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OBSERVATIONS SUR LES FLEURS DOUBLES DES PETUNIA

On sait, depuis longtemps, que c'est par des métamorphoses rétrogrades plus ou moins complètes et par multiplication anormale des pétales que se forment les fleurs doubles (A). Mais ces modifications offrent quelquefois des faits spéciaux intéressants; c’est ce que montrent précisément les fleurs doubles des Petunia et c’est là ce qui m'engage à décrire ce que leur examen m'a permis de constater.

Dans la fleur simple des plantes de ce genre, les filets des étamines sont, dans leur tiers inférieur, adhérents au tube de la corolle, mais restent distincts et font saillie en dedans de ce tube, comme s'ils y étaient simplement collés par leur face externe. Ces organes sont cylindriques dans leur partie libre, mais la partie adhérente au tube corollin s’élargit un tant soit peu et sa face interne est parcourue par un sillon longitudinal.

Lorsque les fleurs des Petunia commencent à doubler, c'est, comme d'habitude, par les étamines que commencent les modifications. Leurs filets s’élargissent dans leur partie adhérente et, dans cette étendue, se confondent, le plus souvent, les uns avec les autres de façon à former un tout continu, un véritable tube staminal qui double ainsi la partie inférieure du tube corollin en faisant corps avec lui. Au sommet de ce tube staminal on voit se développer à la base de la partie libre des filets des étamines, soit dans

(1) In’est pas question ici des fleurs des Corymbifères, dont toutes les corolles sont anormalement toutes ligulées, et qu'on nomme aussi fleurs doubles, mais qui ne méritent pas cette dénomination.

l'intervalle qui les sépare, soit à leur face externe, des pétales libres, de forme plus ou moins irrégulière, ordinairement ondulés ou repliés ; on y observe aussi assez souvent un ou plusieurs pétales infundibuliformes, à tube allongé et effilé, à limbe entier et oblique et la coloration des faces est l'opposé de ce qu’elle est dans la corolle normale, c’està-dire qu’elle est plus pâle en dedans et plus brillante en dehors. Ces pétales, ayant pour origine le tube staminal, peuvent devenir trés-nombreux et former à eux seuls des. fleurs très-doubles. Les étamines peuvent aussi se multiplier, se former en nombre double et même triple de celui de l’état normal. Or celles-ci ont une tendance plus ou moins marquée à se métamorphoser, à des degrés plus ou moins marqués, en expansions pétaloïdes ; mais il en reste presque toujours un certain nombre qui se conservent à l’état normal, au moins en ce qui concerne leurs anthères qui renferment un pollen fécond. C'est ce pollen que nos horticulteurs utilisent pour féconder les fleurs simples des Petunia et préparer ainsi, pour l’année suivante, une abondante moisson de Petunia à fleurs doubles et de couleurs variées.

Ce ne sont pas là tous les résultats de la transformation de la fleur. Le pisül et les organes qu’il renferme sont plus ou moins profondément modifiés.

Et d'abord le pistil varie dans le nombre des feuilles carpellaires qui le constituent.

I. Tantôt 1! est formé de deux feuilles carpellaires, nombre normal dans les Solanées, ce qu’on constate facilement par les deux sillons opposés qu’on observe distinctement sur l'ovaire et qui constituent les traces de leurs soudures. Les styles sont au nombre de deux; ils sont rapprochés, mais distincts, inégaux, terminés par un stigmate plus ou moins déformé, vert sur sa partie glanduleuse

et violacé sur son pourtour L'ovaire est porté sur un podocarpe-court et épais ; il est souvent bien plus gros que d'habitude, ovoïde-oblong (et non ovoïde-conique), et ses parois sont amincies. Si l’on pénêtre dans son intérieur, on est fort étonné d’y rencontrer, au lieu d’ovules, des anthères très-reconnaissables, nombreuses, d'autant plus développées qu’elles sont plus extérieures ; elles sont por- tées sur des filets qui s’insérent sur la masse placentairienne et occupent ainsi la position des ovules qu’elles remplacent. Ces anthères incarcérées dans la cavité de l'ovaire se présentent sous trois formes: 4° la forme normale, c’est-à-dire à loges de l’anthère accolées par le dos dans toute leur longueur et munies chacune de son sillon latéral : elle est la plus fréquente ; 2° une forme à loges de l’anthère divariquées à la base, comme celles de certaines Labiées; 3° une forme à loges de l’anthère accolées par le côté au lieu de l'être par le dos et présentant en miniature l'aspect d’une graine de Tropæolum majus.

