XI. De propris viribus hominis
Le quatrième chapitre a été peut-être intercalé plus tard, car il n’en existe pas de traces dans le prologue, où le traducteur indique brièvement le contenu de l'ouvrage.
En parcourant cet ouvrage, on peut facilement se convaincre qu’il appartient à un auteur qui professait les doctrines exposées dans le Fons vitæ , et qui admettait une matière universelle commune aux choses corporelles et spirituelles , en soutenant que toutes les substances, hormis Dicu, ont une matière. Cette dernière thèse est longuement développée dans
le huitième chapitre , que l’on peut considérer comme un ré- “samé du Fons vilæ, et notamment du livre 1V, dont un grand
(4) L'auteur se prononce dans le dernier sens.
nombre de passages s’y trouvent textuellement reproduits. Les autres chapitres offrent également çà et là des passages qui rappellent le célèbre traité d’Avicebron. Nous nous contentons de citer le passage suivant du chapitre 41 : > Simplex autem non potest conjungi spisso sine medio quod habet similitudinem cum extremis. ltem, anima non apprehendit sensibilia per se nisi mediante spiritu, qui est substantia sentiens consimilis utrisque extremis et est media inter corporeitatem sensibilium et spiritualitatem animæ rationalis (1). »
Néanmoins , si ce traité a pour auteur Avicebron, il faudra nécessairement admettre que le traducteur s’est permis çà et là des interpolations. Le dernier chapitre notamment nous offre quelques citations du Nouveau Testament et une autre de Boëce, qui n’ont pu être faites ni per un juif ni par un musulman. On y trouve aussi une observation sur l’étymologie du mot latin mens, ce qui révèle également un écrivain chrétien. Mais ces interpolations n'ont rien qui doive nous étonner. Ce qui paraît certain, c’est que l'ouvrage a été traduit de l'arabe ; le système qui y est exposé est celui du Fons vitæ. 1/80teur parle toujours en son propre nom, et rien ne s'oppose à ce que nous considérions Avicebron comme l’auteur de ce Traité de l'âme. J’ajouterai encore que cet ouvrage n'était point inconnu aux auteurs juifs. Rabbi Gerson ben Salomon, de Catalogne, dans le XIl° chapitre de son livre Scha'ar heschamaiïm (La Porte du ciel), espèce d’encyclopédie des sciences philosophiques, a reproduit presque textuellement divers chapitres de notre traité , bien que les passages qui nous font particulièrement reconnaitre Ibn-Gebirol n’y aient laissé aucune trace.
Ce qui vient encore à l'appui de notre supposition , que dans un recueil hébreu récemment publié, et qui renferme plusieurs pièces inédites (2), on trouve un chapitre sur l’âme
(1) Cf. nos Extraits de la Source de vie, liv. 111, 5% 3 et 8.
(2) Voy. חמרה גנוזה קגז M. Hirsch Edelmann (Kônigsberg, 1856, in-8).
altribué à Ibn-Gebirol et qui est consacré précisément à une des questions traitées dans notre Tractatus de anima. Le chapitre roule sur la question de savoir si les âmes ont élé créées ou non avant la création du monde. 1[ est vrai que ce chapitre ne se retrouve pas textuellement dans notre traité, et il nous paraît même évident qu'il appartient à un auteur chrétien et qu’il a été traduit du latin en hébreu; mais le titre qu’il porte prouve toujours qu’on avait connaissance d’un ouvrage composé sur cette matière par Ibn-Gebirol.
Nous ne pouvons pas entrer sur ce sujet dans de plus longs détails ; mais nos indications pourront servir de guide pour des recherches ultérieures.