INEZ DE CASTRO. I
Le front pavé des roses du bel âge , Charmante Inez , dans une douce erreur , Tu jouissais de ce calme trompeur , Toujours , hélas ! si voisin de l'orage. Du Mondégo , témoin de ton ardeur , Tu parcourais les campagnes fleuries^ En répétant aux nymphes attendries Le nom qu'Amour a gravé dans ton cœur.
Un doux lien h ton prince t'engage ; Le jeune Pèdre est digne de tes feux : Un seul moment s'il est loin de tes yeux, Tout vient aux siens présenter ton image : Pendant la nuit en songe il est heureux , Pendant le jour il cherche ta présence : Ce qu'il entend , ce qu'il voit, ce qu'il pense, Tout est Inez pour son cœur amoureux.
A ses sermens Pèdre toujours fidèle
A dédaigné les filles de vingt rois.
O dieu d'amour ! quand on vit sous tes lois,
Dans l'univers il n'est plus qu'une belle.
De ses refus son vieux père irrité
Apprend bientôt que le peuple en murmure :
Dès ce moment les droits de la nature
Sont immolés à son autorité.
1 56 IwIZ DE CASTRO,
Tirer Inez ao mundo détermina , Por ihe tirar o fillio que tem preso 5 Crendo c'c sangne sô da morte indina Matar do firme amor o fogo aceso.
Que furor cousentio , que a espada fiua Que pode sustentar o grande peso i)o furor Mauro, fosse levantada C outra huma fraca dama delicada ?
Traziao-na os horriferos aîgozes Ante o rei, jà movido a piedade ; ?<Ias o povo , com falsas e ferozes ïlazoens, à morte crua o persuade.
Ella , com tristes e piedosas vozes , Sahidas so da magoa e saudade Do seu principe e iîlhos que deixava 5 Que mais que a propria morte a magoava.
Para o ceo cristalino levantando
Com lagrimas os oliios piedosos ,
Os olhos, porque as macs lhe estava atando
Hum dos duros ministros rigurosos :
E depois nos mininos atentando ,
Que tao querirdos tinlia e taô mimosos ,
Cuja orfandade conio mai temia ,
Paro o avô cruel. assi dizia ;
ÎNEZ DE CASTRO. Ibf
Le cruel roi, pour vaincre la constance D'un fils qui doit lui succéder un jour , Vent dans le sang éteindre tant d'amour, Et sur Inez fait tomber sa vengeance.
Le fer est prêt : ce fer qui, dans sa main ,- Du vaillant Maure abattit la puissance, Menace alors la beauté sans défense, Et le héros devient un assassin.
Par des soldats indignement traînée, Aux pieds d'Alphonse Inez attend son sort* Le roi la plaint, et diffère sa mort : Mais par le peuple elle était condamnée. Les fils d'Inez , désolés et tremblans , Sur son péril témoignaient leurs alarmes; C'était pour eux qu'elle versait des larmes , Non pour ses jours moins chers que ses erifans.
Leur désespoir, leurs prières plaintives , Ont des bourreaux suspendu les fureurs, Inez au ciel lève ses yeux en pleurs, Ses yeux... les ferstenaientsesmains capti1 ?. , Elle regarde , en poussant des sanglots, Ces orphelins dont le sort l'épouvante; Et, d'une voix affaiblie et tremblante , A leur aïeul elle adresse ces mots :
l58 I X E Z PS CASTRO.
Se jà nas brntas feras , cnja mente Xatnra fez crnel de nascimento , E nas aves agrestes, qne sbinente Xas rapinas aerias tem o intento , Com pequenas crianças vio a gente Terem tao piedoso sentimento , Como co' a mai de Nino jà monstràraj , E c'os irroaos qne Hcma edificàraô :
O' tu . qne tens de Lurnano o gesto e peito ,
( Se de humano lie matar hnma donzella
Fraca e sem força , sb por ter sngeito
O coraçao a qaem soube vencello )
A estas criancinhas tem respeito,
Pois o nao tens à morte escnra délia;
3Icva-te a piedade sna, e minha,
Pois te nao more a cnlpa qne nao tinlia,
E se , vencendo a manra resistencia , A morte sabes dar com fogo e ferro, Sabe tambem dar vida com clemencia A qnem para perdella nao fez erro ; Mas se t'o assi merece esta innocencia T Poemme em perpetoo e misero desterro .
Na Scytia fria , on là na Libya ardente . O.ide em la grimas Tira eternsmer. te ;
I N E Z DE CASTTIO. lb>)
Si l'on a vu plus d'un monstre sauvage Près d'un enfant oublier ses fureurs ; Si l'on a vu ces oiseaux ravisseurs Qui sont toujours altérés de carnage .Aimer, nourrir la mère de Ninus , Comme l'on dit qu'une louve attendrie Avec son lait soutint la faible vie Des deux jumeaux Romulus et Rémus : *
Vous , qui d'un homme avez la ressemblance ( Si l'on est tel , quand on prive du jour , Pour n'avoir pu résister à l'amour , Un être faible, et qu'on voit sans défense , ) Oserez-vous montrer tant de rigueur A ces enfans qui demandent ma vie?
Regardez-moi , je suis assez punie D'avoir su plaire au maitre de mon cœur.
Vous qui savez d'une main triomphante , Avec ce glaive à qui tout est soumis, Exterminer un peuple d'ennemis , Sachez aussi sauver une innocente.
Si de don Pèdre il faut me séparer Exilez-moi dans la froide Scythie, Dans les déserts brùlans de la Lybie , Partout, hélas ! où je pourrai pleurer»