Sur d’autres fleurs la transformation de ce pistil bicarpellaire est plus avancée. L'ovaire est ouvert et montre au sommet deux stigmates sessiles, inégaux, plus ou moins déformés, mais reconnaissables ; les parois de l’ovaire deviennent de plus en plus minces, prennent même une teinte plus ou moins pétaloïde et montrent au bord de leur ouverture quelques anthères sessiles ou subsessiles. Dans un état encore plus prononcé de la métamorphose, l'ovaire est raccourci, très-ouvert, et son ouverture est bordée d’étamines bien conformées, et même fertiles, ordinairement au nombre de 40 ou de 15 à une unité prés, for-

mant ainsi un second tube staminal; mais une portion d’entre ces étamines, et il en est de même de celles qui procédent de la masse placentairienne, se transforment en partie ou en totalité en pétales très-irréguliers, qui peuvent

se multiplier encore par dédoublement, de manière à former une fleur très-double et qui acquiert des dimensions assez considérables. Le calice s’est alors considérablement accru et ses divisions sont devenues largement ovales ou oblongues; la corolle suit le calice dans son développement et la fleur atteint, sur certains pieds, un décimètre de diamètre.

I. Le pistil compte quelquelois plus de deux feuilles carpellaires et la forme de l'ovaire varie avec ce nombre ; il est obtusément trigone, tétragone ou pentagone suivant qu'il en compte trois, quatre ou cinq. Ces ovaires, lorsaw’ils sont ouverts, portent au sommet autant de styles et destigmates plus ou moins irréguliers qu’ilentre de feuilles carpellaires dans la composition de l'ovaire. Si, au contraire, les ovaires sont fermés au sommet, il n’y a qu'un‘ style et le stigmate est à 3, à 4 ou à 5 lobes. Lorsque l'ovaire est ouvert et que les styles sont distincts, il arrive quelque- Le que la partie supérieure de chaque style se transforme

n anthère et que le stigmate semble devenir un appendice du connectif. Dans tous ces cas Fovaire renferme Invariablement des élamines plus ou moins rudimentaires. Enfin, dans les fleurs très-doubles, où Povare et les ovules sont complétement métamorphosés en étamines et en pétales, on trouve assez souvent, sur le prolongement de l'axe floral, un second ovaire, petit, stipité, fermé, à stigmate lobé et qui renferme aussi des anthères rudimentaires.

Ce faittératologique est três-remarquab'e par la tendance des organe femelles à produire en abondance des étamines et toutes les transitions entre ces organes mâles et les pétales. Mais la transformation des ovules en étamines constitue un phénomène bien plus inattendu, puisqu'il semble indiquer que les ovules appartiennent au système appendiculure et non au système axile.

DE LA DISSOCIATION DES ÉLÉMENTS CABPIQUES DANS UN SAPONARIA OFFICINALIS L. A FLEURS DOUBLES.

On sait parfaitement aujourd’hui que dans la famille des Silénées, les placentas ne sont centraux qu’en apparence et qu’en réalité ils sont axiles. Il est constant, en effet, que, dans l’ovaire très-jeune, il existe des cloisons qui disparaissent par compression à la suite du développement des ovules et des graines. Cependant ces cloisons ne disparaissent pas toujours complètement ; lorsqu’à la base de la colonne centrale il ne naît pas d’ovules, les cloisons persistent en ce point et on l’observe d’une manière évidente dans les Viscaria et dans les Vaccaria, ainsi que dans les Silene de la section Behenantha. Dans les Silene . longiflora Ehrh. et swertiæfolia Boiss. dont la capsule est longue et étroite, les cloisons persistent jusqu’à une grande hauteur et les semences sont, dans chaque loge, empilées sur deux rangs. Tous ces faits suffisent grandement pour indiquer la signification véritable des placentas dans la famille des Silénées. Mais on ne peut trop accumuler les faits sur la constitution de l'ovaire dans les plantes de cette famille naturelle. Une variété à fleurs doubles du Saponaria officinalis L. vient nous montrer la dissociation à différents degrés des éléments carpiques qui forment son pistil.

Tantôt cet organe est à l’état normal et porte trois styles; tantôt il est anormai et présente les variations suivantes :

4° Trois carpelles distincés dans toute leur longueur; surmontés chacun d’un styie et pourvus d’ovules sur deux rangs à leur angle interne;

2° Un seul carpelle isolé, muni d’un style; les deux autres carpelles soudés par les faces latérales correspondantes, mais ayant chacun leur style Hbre ;

3° Trois carpelles entiers, séparés au sommet, réunis

à la base ; 4° Deux pistils libres, chacune à 3 carpelles isolés seulement au sommet et à styles inégaux ;

5° Quatre, cinq ou six carpelles réunis par leur angle interne et séparés les uns des autres par des sillons.

On trouve quelquefois, à l’aisselle d’un ou deux pétales, deux ou trois petites fleurs formées de pétales inégaux et décolorés, de quelques étamines et de deux ou trois petits carpelles libres ou plus ou moins soudés.

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