‹ Mélanges de philosophie juive et arabeChapitre 26 sur 55 · QUATRIÈME LIVRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LIVRE

Le sujet traité dans ce livre est d’une haute importance; car les scolastiques, et notamment saint Thomas et Albert le Grand, considèrent Avicebron comme le premier qui ait attribué une matière 8 l’âme et aux autres substances simples, et cette doctrine a été regardée en quelque sorte comme le point principal du système d’Avicebron 3.

(4) A la fin de ce livre, le disciple dit dans la vers. lat. : « Jam manifestasti mihi in hoc tractatu tertio esse substantiarum simplicium (cod. sensibilium), quod nullus præler 46 potuit revelare. »

(2) L'analyse de ce livre nous présente quelques difficultés ; 087 le ms. de la vers. lat. a évidemment subi ici, par le copiste, de nombreuses transpositions, de sorte que les paragraphes et même les phrases se trouvent souvent brusquement interrompus et n'offrent pas de suite. Dans nos extraits hébreux, les premiers paragraphes paraissent également avoir subi quelques transpositions. — Nous nous sommes aidé du Trailé de l’âme {Tractatus de anima), dont nous avons parlé plus haut (pag. 170 et suiv.), et dont le huitième chapitre peut être considéré en grande partie comme un résumé de notre quatrième livre.

(3) Voy. saint Thomas, Quæstiones disputatæ, quæst. de anima, art. VI (édit. de Lyon, fol. 153 a) : = Quidam dicunt quod anima et סמוממוס‎ Omnis substantia præter Deum est composita ex materia et forma. Cujusquidem positionis primus auctor invenitur Avicebron, auctor libri Fontis vitæ. » Albert le Grand, Summa totius theol., part. 1, tract. IV, quæstio XX (Opp. omn., tom. XVII, pag. 77 a): = .... 1106 enim necesse est concedere omnes illos qui corporalium

Pour prouver sa thèse l’auteur fait ressortir en premier lieu l'analogie qui existe entre le monde supérieur et le monde inférieur, dont l’un est le prototype de l’autre. Or, comme dans le monde inférieur on peut distinguer partout un substratum général, qui est la matière, et quelque chose de particulier, qui est la forme, et que les substances simples qui produisent des effets différents ont évidemment des formes différentes, s'ensuit que ces substances auront également un substratum général ou une matière (8$ 4 et 8).

D'un autre côté, les formes des substances simples, quoique différentes, ne sauraient être numériquement distinctes, 6 elles forment toutes une unité; elles ne se distinguent que per la matière qui les porte, et qui est plus ou moins subtile à mesure qu’elle approche ou s'éloigne de la source première de toute perfection ($ 2) (11.

Les substances appelées simples sont donc également 00₪-

et incorporalium dicunt esse materiam unam; super quam -6ן‎

tionem videtur esse fundatus liber qui dicitur Fons vilæ , quem 0168

quidam factum fuisse ab AVICEBRON philosopho. » Cf. le même

auteur, De causis et processu universitalis, lib. 1, tract. 1, cap. 5.—

Ces auteurs ignoraient évidemment que la même doctrine avait déjà été professée par Plotin, qui emploie plusieurs des arguments dont se sert aussi Avicebron. Là où il y a une forme, dit Plous, il y a aussi quelque chose de formé, c'est-à-dire une matière qui reçoit la forme. Il considére également le monde inférieur comme une image du monde supérieur, d'où il conclut que celui-ci, comme l'autre, doit être composé de matière et de forme : Ei 54 uopgd, ter: xai 6 popprüuivov, mepi 0 מ‎ 8000000 ÉcTIV, 006 xx Üln y À TÈV poppiv Êsynpévn * xœi Wei T0 Vnoneiuesvov * 674 6] 00206 vonrôc דל‎ éxei, piunua 54 00706 éreivou, 09106 ds 00900706 rai 15 למגל‎ xaxtà 64: עמגט‎ iv. (Enneades, 11, 4, 4.) Cf. Giordano Bruno, De le causa, principio et uno, dialogo IV (Opere, édit. de Leipzig 1830, 1. 1, pag. 270); Ritter, Geschichte der Philosophie , 1. IV, pag. 588. On est frappé de l'analogic qu'offrent les paroles de Plotin avec plusieurs passages de la Source de vie.

