VI. — PÉTALOMANIE
Les fleurs doubles résultent ordinairement de la métamorphose des étamines et des carpelles en pétales, sans que le réceptacle en soit sensiblement modifié. Mais un autre mode de multiplication des pétales, bien plus fécond par ses résultats, peut se joindre au premier et constitue précisément le phénomène que je nomme pétalomanie. 11 consiste d’abord dans le prolongement du réceptacle qui s’alonge peu à peu en une colonne plus ou moins charnue, de laquelle naissent de nouveaux pétales qui se superposent successivement tout autour d'elle, au fur et à mesure que ce support central s'exhausse d'avantage. Mais ces nouveaux venus ne sont plus disposés en verticilles ; ils m'ont paru former trois ou quatre spirales qui s’enroulent parallélement et qui doivent en définitif résulter d’une spirale générale, comme on l’observe dans les cônes des Pins et des Sapins. Ces pétales laisserit par leur chute, sur l'axe charnu qui les produit, des cicatrices très-visibles.
Comme cette formation successive de pétales se produit généralement avec lenteur, il en résulte : 4° que les pétales les plus inférieurs se flétrissent et tombent les premiers, laissant voir d’abord les petites cicatrices des organes floraux verticillées et très-rapprochées les unes
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des autres, et successivement les cicatrices plus apparentes, plus écartées les unes des autres, et tout autrement disposées des pétales spiralés ; 2° que les pétales se multipliant par le haut du support, tandis qu’ils se détachent par le bas, se remplacent, pour ainsi dire, ce qui donne à la fleur toujours très-double une longue durée, avantage très-apprécié de nos horticulteurs.
Nous avons constaté des faits de ce genre dans plusieurs Crucifères, un Bignona, un Antirrhinum.
Barbarea vulgaris R. Br. — Dans cette espèce, lorsque les fleurs sont devenues très-doubles, par le mode de multiplication dont nous parlons, la grappe florale est toujours raccoureie, comme si la production excessive des pétales l'avait en partie épuisée. Les pédoncules sont trèscourts et étalés à angle droit. Le réceptacle anormalement prolongé, peut atteindre. un centimètre de longueur et porter encore à son sommet une petite masse sphérique de petits pétales serrés les uns contre les autres. Aussi la floraison se prolonge pendant deux ou trois mois. Les pétales, élantjaunes, ne changent pas de couleur, pendant
le cours prolongé de leur évolution. — Cultures de M. Bertier.
Matthiola incana R. Br. — Les faits se passent ici
exactement de même que dans l'exemple précédent. Seu- Ï Ï
lement le prolongement du réceptacle est plus épais, plus conique et peut atteindre jusqu’à deux centimètres ; il est quelquefois sinueux dans sa longueur ou courbé en arc. Les pétales spiralés passent successivement par diverses colorations. Ils sont d’abord toujours virescents et un peu jaunâtres aux bords, si la variété est à fleurs blanches ; ces pétales, derniers venus, finissent par prendre définitivement cette teinte; si, au contraire, la variété est à fleurs violettes, le limbe des pétales primitivement virescents, prend cette nuance, mais les onglets pressés les
uns contre les autres el privés ainsi de lumière conservent leur coloration primitive. — Cultivé dans tous les jardins.
Chetranthus fruticulosus L. Mant. (Bâton d’or). — Ce fait ressemble absolument aux précédents.
Hesperis matronalhs D. C. -— Cette espèce présente assez rarement une prolification que j'ai décrite autrefois (4). Au premier aspect, cette monstruosité peut être confondue avec celle dont il va être question. Mais elle en diffère parce que, au-dessus de la fleur double ordinaire, l’axe floral ou prolongement du pédoncule reste nu, il est vrai, dans une assez faible étendue ; puis on trouve deux sépales opposés, produits par la transformation des deux feuilles carpellaires du pistil, comme le prouvent les petits ovules qu'on rencontre quelquefois aux bords de ces deux sépales ; ils embrassent un faisceau de pétales s'épanouissant à peu près en même temps que ceux de la fleur inférieure. On ne peut donc confondre cette monstruosité avec celle dont nous nous occupons actuellement et qui se montre avec les mêmes caractères que celle du Barbarea, du Matthiola, etc. — Jardin des plantes de Nancy.
Antirrhainum majus L. — Cette espèce offre aussi quelquefois, comme la précédente, une prolification endocarpique, mais plus souvent la pétalomanie spirale, que nous allons décrire. La fleur inférieure est formée de sépales et de pétales distincts, résultant de la transformation de Ja corolle gamopétale et des étamines. Le réceptacle s’allonge et peut atteindre près de deux centimètres, est épais et porte une masse de pétales formés successivement et
(1) Godron, Description d'une monstruosité observée sur la fleur de plusieurs Crucifères ; Nancy, 1845, in-8°, p.12 (Extr. des Mém. de la Soc. des Sciences, lettres et arts de Nancy, pour 1845, p. 48).
serrés les uns contre les autres. La floraison à une longue durée. — Cultures de M. Bertier.
Begonia tuberosa Lam. — La fleur à ses pétales briévement onguiculés; les inférieurs sont verticillés, ainsi que quelques étamines courtes et demi-avortées. Les autres plus grands sont disposés en une spirale lâche sur le prolongement du réceptacle très-grèle et long d’un centimètre. Tous les pétales sont uniformément colorés et paraissent être à peu près du même âge.— Cultures de M. Bertier.