‹ Mélanges de politique et d'économieChapitre 9 sur 44 · I. — LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

I. — LA LIBERTÉ

intérêts, ces mêmes choses sont abandonnées à la libre initiative et à la libre concurrence de tous. Dans les sociétés avancées, l'action de l'homme apparaît davantage ; elle est plus intense, plus étendue, plus raisonnée; mais elle ne peut s'exercer avec efficacité et sécurité, qu'à la condition de ne point se répandre hors du cercle de moralité et de justice dans lequel Dieu l'a renfermée. Tout âge est divin, parce que Dieu est toujours le maître de la vie humaine. Une société qui ne connaîtrait plus Dieu ne connaîtrait plus le devoir; la liberté lui manquerait aussi bien que l'autorité.

Personne ne prend au sérieux les théories d'une démocratie extravagante qui fait de l'anarchie un principe, et qui prétend établir la liberté sur les ruines de toute hiérarchie. La liberté et la hiérarchie sont inséparables; en constituant l'une on règle l'autre. Chaque société a sa hiérarchie déterminée par la nature des forces qui subsistent en elle et par le mode de leur action. Il y a un certain ordre hiérarchique dans la vie privée comme dans la vie publique. Des deux côtés c'est par le respect du principe d'autorité qu'est assurée la conservation de cet ordre.

Dans chacun des groupes où se concentre et se déploie l'activité sociale, il y a une certaine organisation du commandement et de l'obéissance, de la direction et de l'exécution. Entre ces groupes eux-mêmes, il existe une certaine proportion de dignité et d'importance, d'après laquelle les forces sociales se classent, et suivant laquelle leur influence politique se détermine. Ce serait une entreprise vaine que de prétendre fonder la liberté d'un peuple sans tenir compte de la hiérarchie sur la-

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quelle ses relations sociales sont établies. Tous les progrès qu'une société accomplit dans la liberté consistent en ceci : que la hiérarchie soit constituée de façon à laisser un plus libre mouvement aux forces individuelles, tout en conservant aux relations sociales leur régularité et leur solidité.

Les passions humaines viennent souvent traverser cette œuvre de progrès. Il arrive qu'elles égarent la liberté, en jetant dans les cœurs des impatiences et des agitations qui la font tourner en licence. L'ordre hiérarchique est alors ébranlé, et, faute de stabilité, la société est frappée d'impuissance. D'autres fois les passions dégoûtent les hommes de la liberté, en les rendant incapables de supporter les épreuves qui en accompagnent l'usage. C'est là qu'en viennent les sociétés où règne la passion énervante du bien-être. Celles-ci vont se perdre dans le stérile repos de l'état stationnaire, comme les autres se perdent par les excès d'une activité intempérante et indisciplinée.

Machiavel, et d'autres avec lui, ont pensé que, les passions de rhomme restant toujours les mêmes, le monde doit être toujours dans le même état, qu'il renferme toujours la même somme de bien et de mal, que le bien comme le mal parcourent les diverses contrées, et que, tandis que rien ne change dans l'humanité, on voit successivement les empires grandir et décroître, par l'effet des vertus et des passions qu'ils nourrissent tous en eux^ De là cette conséquence, que les nations, par une disposition en quelque sorte fatale des choses, sont condam-

1 Discours sur Tite-Live^ liv. H. Introduction.

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