(4) Cf. ci-dessus, pag. 65, note 2.

posées de matière et de forme ; elles sont appelées simples par rapport à la corporéité qui est au dessous d'elles, mais elles sont composées relativement à ce qui est au dessus d'elles, comme la Volonté et l’agent premier, qui sont d’une simplicité absolue. Il s’agit seulement de considérer comment les matières et les formes de ces substances simples sont disposées les unes à l’égard des autres, et on y remarquera une gradation analogue à celle des matières et des formes dans les substances composées (f$ 5 et 6). L'auteur détermine ici de nouveau l'idée de la matière, pour montrer qu’elle n’a pas d’existence réelle sans la forme (8 7).

La thèse principale de ce livre est ensuite appuyée par un grand nombre de démonstrations, dont nous nous bornerons à citer celles qui nous ont paru les plus importantes :

4° Une des preuves les plus fortes a déjà été donnée au premier livre, où l’auteur montre que toutes les différentes substances (et notamment aussi les substances simples) se rencontrent dans l’idée de la substantialité; il faut donc qu’il y ait quelque. chose qui les embrasse toutes, et quelque autre chose per quoi elles diffèrent, ou, en d’autres termes, qu’elles soient toutes composées de matière et de forme ‘1).

2° Une autre preuve, qui s'applique particulièrement aux

(4) Voy. ci-dessus, pag. 178. Cf. Tractatus de anima, cap. VIII, fol. 44 recto : « Omnes substantiæ, tam simplices quam compositæ, conveniunt in hoc סט‎ omnes sunt substantiæ, sed propriis formis diversæ substantiæ. Necesse est igitur ut sit hic substantia communis in qua conveniant et quæ det intellectum omnibus substantialitatis æqualiter ; quæ non est eis forma, sed materia, quod sic probatur : Nulla conveniunt in quo differunt, sed omnia formis differunt ; formis ergo non conveniunt, sed conveniunt in substantia ; ergo substantia non est eis forma, sed materia, quæ una est omnium substantiarum et qua omnes participant. Nuila autem forma est qua omnes participant, nisi upitas; unitas vero non est substantia. Ergo substantia maleria est cui adveniunt formæ corporeiltalis et spiritualitatis, id est quæ sunt corpgreilatis et spiritualitatis et sunt corporea et incorporea. »

substances simples , est celle-ci : Les substances simples sont nécessairement ou matière seule, ou forme seule , ou matière et forme à la fois. Or, si elles étaient seulement matière, elles ne différeraient en rien, et elles seraient toutes une seule substance ; elles ne pourraient pas non plus agir, car l'action appartient à la forme: et elles n'auraient même pas d'existence réelle , car la matière n’a d'existence que par la forme. Elles ne ‘peuvent pas non plus être de pures formes, car la forme n’a son existence que dans la matière. Il faut donc qu’elles soient à la fois matière et forme; car on ne saurait admettre qu’elles ne soient ni l’un ni l’autre, c’est-à-dire qu’elles soient quelque chose en dehors de la matière et de la forme (1).

