelle et sensible (1). — Mais, lorsque} matière est épaisse et éloignée de la source de l'unité, elle ₪ trop loin pour recevoir l'impression de la Volonté de manièse que celle-ci la fasse subitement (3), sans mouvement et sans temps; c’est pourquoi il faut que la matière soit mue per ls Volonté dans le temps.
64. La Volonté est la source de la forme de l’intellect , qui est la forme parfaite (3); c’est la Volonté qui opère tout et qui met tout en mouvement. — La création des choses par le Créateur Très-Haut, je veux dire, la manière dont la forme sort de la source première, qui est la Volonté, et se répand sur la matière, peut se comparer à la manière dont l’eau sort de sa source et se répand peu à peu sur ce qui est auprès d'elle (W:
(4) Ici encore le texte a été complété au moyen de 1; lat: « Voluntas penetrat omnia sine motu et agit omnia sine tempore proptler suam magnam forliludinem et unilalem; et, quum solueris ut hoc facilius fiat tibi intelligere, imaginare actionem intelligentia 61 animæ in omni sine molu el sine lempore, et imaginare diffasionem luminis subito sine motu et sine tempore, quum sit corporale sensibile. »
(2) Le texte, auquel nous avons fait une légère correction, offre un peu d'obscurité dans la construction; au lieu de אותם (ou (ויפעל אותו , il faut peut-être lire .ומפעולתו La vers. lat. est encore moins claire, et il y manque évidemment quelques mots; elle porte : «sed (quia) materia, quando fuerit spissa, remota ab origine voluntalis, ad subito recipiendum actionem voluntatis, sine tempore et sine molu. »
(3) Vers lat. : « quæ est sapientia perfecta.
(4) Cf. ci-dessus, liv. II, 6 27.
seulement (la Volonté) procède sans interruption, sans arrêt, sans mouvement et sans temps. On peut comparer l’impression que la forme fait sur la matière, lorsqu'elle lui survient (de la part) de la Volonté, à l'impression que fait sur le miroir celui qui y regarde {!); car, selon cette comparaison, la matière reçoit la forme de la Volonté comme le miroir reçoit l'image de celui qui y regarde, sans que la matière reçoive l'essence même de ce dont elle reçoit la forme. On peut encere comparer (cette impression) au sens recevant la forme de la chose sensible sans en recevoir la matière (?) [car le sens reçoit la forme de la chose sensible sans en recevoir la matière, de même que l’intellect reçoit la forme de la 01086 86 sans en recevoir la matière] (3); et de même, toute chose qui agit sur une autre n’y agit que par sa forme, qu'elle lui imprime.
65. Tu me demanderas maintenant : Pourquoi l’âme estelle privée des impressions de la science, de sorte qu’elle 8 besoin de s’instruire et de se ressouvenir ? — Sache que l’âme est créée avec la vraie connaissance, d’où il s’ensuit qu’elle possède en elle-même une connaissance qui lui est propre. Mais, lorsque l’âme s’unit avec la substance et se confond avec elle par le mélange et l’union, elle est éloignée de la réception de ces impressions; celles-ci restent cachées dans elle (4), car les ténèbres de la substance la couvrent de manière à obscurcir sa
(4) Les mots בהטביע המעיין במראה (à l'impression, 610.( nécessaires pour compléter la phrase, manquent dans le ms. hébreu et ont êté ajoutés par conjecture. La vers. lat. est également ]80tive; elle porte : « sigillatio autem formæ in materia, quando advenit ei a voluniate, est Llanquam resultat in 60 ex inspectore. »
(2) Cf. ci-dessus , pag. 48, note 1.
(3) Cette parenthèse manque dans la vers. lat.
