IV. — LA LIBERTÉ DKMOCIWTIQLE
raître la souveraineté du nombre. Le régime bourgeois la renferme dans certaines conditions de capacité qu'il fixe à sa mesure : il présume la capacité par la richesse. Entre tous ceux que leur médiocrité ou leur pauvreté ne rend pas indignes, il ne met aucune difl'érence, et c'est le nombre qui règne. La démocratie, étendant à tous le principe bourgeois, proclame le ^suffrage universel, qui règle tout par la majorité ou quelquefois par la pluralité des voix. C'est le nombre qui décide de ce qui est juste et de ce qui est injuste, de ce qui est permis et de ce qui ne l'est pas. C'est le nombre aussi qui désigne les magistrats.
Et ici il est impossible de ne point remarquer que la démocratie d'Athènes, qui faisait désigner les magistrats par le sort, était beaucoup mieux dans la rigueur des principes que nos démocraties modernes. Si tous, en tant qu'hommes, sont égaux par la liberté, de laquelle dérive la souveraineté, pourquoi prendre l'un plutôt que l'autre? N'est-il pas plus naturel, plus sûr d'ailleurs, pour écarter toute pression, toute brigue et toute corruption, d'en appeler au sort?
Sous le règne du nombre il ne s'agit plus ni d'influences, ni d'intérêts, ni d'autorité. Si l'on y cherche un principe, on ne trouve qu'une générahsation d'idées individuelles, c'est-à-dire une abstraction, de laquelle il est impossible de faire sortir aucune force d'autorité qui lie même ceux dont le concours en a donné la formule. Si l'on cherche en fait l'ordre et l'unité, on ne trouve, comme dernière raison de tous les pouvoirs, que la force matérielle. De cet ordre intrinsèque et profond, qui repose sur une loi oWigatoire à raison de la supériorité de nature de celui qui la dicte, il ne reste rien dans la so-