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I. — LA LIBERTÉ

pris, il y a certains traits essentiels, certaines institutions générales de la vie humaine, qui se retrouvent toujours. Sous tous les régimes qui ont laissé leur trace dans l'histoire, on a su les concilier avec la liberté progressivement étendue, régularisée et affermie. Si les grandes libiertés populaires étaient incompatibles avec ces institutions universelles et fondamentales, il faudrait considérer comme un fatal égarement les entraînements qui portent aujourd'hui le monde vers ces libertés. Il y aurait alors pour toute société, sous peine de périr, nécessité de s'arrêter dans cette voie de perdition.

Tout cela n'est que trop vrai de la liberté démocratique. Mais les principes dont elle s'inspire ne sont point, il s'en faut, les principes vrais et les bases nécessaires de toute liberté. La liberté du peuple est née, elle a grandi, sous l'empire de principes tous différents. Nous sommes profondément convaincu qu'elle ne recevra son complément et sa consécration définitive, qu'autant qu'elle ^ restera fidèle aux doctrines qui ont dirigé et soutenu ses premiers pas.

Séparons nettement les libertés populaires de la liberté démocratique. Évitons de confondre dans les termes ce qui, dans la réalité, est très différent. N'appelons pas démocratie des libertés qui n'ont au fond rien de démocratique, et qui aiment et respectent tout ce que la démocratie repousse et méprise. Les libertés populaires sont des réalités vivantes, anciennes parmi nous, et destinées à durer en progressant, comme toutes les choses légitimes. La liberté démocratique n'est qu'une abstraction, par laquelle les sociétés moralement déchues cherchent à justifier leurs révoltes contre les doctrines de

respect, de modération et d'abnégation, qui forment la tradition constante de l'humanité et la loi naturelle de tout ordre social.

Parmi nous le débat ne peut s'établir qu'entre ces deux régimes de liberté. Qui songerait aujourd'hui à mettre en question la liberté elle-même? Si nous voulons savoir ce que peuvent être les libertés populaires, à quelles conditions elles peuvent se consolider, ce que nos sociétés doivent éviter au milieu des égarements et des aveuglements de la démocratie, c'est le passé de la liberté qu'il faut considérer.

Comment les peuples modernes ont-ils réussi à élargir successivement le cercle des droits civils et des droits politiques, sans briser l'ordre hiérarchique et sans amoindrir l'autorité? Comment ont-ils pu graduellement rompre les liens qui assujettissaient le travail, et individualiser la propriété, tout en réalisant par l'association ce concours des forces, qui est la condition indispensable du succès du travail, dans l'ordre moral et dans l'ordre matériel? Comment ont-ils pu, de siècle en siècle, accroître cette mobilité des forces sociales, qui est la conséquence d'une exploitation plus complète de toutes les ressources du globe, et de l'extension de toutes les relations du travail affranchi, sans ôter à la société les éléments de stabilité et de tradition nécessaires à ses progrès autant qu'à sa conservation ?

Il faut savoir quelle solution a été donnée à ces graves difficultés, sous les divers régimes que la société a traversés jusqu'ici, pour être à même de reconnaître les conditions du progrès et de l'affermissement de la liberté, sous le régime nouveau dans lequel nous sommes entrés.

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