DE LA LUSIADE DE CAMOENS
V AiNQUETJR du Maure, au comble de la gloire,
L'heureux Alphonse, après tant de combats,
Croyait goûter au sein de seis Etats
La douce paix que donne la victoix'e i
O vain espoir, d'Inez le triste sort
D'un si beau règne a terni la mémoire ;
En traits tie sang on lit dans notre histoire
Çu'Inez obtint le trône après sa mort.
Crdel Amour, toi seul commis le crime.
La tendre Inez ne vivait que pour toi :
Jamais un cœur ne suivit mieux ta loi ;
Et tu la fis expirer ta victime !
Ainsi les pleurs des malheureux mortels
Pour toi, tyran , n'ont pas assez de charmes :
Tu veux encor, non content de leurs larmes ,
Avec leur sang arroser tes autels.
Le front paré des roses du bel âge,
Charmante Inez , dans une douce erreur.
Tu jouissais de ce calme trompeur,
Toujours , helas ! si voisin de l'orage.
92 ÎGNEZ DE CASTRO
Nos saudosos campos do Mondego , De teus formosos oïhos nunca enxuto, Aos montes ensinando , e as hervinhas , O nome, que no peito escrito tinhas.
Do teu principe alli te respondiam As lembranças que na aima Ihe moraA^am • Que sempre ante sens olhos te traziam , Quando dos teus formosos se apartavam ; De noite , em doces sonhos que mentiam , Dé dia, em pensamentos que voavam; E quanto em fin cuidava e quanto vi^ Eram tudo memorias de alegria.
De outras bellas senhoras e princezas
Os desejados thalamos engeita :
Que tudo emfin tu, puro Amor, desprezas,
Quando hum gesto suave te sugeita.
Vendo estas namoradas estranliezas
O velho pai sisudo, que respeita
O murmurar do povo , e a phantasia
Do filho que Càsar-se ïiâo queria ,
TiiîAE Ignez ao mundo détermina, Por llie tirar o fiH.o que tem preso ; Crendo co'o sangue sô da morte indîna Matar do firme amor o fogo a<çceso.
Que furor consentio , que a espada fiiia Qu^• pode sustentar o grande peso Do furor Mauro , fosse levantada Contre huma fraca dama delicada ?
ÏNEZ DE CASTRO. gS
Du Mondégo , témoin de ton ardeur, Tu parcourais les campagnes fleuries, En répétant aux nymphes attendries Le nom qu'Amoiu: a gravé dans ton cœm\
UiNf doux lien à ton prince t'engage ; Le jeune Pèdre est digne de tes feux : Un seul moment s'il est loin de tes yeux , Tout vient aux siens présenter ton image : Pendant la nuit, en songe il est heureux, Pendant le jour il cherche ta présence : Ce qu'il entend, ce qu'il voit, ce qu'il pense, Tout est Inez pour son cœur amoureux.
A ses sermens Pèdre toujours fidèle
A dédaigne' les filles de vingt rois.
O dieu d'amour ! quand on vit sous tes lois ,
Dans l'univers il n'est plus qu'une belle.
De ses refus son vieux père irrité
Apprend bientôt que le peuple en murniine.-
Dès ce moment les droits de la nature
Sont immolés à son autorité.
Le cruel roi, pour vaincre h constance D'un fils qui doit lui succéder un jour, Veut dans le sang éteindre tant d'amour. Et sur Inez fait tomber sa vengeance.
Le fer est prêt : ce fer qui , dans sa main , Du vaillant Maure abattit la puissance, Mentice alors la beauté sans défense, Et le hérî» devient un assassin.
94 IGNEZ DE CASTRO.
TrAziAm-na os horrificos algozes Alite o rei, jà movido a piedade 5 Mas o povo , com falsas e ferozes Razoes , à morte crua o persuade.
