‹ Mélanges de politique et d'économieChapitre 12 sur 44 · LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ

cupidités intraitables et des agitations sans cesse renaissantes qui, depuis un siècle, ont mis nos sociétés à de si rudes épreuves.

Mais ne confondons pas les légitimes libertés du peuple avec la fausse liberté de la démocratie. Celle-ci, l'antiquité la connut, dans les limites resserrées de la cité païenne, et elle fut alors ce qu'elle est encore aujourd'hui : une force de destruction qui précipite rapidement les peuples à leur ruine. Les vraies et saines libertés populaires sont bien différentes. Elles s'inspirent surtout de la fidélité au devoir; elles sont modérées autant que dignes et fières ; loin de provoquer à l'antagonisme et à l'instabilité, elles mettent partout Tharmonie, la paix, l'ordre stable et en même temps progressif. Le vrai peuple, le peuple qui accomplit vaillamment, par le travail^ dans l'ordre moral et dans Tordre matériel , la tâche que Dieu a imposée à l'humanité, le peuple qui puise ses convictions, non point dans les vagues conceptions d'un rationalisme quintessencié, mais dans les simples et sérieux enseignements du christianisme, ce peuple-là, en même temps qu'il a conscience de son droit et de sa force dans l'ordre général de la société, a conscience aussi des périls et des déceptions que lui prépare l'esprit démocratique. Ce qu'il lui faut, ce n'est pas la liberté avide et violente de la démocratie, mais la liberté réglée, patiente et féconde d'une société qui porte avec constance et honneur le fardeau du travail, qui considère la paix publique comme son premier bien, qui n'use du droit politique que pour faire respecter son droit civil, avec tous les intérêts qu'il protège.

Les libertés populaires ainsi comprises sont un fruit

du christianisme. Elles apparaissent lorsque l'œuvre de l'affranchissement civil des travailleurs est accomplie, et que l'organisation du travail par la liberté est arrivée à son terme. A ce moment, le travail, plus libre dans ses mouvements, est aussi plus puissant et plus varié dans ses applications, plus compliqué dans toutes ses relations. La solidarité croît avec la division du travail et avec l'étendue de ses entreprises. Dans tous les rangs des travailleurs, on comprend mieux le besoin qu'on a les uns des autres. Sous la loi d'une complète liberté civile, toutes les classes se trouvent plus rapprochées par les idées et par les mœurs, aussi bien que par les intérêts. L'unité de la vie sociale se fait mieux sentir, dans l'ordre matériel comme dans l'ordre moral; et cette unité plus étroite, résultat du progrès général de la civilisation, appelle et rend plus facile le concours de toutes les forces particulières au mouvement général de la vie politique.

Le péril , en ce régime de libre initiative et de vaste activité, c'est l'instabilité et l'individualisme. Il s'agit aujourd'hui d'assurer à toutes ces forces, pleinement émancipées de la vie civile, la légitime influence à laquelle leur importance leur donne droit dans la vie politique. Et cette influence il faut la leur assurer, tout en maintenant les conditions générales d'autorité, de hiérarchie et de stablilité, sans lesquelles aucune liberté ne saurait subsister, parce que sans elles la société elle-même serait à chaque instant compromise.

Dans les sociétés qui nous ont précédés, comme dans la société où nous vivons, la liberté a subi bien des transformations. Mais, au milieu de tous ces changements, et nonobstant tous les accroissements qu'elle a

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