‹ Mélanges égyptologiques (volume 2)Chapitre 21 sur 64 · LE PRIX D'UN TAUREAU · texte numérisé non relu

LE PRIX D'UN TAUREAU

Sous les Pharaons.

Dans ma première série de Mélanges s j'ai abordé I question si importante de savoir s'il a été fait usage d'un espèce de monnaie aux temps pharaoniques'. J'exprimai alors la pensée qu'une nation aussi complètement orga nisée que l'étaient les Égyptiens de celte époque devait selon toute vraisemblance , avoir possédé un signe repré sentatif de valeur , un moyen conventionnel d'échange

Je me fondais sur l'explication des Papyrus de comp labilité publiés par M. le docteur Leemans dans soi magnifique ouvrage des Monuments Égyptiens du Musé de Leide.

L'an de ces documents' nous présente, en .effet, 1;

réduction en Outen de bronze i A\\\\ '^'^^^\ de hui objets volés par un esclave. Il y avait lieu de penser qu cette réduction n'était autre chose qu'une estimation d la valeur de ces objets ; malheureusement, à l'exceptioi d'un article toile, qui est estimé d'une autre manière

* Mélanges t'jyjf^t. î, p. U: Commette, salairéê, etc.

« Ibid., pi. 3. Leemans , Monum, Ègypt.y pi. 168, pap. 1.352.

218 MÉLANGES ÉGYPTOLOtilQUES.

toutes èes indications d'objets sont illisibles, à (el point qu'on n'en peut reconnaître aucun avec certitude.

D'autres papyrus de comptes ont été depuis lors publiés par de zélés égyptologues , et notamment par MM. Pleyte, d'Ulrecht,etLieblein , de Christiania ; il existe aussi quelques textes du même ordre au revers des papyrus si magnifiquement édités par le Musée Britannique.

Malheureusement ces textes, toujours écrits avec une grande négligence , et d'ailleurs hérissés de diCBcultés spéciales., sont trop souvent négligés par les égyptologues, aujourd'hui si abondamment pourvus de documents bien plus aisément explicables. Quelque soit l'intérêt que j'attache à la solution de la question par moi soulevée, j'ai moi-même cédé à l'attrait des textes plus faciles. Je crains d'avoir, ainsi que mes confrères en égyptologie, laissé passer inaperçus, dans les publications que je viens de citer ^ des renseignements d'un grand intérêt.

Ce sont les premiers pas qui présentent toujours le plus de difficultés; lorsque le sujetaura été sérieusement discuté^ nous nous trouverons probablement en mesure de surmonter les obstacles qui nous arrêtent aujourd'hui. Ce résultat serait bien vite acquis si l'on publiait tous les titres de cette nature qui se cachent dans les Musées, et en particulier les beaux papyrus démotiques de comptabilité que possède le Musée Égyptien du Louvre.

Le Musée Britannique marche résolument dans la voie libérale qu'il a inaugurée par la publication des Select papyri. La science peut fonder à juste titre de grandes espérances sur le zèle consciencieux des hommes

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placés à la tète de cet établissemeDt modèle ; nbus en pouvons dire autant du Mnsée Égyptien de Leide ' , et Dons appelons de tons nos vœux le moment où l'organisation des Musées français sera telle , qu'ils rendront aussi quelques services à la science.

Le dernier volume mis au jour par le Musée Britannique , dans lequel j'ai déjà rencontré les pièces qui font l'objet des deux précédentes dissertations, me fournit encore celle qui m'a suggéré de nouvelles observations en ce qui touche le système d'échange des anciens Égyptiens.

C'est un fragment de pierre calcaire * portant d'un côté un texte hiératique largement et hardiment écrit, et présentant , de même que ceux que je viens d'expliquer, les caractères de la bonne époque pharaonique. De l'autre côté de la pierre se lisent seulement trois mots, également en caractères hiératiques, mais tracés plus légèrement.