Ella , com tristes e piedosas vozes , Sahidas s6 da magoa , e saudade Do seu principe , e fillios que deixava , Que mais que a propria morte a magoava^
Para o ceo cristalino levantando
Com lagrimas os olhos piedosos ,
Os ollios , porque as mâos Ihe estava atando
Hum dos duros ministres rigorosos :
E despois nos meninos attentando ,
Que tâo queridos tinha, et tao mimosos ,
Cuja orfandade como mai temia^
Para 0 avo cruel assi dizia :
Se jà nas brutas feras , cuja mente Ratura fez cruel de nascimento , E nas aves agrestes , que soraente Kas rapinas aerias tem o intento , Com peqiienas crianças vio a gente, Terem tao piedoso sentimento , Como co a mai de jNino jà mostràram, E co'os irmaos que Roma edificàram :
O , tu , que tens de liumano o gesto , e o peito , ( Se de humano he matar huma donzella Fraca , e sera força , so por ter sugeito O coracao à quem soube vencelia}
INEZ DE CASTRO. gS
Par des soldats indignement traînée, Aux pieds d'Alphonse Inez attend son sort. Le roi la plaint , et dififère sa mort r Mais par le peuple elle était condamne'e. Les fils d'Inez , désolés et tremblans , Siu' son péril témoignaient leurs alarmes ', C'était pour eux qu'elle versait des larmes , Non pour ses jours moins cLers que ses enfans.
Leub désespoir, leurs prière? plaintives,
Ont des bourreaux suspendu les fureurs.
Inez au ciel lève ses yeux en pleurs ,
Ses yeux. . . les fers tenaient ses mains captives.
Elle regarde , en poussant des sanglots ,
Ces orphelins dont le sort l'épouvante :
Et, d'une voix affaiblie et tremblante ,
A leur aïeul elle adresse ces mots :
Si l'on a vu plus d'un monstre sauvage Près d'un enfant oublier ses fureurs; Si Ton a vu ces oiseaux ravisseur Qui sont toujours altérés de carnage Aimer, nourrir la mère de Ninus , Comme Ton dit qu'une louve attendrie Avec son lait soutint la faible vie Des deux jumeaux Romulus et Rémus :
Votrs, qui d'un homme avez la ressemblance ( Si l'on est tel quand on prive du jour, Pour n'avoir pu résister à l'amour.
Un être faible et qu'on voit sans défense ) ,
q6 IGNEZ BE CASTRO.
A eoias criancinhas tem respeito , Pois o nâo tens à morte escura délia ; Mova-te a piedade sua , e minlia .
Pois te nao move a cidpa que nâo tinha.
E se , vencendo a maura resistencia , A morte sabes dar com fogo e ferro ; Sabe tambem dar vida clemencia A quem para per'della nao fez erre :
Mas se to assi merece esta innocencia , Poemme em perpétue e misero desterro , Na Se jthia fria , ou la na Liby a ardente , Onde em lagrimas vira eternamente :
Poemme onde se use toda a feridade, Entre leoens é tigres ; e verei Se nelles achar posso a piedade, Que entre peitos liumanos naa achei :
Alli co'o amor intrinseco , e vontade , laquelle por quem mouro, criarei Estas reliquias suas que aqui viste , Que refrigério sejam da mai triste »^
QUEEiA perdoar-llie o rei benino, Movido das palavras que o magoam ; Mas 0 pertinaz povo , e seu destino , ( Que desta sorte o quiz ) Ihe nao perdoaiH. Arrancam das espadas de aço fino, Os que por bom tal feito alli pregôam ; Contra huma dama , ô peitos carniceiros j Fero7.es vos mostrais, e cavalleiros!
ÎNEZ DE CASTRO; 97
Oserez-vous montrer tant de rigueur A ces enfans qui demandent ma vie ?
Regardez-moi, je stiis assez punie D'avoir su plaire au maître de mon cœur.
Vols qxd savez d'une main triomphante , Avec ce glaive à qui tout est soumis , Exterminer un peuple d'ennemis , Sachez aussi sauver une innocente.
Si de don Pèdre il faut me séparer, Exilez-moi dans la froide Scytliie, Dans les de'serts brûlans de la Libye , Partout, hélas ! où je pourrai pleurer.
Dans les rochers, loin des lieux où nous sommes,
Chez les lions , capables d'amitié ,
Je trouverai sans doute la pitié
Que je n'ai pu trouver parmi les hommes.
De mes amours ces fruits tristes et doux
Pvempliront seuls mon âme désolée ;
Et de mes maux je serai consolée ,
En leur voyant les traits de mon époux.
A ce discours de la tendre victime , Alphonse ému sent palpiter son cœur ; Mais les destins et le peuple en fureur Ont résolu de consommer le crime.
Les grands , auteurs de ces affreux coinfplots , Le fer en main , volent sans plus attendre. . . . Ciel ! arrêtez ! vous , nés pour la défendre , Vous, chevaliers, vous êtes ses bourreaux 1
Mélanges. Q
9»8 IGNEZ IDE CASTRO.
