VIT. — MÉTAMORPHOSE DES ORGANES
A. Transformation des divisions du calice en feuilles.
Trifolium repens L. — Le tube du calice est beaucoup plus long que d'habitude ; ses dents sont modifiées, mais à divers degrés. Tantôt elles s’allongent et s’élargissent, sont foliacées, lancéolées, acuminées; tantôt elles sont encore plus larges sous le sommet et se terminent par deux dentsinégales, brièvement acuminées et très-aiguës; tantôt enfin, elles constituent cinq folioles pétiolulées, munies de nervures saillantes, obovées-cunéiformes et pourvues au sommet de dents três-aiguës ; cette dernière forme est le Trèfolium repens L. var.phyllanthum Seringe, in D. C. Prodromus, t. II, p. 199.— Environs de Nancy.
Fragaria vesea L. — Calice divisé jusqu’à la base et présentant une feuille brièvement pétiolée et trifoliolée, assez régulière; une foliole simple, relativement grande, ovale, fortement dentée au sommet; une autre foliole un peu moins développée que la précédente et sensiblement plus étroite ; enfin deux petites folioles entières, linéaires. — Mon jardin.
Primula grandiflora Lam. — Galice à tbe de 5 millimètres; ses divisions sont transformées en véritables feuilles, peu inégales entre elles, d'environ quatre centi-
môtres de longueur, oblongues, obtuses, insensiblement atténuées à la base, dentelées-aux bords, finement tomenteuses en dessous. Le reste de la fleur est régulier. — L'abbé Letendre.
B, Transformation des élamines en pétales el réciproquement.
Saponaria officinalis L. flore pleno. — Cette plante m'a déjà fourni deux monstruosités très-remarquables et notamment des faits nombreux de dissociation de ses éléments carpiques (1) et un cas de prolification endocarpique que Je publierai plus tard. Mais j'y ai découvert en outre, en 4877, un exemple de transformation des étamines en pétales à tous les degrés. Dans les fleurs semi-doubles, on trouve souvent une ou deux étamines régulières ; puis on en voit à filet tenu, mais dont le connectif se renfle à son bord externe et s'étend au-dessus de l’anthére en une trèés-petite lame pétaloïde étroite, virescente à la base, colorée en rose au sommet ; les deux ioges de l’anthère sont encore peu modifiées et blanchâtres. Sur d’autres fleurs la modification est plus avancée; les loges de l’anthère sont demi-avortées et sans pollen, mais on trouve encore des restes de leurs parois qui occupent la base du limbe; en même temps le filet s’est élargi et devient onglet. Enfin, sur d’autres fleurs, le limbe pétaloïde et l'onglet prennent la forme et les dimensions d’un pétale normal et les derniers restes des parois anthériques se sont transformés en deux petites dents aiguës, rapprochées qui appartiennent à la coronule. — Jardin des plantes de Naney.
Fuchsia coceinea Ait. — Calice normal, à quatre divisions réfléchies. Corolles à quatre pétales fendus pro-
(1) Godron, Mélanges de tératologie végétale ; Cherbourg 1872, gd in-80, p. 44 (Ext. des HMéin. de la Soc, des sci. rat. de Cherbourg, ti. LE:
fondément en trois lobes. Il y à trois rangs d’étamines: 1° les étamines externes ont leurs filets à peine un peu plus épais que de coutume ; à leur sommet ils se dilatent en une expansion pétaloïde, formant un limbe très-oblique, coupé aux dépens de sa face externe, roulé en cornet très-peu profond et qui porte à son bord le plus déclive et sur sa face extérieure des traces évidentes de deux loges d’anthères ; 2° les étamines du second rang sont régulières et un peu plus longues que les précédentes ; 3° les étamines du troisième rang n'ofirent rien d’anormal. Il y a donc ie une transformation incomplète d’étamines en pétales.