La première ligne du grand texte en indique clairement le sujet ; en voici la transcription et la traduction littérale :

Donné pour payer le taureau amené à Amenmès. Le groupe A J , tb , était depuis longtemps

4 Les papyrus du Musée de Turin sont aussi publiés par M. Pleyte , dUtrecbt, sur des fac-simile dessinés par M. le professeur F. Rossi , attaché à la conservation de ce Musée.

« Égypt. Insrr., eU., pi. XV, n* 5649. J'en reproduis ie fac-simile dans la planche XII de ces Mélanges.

MÉLANGES ÉGTPTOLOGIQUES.

comme correspondant au copte tob, retribuere , e\ L'idée payer rentre naturellement dans Taccepsnérale de ce mot; mais on n'avait encore sigoaié

passage décisif pour la démonstration de l'emploi lupe TB avec cette signification spéciale. Le titre re document nous fournit aujourd'hui cette preuve; m effet suivi d'une énumération d'objets de diverure qui ont été donnés en paietnent du taureau, caillou no 5644 du Musée Britannique* porte urs un exemple tout semblable :

Donné au conducteur Méri par

enemap pour payer le Souta\ sens payer est donc bien clairement prouvé. Ce acquis, il nous reste à savoir de quelle manière a éré le paiement du taureau, lucidation de cette question présente malheureusedes difficultés du même genre que celles que j'ai èes dans l'écriture des documents de comptabilité léral ; certains groupes sont tracés avec une telle ence qu'ils sont méconnaissables. Dan« les textes lires, le contexte nous aide le plus souvent à pher des obstacles de cette nature , mais dans les tes écrits cette ressource nous manque ordinaire-

Roug6 , Inscript d^Àhmès , p. 734.

nche 24 de la publication précitée du Musée Britannique.

is doute une espèce de meuble.

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ment, d'abord parce qu'il n^y a aucune phrase suirie, puis à raison du très-petit nombre des documents de cette classe qu'il nous a été permis d'étudier. Ces difficultés s'aplaniront d'elles-mêmes tôt ou tard ; pour le moment, nous devons nous contenter des mentions lisibles, qui d'ailleurs nous suffiront pour l'objet que nous avons en vue.

Le premier article est précisément un objet que je ne réussis pas à déterminer; il est désigné par les signes

lu 0" P ^/, il en fut livré 5 faisant ( ^) 25 outen.

Devant le groupe hiératique qui représente l'outen , M«^^A^ se trouvent les signes f/L , qui ne sont pas

répétés dans les autres articles du compte. De même, au papyrus f .352 de Leide, les divers articles sont réduits en

1 1 ^ AA/vAAA , bronze-outen ou outen de bronze , mais ili* III oniD

cette indication n'est écrite que dans le premier article ; les autres ont, à l'endroit correspondant, une marque qui répond à nos expressions dito, idem.

Je crois donc fermement que la ligature hiératique reproduite ci-dessus est l'équivalent du groupe fourni parle Papyrus de Leide, dont elle contient bien tous les éléments cursivement tracés.

Les outen de bronze sont encore mentionnés par le papyrus Anastasi n^ 3 , lig. i2 , dans un ordre donné au scribe Pebésa de recevoir des mains du scribe Raaï

50 outen de bronze y ou plutôt outen iOO,

lé, je vais traduire approiiimativement compte, en laissant en blanc les mots que échiffrer ni traduire :

* payer le taureau amené à Amenmès :

5 faisant outen de Bronze 25 . . .1 faisant outen fO

^ine i faisant outen 25

i faisant outen 12

se 5 faisant outen 4

isesll faisant outen iO'

. . 6 faisant outen 8

. • 1 faisant outen 20

. . à Âmenshaou outen 5

lui Aout'ou' 201

lui pour sa fille 1

I , à gauche du huitième article, il est écrit :

lui : or Le reste illisible.

10 à 13 sont notés par leur nombre et

outen; les neuf premiers au contraire

n outen, ils s'élèvent ensemble à 119

liffre H9 outen est précisément inscrit au

[ est très- mal écrit. Je ne vois pas toutefois de lec- I 10, il y a un trait horizontal qui pourrait être

ise. Ce groupe ressemble un peu à IJ ^j^ | ^ mta, bétail.

