INTERNATIONALE CONTEMPORAINE
monde. Pas plus aujourd'hui que du temps de Tempire romain il ne souffrira que Dieu lui dispute son pouvoir absolu. Mais le César moderne, au moins pour le moment, n'use pas du glaive. Il se contente de prononcer contre l'Église, et contre tout ce qui lui appartient, une diminutio capitis qui la prive des moyens de subsistance et d'action nécessaires à toute existence humaine, et qui doit finir par la faire périr de consomption. Si César devient, comme il s'en flatte, l'omniarque de la terre, l'Église, refoulée dans la vie privée, n'aura plus nulle part ni l'autorité ni la dignité que réclame sa mission surnaturelle, et Dieu, le maître de toutes choses, devra se contenter de régner en quelques consciences fidèles, au fond desquelles il sera impossible à César d'aller l'atteindre.
Quel est, en présence de l'athéisme poursuivant de pareils desseins, le devoir des catholiques? Peuvent-ils négliger la science qui prétend établir la légitimité de ces desseins et cherche les moyens de les réaliser? Nous le disions tout à l'heure, cette science, elle a été formée par eux; elle est sortie, avec ses principes fondamentaux et sa méthode générale , des mains de leurs grands théologiens. La laisseront-ils aux mains des athées qui l'égarent et la falsifient?
Il y a pour nous, légistes catholiques, une obhgation impérieuse de reprendre l'œuvre que le protestantisme a interrompue ; de ramener à ses origines cette science que le philosophisme a dénaturée, à ce point qu'on ne peut plus reconnaître aucun des traits principaux qu'elle conservait même dans les œuvres des jurisconsultes de la Réforme.
Seule, entre toutes les puissances, l'Église se trouve constituée de manière à fournir les conditions d'une société
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générale des nations. Sa morale, son pouvoir, sa discipline, offrent tous les éléments qui doivent contribuer h former le système juridique de cette grande société internationale.
Interprète unique et infaillible de la loi révélée, l'Église est la source du droit universel, sans lequel aucun lien social ne pourrait s'établir entre les nations. Les peuples qui croient de même ont, dans leur vie publique, une même conduite. Sans qu'aucune convention préalable intervienne, par la force des choses, il se forme parmi eux un droit coutumier suivant lequel tout se règle et tout se décide entre les États. Mais le consentement commun sur le droit ne suffit pas. Il faut une puissance qui en définisse les principes lorsqu'ils sont contestés, et qui les applique dans les cas où ils donnent lieu à des difficultés. Pour remplir cet office, l'Église est là, avec son autorité solidement établie au centre par la chaire de Pierre, et avec sa hiérarchie dont la vaste et puissante organisation embrasse le monde.
La loi que porte l'Église, si précise dans ses points essentiels, son autorité suprême, si vraiment souveraine, sa hiérarchie , si forte par l'entière obéissance au pouvoir unique qui la régit, n'ont pourtant rien d'étroit; elles sont, au contraire, constituées de façon à laisser aux hommes et aux sociétés pleine liberté dans les choses qui passent et qui changent par le cours des temps, ou qui varient de pays à pays.
Tout en maintenant, avec une rigueur inflexible, l'unité dans les choses nécessaires, l'Église laisse à ses fidèles, dans les choses douteuses ou contingentes, toute la liberté que réclame la diversité des mœurs. Grâce à ce procédé
INTERNATIONALE CONTEMPOUAINE. 327 de gouvernement , lunité nécessaire en toute société se conciliera avec l'infinie variété des situations propres aux divers pays. Chaque peuple, chaque groupe de peuple pourra se mouvoir à l'aise, en gardant ses mœurs et ses coutumes, sans que l'harmonie de l'ensemble soit troublée.
La théologie fournit au droit des gens ses principes généraux et sa méthode. Appuyée, avant tout, sur la révélation, la théologie interprète et développe, en matière de droit international, les commandements divins par des principes de l'ordre rationnel. Ces principes elle les tire de la nature sociale de l'homme, de la fin qui est assignée aux nations dans le plan providentiel du monde, des conditions de leur existence les unes à l'égard des autres, ^lle pose ainsi, par la foi et par la science, ces solides assises sur lesquelles se fixeront les coutumes et les traités qui constituent, avec les règles de la justice universelle, le corps du droit des gens. Ce qu'il y a de net, de précis, de vraiment juridique dans la science qui expose et interprète le droit international, a pour source première, on peut l'affirmer sans hésitation, la doctrine des théologiens. Les rêveries humanitaires lui ôtent, avec l'autorité des principes, la sûreté et la netteté des solutions.
Une des œuvres que nous avons à accomplir, nous, hommes de loi, qui voulons travailler à la restauration de l'ordre social chrétien, c'est de ramener la science du droit des gens à la grande et saine doctrine de la théologie. Nous avons à lui rendre la simpHcité et la clarté qu'elle a perdues au milieu des divagations de l'école humanitaire et athée. Il faut que nous la tirions des abstractions stériles, pour lui restituer le caractère positif et pratique qui
328 L'ÉTAT ET L ÉGLISE DA^S LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE, sera toujours un des traits auxquels on reconnaîtra la vraie science du droit. Il faut que la jurisprudence internationale, ainsi rendue à la vérité et aux saines traditions, nous serve de point d'appui pour la défense de notre foi et de la liberté de notre conscience chrétienne contre les entreprises du césarisme universel ; il faut qu'elle nous aide à convaincre nos contemporains de la nécessité de garantir l'indépendance de l'Église chargée de maintenir et d'étendre parmi les hommes le règne de Dieu.