‹ Mélanges égyptologiques (volume 2)Chapitre 16 sur 64 · PLAINTE · texte numérisé non relu

PLAINTE

CONTRE UN HALFAITEUR

D'après un Papyrus hiératique du Musée Britannique.

Par s. BIRCH et F. CHABAS.

NoQS présentons ici au lecteur une œuvre collective. Quoiqu'il s'agisse d'un document de médiocre étendue, la tâche de le déchiffrer et de l'interpréter n'en est pas moins une des plus ardues qu'on puisse aborder parmi les textes hiératiques. Dans un travail de cet te nature, quatre yeux valent toujours mieux que deux. Nous devons , en outre , reconnaître que notre excellent ami et collègue M. Goodwin , qui , le premier , a porté une attention sérieuse sur le manuscrit objet de ce Mémoire, a aidé l'un de nous daus la lecture de plusieurs groupes très-peu distincts, entre autres pour celui qui représente le mot

^^ ^W î * ^^ ^^' consiste le plus souvent en quatre traits jetés comme au hasard.

Le papyrus dont nous publions aujourd'hui un facsimilé réduit' faisait partie de la première collection

^ D'après une photographie prise sur on calque tracé par M. S BlRCR (F. C.}.

acquise de M. Sait par le Musée Britannique, vers le commencement de ce siècle. Il fut probablement déroulé aussitôt après son acquisition.

Ce papyrus a 1 mètre 15 centimètres de longueur sur environ 38 à 40 centimètres de largeur; il comprend deux pages au recto et deux autres au verso. Celles du verso devaient contenir au moins 22 lignes chacune, mais les deux dernières de la première page et la dernière de la deuxième sont presque entièrement détruites.

De plus , toutes les lignes de la première page ont perdu deux ou trois groupes au commencement , ce qui interrompt presque toutes les phrases et augmente notablement les difficultés de la traduction.

Au verso , la première page , qui est incomplète par le bas , a encore 17 lignes. Seule, la dernière, qui n'a que sept courtes lignes , est dans toute son intégrité.

Ce papyrus n'est nullement comparable pour la fraîcheur et pour la clarté à ceux des acquisitions postérieures faites par le Musée Britannique; l'écriture en est grossière et d'un type lourd quoique élevé; elle est rendue peu distincte par la couleur sombre du papyrus. On pourrait être tenté d'attribuer ce défaut à sa longue exposition au jour , circonstance qui nuit toujours à la bonne conservation des papyrus ; mais on remarque la même détérioration sur les pages qui ont été longtemps préservées de l'action de la lumière. Conséquemment , cet effet doit être en partie attribué à la qualité inférieure du papyrus.

Le texte de ce manuscrit est un document judiciaire des plus intéressants ; il consiste en une plainte portée

■J-.fWg-

par le jeune fils d'un chef-ouvrier contre un' malfaiteur du nom de Panéba , qui est accusé de vols , de meurtres , de détournements et de viols nombreux , longtemps commis avec impunité.

La plainte est adressée au haut fonctionnaire auquel

les textes égyptiens donnent le titre de ^? ^ ^ ^ 2ca»t,

Gouverneur \

Nous savons par le Papyrus Abbott et par d'autres textes que ce fonctionnaire recevait des plaintes et des rapports non-seulement de la part des simples particuliers , mais encore de celle de plusieurs autres officiers agissant dans l'intérêt public. A lui revenait le soin et le droit d'ordonner les mesures nécessaires po'ur l'arrestation et le jugement des coupables. Nous trouverons, dans le Papyrus Sait , un exemple curieux de l'impunité assurée à un criminel par la connivence d'un Gouverneur. Nous ferons , du reste , ressortir tous les faits de quelque intérêt que nous révélera l'interprétation du texte.

Nous avons dit que la première page du papyrus est incomplète ; une rupture verticale a enlevé le commencement de toutes les lignes. On est tout d'abord induit à penser que les Arabes se sont partagé le rouleau lors de sa découverte \ Si les choses s'étaient passées de la sorte, le papyrus aurait probablement été divisé en deux moitiés « dont une seule serait parvenue jusqu'à nous.

4 Voir sur les fonctions de cet officier : Spoliation des hypogées » etc., p. 166, ci-devant. (P. G.) s Voyez: SpoHatUm des hypogées, p. 48. (F. G.)

