‹ Mélanges de teratologie végétalesChapitre 5 sur 51 · EV · texte numérisé non relu

EV

DESCRIPTION D'UNE MONSTRUOSITÉ OBSERVÉE SUR LA FLEUR DE PLUSIEURS POTENTILLES.

En 1857, j'ai recueilli dans la plaine de Tomblaine, près de Nancy, une anomalie assez remarquable de la fleur et surtout du pistil du Potentilla argentea L. Le calicule et le calice sont un peu plus développés que de coutume, mais conservent leur forme normale. Les pétales ont gardé leur couleur jaune; le limbe est orbiculaire et l’onglet est aussi long que lui, étroit et canaliculé supérieurement. Les étamines différent peu des organes mâles bien conformés. Les pistils sont trés-nombreux, forment une masse ovoïde et serrée qui dépasse de plus du double le calice et les pétales.

Le réceptacle est parfaitement glabre au lieu d’être velu et atteint un centimêtre de hauteur dans les fleurs les plus développées ; il est brièvement nu à la base. Les pistils sont longuement stipités; l’ovaire, au lieu d’être glabre, porte le vestimentum blanc-argenté des feuilles ; le style est plus long que de coutume. Quelques ovaires sont fendus en long et, dans l'ouverture béante, on observe chez quelques-uns un ovule bien distinct. I y a ici évidemment un commencement de transformation des pistils en feuilles. Il eût été intéressant de suivre le développement de cette anomalie; mais la plante a été recueillie trop tôt. Toutefois, le second fait que j'ai à produire, y supplée et vient indiquer ce qui se serait produit, puisqu'on y rencontre tous les degrés de la transformation dont il s’agit.

La Potentille sur laquelle ce nouveau fait a été observé est.un hybride cultivé par M. Rendatler. 1] a pour parents

certainement le Potentilla atrosançquinea Don, fécondé par le pollen d’une espèce à grandes fleurs jaunes qui vraisemblablement est le Potentilla recta L. Cet hybride, à l'état normal, a les divisions du calicule et du calice blanches, argentées en dehors. Les pétales, souvent augmentées en nombre par la transformation des étamines, sont d’un rouge-sanguin à la face supérieure, et d’un jaune plus ou moins rougeàtre à l’extérieur. Les feuilles sont blanchesargentées en dessous, un peu moins cependant que dans le Potentilla atrosanguinea Don; leurs stipules sont profon‘lément dentées à leurs bords supérieurs et externes el non entières ; les feuilles radicales sont à 5 et quelquefois 4 foholes.

La monstruosité, observée sur cet hybride, s’est montrée à tous les degrés de développement sur les divers échantillons soumis à l'étude.

Sur la monstruosité à son premier degré, J'ai constaté les faits suivants : Le calicule et le calice sont à l’état normal. Les pétales sont entièrement verts, élégamment et fortement nerviés, velus-argentés en dehors, ou bien ils sont d'un jaune-verdâtre et plus ou moins nuancés de rougeàtre et simplement velus en dehors; leur limbe est orbiculaire et leur onglet, aussi long que le limbe, est étroit, canaliculé en dessus à la manière d’un pétiole et présente, quelquefois près de sa base et de chaque côté des bords, une petite dent, trace évidente d’une stipule. Les étamines, au nombre d’une vingtaine, ont les anthéres régulières pour la forme, jaune-verdètres et sans pollen. L’axe floral se prolonge plus ou moins au centre de la fleur et peut atteindre jusqu’à cinq centimètres ; il est velu, nu dans sa moitié ou ses deux cinquièmes inférieurs et porte dans le reste de son étendue des pistils finement stipités, blancsargentés, couronnés par un style et un stigmate, rangés

* symétriquement et montrant nettement la direction des fibres secondaires et formant par leur réunion une grappe simple, globuleuse, ovoïde ou oblongue, suivant qu’elle est plus ou moins dense. Les carpelles sont parfaitement clos, si ce n’est quelques-uns qui sont ouverts à leur bord supérieur et montrent quelquefois un ovule suspendu à son funicule.

Dans le troisième degré de développement, les métamorphoses deviennent plus complétes. Le calicule et le calice ont conservé leur état normal. Les pétales sont verts, à limbe orbiculaire, muni d’une où plus rarement de deux dents latérales, à onglet plus long que le limbe, canaliculé et muni à sa base de deux petites stipules membraneuses, libres seulement à leur partie supérieure. Une vingtaine d’étamines verdâtres et sans pollen. L’axe floral s’allonge au centre, est un peu plus épais que le pédoncule, il est nu dans son tiers ou dans ses deux tiers inférieurs et porte une masse globuleuse, ovoide ou oblongue, d’expansions foliacées, vertes en dessus et d’un blanc argenté en dessous, assez longuement pétiolées (4), à limbe ovale aigu, muni de quatre dents latérales et d’un lobe terminal portant au sommet un apiculum qui rappelle le style. Ces expansions sont d'autant plus grandes qu'elles sont plus inférieures.

Ces deux espèces de Potentilles offrent donc un exemple de chloranthie plus ou moins complète.

dl) Ce que je nomme iei pétiole de ces petites feuilles, à par son aspect filiforme conservé plutôt le caractère d’un pédicule.

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