II. FASCIES OBSERVÉES SUR DES PLANTES MONOCOLYLÉDONES
Je n’en ai jusqu'ici rencontré que deux exemples, malgré mes nombreuses recherches. Elles sont par conséquent bien moins fréquentes que dans les plantes dicotylédones. La structure propre des tiges dans les végétaux monocotylédons y est conservée et très-reconnaissable ; seulement les axes sont fortement applatis.
Lilium croceum Chaix.— La fascie occupe toute la tige longue de 081 ; sa largeur moyenne est de 0w022. Versle sommet elle se courbe dans le plan de la fascie, devient horizontale dans une étendue de 020. Sur le bord supérieur de cette portion horizontale sont accumulées les fleurs au nombre de 39, toutes assez longuement pédonculées. Cette fascie m’a été adressée fraiche par M. Mehl, percepteur à Nancy. Elle a été déposée au musée de Nancy.
Asparagus officinals L.— Cette fascie a déjà été signalée par les auteurs. J’en possède un exemplaire qui affecte toute la longueur de la tige et qui mesure 038 de longueur sur 001 dans sa plus grande largeur. Les côtes des faces sont écartées et assez saillantes.
Tels sont les exemples de fascies que j'ai eu occasion d'observer. Il me reste à indiquer leurs caractères généraux et à les comparer ensuite aux cladodes qui sont aussi des axes déprimés.
1° La fasciation ne change pas la nature des tiges et des rameaux qu'elle atteint; pour être déprimés dans un sens et élargis dans l’autre, les organes axiles n’en conservent pas moins l’organisation qui les caractérise à l’état normal, qu'ils appartiennent aux plantes dicotylédones ou aux plantes monocotylédones.
2° Les fascies offrent sur leurs faces de petites côtes longitudinales, alors même que les tiges normales sont complètement lisses dans ces espèces, comme on le voit dans le Penstemum gentianoëdes Porr., Delplanium elatum L., Wisteria sinensis D.C., Echium vulgare L., ete. Ces côtes longitudinales plus ou moins fines résultent de l’écartement plus ou moins marqué des faisceaux fibro-vasculaires par suite de lexpansion latérale de la fascie. I] faut toutelois en excepter les fascies des plantes grasses, comme nous l'avons constaté dans celle des Echeveria qui ne présentent sur leurs faces aucune trace de côtes.
3° Nos observations confirment ce qu'a déjà dit Moquin- Tandon (1): que cette déformation tératologique est beaucoup plus fréquente dans les plantes dicotylédones que dans les monocotylédones, dans les plantes herbacées que dans les plantes ligneuses. Je constate, en outre, qu’elle n’a pas été vue sur les tiges articulées.
4° Je ne connais aucun exemple de fascie observé sur les racines, bien qu’on en ait rencontré sur les drageons souterrains et sur les stolons.
(1) Moquin-Tandon, Éléments de Tératologie végétale, Paris, 1841, in-80, p. 150.
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5° Les fascies dénotent un excès de vie qui se manifeste surtout aux bords et au sommet, où se produisent d’une part des rameaux et de l'autre l'accumulation des fleurs ou des feuilles.
6° On observe en général qu’elles ont une tendance à la phyllomanie et que les feuilles opposées ou verticillées prennent, d'une manière plus ou moins marquée et toujours irrégulière, une direction spirale.
7° La fasciation favorise la partition de la tige et des rameaux.
8° Les fascies sontrarement héréditaires et jamais d’une manière absolue.
Les cladodes sont, comme les fascies, des axes déprimés et il me semble utile d'indiquer les analogies qui les rapprochent et les différences qui les séparent.