176 MÉLANGES É67PT0L06IQUES.

Toutefois , il ne parait pas que la lacune soit aussi considérable. En effet, la première ligne de la première page qui nous reste commence par une mention qu'on De peut guère s'attendre à rencontrer ailleurs qu'au début je la plainte. Le dénonciateur y explique qu'il est le jeune fils du chef-ouvrier Neferhotep. C'est le seul passage du texte où se trouve la formule initiale ^^^^^^ , par

laquelle débutent habituellement les lettres de recom-' mandatioDS , d'explications , etc.

Il y a lieu de croire que la portion du texte disparue \u commencement du papyrus ne contenait que la égende du roi régnant, le nom , la profession et l'indication de la demeure du plaignant , des détails du même ;enre concernant le malfaiteur dénoncé, ainsi que les loms et les titres du fonctionnaire auquel la plainte est adressée. La première page du Papyrus Ânastasi VI ait comprendre qu'une disposition de ce genre peut rès-bien remplir une page de l'étendue de celles du Papyrus Sait.

Malheureusement Tenlèvement de la première page i été pratiqué avec rudesse ; la section a entamé toutes es lignes de la page suivante , la première de celles qui ious restent, à laquelle il doit manquer quatre ou cinq ;entimètres de sa largeur primitive.

Dans la version qui suit nous indiquons par des loints les groupes disparus au commencement de chaque igné; les restitutions que nous proposerons seront lacées entre parenthèses. Tous les groupes intéressants u difficiles seront discutés en notes.

plainte contre un malfaiteur. 177

Traduction.

Recto. — Page 1.

1 Je suis le fils da chef-ouvrier Nebnefer.

Mon père est mort ;

2. ( Il a laissé ) Neferhotep^ mon frère, à sa place. Le brigand * a frappé Neferhotep

3 son frère. Et Panéba donna cinq serviteurs

de mon père à Phraemheb , qui était Gouverneur ;

4 mon père. Après cela il n'y eut pas lieu

qu'il mourût'. Notoire' aussi est ce qu'il a fait dans la sépulture de tous les rois.

5 vols que fit Panéba, des objets du roi

Séti-Ménephtab ; note qui les fait connaître * :

6. (Il vola des objets dans les) magasins du roi Séti- Ménephtab; ainsi fit-il. Ils furent trouvés avec lui dans

7 Il vola la garniture ^ d'un char. Aussi fit-il

lacérer • un livre

IMM' f^'

S Comparez le texte à la ligne 17 de la même page; ainsi que la traduction de ce texte et la note qni Texpllque.

9 5» ^ au* ^^^®^ • Spoliation des hypogées ^ p. 99, 121 et

* ^^ ^^ ^r^y î . C'est le titre habituel de toutes les énuméraUons.

s Mot de lecture Incertaine.

fl^li^wS^i;-

MÉLANGES ÉGTPTOLOGIQUËS.

. de scribe ; et il l'emporta de l'hypogée. . . des portes ; puis , il arriva qu'il rencontra

; il en vota une ; elle fut avec lui. ola) l'encens de la famille divine du Kbarneter^ tagea avec ses compagnons, pénétra) dans les celliers? de S. H. ; il vola t il s'installa sur

s compagnons trouvèrent) une statue du Sei-

lI , au nom de Séti-Ménephtah ; ils l'emportè-

furent aperçus

r des gens) du temple d'Hathor. Le scribe

eshef consigna ce qu'il a fait dans le temple

anéba

i des objets appartenant à) Neferhotep ; il creu-

\ sol * qui est entassé * dans le lieu du mystère •

3 empêcbe de deviner de quels objets il s'agit. 12 n'a que quelques mots indéchiffrables.

1 ^^ s: J\ * ^^^ î Aï**"^ ^^ ^^^^ • creuser. Ce mot se

lil de la terre: J'^^r j\ ^^==f , piochev, rre. ^

tombeau est nommé J '^^ ^. Comparez U ^^^

trous, cavernes.

^^^, OiOTTeu , le sol, la terre.

f r n. Voyez : Calendrier Sallier , p. 46. culte funéraire dans les hypogées.