(4) C'est-à-dire: elles sont empêchées de se développer. Ces derniers mots ne sont pas exprimés dans la vers. lat.; il vaudrait
peut-être mieux les supprimer, car ils ne se rattachent pas bien à ce qui précède.
lumière (1), et sa substance s’épaissit ; elle devient alors comme un miroir transparent qui a été appliqué sur une substance trouble et épaisse, de manière que sa lumière se trouble et que sa substance s’épaissit. — C’est pourquoi le Créateur Très-Haut a formé la substance, qui est ce monde qu'il 8 établi dans cet ordre régulier; et il a disposé pour l’âme les sens, afin qu’elle pût, par ceux-ci, percevoir les figures et les formes sensibles, et arriver par là à percevoir les formes et les figures (3) intelligibles et à passer de la puissance à l'acte (5). C’est pourquoi nous disons qu’on ne peut s'élever à la connaissance des substances secondaires et des accidents secondaires que par celle des substances premières et des accidents premiers (4). — 1[ résulte donc de ce qui précède que (ce qu'on peut appeler) la connaissance sensible ne laisse dans l'âme, comme impression, autre chose que 06 que nous avons dit (5), et que l'âme, en percevant le sensible, ressemble à un homme qui regarde pour voir certaines choses, et à qui il n’en
(1) La vers. lat. a plus littéralement : « ideo quod cooperuit eam tantum tenebrositas (lisez tenebrositatis) substantiæ quod extinxit lumen ejus.» Les mots מה שהתשיך forment le sujet du verbe -כסף
(2) Il faut peut-être cffacer le mot והתבניות (et Les figures), qui cependant est aussi exprimé dans la vers. lat.
(3) Plus littéralement : par lesquelles elle passe de la puissance à l'acte. D'après la vers. lat. (et in ea prodeunt de potentia ad effectum), il faudrait traduire : qui passent, dans elle, de la puissance à l'acte (en hébreu בה YNYYW). Le texte arabe avait probablement Les 7 53 le traducteur hébreu a avec raison considéré l'âme comÉs sujet du verbe : JE 4 et rapporté le suffixe dans Les aux formes, tandis que 16 traducteur latin a fait l'inverse. Les deux versions peuvent donc se justifier au point de vue de la syntaxe arabe ; mais notre version hébraïque cst préférable.
(4) Voy. ci-dessus, liv. 11, 6 11 (pag. 17, note 1).
(5) C'estè-dire, que la connaissance sensible contribue à faire passer l'âme de la puissance à l'acte. Cf. le paragraphe suivant.
— A4 — reste, lorsqu'il s’en éloigne, que la vue de l’imâgination et de la pensée.
66. Et le profit que l’âme retire de son attachement aux choses sensibles, c’est qu’elle se clarifie et se purifie et que ce qui était une faculté cachée (dans elle) passe à l'acte, ainsi que je l’ai dit plus haut ; je veux dire, (qu’elle arrive à) la connaissance des substances secondaires et des accidents secondaires par celle des substances premières et des accidents premiers.
67. La matière correspond à la substance (première, je veux dire qu'elle est créée par celle-ci, et la forme correspond à l'attribut de cette substance, je veux dire à la science et à l'unité, quoique (à proprement dire) la substance n’ait point d’attribut en dehors de son essence; et c’est là la différence entre l'agent et l’objet de l’action, car l’agent est une substance wne (1), tandis que l’objet de l’action (se compose de) deux substances, qui sont la matière et la forme. Je m'explique : La substance première — [qu’elle soit sanctifiée ![ (2) — forme avec son attribut une véritable unité sans distinction aucune ; mais la matière et la forme sont distinctes, car elles sont à l'extrémité de l'impression de l'unité ; et par extrémité je veux dire ici le commencement de son action, car elles sont ce qui la suit immédiatement. Tu peux en juger aussi par la multiplicité qui atteint la forme, à mesure que la substance s'éloigne du degré occupé par la source de l'unité. Car, pour m’expliquer plus clairement, la matière de l'intellect est plus fortement unie à la forme et est d’une plus grande simplicité que la matière de l’âme; et de même la matière de l’âme est plus unie à la forme et plus simple que la matière de la nature, (et ainsi de suite) jusqu’à ce qu’on arrive au corps, où il y a
(4) Vers. lat. : «quia factor est essentia designata essentialiler », c'est-à-dire une substance dont l’atiribut est dans sa propre essence. (2) Le mot יתקדש (sanctificetur) indique que par substance première l’auteur entend Dieu.