LE PRIX d'un taureau. 223

revers de la pierre » dans la courte légende dont nous avons parlé.

Malgré Textrème insuffisance de notre interprétation , nous arrivons cependant à la certitude absolue en ce qui touche le fait important que des objets de diverse nature avaient été donnés en paiement du taureau , et, à cet effet, évalués en unités de valeurs nommées cm^en, ou plus complètement outen de bronze.

L'un des objets qui figure dans ce compte est nommé

|*-*^(| ^^-^ , 2ATA, c'est une natte ou une couchette.

Usius le Conte des deux frères , Baïta meurt subitement aussitôt que son cœur fut arraché de l'arbre abattu par les ordres du roi ; son frère se mit à sa recherche, et le trouva

couché sur sa natte, étant

mort.

Dans le compte du taureau vendu la natte figure pour 25 outen.

Le miel et l'huile sont mesurés en vases ra^^ ç, eAMMOT. Bien que ce groupe se prenne souvent pour ridée vase en général , il a aussi la signification spéciale de Hin, ou vase-mesure contenant 46 centilitres'. Si l'on acceptait cette valeur dans le compte , le prix de il Hin, c'est-à-dire d'environ 5 litres d'huile, aurait été de 40

i Papyrus d'Orbiney, p. 13, 3.

s Voyez mon Mémoire 9ur la déterminatian de deux mesurée égyptiennes de capacité, p. lOetll.

outen , c'est-à-dire de iO signes monétaires pesant ensemble 910 grammes de bronze; et cinq Hin de miel auraient valu 4 outen ou 394 grammes du même métal. Ces valeurs semblent trop fortes. Pour les accepter, il faudrait pouvoir affirmer que nous n'avons pas affaire ici à des vases sans contenance déterminée. Dans tous le^ cas^ il est certain qu'il ne s'agit pas de l'évaluation du poids du miel et de l'huile ; nous connaissons en effet, d'après des documents originaux*, le poids du miel égyptien, qui était de 7 outen i/2par Hin. Nous n'aurions donc pas un total de 4 outen de miel , mais de 37 outen 1/2. Les onze Hin d^huile auraient pesé environ 50 outen , et non pas seulement 10.

L'outen. métallique était un fil reployé sur lui-même, de la forme ^s ou ^s. En rognant avec précaution un anneau de cette espèce , on arrivait ^rés-facilement à lui donner le poids exact conventionnel. Telle a été la forme primitive de I'cps rwd^ des anciens Égyptiens; mais le nom d'outen étant devenu l'expression habituelle de l'idée lourd, pesant, on l'appliqua par la suite à des poids de toute espèce de formes.

Malgré les réserves que j'ai dû faire en ce qui concerne l'explication de différentes parties du document étudié, je crois qu'il ne doit plus désormais subsister aucun doute sur la réalité de l'usage d'un signe conventionnel d'échange aux temps pharaoniques ; ce signe était Vouten de bronze pesant 91 grammes. Mais le champ que j'ai ouvert demande à être fécondé par des études analogues

1 Mémoire sur la détermination , etc.» p. 10.

LE PRIX d'un taureau. 225

snr les monumeDts de comptabilité. J'appelle de nouveau sur ce point l'attention des savants qui ont facile accès dans les Musées.

En ce qui touche l'appréciation de la valeur totale des objets donnés en paiement du taureau , nous ne pouvons même essayer d'y arriver approximativement , parce que plusieurs éléments nous font entièrement défaut. Nous voyons seulement que les neuf premiers articles sont estimés ii9 outen; les quatre derniers sont indéchiffrables ; la nature et le nombre des objets en or notés sur la marge ont également échappé à mes investigations. D'autres seront peut-être plus habiles, et réussiront à reconstruire le texte dans son intégrité. Je le désire vivement. Mais nous ne pourrons jamais prendre ce compte comme base de l'estimation d'un bœuf ordinaire aux temps pharaoniques ; l'importance donnée à la transaction par la facture qui en a été gardée, et l'élévation apparente du prix payé, laissent supposer qu'il peut être question d'un taureau propre à succéder à unÂpis mort.