Ce qu'il y a de remarquable, c’est que la même espèce nous à fourni une transformation inverse, c’est-à-dire des pétales changés incomplètement en étamines. Le calice est aussi à quatre divisions. L'un des pétales à limbe assez large, atténué insensiblement à la base, est aussi roulé en cornet, mais son ouverture très-oblique regarde vers l’intérieur de la fleur, ce qui est précisément le contraire de ce que nous avons vu dans le cas précédent ; il porte aussi, au point le plus déclive de son bord, deux loges d’anthères très-distinetes. Les trois autres pétales ont leur limbe presque orbiculaire» de deux centimètres de diamètre, S’atténuant brusquement en onglet presque aussi tenu que le filet d’une étamine ; à la base du limbe, là où aboutit le support délié, se trouve, mais à la face interne, deux:loges d’anthères assez bien conformées. Il y a, en outre, huit étamines disposées sur deux rangs et un pistil régulier.
Il ya donc des rapports très-troits entre ces deux métamorphoses inverses et le principal caractère différentiel qui existe entre elles, c’est que dans la première, les traces. d’anthères sont à la face externe
de lPexpansion pétaloïde et, dans la seconde, à la face interne. — Cultures de M. Bertier.
Petuniæ hybridæ. — Calice normal. Corolle simple, ou double, virescente au bord de ses lobes, violacée à leur, centre. Etamines, dont les filets élargis à leur base forment, en se soudant sur ce point, un tube large et long d’un centimètre. Du bord de ce tube s’élévent des filets très-nombreux, libres, grêles, d'autant plus longs qu'ils sont plus extérieurs ; ils portent tous au sommet, tantôt des anthères normales, pouvues d’un pollen fécond, dont on peut se servir avec succès pour la fécondation des diverses variétés de Petunia, qui sont pourvues d’un stigmate normal. Tantôt, au contraire, les anthères sont déformées, dépourvues de pollen et le bord externe de leur connectif produit un trés-petit limbe pétaloïde, virescent, étalé à angle droit, obové et atténué en un onglet court ; ou bien la transformation est plus complète ; le filet de l’étamine, d’abord très-grêle, s’élargit peu à peu, en même temps que le limbe à la fin très-agrandi et forme avec lui un pétale libre, longuement et insensiblement atténué à la base, violacé au centre et virescent aux bords. Il n’y a souvent qu'une petite partie des nombreuses éta-
mines, qui se métamorphosent ainsi en pétales et la
fleur paraît presque simple ; mais, lorsqu'un plus grand nombre, ou même toutes, elles éprouvent une semblable transformation, la fleur devient trés-double. Ce qu'il y à de remarquable, c’est que, dans ce cas, la fleur est-unisexuée, l'ovaire faisant constamment défaut. Ce fait n’est pas sans analogie avec le précédent. — Cultures de M. Bertier.
D. Transformation du pistil en feuille.
Galega officinalis L. — J'ai décrit avéc détails, en 1846
(1), la transformation du carpelle de cette plante, à tous les degrés et sur de nombreux échantillons, depuis ses premiers indices, jusqu’à une feuille unifoliolée et, qui plus est, jusqu’à une feuille complète, imparipennée. Ce mémoire perdu, dans un recueil de province, au milieu de travaux variés, littéraires et scientifiques, est resté longtemps dans l'oubli (2). Aujourd'hui, où la même question renaît à l’occasion de faits analogues observés sur d’autres espèces, il me parait utile de rappeler les caractères principaux de cette monstruosité.
Le calice est ordinairement normal. £a corolle est raccourcie ; mais l’étendard et les ailes ont conservé leur forme ; la carène manque ou est remplacée par deux pétales libres spathulés. Etamines au nombre de dix, toutes libres et placées sur deux rangs. Les modifications de la gousse sont très-importantes et nous devons nous y arrêter.
Lorsque la gousse, encore três-jeune, s’ouvré, elle s’étale et forme une foliole semblable à la foliole terminale des feuilles ordinaires ; elle est articulée et pétiolulée. Il n'existe pas de cordons placentaires, n1 d’ovules.