QuAL contra a linda moça Policena, Consolaçâo extrema da mai velha, Porque a sombra de Achilles a condena, Co'o ferro o duro PyrrLo se aparelha : Mas ella os ollios , com que o ar serena , ( Bem como paciente e mansa ovelha ) Ka misfra mai postos, que endoudece, Ao dure sacrlnc.o se offerece.
Taes contra Ignez os Lrutos matadores, No collo de alabastro, que sostiolia As obras com que amor matou de amores A' quelle que dsepois a fez rainha , As espadas Lanhando, e as brancas flores .Que tlla dos oihos seus regadas tinha, Se eucarniçavam fervidos e irosos , No futuro castigo uao cuidosos.
Bem pu'deras , ô sol , da Avista destes , Teus raios apartar aquelle dia , Como da seva mesa de Thyestes, Quando os filhos por mao de Atreo coiui.i ! Vos , o concavos valles , que pudestes A voz extrema ouvir da boca fria, O nome do seu Pedro , que Uie ouvistts , Por muito grande espaço repetistes.
As SI como a bonina, que cortada Antes do tempo foi , candida e belle , Sendo das maos lascivas mal tratada , Da menina, que a trouxe na capella ,
IjS'EZ de CASTRO. 99
AiîîSi Pyrrhus, sur la rive îroyenne, Voulant ravir à la mère d'Hector Le seul enfant qui lui restait encor, Des bras d'HécuLe arracha Polyxène, Comme un agneau destiné poiu? l'auteU Elle suivit le héros sanguinaire , Et , ne songeant qu'aux douleurs de sa mère , Sans murmurer reçut le coup mortel.
Telle est Inez ; le glaive l'a frappée ; Ce sein d'albâtre, où le dieu de l'amour Plaça son trône et uxa son séjour, Est déchire' par la tranchante épée ; Ses yeux si doux se ferment poiir jamais. Les assassins , consommant leur ouvrage , Ne pensent pas , dans leur aveugle rage , Que Pèdre un jour punira leurs forfaits.
Et toi, soleil, que le coupable Atre'e Fit recider loin d'un affreux festin , Ah ! tu devais reprendre ce chemin , Le jour qu'Inez à la mort fut livrée.
Et vous, échos du paisible vallon , A qui sa voix en mourant dit encore Le nom chéri de l'amant qu'elle adore, En longs accens répétez ce doux nom.
Comme la fleur qui, trop tôt moissonnée, De la beauté pare un moment le sein , Fraîche et brillante aux rayons du malin . Et vers le soir languissante et fanée ?
loo IGNEZ DE CASTRO. '
O chéiro traz perdido e a cor murchada : Tal esta morta a pallida donzella; Seccas do rosto as rosas , e perdida A branca e viva cor, co' a doce vida.
As filhas do Mondego a niovle escura Longo tempo chorando memoràram ; Ej por memoria eterna, eni fonte pura As lagrimas cboradas transft rxnàram :
O nome Ihe pozeram , que inda dura , Dos amores de Ignez, que alli passàrara : \'ede . qiie fresca fonte rega as flores , Çue lagrimas sao agua, e o nome amores.
ÏNEZ DE CASTRO.
De même luez ; à peine en ses beaux ans , A descendu dans la nuit éternelle ; Sur son visage une pâleur mortelle A remplacé les roses du printemps.
Le Monde'go , dans sa course lointaine , N'entend partout que de tristes regrets ; Tout est eu deuil : des nymphes des forêts Les pleurs bientôt se changent en fontaine. Ce monument dure jusqu'à ce jour , Dans tous les temps mille fleurs l'environnent , Et ce beau lieu que des myrtes couronnent , S'appelle encor la fontaine d'amour.
Inez, charge'e de fers, sous le glaive des bourreaux , et s'efîbrçant d'émouvoir la pitié de son juge , ne devrait peut-être pas commencer son touchant discours en rappelant l'histoire de Sémiramis nourrie par des oiseaux de proie (que presque tout le monde ignore), et celle de Romulus et Rémus allaités par une louve : mais on s'est attaché dans tout ce morceau à être de la plus scrupuleuse fidélité ; et cette attention , qui ne peut être sentie que par ceux qui savent le portugais , les rendra peut-être plus indulgens sur lesdéfauts de celte traduction, surtout s'ils veulent considérer qu'à la difficulté extiême de traduire en vers l'inimitable Camoëns s'est jointe celle de le.rendie octave par octave , et presque vers pia: vers.