Deux particularités doivent être signalées dans ce compte:

1^ La circonstance qu'un compte spécial est tenu des objets estimés en outen. Il y avait probablement une comptabilité par entrées et sorties , se balançant comme les livres de caisse de nos commerçants.

2* L'étrenne donnée au vendeur ou au conducteur de l'animal pour sa fille. Cet usage des étrennes réservées pour les femmes, à l'occasion des ventes de denrées , est encore en usage dans nos campagnes*

XIV<» siècle avant notre ère.

l'étonné plus guère aujourd'hui d'entendre aflîr- :ertains manuscrits égyptiens parvenus jusqu'à nt d'un grand nombre de siècles avant notre ère, )ïse, lors de son séjour à la cour de Pharaon , her de ses mains des papyrus aujourd'hui exos regards dans les collections publiques, îuves qu'il nous est possible de donner de ta ^e antiquité de ces fragiles documents ne tomit , en effet , sous l'appréciation exclusive des ersésdans la science ègyptologique. En effet, un )re d'observations suffiront pour mettre lepreà même de lire ou au moins de reconnaître les rois dans leur cadre elliptique et les dates 1 dans les années de leurs règnes. Avec une très-sommaire, on distingue aisément, dans la es cas , si ces noms royaux entrent dans les i'un roi qui les a fait graver de son vivant sur ments, ou s'ils ne sont introduits qu'épisodide semblables constatations sont rarement par des difficultés philologiques; elles ne sont

pas iDiéressées à la solution des problèmes qu'il nous reste à résoudre, ni mises en question par les points encore controversés de l'écriture égyptienne.

Od afGrme , par exemple , avec une entière certitude que tels et tels monuments ont été édifiés par les Âmenemba, les Thothmès, les Ramsés , etc. , et il ne viendra à personne l'idée d'attribuer les longs textes de louanges sculptés sur les temples en l'honneur d'un pharaon à une date tombant hors du règne de ce même roi.

Le chant de triomphe de Ramsès II gravé sur les murs des temples de Thèbes etd'Ibsamboul, et accompagné d'immenses scènes de bataille, de campement, de marches, etc. , n'est évidemment point l'œuvre des successeurs de ce monarque conquérant; ceui-ci ont eu assez à faire' de parler de leur propre gloire. La logique, qui est à la portée de tout le monde , vient ici en aide aux motifs scientifiques appréciables des seuls égyptologues.

Mais la solution de la question est moins simple lorsqu'il s'agit de manuscrits. Il pourrait arriver, par exemple, que la copie du chant de triomphe de Ramsès II que possède sur papyrus le Musée Britannique fât d'une époque plus moderne. Le mérite du poème aurait pu en faire répéter les copies , comme se répètent souvent à de longs intervalles les éditions d'un bon livre.

La paléographie fournit aux égyptologues des moyens d'appréciation à peu près sûrs pour trancher la difficulté. Mais, à côté de ce procédé scientifique, il se rencontre parfois des circonstances toutes matérielles qui font

EGYPTOLOGIQUES.

lemple , que le papyrus d'Orlégende (le Séti, petit-fils de t plus tard Séti II Ménepbtab, de Parmée et porte-ombrelle lent, c'est avant son accession sous le règne de Menephtah eur, qu'a été écrit le rouleau n de son nom et de ses titres, ironologiquement classé, od a te assurance la date de ^plu- ^pe qui citent les noms des rusd'Orbiney.

; ont servi à apprécier Page stes et néfastes * , dont le rede légendes royales, uns de ces documents a été ription de comptes sommaires, e de simples pointages. Ces ginales; lorsqu'elles sont da- I autrement , elles ne sont pas îs preuves monumentales, et T le premier venu, ons prétendons posséder des îse et même d'une date bien \es pas suspects d'obéir aux m scientifique ; nous parlons pièces en mains , il nous est

possible de faire passer dans l'esprit de tout homme intelligent.

