‹ Mélanges de philosophie juive et arabeChapitre 7 sur 55 · EXTRAITS DU LIVRE I · texte numérisé non relu

EXTRAITS DU LIVRE I

Observations préliminaires. — Idée de la matière universelle et de la forme universelle. — Différentes espèces de matières.

1. La partie intelligente étant la meilleure d’entre les parties de l’homme, ce que l’homme doit chercher c’est la connaissance. Ce qu’il doit (surtout) chercher à connaître c’est luimême, afin d'arriver par là à connaitre les autres choses qui ne sont pas lui-même: car son essence environne les choses et les pénètre, et les choses tombent sous ses facultés. Il faut avec cela qu'il cherche à connaître la cause finale pour laquelle il est, afin d'atteindre par là le bonheur suprême; car l'existence de l’homme a une cause finale pour laquelle (seule) il est, tout étant soumis à la volonté de l’être unique.

2. La Volonté est une faculté divine, créatrice et motrice de toute chose {t}, et rien ne saurait être indépendant d’elle. Par la connaissance et par la pratique, l’âme s'attache au monde supérieur ; Car la connaissance rend nécessaire la pratique ; celle-ci éloigne l’âme de ses opposés qui la corrompent, et la

(1) Sur la volonté divine et ses rapports à l'univers dont elle est la cause, l’auteur s'expliquera plus amplement au livre V. C'est là un des points les plus importants de la doctrine d’Avicehron; nous y reviendrons dans notre analyse.

ה ramène (1) à sa nature et à son essence. Je dirai en thèse gé-‏ nérale que la connaissance et la pratique délivrent l’âme des‏ liens de la nature et la purifient de ce qu’elle a de trouble et‏ d’obscur (3), et alors elle retourne dans son monde supérieur.‏ Il n’y a dans l’être que trois choses, savoir, la matière‏ .8 la substance première (Dieu), et la Volonté, in-‏ , 6מזזס] avec la‏ termédiaire entre les deux extrêmes. La raison pourquoi il n’y‏ a dans l'être que ces trois choses, c’est qu’il ne peut y avoir‏ d'effet sans qu’il y ait une cause et (qu’il faut) un intermédiaire‏ entre les deux (5). La cause, c’est la substance première ; l'effet,‏ c'est la matière avec la forme; l’intermédiaire entre les deux,‏ c'est la Volonté. La matière et la forme ressemblent au corps‏ de l’homme et à sa forme, qui est la liaison de ses membres ;‏ la Volonté ressemble, à l’âme et la substance première à l’in-‏ telligence.‏ Ce qu’il convient le plus d'étudier d’abord, dès qu’on‏ .4 connaît l’art de la démonstration (la logique), et ce qu'il est‏ le plus utile d'étudier, c’est 10988606 de l’âme, ses facultés,‏

(1) Le texte hébreu porte le pluriel ומשיבים‎ , et raménent ; nous avons.cru devoir substituer le singulier ומשיב‎ , car il est évident que ce verbe se rapporte à והמעשה‎ , la pralique. Ïl est singulier que la vers. lat. présente ici la même faute. Voici la traduction de ce passage : et opus separat animam a suis contrariis, quæ lœdunt eam, 60 REDUCUNT eam ad suam naturam et suam subélantiam. 11 faut changer reducunt en reducil. (2) On est frappé de la physionomie indienne que présente ce passage , qui nous rappelle ce que 16 système Védânta enseigne sur Ja délivrance (moukti) obtenue par la pratique, ou les exercices pieux, et par la connaissance, ou la méditation. Voy. Essais sur la philosophie des Hindous, par Colebrooke, traduits par M. Pauthier, pag. 197, et cf. Bhagavad-Gutta, HIT, 3 et suiv. Voy. aussi ciaprès, liv. 111, % 37.

7 (3) Vor. ci-après, liv. 118, 66 1 et suiv.—L'auteur veut motiver ici la division de la science métaphysique en trois parties, dont Chacune a pour objet l’une des trois parties de l'être, comme on le verra dans l'analyse du premier livre que nous donnerons plus loin.

ses accidents et tout ce qui l’atteint et s’y attache (1); car l’âme est le substratum des connaissances et elle perçoit toutes les choses par ses facultés qui pénètrent tout. Si tu étudies la science de l’âme, tu connaïtras sa supériorité, sa permanence et sa faculté de tout environner, de manière que tu seras étonné de sa substance, lorsque tu la verras, du moins en quelque sorte, porter toutes les choses. Tu sentiras alors que toi-même tu environnes tout ce que tu connais des choses qui existent, et que les choses existantes que tu connais subsistent en quelque sorte dans toi-même. En te sentant ainsi toi-même environner tout ce que tu connais, tu verras que tu environnes tout l’univers avec plus de rapidité qu’un clin d'œil. Mais tu ne pourrais le faire, si l’âme n’était pas une substance subtile et forte (à la fois), pénétrant toutes les choses et étant la de-

meure de toutes les choses. --<

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