(4) Voy. Tractatus de anima, fol. 14 recto : « Substantiæ simplices aut sunt materiæ tantum , וטג‎ sunt formæ lanlum, aut nec materia nec forma , aut matcria et forma simul. Si autem substantiæ tas tum materiæ essent, profecto in uullo differrent, sed omnino unum essent, quia materia rerum una est, non diversa in se ; nec aliquid agerent, quoniam actus formæ est, non materiæ, quod enim intelligenti satis manifestum est : si enim ex hoc quod materia sunt aliquid agerent, 6מט]‎ quicquid ex matcria 051 , illud ageret. Item, si substantiæ spirituales tantum materia essent, tunc non haberent esse; materia enim non habet esse nisi per formam. Item, substantiæ spiriluales non possunt esse formæ tantum; forma enim non habet esse nisi in materia, etc.» — Cf. le ms. du Fons vitæ, fol. 201 d et 202 a, et nos Extraits, 6 8. — 1! résulte déjà de cette démonstration générale que les substances simples, élant toutes actives et ayant chacune leur action particulière dans l'univers, ne sauraient être considérées les unes comme matière. les autres comme forme. Cependant Avicebron met encore dans la bouche du Disciple la question suivante : «Quid respondebis si dixero quod substantia animæ est maleria ct substantia intelligentiæ forma ל‎ » Le Maître répond : « Non est possibile quod substantia | animæ sit maleria, quia composita est et quia intelligentia est superior ea, et quia est agens. Similiter non est possibile ut substantia intelligentiæ sit forma, quia est etiam composita. Signum auterm hujus est convenientia caærum qum ceteris substantiis simplicibus in substantialitate et diffcrentia earum in sapientiæ perfectione. ₪

3° Dans toute chose intelligible, de même que dans les choses sensibles, on distingue une qualité et un objet qualifié, comme par exemple la spiritualité et ce qui est spirituel, la rationnalité et ce qui est rationnel ; en un mot, on y distingue une forme et un substratum qui porte la forme, et il ya là, par conséquent , matière et forme (1).

4 L'intelligence ne saisit que ce qui est fini; or, ce qui est fini ne l’est que par la forme qui survient à la matière, et, par conséquent , toutes les choses intelligibles doivent avoir matière et forme; car la matière seule et les formes pures sont indéterminées, indéfinissables et inaccessibles à l’intelligence (3).

59 S'il est vrai que tout l’univers (c’est-à-dire tout ce qui existe, hormis l'agent premier), depuis l'extrémité supérieure jusqu’à l'extrémité inférieure, forme une unité continue , sans aucune interruption, et appartient à un même genre, alors il faut que les substances simples soient, comme le monde de la corporéité, composées de matière et de forme ; car autrement le tout ne serait pas du même genre. Ce genre, c’est la matière

(4) Voy. les Extraits, 6 9: 9 ....10016 chose intelligible se divise en deux, c’est-à-dire en la qualité et l'objet qualifié. » — Cf. Fractatus de anima, fol. 14 verso: « Omne quod est intelligibile dividitur in formam et formaium, ut est spiritualitas et spirituale, rationalitas et rationale, etc. »

(2) Voy. les Extraits à la fin du $ 9. — Cf. Tractatus de anima, |. 6. : « Intellectus vero, cujus est conjuncta dividere et divisa conjungere, nec comprehendit in primo nisi rem constantem ex materia et forma, quæ sunt finis rerum, et deinde abstrahit. Quum enim percipit rem, apprehendit eam, sed non comprehendit rem pisi quia finita est. Res autem finita non est nisi per suam formam; unde res quæ non habet formam, qua fiat unum et differat ab alio, incomprehensibilis est, quia infinita est, quia non habet formam. Similiter et materia primordialis infinita est, quia esse nullam formam habet. Omne vero creatum finitum ; finiium autem esse non potest nisi sit habens formam ; ergo omnis substantia intelligibilis est habens formam et materiam. »

universelle, qui se diversifie et se détermine par les différentes formes du corporel et du spirituel 1.

6° Enfin, les propriétés de la matière première se rencontrent dans toutes les choses, tant spirituelles que composées; car partout nous reconnaissons quelque chose qui subsiste par soimême et qui porte des formes plus ou moins variées. À mesure que les substances sont plus élevées, elles ont plus de consistance, embrassent plus de formes et sont plus semblables à la matière première, qui porte toutes les formes. Les propriétés qui pénètrent toutes les substances sont émanées d’en haut et viennent de la matière première universelle, qui embrasse toutes les substances, qui les cnvironne et leur donne son nom et sa définition (2).