Pour certains papyrus, il n'y a aucun effort à faire. Telles sont les lettres missives qu'on a retrouvées , en assez grand nombre^ encore pliées, liées et scellées comme le jour où leurs autenrs les remirent à la poste pharaonique des porteurs de lettres ( ^^-^'^llll^r n^ '

jÎ^^^M ^i)* ^"'^ de ces précieuses reliques épistolaires, remontant au règne de Ramsés II , ont été déroulées et publiées en fac-similé par mon savant collègue et ami M. le docteur Leemans*. Je les ai analysées dans mes Notices sommaires des papyrus hiératiques du Musée de Leide.

C'est un titre de cette nature qui fait l'objet de la présente notice.

Entre autres monuments importants , la bibliothèque communale de la ville de Bologne possède le papyrus dont je veux parler.

Ce manuscrit faisait partie d'une précieuse collection d'antiquités égyptiennes , que le peintre Palagi a léguée à Bologne, sa ville natale'. Il avait été acheté en Egypte par le chancelier du Consulat général d'Autriche, Giuseppe Nizzoli , le même qui vendit au grand-duc de Toscane la collection de la galerie de Florence.

Les antiquités égyptiennes de la ville de Bologne ne sont malheureusement pas disposées dans un local com-

i Monuments Égypt. du Musée de Leide, pi. 171 à 176. « J'aJ dû à M. Adrien de Longperrier d'avoir connu rexistence de o»tte coUedlon.

mode pour l'étude, ni même favorable pour leur conservatioD; mais l'extrême obligeance de M. le chevalier Frali, conservateur de la bibliothèque et de ses annexes , a levé pour moi tous les obstacles ; j'éprouve une vraie satisfaction à lui en témoigner ici toute ma gratitude.

Lors de sa découverte , ce papyrus était roulé sur luimême dans le sens de sa longueur , et formait 25 plis que signale encore très-visiblement l'usure du papyrus aux endroits correspondants; le rouleau était de plus reployé en deux, ce qui a occasionné quelques éraillures à la partie où le pli extérieur était formé; cependant ii n'existe aucune lacune gênante; tout peut encore se lire facilement.

Ainsi disposée, la lettre était liée et cachetée selon l'usage; sur le pli extérieur se lisait l'adresse, écrite très-lisiblement; elle est reproduite en fac-similé sur la planche ci-jointe , qui donne aussi le texte de la lettre^ réduit* d'après une photographie dont je dois l'exécution à la complaisance de M. Frati.

Voici la transcription et la traduction de cette adresse :

Le scribe de la table Bekenamen

au prophète Ramessou de Pa'Thoth(Hermopolis).

La date de la lettre est donnée par la mention du nom

de Ramsès II dans la formule des vœux exprimés par

l'écrivain pour son père. Ramsès II y est désigné comme

i L'écriture de roriginal couvre un espace de 46 centimètres sur %%.

la grande personnification de Phra-Haremakhou, c'està-dire comme le pharaon, image du dieu soleil sur la terre.

Voici maintenant la traduction suivie de ce document; il sera facile de la suivre et de la contrôler sur le texte. Je discuterai d'ailleurs philologiquement tous les passages présentant quelque intérêt ou quelque ambiguïté ' :

• (4) Le scribe de la table Bekenamen pour saluer son père , le prophète Ramessou , d'Hermopolis : tranquillité perpétuelle (2) en vie-santé-force, avec la faveur d'Ammon-Ra, roi des dieux.

• Je dis à Phra-Haremakhou , à son lever (3) et à son* coucher > à Âmmon, à Phra, à Ptah de Ramsès- Mériamen, à tous les dieux et à toutes les déesses (4) du temple de Ramsès-Mériamen , qui est la grande personnification de Phra-Haremakhou : Puisses-tu avoir la vigueur ; puisses- tu (5) vivre; puisses- tu avoir la santé ; puissé-je te revoir en bonne santé ! J'ai le sein rempli de toi.