Si, au contraire, la gousse atteint tout son développement avant de s'ouvrir, elle est raccourcie et s’atténue à
la base en un stpes creusé d’un sillon profond, prolonge-
ment de celui qui parcourt le bord placentairien du fruit. Si on l’ouvre, on voit des ovules attachés aux placentas dans la partie inférieure de leur étendue. Sur d’autres fleurs, la gousse s’entrouvre naturellement à cette même
(1) Godron, De l’origine des cordons placentaires dans la famille des Léqumineuses dans tes Mém. de la Soc.des sc., lett. et arts de Nancy, pour 1846, p. 187 à 194.
(2) M. Ducharte est le premier qui en ait parlé (Éléments de botanique ; éd. 11e (1866), p. 575 et éd. 2e (1877), p. 676.
place et, entre les lèvres de l'ouverture, on aperçoit un petit corps vert qui s’y trouve engagé. Dans un degré plus avancé, la gousse s'ouvre davantage et même dans toute sa longueur ; on constate que le petit bouchon n’est pas autre chose qu'une foliole pliée en long, contournée au sommet, courbée à sa base et articulée à l’un des cordons placentaires. Mais on découvre alors, qu’au-dessus de cette première foliole, on en voit une seconde tout à fait semblable, qui s'articule à l’autre placenta. Au-dessus de cette seconde foliole, on retrouve des ovules ou de nouvelles folioles. Ces organes foliacés occupent exactement la place où pourraient se trouver des ovules normaux et sont évidemment le résultat de leur transformation. Il y a plus, c’est que le pétiolule n’est pas autre chose que le funicule des ovules. Ces folioles devenues libres se déploient ; elles sont oblongues-lancéolées, surmontées d’une petite pointe sétacée, semblable à celle qui termine les folioles normales du Galega officinalis L. Le stipes de la gousse devient le pétiole commun par le rapprochement des nervures latérales de la gousse, qui se confondent avec les cordons placentaires et le sommet de la feuille carpellaire devient la foliolé terminale.
J'ai déduit de ces faits, dans mon travail de 1846 (4), deux conclusions principales : 14° Les placentas appartiennent, dans la famille des Légumineuses, au système appendiculaire ; 2° les ovules sont une dépendance du même système (2).
(1) Godron, De l’origine des cordons placentaires dans les Légumineuses (Mém. de la Soc. des sciences, lettres et arts de Nancy, pour 1846, p. 194).
(2) Deux années avant moi, Adolphe Brongniart a décrit des faits à peu près semblables aux miens, observés sur le Delphi- Rium elatum et sur le Navet (Annal. des sc. nat., 3e série, 1. IL (1844), p. 20). Il en avait tiré des conclusions analogues à
J'indique aussi, dans le même travail, que des faits analogues ont été observés par moi sur d’autres légumi-
-neuses ; mais, ne les ayant pas décrits alors, parce que
je n’ai pas pu suivre sur ces plantes, étudiées à l’état de dessication, toute la série des modifications, aussi bien que dans le Galega officinalis L., je crois utile de faire connaître les observations incomplètes que j'ai pu faire sur elles. Ce sont les suivantes :
Trifolium repens L. — Les fieurs de chacun des capitules sont d'autant plus longuement pédonculées qu'elles sont plus intérieures et leurs pédoncules sont filiformes. Leur longueur varie, du reste, d’un capitule à l’autre, et toujours elle m'a paru d'autant plus grande que la déformation du pisül est plus prononcée.
Le calice est ordinairement normal, mais avec tendance à l’élargissement de ses divisions. Enfin 1l peut arriver qu'ellés se transforment, soit partiellement, soit en totalité en petites folioles finement pédicellées, obovéescunéiformes, tronquées et dentelées au sommet (Tri/olrum repens, var. phyllanthum Seringe), modifications que nous avons décrites plüs haut, mais qui coïncident assez souvent avec les modifications dont nous allons parler.