Il est d’abord des cladodes qui offrent exactement la forme et l’organisation des fascies des plantes dicotylédones, qui, comme elles, ont une moëlle très-applatie, tapissant intérieurement d’une manière continue la zone fibro-vasculaire du rameau; celle-ci et la zone cutanée, au lieu de former des cercles concentriques, décrivent dans l’un et l’autre cas des ellipses très-allongées. On peut dès lors considérer les cladodes comme de véritables fascies normales et nous pouvons citer comme exemples les rameaux des Coccoloba platyclada, ceux du Carmichælia australis et autres espêces à rameaux comprimés de la famille des Légumineuses, enfin les Opuntia. Les premières parmi ces plantes ont comme les fascies des côtes fines longitudinales sur leur face; les Opuntia en manquent au contraire comme dans la fascie des Echeveria. Malgré ces analogies de structure, il y a quelques différences qui les distinguent. Dans toutes les cladodes, et par conséquement dans celles que je viens d'indiquer, les véritables feuilles manquent
constamment, où plutôt sont représentées par de simples écailles ; dans les fascies, au contraire, lesfeuilles manquent très-rarement et je ne connais même d'exception que celle de la fascie de l’Asperge que j'ai décrite. Une autre différence entre les cladodes et les fascies, c’est que les premiéres se montrent exclusivement sur les rameaux et même sur tous les rameaux de l’espêce qui les présente, tandis que les fascies affectent le plus souvent les tiges, plus rarement les rameaux des plantes, dont un seul où un petit nombre sont atteints.
Les cladodes des Ruscus ont une organisation bien différente de celle des fascies. Elles ressemblent à des feuilies et tous les anciens botanistes les ont considérées comme telles ; elles en remplissent du reste les fonctions physiologiques. Mais la ressemblance et même l’analogie de structure sont extrêmement frappantes si on les compare aux feuilles de plusieurs espèces de la même famille, telles que les Polygonatum, Streptopus, Majanthemun, Convallaria, etc. Non seulement la forme générale est la même dans les deux genres d'organes, mais les faisceaux fibro-vasculaires sont disposés dans un seul et même plan, régulièrement écartés les uns des autres et, en dehors du faisceau médian, ils forment les mêmes courbes qui ont mérité aux feuilles de ces plantes la qualification de curvineruiées. Ces faisceaux fibro-vasculaires sont reliés entre eux par des veines qu'on aperçoit très-bien dans ces deux genres d’organes, lorsqu'ils sont desséchés et vus à contre jour. Cependant personne ne doute plus que les cladodes des Ruscus ne soient des organes axiles; mais ce sont des rameaux métamorphosés en feuilles, lorsqu'elles ne portent pas d’inflorescence sur leurs faces, comme cela a toujours lieu dans le Ruscus racemosus L., et il en estde même des cladodes non florifères des Rusceus androgynus L., Hypophyl-
lum L., Hypoglossum L. et aculeatus L. Mais un plus ou moins grand nombre de ces rameaux foliiformes portent des fleurs chez ces dernières espèces, sur leurs côtes submarginales dans la première, sur le milieu de la côte médiane dans les trois autres. Ces côtes floriféres sont plus développées que les autres et remplissent le rôle de rameau, tandis que le reste de l’organe continue à ressembler à une feuille et à en remplir les fonctions. L'inflorescence sort chaque année du même bourgeon, qui s’accroit légérement par son centre, et l’on trouve à sa base les écailles et les pédoncules des années précédentes.
Les cladodes des Xylophyllum constituent aussi des expansions foluformes ; mais par leur organisation elles différent des fascies et même des cladodes des Auscus. Elles présentent sur leurs faces des côtes fines comme dans les fascies ; mais, au lieu d’être toutes de même ordre, il en existe une médiane d’où naissent les autres d’après le mode alterne. Cette disposition augmente la ressemblance qu'elles ont avec les nervures des feuilles. Comme dans les fascies, la vie semble devenir plus active par les bords de l'organe, puisque c’est là que les fleurs se développent et forment de petites inflorescences fasciculées. Mais, si l’on étudie avec soin ces côtes nerviformes, comme l’a fait M. Trécul, on reconnaît qu’elles sont formées, non pas d’un simple faisceau fibro-vasculaire, mais d’un cerele de faisceaux entourant régulièrement une petite moëlle (1). Ces organes sont donc des rameaux, l’un primaire, les autres secondaires et alternes-distiques , le tout réuni par un parenchyme et entièrement enveloppé par les couches corticales, si l’on en excepte les inflorescences qui sont libres et terminent l'extrémité des rameaux nerviformes.