beaucoup plus de multiplicité et de diversité. Et de même, au degré de la corporéité (il y a encore des variations); car le corps de la sphère céleste est plus fortement uni et plus simple que les corps des éléments, et, dans les éléments mêmes, le supérieur est plus fortement uni et plus simple que Finférieur (1). Et en cela il y a une preuve que la matière universelle et la forme universelle tiennent de près à l'unité, comme étant sa création immédiate, et que, dans la nature, la matière reçoit la forme de l’unité comme une chose distincte et séperée, parce que l’une porte et que l’autre est portée (2).
68. De ce qui vient d’être dit il s'ensuit que la substance première — [qu’elle soit sanctifiée ! | — existe d’une certaine manière par laquelle elle se distingue de toute autre chose (),
(4) Il faut se rappeler que, selon Aristote , les quatre éléments ont leurs régions particulières et forment des sphères qui s'environnent les unes les autres. La terre est entourée par l'eau et celle-ci par l'air, qui, à son tour, est environné par le feu. Voy. la Physique d'Aristote, liv. IV, chap. 5 , et le Traité du Ciel, liv. IV, chap. 5. — Le feu par conséquent est plus simple que l'air, et ainsi de suite. Cf. ci-dessus, liv. 11, 27 (pag. 33).
(2) Le texte de ce passage étant un peu obscur, nous donnons la vers. lat., quoiqu’elle ne soit pas non plus exempte d'obscurité : « Et hoc est signum quod materia universalis et forma universalis sequuntur unitatem conseculione creaturæ , et quod materia retipit formam ab unitate secundum diversitatem perceptionis in nature, quia unum eorum est sustinens, alterum sustentatum.x» Le mot secundum est incertain ; il me semble qu'au lieu de 200860070 di versilatem perceplionis, il faut lire perceptione diversitatis. — Le sens est: La matière universelle et la forme universelle, étant la création immédiate de l'unité, sont tellement unies qu'elles forment presque une unité absolue, et qu'on n'y distingue plus ce qui porte et ce qui est porté ; tandis que, dans la nature, la forme peut être conçue comme une chose distinete et séparée de la matière. > (3) C'est-à-dire : la substance divine est une et n'a point d'attribut en dehors de son essence, tandis que les autres substances sont mulLiples. |
et il s’ensuit encore qu'il vient d'elle une substance (existant) d'une (autre) manière, savoir, la matière avec la forme (1). Toutefois , il y a là un procédé nécessaire, et cependant les philosophes appellent la matière une possibilité (3); mais, si la matière a été appelée une possibilité, c’est uniquement parce qu'en elle il y a la possibilité de recevoir la forme, c’est-à-dire de se couvrir de sa lumière , tandis que cette nécessité (dont nous avons parlé) tombe sous la Volonté (5), car la Volonté est au dessus de la forme.
69. La forme vient d’en haut, et la matière la reçoit en bas ; c'est-à-dire, que la matière est un substratum, dans ce sens qu’elle se trouve sous la forme et que la forme est portée par elle. Le preuve en est que (Être) qui donne la forme est au dessus de toutes les choses, d’où il s’ensuit que ce qui la reçoit est au dessous d'elle. Ensuite, cet être (qui donne la forme) est l’Étre véritable, il faut donc que l'existence émane de lui; c’est pourquoi, plus l’être s’approche de la source de l'existence, et plus sa lumière est forte et son existence stable. Dans les sens même, il y a quelque chose qui témoigne de cela;
(4) La matière et la forme ne font qu'une seule substance et n'ont pu émaner que simultanément de la Volonté créatrice: car celle-ci en créant n’a pu faire la matière seule, qui est le non-étre.