La corolle est régulière. Les étamines sont libres. Mais,
celles, qu’à son exemple, j'ai dù déduire moi-même. Cette question a été reprise récemment et on s’est appuyé de nouveau sur des observations tératologiques ou Anatomiques pour établir que le placenta, le funicule, la primine, la secondine (quand elle existe) et même le nucelle, appartiennent au système appendiculaire. On peut consulter : 40 C. Kramer, Bildungsabweichungen bei einigen Pflanzenfamilier, etc., Zurich, 4864 ; 29 Van Tieghem, Ann. des sc. nat., 5e série, t. XIV, p. 392 ; 39 Le Monnier, Recherches sur la nervation de la graine dans les Annales des sciences naturelles, ëe série, t. XVI, p.297.
c'est surtout le carpelle qui offre, à différents degrés, des modifications importantes.
Premuer degré. — Le carpelle est briévement stipité, fermé, étroitement linéaire, atténué aux deux bouts; il atteint jusqu’à un centimètre de longueur et fait longuement saillie au-dessus de la corolle. Il se termine par un style et un stigmate. C’est le Trifolium repens, var. unguiculatum Seringe (A).
Second degré. — Sur d’autres capitules, la plupart des fleurs ont leur carpelle transporté en une feuille unifoliolée, portée sur un pétiole d’origine carpellaire, filiforme, très-saillant au-dessus de la corolle et se termine par une foliole terminale, d’abord pliée en deux, apiculée. Cette foliole est articulée et, à an degré un peu plus avancé de transformation, elle s'étale et se montre en cœur au sommet, rétrécie en coin à la base et dentée aux bords.
Troisième degré. -— La transformation devient plus complète et le pistil, complètement modifié, devient une feuille trifoliolée, semblable aux feuilles ordinaires de l'espèce, mais plus petite. — Environs de Nancy (2).
Trèfolium elegans Savi. — Sur cette espèce on observe tous les degrés de transformation du pistil que nous
venons de signaler dans le Préfolium repens L. — Environs de Nancy.
Trifolium pratense L. — ‘Toutes les fleurs d'un même
pied sont briévement pédicellées. Les enveloppes florales
(1) Seringe, in D. C. Prodromus, t. II, p. 199.
(2) Cetie monstruosité a été étudiée sur le vif et dans ses premiers développements par deux savants botanistes, savoir : 49 Caspary, Vergrunungen des weissen Klees (in Schriflen der Künigl. physik. ôkon. Ges. zu Künigsberg, IL Jahrg. 1861); 29 Lad. Celakovski, Vergrünungs Geschichte der Eichen von Trifolium repens L. (Botanische Zeitung, t. XXXV, 1877, D 138 à 183, taf.2.) Ils ont apporté de nouveaux éléments dans la discussion. ,
sont normales. Mais le carpelle est métamorphosé en une feuille unifoliolée, dont la foliole articulée, ohbovée-cunéiforme, denticulée et échancrée au sommet, est terminée par un apiculum sétiforme. — Nancy.
Medicago lupulina L. — Les inflorescences sont nombreuses, plus rapprochées les unes des autres que dans le type; elles sont deux ou trois fois plus grosses, globuleuses et plus serrées. La gousse est brièvement pédicellée et, au lieu d’être courte, réniforme, obtuse, elle est étroitement lancéolée, atténuée à la base, acuminée, comprimée, virescente, très-saillante en dehors de la fleur ; quelquefois elle est ouverte sur le bord placentairien; elle renferme quelques petits ovules. C’est évidemment le premier degré des monstruosités précédentes ; on pourra la rencontrer plus complète, — Nancy et Pont-à-Mousson.
Melilotus officinalis Lam.— M.Valentin Humnicki a pris cette monstruosité pour une espèce, et, qui plus est, pour un Trigonella nouveau qu'il déerit sous le nom de 7r. multiflora: celui-ci à l'aspect d’un Medicago lupulina et le fruit des Trigonella; mais 1l s’est toujours montré stérile (1). Je n’ai vu cette monstruosité qu'a son premier degré, comme la précédente; elle offre les mêmes caractères ; elle n’est pas rare. Je l’ai aussi observée sur
les Melilotus macrorhiza Pers. et alba Lam. — Environs de Nancy.