DE LEURS DOCTRINES
AL-KENDI.
Abou-Yousouf Ya’koub ben-ishäk AL-KExDr, surnommé, per les Arabes, Le Philosophe par excellence, était issu de l’illustre famille de Kenda, et comptait parmi ses ancêtres des princes de plusieurs contrées de l'Arabie. Aucun des auteurs arabes que nous sommes à même de consulter n'indique l’année de sa naissance ni celle de sa mort; nous savonsseulement qu'il florissait au IX° siècle. Son père, Is’häk ben al-Çabba’h, fut gouverneur de Coufa, sous les khalifes Al-Mahdi, Al-Hôdi et Haroun al-Raschid. Al-Kendi , qui avait fait ses études à Bassora et à Bagdad , se rendit célèbre , sous les khalifes Al-Mamoun et Al-Mo’tacem (813 à 842), par un nombre prodigieux d’ouvrages sur la philosophie, les mathématiques, l'astronomie , la médecine, la politique , la musique, etc. Il possédait, diton, les sciences des Grecs, des Perses et des Indiens, et il fut un de ceux qu’Al-Mamoun chargea de la traduction des œuvres J'Aristote et d’autres auteurs grecs, ce qui fait supposer qu'il était versé dans le grec ou dans le syriaque. Cardan () le place parmi les douze génies du premier ordre qui, slon lui, avaient paru dans le monde jusqu’au XVI: siècle. Des hommes jaloux et des fanatiques suscitèrent des persécu-
4) Voy. De Subtilitate, lib. xvt.
tions à Al-Kendi : on raconte que le khalife Al-Motawakkel fit confisquer sa bibliothèque , mais qu’elle lui fut rendue peu de temps avant la mort du khalife ; ce qui prouve qu’Al-Kendi vivait encore en 861. Al-Kifti 61 Ibn-Abi 0006118 lui attribuent environ deux cents ouvrages; on peut en voir la nomenclature dans la Bibliotheca arabico-hispana de Casiri (t. Ier, pag. 353 et suiv.).
11 ne nous reste maintenant d’Al-Kendi que quelques traités de médecine et d’astrologie; ses traités philosophiques, ainsi que ses Commentaires sur Aristote, probablement les premiers qui aient été faits chez les Arabes, sont très rarement cités par Les philosophes arabes dont nous connaissons les ouvrages. On peut conclure de là qu'Al-Kendi ne s’était point fait remarquer par des doctrines qui lui fussent particulières. Ibn-Djoldjol, médecin arabe-espagnol du X° siècle et qui est postérieur à ALFarâbi, dit, dans un passage cité per Ibn-Abi Océibia, qu'aucun philosophe musulman n’avait suivi les traces d’Aristoteaussi exactement qu'Al-Kendi. Dans lalongue liste des ouvrages de notre philosophe, il ץ en a un qui nous paraît mériter une mention particulière : c’est celui où il tâchait de prouver « que l’on ne peut comprendre la philosophie sans la connaissance des mathématiques. » Dans un autre écrit, traitant de lenilé de Dieu, il professait sans doute des opinions qui s’accordaient peu avec l’orthodoxie musulmane; יס médecin arabe du 115 siècle, qui se montre fort attaché aux croyances de l’islamisme , dit avoir écrit un traité sur l’essence de Dieu et sur ses attributs essentiels, et il ajoute que son but, en traitant ce sujet, était de réfuter les doctrines d’Al- Kendi (1).
Dans un ouvrage latin anonyme du X1llke siècle, intitulé Tractatus de erroribus philosophorum , on reproche à AL-Kendi plusieurs erreurs qui nous révèlent en lui un pertisan nonseulement de l'astrologie, mais aussi de certaines doctrines
(4) Voy. la Relation de l'Égypte, par Abdalilatif, traduite par M. Silvestre de Sacy, pag. 463.
mystiques des alexandrins. Ce qu’on lui reproche au sujet de sa doctrine sur les attributs divins nous fait voir qu’il professait déjà à cet égard, dans toute son étendue, la doctrine des péripatéticiens arabes, ne voulant reconnaître à Dieu aucun attribut positif (4).
Outre ses Commentaires sur diverses parties de l’Organon d’Aristote, Al-Kendi composa un grand nombre d’ouvragés philosophiques, qui devaient répandre parmi les Arabes la connaissance de la philosophie péripatéticienne, mais que les travaux plus importants d’Al-Faräbi firent tomber dans l’oubli. Nous y remarquons des traités sur Le but que se proposait Aristole dans ses Catégories, sur l'ordre des livres d'Aristote, sur la nature de l'infini, sur la nature de l'intellect, sur l'âme, subsance simple et impérissable, etc. Il serait inutile de nous étendre davantage sur des écrits dont nous ne connaissons que les titres, qu’il n’est pas même possible de rendre toujours avec l'exactitude désirable (*',