(2) Le commencement du paragraphe dans la vers. lat. diffère wo peu de notre texte. Le disciple dit : « Secundum quod dixisti. quia ossentia prima sancla est alicujus proprietatis essentialis propter quam 018/81 ab omni re, oporiet ut habeat esse ab ea essentia quæ sit proprielalis exiernæ הסט est materia et forma, et hoc videtur necessarium ; sed philosophi solent appellare matenam possibilitatem. כ — Le mot que, nous lisons externæ est écrit ezne; il faut peut-être lui substituer le mot alicujus ou alius.
(3) C'est-à-dire : La nécessité est uniquement du côté de la Volonté, qui est au dessus de la forme et qui crée nécessairement le matière et la forme ensemble. Vers. lat.: « Et hæc necessitas non advenit nisi quis est infra voluntatem et voluntas supra formam.» Cote version n'est pas bien claire et ne me paraît pas exacte.
car l’étre convient à la substance plutôt qu’à l’accident et 4 la quantité plutôt qu’à la qualité (1), 70. La matière reçoit la forme de la substance première par l’intermédiaire de la Volonté, qui donne la forme, laquelle siége sur elle (sur la matière) et y repose (2). La preuve que
(1) La quantité est à Ja qualité ce que la substance est à l'accident. Voy. liv. 11, 98 8 et 40. — Sur ce paragraphe, voir aussi l'analyse.
(2) La construction du texte hébreu, tel que nous l'avons reproduit d'après notre ms., est un peu forcée; car des trois participes, חונה ,נותן et שוכנת 3! faut que le premier se rapporte à la Volonté et les deux derniers à la forme. Mais il est impossible de construire autrement, dès qu'on admet comme correct le participe féminin m5, ce qui nous oblige aussi de considérer le second participe דזונה comme féminin et de prononcer rain. Nous n'avons pas voulu
changer arbitrairement la leçon de notre ms. hébreu ; mais la vers. lat. nous offre une construction bien plus naturelle et nous fait supposer que le copiste hébreu a sauté quelques mots. Voici cette version : « Disc. Materia est receptrix formæ ab essentia prima sine medio aut cum medio ? — Mag. Cum medio, mediante voluntate, et ideo dicitur quod materia est sicut cathedra unius, et voluntas donatrix formæ sedet in ea et quiescit supra eam. » (Les mots que nous lisons cum medio mediante sont incertains.) En admettant cette leçon, il faudrait changer, dans le texte hébreu, le participe שוכנת en שוכן , et lire ainsi: והיסוד מקבל הצורה מהעעם הראשון באמצעות הרעון ועל כן יָאָמֶר כי היסוד ככסא .ל אחד והרצון נותן לצורה חונה בו שוכן עליו Ce n'est donc pes de la forme, mais de la Volonté, qu'il est dit ici qu'elle siége sur la matière, laquelle est représentée comme le trône de l'Être absolument un, ou de Dieu. L'auteur ferait alors allusion au trône de ia gloire הכבוד NDS (Cf. 1 018, XXII, 20; 18816 VI, 41), dont il est souvent question dans les traditions juives, et qui plus tard a été, Lantôt mis dans un rapport immédiat avec la matière première, tantôt identifié avec celle=ci. Déjà dans les Pirké Rabbi Éliéser (chap. IP, la matière première est désignée allégoriquement comme ln neige qui se trouve sous le trône de la gloire; tel est du moins le sens que Maïmonide et d'autres philosophes juifs prétent ”
k Yolonté est autre chose que la forme, c’est que la forme a besoin de (quelque chose) qui la meuve, la mesure ct la partage ; et (nous pourrions citer) d’autres circonstances dans lesquelles il y a une preuve (de l'existence de la Volonté.