» Autre sujet : J'ai su l'envoi que tu as fait pour me saluer en Phra et en Ptah ; puissent-ils accomplir ton salut 1 Cependant je ne sais pas ceci, à savoir: Mon jeune homme est-il arrivé auprès de toi ? Que je le renvoie à Khem-Pehpeh , et je te ferai porter une lettre par sa main. Ne t'écarte pas de ce que je te mande : ne résiste pas ; ne résiste pas : que j'apprenne ce que tu fais.

f Les nombres entre parenthèses désignent les Ugnes du papyrus.

• J'ai fait informer relativement au Syrien d'Hermopolis, au sujet de qui tu m'as mandé. Je Tai trouvé ; il avait été placé comme cultivateur ^ Hermopolis , sous ton autorité, en l'an 3 , le 10 de Paoni ; il est parmi les esclaves des conducteurs de navires. J'ai fait venir le préposé de la Chancellerie pour qu'il me fît connaître son nom syrien : Nekati , fils de Salrats ; sa mère Kati , du pays d'Aratou ; esclave du conducteur de navires de ce lieu sur le navire du capitaine de vaisseau Kanour. Son délecteur parla au supérieur des lieutenants des troupes Shaemap, de la brigade royale, afin de le prendre et de le faire ramener. J'allai auprès du supérieur des lieutenants des troupes Shaemap, de la brigade de sa Majesté. Il fit la sourde oreille avec moi ; et il me dit : Pas de discours ! parle au gouverneurMérisekhet, pour le prendre et le faire ramener.

» J'allai chez le gouverneur Mérisekhet : il fit la sourde oreille , ainsi que ses scribes , en disant : Nous n'avons rien à y voir.

» Je poursuis le supérieur des mariniers à Hermopolis-la-Grande, en lui disant : Que le cultivateur syrien d'Hermopolis, que tu as pris, soit livré à son prophète. Je parlerai contradictoirement avec lui aux grandes assises.

» Pareillement, j'ai écouté l'affaire du prophète de Thoth , au sujet de qui tu m'as mandé ; il ne m'a pas rendu Hopet ; je le fais suivre ; aussi ne t'en inquiète pas; il est bon que tu me le fasses rendre; je le fais suivre.

> De même , ne t'inquiète pas des dispositions pour les grains.

> Pai fait informer sur ce point; j'ai trouvé trois hommes et un chef de corvée , ensemble quatre personnes , faisant 800 mesures. J'^ai parlé aux teneurs de livres en chef du grenier, et leur ai dit : Emmenez les trois cultivateurs du prophète pour travailler cette année. Ils me dirent : Nous ferons , nous aurons soin , nous ferons , nous ferons ; nous obéirons à ta recommandation > me dirent-ils. Je reste au milieu d'eux pour qu'ils fassent partir les scribes de la récolte pour la campagne.

> Tu sauras tout ce que je ferai pour toi. Il est constant qu'un homme fait 200 mesures, appréciation (donnée) par les supérieurs de ce qui se fait. Il te faut deux hommes et un chef de corvée, faisant 600 mesures.

> Relativement au cultivateur syrien, fais qu'il te soit rendu dans les mois d'été, puisqu'il t'a fraudé de son été dans l'endroit où il vit. >

En lisant cette traduction on ne sera plus tenté de se plaindre du ton pompeux des textes hiéroglyphiques; nous trouvons ici une lettre du style le plus simple , telle qu'on l'écriraitde nos jours dans les mêmes circonstances. Ces documents familiers nous font pénétrer dans la yïW intime des anciens Égyptiens , et nous montrent combien peu cette vie différait de celle des nations civilisées de notre époque. Les courses de Bekenamen dans les bureaux des fonctionnaires égyptiens, qui se le renvoient de l'un à l'autre, font la sourde oreille à ses doléances, et finis-

mée , et requit cet ofiScier de faire prendre et ramener le Syrien à son premier maître ; la même réquisition lui fut d'ailleurs faite par Bekenamen lui-même.

Mais il était besoin d'un ordre de justice pour cette arrestation; l'officier refusa et renvoya l'impétrant au haut

magistrat portant le titre de ^r?^» ou Gouverneur, dont nous avons déjà étudié plusieurs fois les importantes attributions*.

