V. 18; Ch. 21, V. 19 , etC
' Ce groupe se dit des hommes éclair-
Ces assises étaient présidées par le Poliarque; c'est loi qui est nommé le premier et qui expose l'affaire au tribunal.
Indépendamment du Poliarqne> le tribunal était composé de neuf juges , savoir :
Les trois assesseurs du Poliarque , que nous avons déjà trouvés associés avec lui , et qui sont le contrôleur royal Nassuamen , scribe de S. M. ,
Le Majordome de la royale adoratrice d'Ammon ,
Et le contrôleur royal Neferka-Ra-em-pa-Amen , lieutenant du roi.
Mais, avant eux et après le Poliarque, siègent le premier prophète d'Ammon et l'un des prophètes sous ses ordres ; nous avons déjà fait ressortir la signification de cette immixtion du haut sacerdoce d'Ammon dans l'administration de la justice.
Les quatre autres juges sont des personnages nouveaux ; il y a un scribe attaché au service d'un édifice royal, un officier de cavalei^ie, un officier de marine, et finalement le Commandant, seigneur de la ville , qui était l'auteur de la plainte.
D'après cette composition du tribunal et aussi d'après la liste de juges donnée par le Papyrus Judiciaire de Tarin , nous sommes obligés de reconnaitrjB que presque tous les hauts fonctionnaires de l'ordre civil et militaire pouvaient être appelés à participer à l'administration de la justice, au moins en matière criminelle. Nous n'apercevons, dans ces documents de procédure , aucune trace de tribunaux permanents , aucune mention de magistrats dont la fonction unique fût de juger. Cette organisation
celle du jury criminel tel qu'il est établi en à cela près qu'en Egypte la liste devait en être > plus restreinte. Certaines traditions recueil- 'antiquité classique disaient que les juges étaient temps prêtre^'. Mais nos documents nous monils pouvaient être choisis non-seulement dans acerdotal , mais dans les finances , dans l'écodans l'administration, dans l'armée et même aarine.
savons aussi, par le témoignage des textes ^, que tons les fonctionnaires de l'Ëtat étaient ni les lettrés ; il fallait être scribe authentique rvenir aux emplois. Très-probablement l'étude qui remplissaient huit volumes \ faisait partie 'uction obligée des jeunes scribes, atiére civile, le fonctionnaire que les textes nous []t le plus souvent comme investi d'un pouvoir
3, est le ^^*=> Cl 0 Cl , Intendant du Trésor .\ G^est lui notamment qui intervient dans les lions relatives à la propriété et à la revendicaesclaves et des domestiques. Un officier de cet t aussi partie du tribunal criminel institué par ins le Papyrus Judiciaire. Le sévère patron du 3ntaour, Ameneman, qui était un fonctionnaire or Royal, prononce sur une question de pro- 1 de jouissance territoriale , dans une des lettres
us, Bist. var. , liv. 14, 34.
RE, Bib. hist., I» 75. i-devant, p. 53.
qu'il écrit à son disciple'. Il exerçait spécialement la
fonction de p=^ ^^^ j n PD^ '''^' supérieur Conservateur des écritures; ce qui n'était pas nécessairement un emploi littéraire. Je préférerais y voir un Conservateur de l'enregistrement.
Cette question de l'existence en Egypte de magistrats investis de la dignité permanente de juges est une des plus intéressantes que nous ayons à résoudre; elle réclame encore un certain nombre d'observations pour arriver à maturité; quant à présent, nous savons seulement que des fonctionnaires civils et militaires , ainsi que des membres du sacerdoce, pouvaient être appelés à faire partie des tribunaux jugeant les affaires criminelles. En cette qualité de juges, ils recevaient le titre de
W^w[, oHp»oT, Oérous, seniores, magistrats, et
quelquefois, celle de grands Oérous. Ces titres étaient également décernés aux juges civils.
Le tribunal étant assemblé, le Poliarque président fait amener les accusés qui sont au nombre de trois , savoir:
V L'ouvrier Pekhar, fils deKbari,
2* L'ouvrier Djari ,
3* Et l'ouvrier Pikamen, fils de Djari.
Le premier seul nous est connu ; c'est l'ouvrier qui s'était accusé lui-même d'avoir pénétré dans le tombeau de la reine Isis et d'y avoir volé quelques objets. Les deux autres apparaissent ici pour la première fois ; ils ne
1 Papyrus SaUier I, pL 9 , Ug. 2.
MÉLANGES ÉGTPTOLOOIQUES.
anni les trois iDdividus du Kher apostroamandant de la ville près du temple de lUs démontre bien que les menaces de ce adressaient à la corporation et n'avaient el relativement à ses interlocuteurs, ppelle qu'au paragraphe IV , qui se réion de l'ouvrier Pekhar , il est dit que :
du temple. Il ne faut point traduire : t7 hommes , etc. C'est exactement la même rançais : Nous y sommes allés à trois. On ipyrus Sallier :
trois hommes par char.
âmes dont il est question dans ce passage iragraphe sont conséquemment l'ouvrier ier Djari " et l'ouvrier Pikamen , fils de X derniers sont prévenus de complicité accusé principal.
oliarque expose l'affaire aux magistrats. \r que notre plumitif ne nous donne qu'un exposition. Du reste, cet abrégé contient )us les points nécessaires, abord , avec sa date , le fait d'accusation
S^lT^ll^ signifie le ^jorien, l'habitent ; ce qui ne prouve nullement que cet individu 5lle ville.
sar lequel le tribuDal doit proDODcer : le Commandant de la ville avait tenu certains propos (^^^^Qt) )^i^/ m^ \ ,^^) sur les vérificateurs et les yens duKher,
eti présence du contrôleur royal NassuameUy et il s'était donné carrière relativement au quartier des tombeaux.