11. J'ai déjà comparé la création à l’eau qui jaillit d’une source et à la figure qui se reflète dans un miroir (1). — Elle peut encore être comparée à la parole prononcée par l’homme ; cr, lorsque l’homme prononce une parole, sa forme et son sens s'impriment à l'oreille et à l'intelligence de l'auditeur. Et c'est ainsi qu'on dit, par approximation (au figuré), que le Créateur Très-Haut a prononcé une parole dont le sens s’est imprimé dans l'essence de la matière, qui l’aretenue; c’est-àdire que la forme créée s’est tracée et imprimée dans la matire. — La voix est semblable à la matière universelle; car la
au passage de Rabbi Éliézer. Selon Maïmonide , la matière serait désignée, dans l'Exode (XXIV, 10), par l'ouvrage de l'éclat du saphir qui se trouvait sous les pieds de l'Éternel, où la version chaidéenne remplace les mots sous ses pieds par [65 mots sous le trône de sa gloire (Noy. Guide des Égarés, 15 partie, chap. וז אא ; Île partie, chap. XXv1). Moïse, fils de Salomon, de Salerno, dans son commentaire inédit sur le Guide des Éyarés (11, 26), cite au nom de Rabbi Jacob ben-Abba-Mari ben-Autoli une explication turicuse donuée par l'empereur Frédéric 1] sur le passage de Rabbi Éliézer : « La matière, disait l'empereur, a été 06518066 par le sage sous le nom de neige. symbole de la blancheur, parce que ce qui est blanc est apte à reccvoir toutes sorles de couleurs, et que de Même la inaticre est apte à recevoir loutes sortes de formes ; la matière donc a été comparée à la neige, désignée dans l'Écriturc- Saiute par les mots comme un vuvrage de la blncheur du saphir.» NN וכתב החכס ר' יעקב במאמרו הנזכר כי המלך פדריקו טעס לדבר החכס שלקח שלג במקום החומר לפי שהשלג הא ne כשהמקבל הוא לבן אז יקבל כל pau לבנה וכל מקבל צבע שירצה האדם כן החומר הראשון הוא מקבל כל הצווות von על כן רמהו החכס לשלג המכונה במעשה לכגת Ms. bébr. de la Biblioth. imp., u° 238, fol. 913 b. (1) Voy. ci-dessus, $ 64, et liv. 11, 8 27.
voix est une matière générale 1) portant toutes 168 voix particulières, qui (à leur tour) portent les sons, les motions et les intervalles (2). Mais la forme extérieure est celle de la parole entendue, qui se divise en formes particulières portées per chacune des matières particulières — [et par matières particulières je veux dire les sons (5)] —, tandis que la forme intérieure est le sens indiqué par la parole; et chacune des deux choses a besoin d’un agent pour être ct pour subsister (4).
12. Il est clair, par tout ce qui précède, qu'il n’y 8 dans les êtres créés que la matière et la forme )"( ; il est clair aussi que le mouvement est une force émanée de la Volonté, et enfin que la Volonté est une faculté divine qui pénètre tout, comme la lumière pénètre l'air, l’âme le corps, et l’intellect l’âme.
73. Efforce-toi constamment de comprendre l'essence de la matière universelle et de la forme universelle, chacune à part et abstraction faite de l’autre, et de comprendre le mode de diversité qui atteint la forme (6), de quelle manière elle se communique et pénètre la matière dans le sens absolu, et comment elle parcourt toutes les substances selon leurs diffé-
(4) Voy. ci-dessus, pag. 93, note 1.
(2) Littéralement : les interruptions ou les pauses (vers. lat. distantiæ). L'auteur parait entendre par là l'accentuation qui observe bicn les distances entre les syllabes ou les mots. Sur le mot motion, voy. ci-dessus, pag. 93, notc 1.
