E C EL E V A L D5 E S P A G N E
Là, satisfait, et d'un air triomphant, Des pieds , des mains , il pressait sa monture : Et Farori modérait son allure , Craignant toujours de jeter bas l'enfant.
De Favori ce fut là tout l'ouvrage Pendant long-tems : mais quand il vint àl'àg© De trente mois , la femme du fermier Le prit pour elle ; et notre cavalière , En un fauteuil sise sur le coursier, La bride en main , dans l'autre la croupière. Les pieds posés sur un même étrier, Allait, trottait au marché faire emplette , Chez ses voisins acquitter une dette, Ou visiler son père déjà vieux.
A son retour , notre bonne Sanchette Accommodait Favori de son mieux , St lui doublait l'avoine et les caresses.
Plus on grandit , plus on devient vaurien Ce Favori que l'on traitait si bien , Ce cher objet de si douces tendresses , Eut un ingrat; et , quand il eut quatre ans , Il s'indigna dans le fond de son ame D'être toujoui'S monté par une femme :
Est-ce donc-là, disait-il dans ses dents , Le noble emploi d'un coursier d'Ibérie?
Avec d.s bœufs j'habite l'écurie
D'une fermière , et frémis de courroux tQuand on me voit , comme un ânon docile , Au petit trot cheminer vers la ville , Ayant pour charge une femme et des choux, Non , je ne puis souffrir cette infamie, Je suis né fîer^ et, dusse- je périr, ,Te prétends bien daps peu m'en affranchir. Orgueil ! orgueil ! c'est par toi qu'on oublie Vertus, devoirs ; par toi tout a péri : Tn perdis l'homme, et perdis Favori.
Un beau matin que la bonne Sanchette , Selon l'usage, allait toute seulette Vendre au marché les fruits de son jardin, Elle eut besoin, je ns sais pourquoi faire , De s'arrêter un moment en chemin.
D'un saut léger elle est bientôt à terre : Mais le bridon échappe de sa main; Et favori s'en aperçoit à peine , Qu'au mêmeiustant, s'élançant dans la plaine, Il casse , brise et disperse dans l'air Et charge et selle et harnois et croupière , Des quatre pieds fait voler la poussière, Et disparaît aussi prompt que l'éclair.
Las ! que devint notre benne Sanchette? Dans sa surprise elle resta muette , Suivît loug-temps des yeux le beau coursier.,