Afin de faire bien comprendre dans quel sens on peut dire que les substances simples ont une matière , Ibn-Gebirol insiste de nouveau sur l'idée de la matière. Celle-ci n’est autre chèf que l'être en puissance ou la simple faculté d’être. Le mot malière désigne d’abord cette simple faculté dans tuute son abstraction , cette puissance idéale qui n’a point passé ₪ 6 et qui n’est revêtue d'aucune forme, ni spirituelle, ni corporelle ; 11 désigne ensuite la matière composée , soit corporelle, soit spirituelle, etenfin ce qui tient le milieu entre les deux, c'est-à-dire, sans doute, la matière élémentaire et celle des sphères ($ 12) (5).

(4) Voy. les Extraits, $$ 10, 11. — Cf. Tractatus de anima, fol. 15 recto : « Si universitas creaturarum ab extremo infimo usquead extremum supremum continua est, sine interruptione, tunc necesse est ut, sicut corporeæ substantiæ compositæ sunt ex materia et forma, ita et spirituales ; alioquin corporea et incorporea substantis . non essent sub eodem genere eaque specie (?), eo quod simplex prior esset quam composita. »

(2) Voy. les Extraits, ₪ 15, et cf. liv. I, 8 6.

(3) Ce que l'auteur dit ici des trois matières est plus amplement exposé dans le Traité de l’âme, chap. 8, fol. 13 recto, où on lit ce qui suit: > Materia autem tribus modis accipitur. Uno modo 806

> Les substances simples participent évidemment de la première de ces trois matières ; on peut distinguer dans elles une faculté d’être et un être en acte, un substratum et une forme portée par celui-ci; car elles sont toutes finies et s'arrêtent à un terme !!!. י‎

Après avoir ainsi démontré la thèse principale de ce livre, l'auteur est amené par ces dernières observations à entrer dans quelques détails sur l’idée de la matière et de la fvrme et de leur rapport mutuel. La matière et la forme sont nécessairement liées l’une à l’autre et ne peuvent exister l’une sans l’autre que dans la pensée. La forme domine la matière, en constitue l'être et l’environne tout entière, de même que l'unité domine la multiplicité, en constitue l'être et l’environne tout entière ($ 17); ainsi, la forme représente l’unité, tandis que la matière représente la multiplicité. Or, comme tout l'être se gompose de matière et de forme, ce n’est pas l’unité qui est א‎ racine de toute chose. — Ici Ibn-Gebirol entre dans quelques considérations sur 16 rapport qu'il y a entre l’étre et les

pitur simpliciter et intelligibiliter tantum, nuda ab omni forma, prout apla est recipere omnem formam corporalem cet incorporalem. Secundo modo accipitur composita corporcitate, prout sic formata maleria est lantum corporum; vel 600208118 spiritualitate, prout sic formata est tantum matcria omnium substantiarum intelligibilium. Tertio matcria dicitur corpus elementum vel elementarium, prout sic est lantum materia omnium gencratorum. Quapropter, quom substantiæ sensibiles et intelligibiles non ex eadem materia esse dicuniur, quantum ad secundum et tertium modum hoc intellifur; quantum vero ad primum modum dicendi, materia Lam corporea quam incorporea ex cadem m'leria constare perhibe- זט‎ quoniain in resolvendo omnia, ne in infinitum eatur, ad unam maleriam primam universalem 61 ad unam formam universalem primam perveniatur. EL sic omnia constant ex eadem materia et diversa (ms. diversis) omnia quidem ex eadem prima universaliter, 94 corporea et incorporea ex diversis secundariis jam formalis. » )1( Voy. les Extraits, 98 14 et suiv.

nombres, et il montre que c’est le nombre trois qui est la racine de toute chose; car la forme représente la monade, et la matière la dyade, ce que l’auteur démontre par divers raisonnements qui rappellent les idées des Pythagoriciens, et notamment les détails donnés par les auteurs arabes sur la philosophie des nombres de Pythagore :!‘. L’intellect représente la monade, l'âme rationnelle la dyade, l’âme vitale la triade, et la nature la tétrade. Tous les êtres donc sont constitués d’après la nature des nombres, et ils sont tous dominés par l’intellect, de même que les nombres tombent sous l’unité )%% 18, 19).