(1) Trécul, Comptes rendus de l'académie des sciences, T. 68 1869), p. 574.
Les cladodes des Phyllocactus, des Rlipsalis, des Epiphyllum, ayant une moëlle centraie circulaire, entourée par une zone plus ou moins large de tissu fbro-vasculaire, d’où, comme l’a observé M. Trécul(?), partent latéralement des faisceaux qui se répandent dans le parenchyme, où 1ls se ramifient et s’anostomosent à la manière des nervures des feuilles, différent complétement des fascies et des autres cladodes’dont nous avons parlé.
Quoiqu'il en soit, il n’en résulte pas moins que les analogies de forme et de structure que nous avons signalées entre certaines eladodes et les fascies, fournissent une nouvelle confirmation de cette loi posée par Moquin-Tandon : « que les déviations du type spécifique dans un végé- » tal représentent l’état habituel d’un autre végétal. » (2).
DE L'EXISTENCE ANORMALE D'UN FRUIT BICARPELLAIRE DANS LA FAMILLE DES LÉGUMINEUSES.
On sait que, dans les Papilionacées, les verticilles floraux sont établis d'aprés le système quinaire et, s'il n'y avait pas d’avortement, ce type numérique se montrerait aussi pour les carpelles. J'avais exposé cette théorie, dans une de mes leçons du mois de juin 4870, et je fus agréablement surpris lorsque, à la leçon suivante, un bon vieillard, M. Vaultrin, qui suit mes cours depuis plusieurs années, m'apporta deux pistils encore verts de Phaseolus vulgaris L., sortant de la même fleur, formés chacun de deux carpelles soudés dans une grande partie de leur étendue,
(1) Trécul, L. c.
{2) Moquin-Tandon, Eléments de Tératologie végétale, Paris, 1841, in-8o, p. 193.
libres au sommet et portant chacun leur styie distinct. Mon attention ainsi éveillée sur ce fait, il m'a été assez facile de me procurer de nouveaux exemples de ceite anomalie et à tous les degrés de développement jusqu’à la maturité. Tantôt ces carpelles doubles sont égaux en longueur et la direction de l’ensemble est droite ; tantôt un “pe lle est moins avancé et moins long que l'autre et alors la courbure naturelle du plus grand se maintient et force le plus petit à Suivre une incurvation contraire à ses tendances. :
J'ai dû chercher s’il n'existait pas d'exemples semblables dans les annales de la science et J'ai trouvé ce fait tératologique déjà figuré, il y a plus d’un siècle (1). Moquin- Tandon a constaté aussi, dans une même fieur de la même espèce, l’existence de deux ovelles, mais il ne donne sur eux aucun détail (2). Dans les faits recueillis par M. Vaultrin et par moi, 1l est à noter que la soudure des deux pistils se fait par leur bord placentarien, de telle sorte que si, au lieu de deux carpelles, il y en avait cinq, le fruit de cette plante constituerait une capsule à cinq loges et à placentation axile. On sait, du reste, que Aug. St-Hilaire a découvert au Brésil une légumineuse, l’A/ffonsea juglandifoha, pourvue normalement de cinq carpelles libres (3). Ces faits confirmen: done, come on voit, une théorie qui ne repose pas sur une simple vue de l'esprit.
(1) Duhamel, Physique des arbres, Paris, 1758, in-4°, tab. XILI, fig. 818 et 219.
(2) Moquin-Tandon, Eléments de tératologie végétale, Paris, 1841, in-80, p. 344.
(3) Aug. St-Hilaire, Voyage dans le district des diamants et sur le littoral du Brésil, Paris, 1833, in-8e, T. 1, p. 386.