Je rends ici par un idiotisme français un idiotisme égyptien dont le sens serait assez difficile à prévoir s'il De faisait pas partie d'un texte aussi clair ; on lit dans rhiératique :
Etcommeilfit sa jactance pour les lieux..,
^^w-o' ^'^> possède la plupart des acceptions de jacio et jacto\ ici , il est pris dans le sens de sejactare, sevehementer agitare.
Il est évident , dans tous les cas , que la phrase se rapporte aux prétendues violations des lieux augustes que le Seigneur de la ville poursuivait avec tant de zèle. Ce qui le prouve, c'est la suite du discours du Poliarque, qui dit expressément :
J'ai été là en ma qualité de Gouverneur ; j'ai vérifié les lieux dont le Seigneur de la ville avait parlé y et je les ai trouvés intacts ; trouvant en même temps la culpabilité de tout ce qu'ail avait dit.
L'accQsation était fausse ; celui qui l'avait portée est trouvé coupable pour cela. Aussi le Poliarque, qui avait fait la vérification en personne, avec l'assistance du Con-
' Ce groupe est altéré dans le papyrus ; mais la restitution en est certaine; comparez pi. 4, 16.
140 MÉLANGES ËGYPT01.0GIQUES.
trôleur royal, ne se croit pas tenu à beaucoup de ménagements vis-à-vis de son collègue du tribunal , qui d'accusateur va devenir accusé lui-même. Qu'étaient ces apostrophes aux gens du Kher et ces accusations que le Commandant de la ville répétait à satiété ? Tout simplement de h jactance, des hâbleries, sans aucun fondement.
Nous avons retrouvé ici la forme complexe [|^ D^^
dont nous avons déjà dit quelques mots*. Elle se réfère à une chose qu'a faite antérieurement le Commandant de la ville ; conséquemment le verbe doit être mis au passé. La tournure par le conditionnel est absolument impossible.
Le verbe que j'ai transcrit par ^ est exprimé par un signe hiératique spécial " dont le Papyrus Abbott fournit d'autres exemples; on le retrouve aussi dans les papyrus de Leide. A la page VI , lig. 2 de notre texte , il entre
dans la phrase : Allms I faites réjouissance , qui
se trouve aussi à la ligne 1 , mais avec la forme régulière
Après cet exposé dans lequel le Poliarque disculpe les accusés et incrimine leur accusateur, il invite les magistrats à dire tout ce qui en est :
Le verdict du tribunal décidera de la réalité des faits.
i Ci-devant, p. 138.
* Ce signe a quelque rapport avec le signe hiératique de la main.
Puis les magistrats délibèrent: ^^ | «P^^T^ ^jt Tq ^ I signifie donner un avis, discuter,
délibérer'. Ici le sens délibérer est manifeste. C'est à la suite de la délibération que les magistrats trouvent que les hommes n'ont connu aucun lieu dans l'hypogée royal sur lequel portait la plainte.
En conséquence de ce verdict, le Commandant
de la ville fui déclaré ^^- — °i^k '^^ P^°^ ^^^' ^^ U souffle f c'est-à-dire la vie y fut laissé aux ouvriers accusés '.
La culpabilité du Commandant de la ville est judiciairement prononcée dans les termes que nous ont déjà fait coDDaitre les Papyrus Lee et Rollin , ainsi que le Papyrus Judiciaire. Dans ces documents , la mention de l'exécution de la sentence vient immédiatement après. Mais le Papyrus Abbott est muet sur ce point en ce qui touche le magistrat reconnu coupable \ Nous y apprenons toutefois très-clairement que les tribunaux pouvaient condamner leurs propres membres pour les abus commis dans leur ministère, et cela sans qu'il fût besoin démise en jugement. Le pharaon n'avait pas à intervenir en ce cas.
* Voir Inscriptions des Mines d'or, p. 23 , note 2.
s On ne condamnait pas an individu sur son propre aveu quand le corps du déUt manquait.
' D'après Diodore» Uv. T , cb. 77, les auteurs d'accusations mensongères subissaient , lorsqu'ils étaient découverts, la peine infligée aux calomniateurs. Dans la loi de Moïse, la peine en pareil cas était celle que le dénonciateur avait voulu faire subir au dénoncé.
Au risque de répétitious nombreuses et de longueurs peut-être fatigantes pour le lecteur, je me suis efforcé de rendre cette explication claire et concluante. Il y aurait lieu maintenant de résumer les données nombreuses que ce document nous livre sur l'administration de la justice et sur le rôle des fonctionnaires et du souverain. Mais , comme le présent volume doit contenir d'autres articles portant sur des sujets analogues, je me propose de réunir sous forme d'index les constatations de toute nature éparses dans le livre.
Pour terminer l'étude spéciale du Papyrus Abbott , il me reste à traduire les deux colonnes écrites au verso. Cette traduction fera l'objet de la section suivante. Enfin, dans une dernière section , je discuterai les renseignements que j'ai recueillis sur les fonctions des différents officiers que nous avons vu agir dans les incidents divers de la procédure.