Sur le style de la plainte
La plainte est conçue dans un style simple et concis ; )s faits y sont clairement et nettement articulés, avec )utes les circonstances qu'ils comportent. Lorsque des imoignages oculaires ou auriculaires peuvent être in* 3qués, le plaignant les relate, et il prend toujours le )in d'expliquer les motifs qui ont fait échouer les pour* lites à la suite des crimes constatés.
Le malfaiteur s'était procuré par le vol des matéaux et des outils pour travailler à une maison qu'il isait construire; la plainte donne le nom des seize açons qui travaillaient pour lui.
Celte pièce judiciaire peut donner une idée de ce ^'étaient ces sortes de documents à l'époque des Raessides ; nous ne rencontrons plus rien d'analogue que ms les Ptolémées ; mais alors le style de la chancellerie acédonienne avait pénétré chez les Égyptiens. Lesplains des deux prêtresses jumelles et celle d'Hermias con* e les Cholchytes, se ressentent de cette transformation.
Cependant la plainte en violation de sépulture, traduite ir Letronne , sur un papyrus égypto-grec du Louvre , ppelle assez exactement le style antique. Voici ce doiment, qui pourra servir utilement de point de compaison :
« A Denys^ un des amis, hipparque des hommes et archiphylacite du Peri-Thèbes;
• De la part d'Osoroeris, fils d'Horus, cholchyte
d'entre ceux des Memnonia;
» Je porte à ta connaissance que , l'an 44 , lorsque Lochus le Parent est venu à Diospolis-la-Grande,
» certaines personnes ont envahi Tun des tombeaux qui » m'appartiennent dans le Péri-Thèbes ; l'ayant ouvert ,
> ils ont dépouillé quelques-uns des corps qui y étaient
• enterrés , et en même temps ont emporté tous les effets i que j'y avais mis, montant à la somme de dix talents » de cuivre.
• Il est arrivé aussi que , comme la porte fut laissée » toute grande ouverte, des corps en bon état ont beau-
> coup souffert de la part des loups, qui les ont en » partie dévorés.
» Puisque j'intente action contre Poéris et.... et Phtô-
* nis, soD frère, je demande qu'ils soient cités devant
> toi , et qu'après mûr examen on rende la décision » convenable. »
On voit que V Archiphylacite du Péri-Thèbes remplissait sous les Lâgides une fonction analogue à celle du
^,v&, ou gouverneur sous les pharaons. Osoroéris
conclut à ce que cet officier fasse citer devant lui les individus qu'il dénonce ; le plaignant de l'époque de Séti II est encore bien plus bref : Je fais , dit-il , connaître au Gouverneur ce que Panéba a fait. Mais c'est bien la même conclusion , car le devoir du gouverneur est de faire
"f^t 11 â ' c'est-à-dire jtigfer le malfaiteur qui lui est déféré.
S. BiRCH. F. Chabas.
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oi de vérification à opérer^ ni de jugement à rendre ; on ?oit an premier coup d'œil qu'il s'agit seulement d'une pétition tendant à faire intervenir la protection royale en favenr du réclamant.
Ce texte est écrit des deux côtés d'un fragment de pierre calcaire appartenant au Musée Britannique; il a été publié dans le volume intitulé : Inscriptions in the hieratic and démolie character , from the collections of the British Mtiseum; Londres , 4868 , pi. XII. Le type graphique en est net et plein ; cependant plusieurs groupes sont tracés avec une telle négligence qu'ils opposent d'insurmontables obstacles au déchiffrement; mais la difficulté principale provient de la fracture d'un angle de la pierre qui a enlevé une partie du texte à la fin du recto et au commencement du verso. Il est assez probable toutefois que cette fracture n'a fait disparaître aucune ligne entière , et que par suite les lacunes n'intéressent que deux demi-lignes et le commencement des lignes 2 à 5 du revers.
Voici la traduction suivie de ce document : « Recto. L'an 4, du mois de choiack le 30. Ce jour- * là, l'ouvrier Kenna, fils de Pesouati> porta plainte » au roi Amenbotep, Vie-San té- Force , le Seigneur » royal de la Ville , » En disant : Ta face vers moi , mon bon Seigneur I
> c'est moi qui ai bâti le logis de Touvrier Tek ; il s'est » écroulé. Or , vois ! l'ouvrier Merto , fils de Menna ,
> ne m'a pas laissé pouvoir m'y établir.
> En disant , c'est le Dieu qui m'a dit : Qu'il le partage
> avec toi.
mme si je ne l'avais pas bâti.
ité avec * à la bergerie qui
I • partage,
j dit-il.
ribe fils de \ sherau, du
ui parla de nouveau , en disant : Que le logis enna , son maître ; qu'il soit à lui par le comlent deS. M. , et que personne ne le partage.
dit-il, en sa divine présence*, devant le vrier Nekouemheb , le chef-ouvrier Ânhourle scribe Djeta , porteur du dieu , le chef-oueraouti , sur le territoire de la résidence du ?rier Ariament.
un Vie du Seigneur royal I en disant : Proslu roi! Vie du Souverain, dont les volontés t la mort ! la double grande demeure , Vieorce , mon Seigneur! Si j'ai retourné une pa-
cela, qu'il m'arrive souffrance. Vraiment, t : Partage?