La forme universelle est une unité secondaire et divisible; c’est l'unité du nombre, qui est en rapport direct avec le multiple et qui est l’émanation immédiate de l'unité première et absolue, ou de la Volonté divine. C’est, selon Ibn-Gebirol, l’espèce dans sa plus grande généralité, l’idée générale qui constitue à la fois toutes les espèces et qui est, pour ainsi dire, l’espéce des espèces ; elle se répand dans la totalité de la matière universelle, comme la forme de la quantité se répand dans toute la substance (2). Si cette unité secondaire, ou la forme, est divisible et devient multiple, ce n’est que par la matière qui lui sert de substratum ; la forme en elle-même est une lumière parfaite , qui se ternit à mesure qu’elle pénètre dans la matière. Plus la matière devient épaisse et plus la forme perd son unité, semblable à la lumière physique, qui se ternit de plus en plus en traversant un air trouble ou en pénétrant successivement 8 travers plusieurs corps transparents (5).

Ainsi, la diversité des formes ne les empêche pas d’être toutes ramenées à une seule forme; car toutes les formes inférieures existent dans les formes supérieures, les formes sensibles sont cachées dans les formes intelligibles, et, 8 mesure que la substance est plus pure et plus élevée, elle em-

(4) Cf. ci-dessus, pag. 113, note 5.

(2) Voy. les Extraits, 8 20, 21, et cf. %ף‎ 30. (3) Voy. $ 22 et cf. liv. 11, 8 26.

bresse plus de formes, jusqu’à ce qu’on arrive à la matière universelle, qui porte les formes de tout l'être réunies en une seule forme (88 23-27).

On a déjà vu que le monde sensible est l’image du monde intelligible ; et, de même que dans le monde sensible chaque forme inférieure émane de la forme supérieure, de même, dans le monde intelligible, les substances inférieures élant l’image des substances supérieures, leurs formes émanent les unes des autres. Ibn-Gebirol montre qu’il ץ‎ a en effet une parfaite analogie entre les actions de ces différentes substances, ce qui ne peut avoir lieu que par la similitude des formes qui produisent ces actions. — Comme les formes des substances simples et composées dérivent toutes les unes des autres, et forment une série d’émanations, depuis l'extrémité supérieure jusqu’à l'extrémité inférieure de l'univers, il s'ensuit que la forme universelle 86 répand dans toutes les formes et s’étend successivement sur toutes les parties de la matière, dans lesquelles elle se trouve à des degrés différents. ]( 82070 parfaite et purement spirituelle, elle s’épaissit par degrés, jusqu’à ce qu’arrivée à la dernière extrémité, son mouvement cesse complétement (1).

Après nous avoir ainsi conduits jusqu’à la forme universelle, de laquelle émanent toutes les formes, comme la lumière qui est dans l’air émane de celle du soleil, l’auteur établit que cette forme suprème n’est qu'une seconde lumière, émanant d’une première lumière qui est au dessus de la matière universelle. Cette première lumière , c’est la Volonté créatrice, la faculté efficiente qui fait passer la forme universelle de la puissance à l'acte. La lumière dont la matière est revêtue, ou la forme universelle, est peu de chose en comparaison de la lumière qui est dans la Volonté. Celle-ci, toujours en acte, n’est pas directement en contact avec la matière; et, si on l’a également appelée forme, ce n’est que d’une manière impropre,

61( Voy. 88 98, 29, et cf. Liv. 11, 9 26.

car elle n’est portée par rien. Le mot forme se prend donc dans trois acceptions différentes; il désigne : 19 la forme absolue qui est dans l’essence même de la Volonté, et qui n’est point portée par la matière ; % la forme en acte, attachée à la matière; 3° la forme en puissance. distincte de la matière, et qui est quelque chose de purement idéal. La Volonté, comme cause efficiente , renferme la forme de toute chose, car l’effet existe dans sa cause par la forme qu'il tient de celle-ci (1 68% 31-33).

Après avoir établi l’émanation successive des formes les unes des autres, et les avoir toutes ramenées à une source première, qui est la forme universelle, l’auteur va parler, dans le livre qui suit, de la matière universelle et de la forme universelle considérées en elles-mêmes.

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