(3) La vers. lat. est plus explicite : « Intelligo autem per formas parliculures motus, 61 per matcrias particulares 10008. »
(4) L'agent de 98 forme extéricure est l'âme vitale, celui de la forme intérieure est l'âme rationnelle. Voy. liv. HI, 9 30.
(5) Cette tournure de phrase, qui se retrouve plusieurs fois (ef. I, 31: EN, 8), exprime unc forte affirmation ; le sens est qu'il faut admettre que toutes les choses créées ont matière et forme, et qu'il n'en est pas autrement.
(6) C'est-à-dire : de quelle nature est la diversité qui affecte 8 forme. Vers. lat. : « qualiter est diversitas quæ accidit in forma. »
rents degrés ; discerne la matière de la forme, la forme de la Volonté et la Volonté du mouvement, et distingue, dans ton intelligence, toutes {ces idées) les unes des autres, par une distinciion vraie. Quand tu auras de tout cela une connaissance solide, ton âme se purifiera et ton intelligence deviendra claire et pénétrera dans le monde de l'intellect, et tu embrasseras du regard l’universalité de la mnatière et de la forme. Et la matière avec tout ce qu’elle a de formes sera comme un livre placé devant toi {!); tu regarderas les signes qui y sont tracés, tu contempleras ses figures au moyen de ta pensée, et alors tu espéreras savoir ce qui est derrière cela. Le but de tout cela sera de connaître le monde de la Divinité, qui est tout à fait grand, tandis que tout ce qui est au dessous est, en comparaison de lui, extrêmement petit. A cette connaissance sublime on arrive par une double voie (?) : d’abord par la connaissance de la Volonté, qui environne la matière et la forme, c'est-à-dire de cette faculté supérieure qui est pure de tout mélange de matière et de forme (5); mais, pour parvenir à la connaissance de cette faculté qui est entièrement distincte de la matière et de la forme, il faut s’attacher à la faculté qui est revètue de matière et de forme (f), et monter avec cette faculté
(1) CE liv. 11, S 10.
(2) Littéralement : de deux côlés ou manières (vers. lat. duo modi) ; mais on cherche vainement dans ce qui suit le mot השני , secundus, correspondant an mot האחד , unus. L'auteur veut dire qu'on ne peut arriver au monde de la Divinité que par la science de Ja Volonté, mais que celle-ci à son tour suppose la connaissance de la matière et de la forme ; c’est donc une double voie qu'il faut parcourir. .
(3) Littéralement : qui na rien revétu de la matière ni de la forme.
(#4) Par ces derniers mots, l'auteur paraît indiquer l'intellect universel ou les substances simples en général. Nous donnons ici la vers. lat. de tout ce passage, qui diffère un peu de notre texte, mais dont la lecture présente quelques difficultés. Voici comment
par degrés, jusqu’à ce qu’on arrive à son origine et à sa source —===, Le fruit qu’on recueille de ce travaik c'est d'échapper à la mor—t et de s'attacher à la source de la vie.
74. Si tu me demandes par quel secours on arrive à -₪-----%ת) liser) cette espérance sublime : Il faut (dis-je) te séparer 00. choses sensibles, t’enfoncer dans les choses intelligibles e5 === t'attacher à celui qui donne 16 bien; car, si tu fais cela, iE :שש[ jetiera son regard sur toi et te fera le bien, car 11 est la sources de bienfaisance. Qu'il soit loué et 648116 | Amen.
nous lisons : « Perveniendi ad hanc scientiam duo sunt modi: unu===s est per scientiam de voluniale secundum quod infusa est in bles materiam et formam; et sensus, per scientiam de voluntate compre=— hendente materiam et formam, quæ est virtus allissima, secunduæræ=
quod cum nihilo inateriæ et formæ est commixta; sed ascendere 8
scientiam hujus virtutis, secundum quod non 681 permixta males
et formæ, poteris per suspensionem ansmi in virtute, secundurmæ
quod [est] permixta materiæ et formæ, etc.