^aduction nous offre la physionomie du docuis je n'oserais en garantir la parfaite exactitoutes ses particularités. Nous allons en passer es passages les plus notables.
er ( ^^^ j ^ r ^ ) fl"' présente la plainte
e manière de rendre l'idée : devant Sa Majesté.
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(|l| ^ ^, Kenna , fils de Pesouati. Le nom de Kenna est assez fréquent sur les monuments ; celui de Pesouati est purement égyptien , mais je ne Tai pas encore noté ailleurs.
Le pharaon auquel la plainte est adressée n'étant désigné que par son cartouche-nom^ Amenhotep, nous ne pouvons savoir auquel des Âménophis nous avons ici affaire ; nous ne sommes pas renseignés par la date de l'an IV, qui peut tomber indifféremment dans le règne des quatre pharaons ayant porté ce nom. Tout ce que nous pouvons affirmer , c'est que notre monument date de la XVIIP dynastie, c'est-à-dire du 16* ou du 17® siècle avant notre ère.
Ameohotep porte le titre singulier de '^^^tA M^
2^ ^=^ 2 1 I ô I ' ^^fl'^*^^" Vie-Santé-Force de la ville, ce qui revient tout simplement à dire : roi de la ville. Notre monument daterait-il d'une époque de troubles pendant laquelle l'autorité de cet Âmenhotep aurait été restreinte? Faut-il au contraire suppléer la préposition
^b^ devant les mots la ville, et modifier ainsi le texte',
de manière à faire entendre que la plainte fut présentée au roi dans la ville? Je ne me hasarderai pas à proposer sur 06 point une solution définitive.
L'ouvrier dit que c'est lui qui a bâti (fwr «) \ Voyez oi -devant, p. 58. 3
gis (aws/^a \ d'un autre ouvrier dont j'ai cru poulire le nom | ^'^. Cette lecture est tres-con-
irale. Peut-être même l'hiératique ^yA^
Bsente-il autre chose qu'un nom. Il pourrait être tion d'une maison d^ouvriers en général. Dans tous as, si c'est pour l'ouvrier Tek qu'elle. a été cense , cet ouvrier ne l'a pas occupée , car il n'est plus tion de lui dans le texte; la discussion s'agite entre îa qui l'a construite et un autre ouvrier qui l'a occu-
3t l'a laissée s'écrouler ( ^rD^r]fl't->l )*
B plaignant expose que l'ouvrier Merto ' ne lui a pas
é la possibilité de s'y établir: J^ ^ ^ ^^
^ ^ w^" — ^^' P^' savotV, est employé sous son ption bien assurée de pouvoir * ; l'emploi des deux Maires ipi t*T est à remarquer, our que celte traduction fût parfaitement sûre , i| rait que le mot eue, s'installer, s'établir, fût suivi
pronom ^> moi. Toutefois, comme Merto est le t de la phrase , son action ipi +^t pj) , faire donner oir, doit s'adresser à un autre qu'à lui-même, ous avons donc suivi le sens le plus naturel, omment cet ouvrier Merto, fils de Menna', inter-
ans ce nom la première syllabe Mer est seule certaine, oir ci-devant, p. 62, note 3, et p. 125. enna est un nom connu par d'autres textes.
SUPPLIQUE d'un ouvrier.
vient-ii ici? C'est ce qoe le plaignant va nous apprendre, en noas faisant connaître les prétentions émises par Merto ; celoi-ci avait dit : Cest le dieu * qui a dit à moi: quUl le partage avec toi.
Cette phrase que précède la locution ^^.^^ qui annonce toujours une explicatfon, a pour sujet le mot n iJTp, le dieu y affecté de la préposition ^^. Cette préposition affecte de même les pronoms personnels sujets et forme les séries ^^^^j ^^^^. etc., et ^v "^ , etc. Voici la transcription du passage :
C'est le dieu qui a dit à moi: qu'il partage lui
avec toi.
On remarquera le déterminatif^ qui précède le régime
^. Ce n'est pas un sujet, car le sujet est le relatif
(|^, qui, mais on peut y voir une marque d'honneur,
puisque ce sont des paroles du roi qui sont rapportées. Mais le même pléonasme se rencontre dans l'expression
/kc=^z;l ^"^''' "«• 2> '' ^""^ lizl^
^3^1^ I ^K-' c'est-à-dire dans des passages où ce n'est évidemment pas le roi qui parle. Nous trouvons ici deux exemples analogues au caprice graphique
* C'est-à-dire le roi.