PLAINTE CONTRE UN MALFAITEUR. li

i6. . . (il prit) les approYisionnemeDts de l'adon tiÔD * , disant : Je o'ai pas renversé ' une pierre dai rétendue du lieu royale en cela'.

17. (Il loi arriva) d'aller à la porte de Neferhotep; ouvrit la clôture". Et il ne mourut pas ensuite av l'ouvrier Kenna*.

18. Mais Panéba (avait donné) des objets* auscri Kenhikhopeshef, et il le sauva'. ,

^ j\9 nu A, renverser y retourner, mettre sem-dess^

2 /V>/VSAA - -/1

dessous.

3 ^1,.^^ à la fin de la phrase semble signifier relativement h ou à cela* Panéba a?ait creusé le sol et pénétré dans un dépôt d's proTisionnements du culte. Soupçonné, il répondit : Je n'ai pas rem une seule pierre dans le lieu royal, en cette affaire. Voyez: 5j: Uation des hypogées , p. 36. (F. C. )

* ^ W^ *-J A* ^® "'®^^ P*^ absolument certain.

* ^^ 1 f :^'':li l\ ï-*" crimes nombreux

Panéba méritaient ce sévère châtiment ; le plaignant s'étonne qu reste impuni. Dans la phrase suivante, il s'explique cette impun par la corruption du scribe Kenhikhopeshef, qui avait pris note d méfaits perpétrés par ce malfaiteur dans le temple de Ptah (voyez 1 14). L'ouvrier Kenna était un des complices de Panéba, qui avi probablement subi sa peine.

6 ^-^U ==y= , copte MKA, res. Ce mot s'emploie plus rareme

que î=Y^i . mais il a les mômes acceptions que ce dernier grou|

^ ^^ rjj . Cette signification de ^ ^^ r d'abord signalée par M. Goodwin, est démontrée par des exemp conduaDts.

MÉLANGES ÉGTl

dépouilla) la femme lilla' sur le sommet i • • • •

arriva) qu'il partage fils de PeuDoub ' , .

Page

riva que son fils cour il fit un Vie du Seign s avec lui \ Lui , ^ba , viola * la femme

^^Q, eoTAo.

lit de la saleté, des excr< >orté par une déchirure, efer, flls de Pennoub, n'

i derniers groupes de la li e clairement que le verbe d'insigniûants débris.

froissement. — =^

iussi avec. Voyez Voyage

^, MK, copte MoeiK exactement coire.

Au Papyrus Âbbo

, femmes de la ville, sont i du pays.

jf'jjK '

Fouvrier* Kenna; il viola la femme Hunur, qui était avec Pentiau".

3. Il viola la femme Hunur, qui était avec (Bé)sa' et était comme femme auprès de lui. Sou fils, comme il violait ^ HuDur , fut à

4. violer Oubkhet, sa fille, et Âapebpeb, son fils, viola Oubket-Kerou *. Lui,

5. il arriva qu'il mit des ouvriers à briser des pierres sur le sommet des travaux de Séti-Ménepbtab , et ils

6. les emportèrent à sa demeure jouruellement*. Il établit quatre colonnes dans sa demeure avec ces mêmes pierres.

7. Il força le lieu royal ' ; ainsi fit-il * ; des gens qui passaient violèrent (ce lieu)*. Vois!

* s=3 ^ j \\]: l'hiératique est altéré.

« Peot-étre Pen8él)a. Ce nom est écrit d'une manière trôs-abrégée. s La première syllabe de ce nom a disparu.

* Nous prenons conmie Incidente la phrase ^^

^^ ^ .1 II I jf['®° ^^ faisant rapporter au père. Le sens apparent est que le père viola Hunur , et le fils . la fille de Hunur.

5 Aapehpeh est probablement le fils du fils de Panéba, et Oubkhet- Kerou la flUe de Oubhhet ; le fils et le petit-fils étaient les dignes émules du père.

* ^ arS nS 1% • chaqueiour.

' r^^^ «D Cl rtn TII Sîî' ^^ résidence du roirégnant.

* Hay <=> -u^- Peut-être faut-il traduire: Ce qui (U que deu

* !J^ î; /|> ^orme abrégée de ^ ^^^^ U-fl'^® ^^"P« ^ dit de l'action d'entrer dans un lieu interdit. Cf. Papyrus Abbott, passim.

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