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5. La connaissance qui est le but de l'existence de l’homme, c’est la connaissance de l’univers tel qu'il est, et particulièrement la connaissance de la substance première qui le porte et le met en mouvement. Connaître la véritable nature de la substance, abstraction faite des actions qui en émanent, est chose impossible ; mais il est possible de connaître son existence, désignée par les actions qui en émanent. Si la connaissance de la véritable nature de la substance est impossible, c’est parce qu’elle est au dessus de toute chose et qu’elle est infinie.
6. Si toutes les choses ont une (seule) matière universelle, celle-ci a nécessairement les propriétés suivantes : celle d’étre, celle de subsister par elle-même, celle d’être d’une seule essence (2),
(14) L'auteur, avant d'entrer en matière, insiste de nouveau, comme il l'a déjà fait au 6 1, sur la nécessité de l'étude psychologique, qui doit servir de point de départ à la philosophie. Cf. liv. LEE, 6 37.
(2) Le ms. hébreu (qui, en général, est ici très corrompu) porte ,ואחרי העצס et la vers. lat. : 1LLIUS essentiæ; il faut lire évidemment, dans l'hébreu, אחד העצס , et dans la vers. lat., UNIUS essentiw. Cf. plus loin ,והונחה לו האחדות on lui
celle de porter la diversité, et celle de donner à tout son essence et son nom. On lui accorde la propriété d’étre (1), parce que le non-être ne pourrait être la matière de ce qui est; on lui accorde celle de subsister par elle-même, car la chose ne peut pas se continuer à l'infini, (ce qui arriverait pourtant) si la matière (universelle) subsistait par autre chose: on lui accorde celle d’être une, parce que nous demandons une matière unique pour toutes les choses; celle de porter la diversité, parce que la diversité est dans les formes et que les formes ne subsistent pes par elles-mêmes; enfin celle de donner à tout son essence et son nom, parce que, portant tout, il faut qu’elle se trouve dans tout, et, se trouvant dans tout, 11 faut qu’elle donne à tout son essence et son nom (1).
accorde l’UniTÉ (ou la propriété d'être une), et liv. V, 6 29 : אחד במספר NYMN. Voy. aussi Abraham ben-David, ו Rama (publié à Francfort-sur-Mein, 1852), texte hébreu, pag. 11, où, dans la citation de notre passage, on lit בעצמות MIN.
(4) Le texte hébreu porle והוא נותן לו המציאות ) lui donne l'être); de même, plus loin, והוא נוחן לו הקימה et .והוא נוחן לו האחדות I faut substituer aux mots והוא נותן qui n'offrent pas de sens, le mot והונחה ou un autre verbe passif
analogue. Je suppose que le texte arabe portait 0 יכ La vers. lat. porte : Materia dicitur habere esse.
(2) Le texte hébreu de ce paragraphe est très corrompu, et j'ai dû le corriger dans plusieurs endroits, soit par conjecture, soit à l’aide de la vers. lat. — L'auteur a pour but, dans ce paragraphe, d'établir l'existence d'une matière universelle servant de substratum à tout ce qui est en dehors de Dieu. Si cette matière existe, dit-il, elle doit avoir certaines propriétés (cf. liv. V, $ 29, et si dans tout ce qui est, nous pouvons, par l’abstraction successive de toutes les formes, découvrir un substratum ayant lesdites propriétés, il sera démontré qu'il existe une matière universelle pour toutes les choses. Cette matière universelle, comme on le verra plus loin, n’a d'autre catégorie que celle de la substance, ct l'auteur la distingue de la matière qui porte les neuf catégories des accidents et qui est 6 substralum de 13 6
7. La diversité entre les êtres visibles ne consiste que dans les formes visibles, et de même la diversité entre les êtres invisibles (spirituels) (1) ne consiste que dans les formes invisibles ; par conséquent la diversité n’a lieu que par les formes des êtres. Mais la substance invisible n’a pas de forme; je veux dire : la matière première universelle est une, sans diversité (2). On peut prendre pour exemple la boucle d'oreille, le bracelet et l'anneau qui sont faits d’or; car leurs formes sont diverses, mais la matière qui porte ces formes est une, et son essence n’est qu'une (5). De même les êtres diffèrent par la forme, mais la matière qui les porte est une.
8. Si nous disons que la matière (universelle) existe, c’est lorsque la forme spirituelle y est jointe; mais en elle-même elle n’est pas propre à l'existence à laquelle elle est propre quand la forme y est attachée, c’est-à-dire à l'existence en acte. Toutefois, quoiqu’elle ne puisse pas exister sans cela, elle est propre à une autre existence, savoir, à l'existence en puissance. .
9. La matière est de quatre espèces, ainsi que la forme; savoir : la matière particulière artificielle (4), la matière particulière naturelle, la matière générale naturelle, qui porte (en
(4) Littéralement : les êtres intérieurs; le mot פנימי est la traduction du mot arabe ללש qui signifie intérieur, occulte, invisible, et qui est 000056 à Pb, manifeste, visible.
(2) Nous avons ici complété notre texte d'après la vers. lat., qui porte : « Similiter diversilas quæ est inter 08 quæ sunt occulta non accidit nisi per formas occullas; ergo diversilas non contingit nisi per formas corum quæ sunt. Sed essentia occulta non suscipit formas, hoc est matcria prima universalis una non habet diversitatem. »
(3) La vers. lat. porle : «et non fuerit illa essentia materiæ aliud ab essentia illorum.» D'après cette version il faudrait lire עצמם (leur essence) au lieu de אחד DL (une essence); mais la leçon de notre texte nous paraît préférable.
(4) C'est-à-dire, la matière qui est l'objet de l'art et qui sert à l'ouvrier ou à l'artiste pour former un ouvrage.
elle) la génération, et la matière des sphères it). À chacune de ces matières correspond la forme portée par elle.
10. Ces différentes espèces de matières et de formes, quelle que soit leur diversité (2), se rencontrent toutes dans l'idée de matière et de forme. Il n’y a dans les choses sensibles de la pature, tant universelles que particulières, autre chose que la matière et la forme.