Gooq'-^
208 MÉLANGES ÉGYrTOLOGIQUES.
qui nous a embarrassés dans rinlerprétalion du préambule du Papyrus Judiciaire*.
La phrase se termine par le groupe <^, qui est le
complément de l'impératif ^ ^ , qu'il partage.
La phrase suivante est fortement entamée par la cassure de la pierre ; le sens se deviné cependant aisément ; si l'ouvrier se trouve en quelque sorte dépossédé par l'ordre de partage , ce sera comme s'il n'avait pas bâti. Je restitue en conséquence le passage entier comme suit :
L'ouvrier Kenna continue sa plainte par une phrase dont il ne reste plus que des débris. Elle commence par les mots: // fut avec, vient ensuite une grande lacune, puis le déterminatif d'un nom propre , et les mots
<=> \WA\ ? n r^ ' P oT^s MTi , qui terminent le texte du recto.
Une nouvelle lacune coupe encore la phrase à la première ligne du verso, puis on lit : partage, ainsi dit-il à moi.
Le groupe or^x désigne un local où l'on parque des bestiaux*, ou bien une cabane de pasteurs. Ce mot n'est employé ici que comme indication topographique de l'endroit où le fait allégué s'était passé. Qwantaufaiten lui-même, nous ne pouvons guère le reconnaître dans un texte aussi incomplet. Il semble qu'il y soit question
* Voir ci-devant, p. 42.
2 Pap, Sallier I, pi. 4, 8 j Sait, pi 9, 30-
, SUPPLIQUE d'un ouvrier. 209
d'une DOQvelle aifirmation par Merto du droit de partage que lui aurait conféré le roi.
La phrase qui suit est encore entamée par la cassure, qui toutefois n'a atteint que les noms propres. Le
sujet en est encore affecté de la particule ^^ ; il y est
question d'un scribe du Kher ou quartier funéraire, ou d'un scribe^ fils d'un fonctionnaire du Kher * > qui intervient officieusement dans l'affairé, et enjoint au détenteur de la maison d'avoir à la délaisser à son légitime propriétaire: « Que le logis soit de nouveau (Zll Ji) à Kenna ; son maître ; qu'il soit à lui par le commandement
( ri ^ r f. ) du roi, et que personne ne le partage ! * Je lis ce dernier membre de phrase :
La ligature de J est à remarquer.
Mais cette solution n'était probablement pas du goût de Merto , qui ne s'y conforma pas ; le but du plaignant, en s'adressant au roi , était. d'en obtenir la confirmation et l'exécution.
Aussi le plaignant insiste-t-il tout particulièrement sur l'authenticité de cette déclaration du scribe ; il rappelle que le scribe a parlé de la sorte devant le roi lui-même
(^k^^l^ I 5 ' en sa divine présence) et devant quatre individus qu'il nomme* et dont il donne les
i La lacune est trop longue pour un simple nom; 11 y a place pour l'indication de la filiation.
s Le nom que j'ai lu Nekbouembeb n'est pas sûr.
SUPPLIQUE D'UiN OUVRIER. 2H
Ici le sens réclame la forme interrogative , qui pouvait s'exprimer eo égyptien , comme dans presque toutes les langues» sans l'assistance d'aucune particule. Il pourrait
arriver cependant que les signes transcrits par fj^ fussent mal lus ; peut-être aussi faut-il les prendre pour le privatif U^^^bw,» manquer y deficere; on lirait alors: // n'est pas qtie tu aies dit : partage. L'intention de la phrase serait dans l'un ou l'autre cas à peu près la même ; on le plaignant interroge le roi sur la réalité de Tordre de partage, ou bien il dénie positivement cet ordre. Sa demande tend à obtenir la possession non partagée de la maison qu'il a construite.
Quels que soient, du reste, les points douteux dans la traduction de ce petit texte hérissé de difficultés , il ne nous en offre pas moins d'une manière incontestable une preuve que les Égyptiens des classes les plus humbles avaient directement recours au pharaon pour réclamer contre les abus dont ils avaient à se plaindre. Il est trèsregrettable que le texte ne relate pas la décision intervenue sur la plainte de Touvrier Kenna ; d'autres documents du même ordre se trouveront peut-être plus complets. Je souhaite que mon travail détermine les égyptologues à porter leur attention de ce côté.
RÉCLAMATION d' OBJETS VOLÉS. 2i3
» Ils soDt allés à ma maison ; ils ont volé deux grands » paÎDS * et trois miches ' ;
» Ils ont répandu ' mon huile;
• lis ont ouvert mon coffre à grains* contenant mon » blé' , et ils ont volé deux vases* de grains Tehou'. » Ils sont allés à la maison du rivage' , et ils ont volé la » moitié* des pains de la veille. Ils ont répandu la » liqueur Hah'\