‹ Melanges de poésie et de litterature (volume 2)Chapitre 26 sur 66 · ANECDOTE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

ANECDOTE ESPAGNOLE

extrême que leur fille montre pour lui.

Enfin, lorsque Léocadie eut bien embrassé le petit Louis, lorsqu'elle fut bien certaine qu'il n'y avait aucun danger pour sa vie, elle s'assied au chevet du lit, et jette les yeux sur cette chambre.

Quelle est sa surprise en reconnaissant les mêmes meubles , les mêmes tableaux qu'elle avait observés au clair de la lune ! Elle revoit le même oratoire sur lequel elle avait pris le crucifix ; la tapisserie est la même , rien n'est changé dans l'appartement : Léocadie ne peut douter qu'elle ne soit dans la maison , dans la chambre où la conduisit son ravisseur.

A cette vue, elle demeure interdite, la pâleur couvre son visage , une vive rougeur lui succède, elle tombe sansconnaissance. On s'empresse , on la secourt , on la ramène chez elle : on veut y rapporter l'enfant; mais le vieux cavalier s'y oppose, il demande, il supplie qu'on le lui laisse jusqu'à ce qu'il soit

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rétabli. Don Louis, occupé de sa fille, cède aux instances du vieux cavalier, et retourne dans sa maison avec sa femme et Léocadie.

A peine furent-ils seuls, que Léocadie leur déclara ce qu'elle avait vu, et les assura que cette maison était celle de son ravisseur. Don Louis court sur-le-champ prendre des informations sur celui qu'il a tant d'intérêt de connaître : il savait déjà que le vieux cavalier s'appelait don Diègue de Lara; il apprend bientôt qu'il a un fils unique nommé Rodolphe , que ce fils est à Napies depuis près de sept ans , et que son séjour en Italie l'a , disait-on , rendu aussi sage , aussi retenu , que jusqu'à son départ il avait été fougueux et déréglé. On ajoute que ce jeune homme est le plus beau , le plus aimable de la ville , et le meilleur parti de Castille.

Don Louis vient rapporter ces nouvelles à sa femme et à sa fille. On ne pouvait douter que ce Rodolphe ne fût

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celui qui avait déshonoré Léocadie ; mais pouvait-on se flatter qu'il réparerait cet outrage en donnant la main à une personne noble , il est vrai , mais la pins pauvre de Tolède ? Don Louis ne l'espérait pas, et méditait déjà la vengeance. Léocadie le supplia de lui laisser conduire toute cette affaire , et de ne s'en mêler que lorsqu'elle viendrait recourir à lui. Le vieillard eut de la peine à faire cette promesse ; mais enfin il se rendit , et Léocadie fut plus tranquille. Elle réfléchit mûrement sur le parti qu'elle avait à prendre. Son enfant était toujours chez don Dibgue , où ce bon vieillard lui prodiguait les soins les plus tendres. Sa blessure se guérissait ; et sa mère, don Louis et sa femme passaient les journées près du convalescent.

Un jour que Léocadie était seule avec don Diègue , et que ce bon vieillard tenait dans ses bras le petit Louis , le baisait, le caressait, et parlait avec complaisance du sentiment si vif et si tendre

qui l'attachait à cet enfant, Léocadie ne put retenir ses larmes , et voulut en vain les cacher. Don Diègue lui en demanda le sujet avec tant d'intérêt et d'amitié J qu'enfin Léocadie ? les yeux baissés et avec des saDglots, lui raconta tout ce qui s'était passé dans sa maison ; lui montra le crucifix , que don Diègue reconnut ; et finissant par tomber aux pieds du vieillard : Votre fils m'a déshonorée h lui dit-elle 3 et j'embrasse vos genoux ; votre fils m'a condamnée à l'opprobre et au malheur, et je nepuism'empêchef de vous aimer comme le père le plus tendre.

Le petit Louis . qui voit pleurer Léocadie. tombe lui-même aux genoux de don Diègue , lui teud les bras , et lui demande de ne pas affliger sa bonne amie : c'est ainsi qu'il appelait sa mère.

Don Diègue ne put résister à ce touchant spectacle : il relève en sanglotant Léocadie et son fils, il les serre dans ses bras, et leur jure que jamais Ro-

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dolphe n'aura d'autre épouse que Léocadie.

Dès ie jour même il écrit à son fils de revenir à Tolècle, où il lui avait trouvé un mariage convenable. Rodolphe part , arrive chez son père. Il était convenu <uie Léocadie> don Louis et sa femme, ne se trouveraient pas chez don Diègue à l'instant où Rodolphe arriverait.

Après les premiers momens donnés au plaisir de se revoir , don Diègue parle à Rodolphe du mariage qu'il avait ? disait-il ? arrêté pour lui. Il s'étend sur les richesses de la future épouse , et finit par lui montrer un portrait épouvantable qu'il avait fait faire à ce dessein. Rodolphe recula d'horreur ? et voulut représenter à son père qu'il lui serait impossible d'aimer une pareille femme.

Mais don Diègue ? d'un ton sévère , lui répondit que la fortune était le seul point qu'il fallait envisager dans le mariage. Alors Rodolphe , avec beaucoup d'éloquence y déclama contre ce principe ?

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