‹ Mélanges de politique et d'économieChapitre 23 sur 44 · MÉLA^GES · texte numérisé non relu

MÉLA^GES

ciété démocratique. On n'y rencontre pas davantage cet ordre moins intime , plus extérieur, mais nécessaire pourtant à toute société, dans lequel la hiérarchie des influences et la pondération des intérêts font échec à toutes les usurpations, et par lequel tous sont assurés, à chaque degré de l'existence , de la liberté d'accomplir toujours le devoir et de réaliser tous les progrès auxquels tendent légitimement les efforts de l'homme. L'unité factice du nombre a remplacé cette unité plus haute et plus vraie, qui résulte de l'harmonie de toutes les forces diverses librement constituées et développées, sous l'empire des principes supérieurs qui fixent l'ordre essentiel et général de la vie humaine. A vrai dire la société n'existe plus. Il n'y a plus qu'une masse, formée d'éléments divergents et perpétuellement mobiles, à laquelle l'unité de la vie morale fait défaut, et où l'unité de la vie extérieure et matérielle n'est possible que par l'intervention de la force et par la centralisation des pouvoirs.

Sans doute toutes les sociétés démocratiques ne professent point expressément ces doctrines. La plupart, celles même dans lesquelles l'idée démocratique s'affirme avec le plus d'éclat, suivent encore bien des traditions étrangères aux habitudes démocratiques. La démocratie pure ne reconnaît point pour son idéal la constitution des États-Unis d'Amérique \ Mais si toutes les sociétés démo-

1 « Il est permis de croire que la constitution américaine n'est point ridéal du gouvernement démocratique. » M. Vacherot, la Démocratie, page 397. — Au reste M. de Tocqueville constatait, il y a plus de trente ans déjà, « les tendances générales et permanentes qui portent les Américains vers la centralisation. » V. la Démocratie en Amérique^ tome IV, chap. v.

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