DIVISION ANORMALE DES FEUILLES DE POIRIERS
Les feuilles de Poiriers ont généralement leur limbe entier ou simplement denté; mais on rencontre quelquefois des feuilles qui sont plus ou moins profondément trilobées.Thouin, je crois, a signalé le premier ce fait tératologique. Ayant recueilli des pépins de Perus sinaca, au Museum d'histoire naturelle, sur des pieds obtenus de graines envoyées du mont Sinaï à Lemonnier, en 1782, il les sema et en obtint de jeunes pieds dont quelques uns montraient des feuilles trifides et crénelées (1).
M. Decaisne ayant semé, en 1853, des pépins de la poire d’Angleterre, en obtint plusieurs modifications et il ajoute : « La variation est allée jusqu’à produire, la
(1) Thouin, Mémoires du Museum, t. 1 (1815), p. 175.
» première année de semis, des feuilles lobées sembla- » bles à celles de l’aubépine et du Pirus japonica (1). »
Ayant été obligé, en réorganisant le Jardin des plantes de Nancy, de faire abattre, en novembre 1857, le seul pied de Pirus sahicifolia Pall. existant dans cet établissement, j'en fis recueillir des fruits dont les pépins furent semés et produisirent de jeunes pieds différant de la plante-mére par leur vestimentum moins abondant et grisâtre, par des rameaux parfaitement épineux et dont l’un des pieds conservés se distinguait du type d’où il provenait par des feuilles ovales, aiguës, crénelées au bord non ondulé et dont quelques unes étaient divisées plus ou moins profondément en trois lobes dont les inférieurs plus petits et divariqués (2).
Enfin, j'ai rencontré, dans l’un des herbiers que possède notre Faculté des sciences, un échantillon de Pèrus amygdaliformis Vall., recueilli dans les garrigues de Montpellier, sur lequel le plus grand nombre des feuilles sont trilobées, comme dans les exemples précédents.
Les feuilles de ces variations anormales rappellent quelques unes des formes de ces mêmes organes dans le Cratægus Oxyacantha L. et ce fait vient confirmer la loi établie par Moquin-Tandon « que les déviations du type » spécifique dans un végétal représentent l’état habituel » d’un autre végétal » (3). — J’ajouterai qu'il s’agit ici de végétaux de la même famille.
(1) Decaisne, Comptes rendus de l’Académie des sciences, t.57 (1863), p. 10.
(2) J'ai déjà parlé de cette plante, mais à un autre point de vue, dans mon travail intitulé: De l’origine probable des Poiriers cultités, Nancy, 1873, p. 23.
(3) Moquin-Tandon, Eléments de Tératologie végétale, Paris, 1841, p. 193.