Il est à penser que les pièces produites n'étaient pas en règle; le gouverneur ni ses scribes ne daignèrent pas s'expliquer à ce sujet; ils se contentèrent de répondre au solliciteur: Nous n'avons rien à y voir.

Ne trouvant nulle assistance , ni dans la force publique , ni chez les fonctionnaires judiciaires, Bekenamen s'adresse alors au chef de marins , détenteur de l'esclave ; il le poursuit de ses réclamations, et finalement annonce qu'il

l'interpellera aux grandes assises (^^^^^ iL T m* -n ) , c'est-à-dire quil le fera comparaître avec lui devant le tribunal public que nous connaissons par le Papyrus Abbott*. Le groupe (]^T^^%^^ s'emploie pour exprimer la préposition avec dans toutes les phrases relatant des comparutions en justice.

La seconde affaire est seulement indiquée par de brèves mentions, qui suffisaient aux deux personnes en correspondance ; mais, comme nous ne sommes pas dans

* Voir ci- devant, p. 166.

8 Id. , p. 130.

fidence des préliminaires, il nous est difficile de ^endre compte de la nature de la commission faite ekenamen , de la part de son père , à l'un des êtes de Thoth; nous voyons seulement que la che ne fut pas couronnée de succès, troisième objet de la lettre concerne l'importante des préparatifs pour la récolte des céréales

I''''''' ) dans les terres appartenant au prophète

:enamen explique à son père qu'il a pris des inforis sur l'état des choses ; il a trouvé comme pou- Ire employés à ce travail trois hommes (^ i^j)

1 chef de corvée ( 1?^) » ^^'^ ^^ ^^"^ ) individus pouvant faire 800 mesures (Q)*. Il onféré avec les teneurs de livres en chef du grenier

, et leur a recommandé d'emmener trois cultiva-

pour travailler cette année ; ils ont promis de se rmer à cet ordre et ont à diverses reprises manifesté ession de leur bonne volonté. Cependant Bekenale les quitte pas , afin de veiller à ce qu'ils envoient

i signes hiératiques sont '^T* • ^ est dit plus loin que

homme fait 200. ^ serait une combinaison de ^

ï ^^ 100. Ce n'est pas la forme habituelle du chiffre 800.

'^^ UNE LETTRE BilSSIVE. 237

aux champs les scribes de la récolte (Sg^f^;

Les scènes peintes sur divers tombeaux nous ont déjà ioitiës au mécanisme de la comptabilité agricole; nouft avons vu à l'œuvre les mesureurs » les compteurs , les pointeurs , les scribes notant les quantités reconnues \ Ces notes préparatoires étaient ensuite passées à des scribes d'ordre supérieur, et aboutissaient à ceux que notre texte appelle les teneurs de livres en chef. Tout s'enchaînait dans cette comptabilité ; mais il était surtout essentiel de faire exécuter le comptage et le mesurage sur place , et c'est à ce soin que Bekenamen a voulu pourvoir lorsqu^il insiste pour l'envoi des scribes aux champs.

En terminant sa lettre, Bekenamen promet de tenir son père au courant de ce qu'il ordonnera dans son intérêt, et il explique alors, en revenant sur le travail de la récolte, qu'un homme doit faire 200 Q» d'après l'évaluation que lui ont donnée les préposés. S'il s'agit bien de l'unité de quantité désignée dans les hiéroglyphes par Ç3 > on verra , dans les calculs que j'ai empruntés aux Papyrus Rollin*, que cette uni té correspondait à une fabri-

^ Voir sur cette opération des scribes de ia récolte : Sur quelqiAes iomUei des Papyrus RoUin, Zeitschrilt de Berlin, 1869 , p. 90.

t ZeiUehrift de Berlin , 1869, 89. Cette mesure paraît avoir été variable quant au poids; peut-être ne l'étal t-elle pas relativement à la capacité. Dans le Conte des deux frères, Balta charge cinq de ces mesures sur son épaule, ce qui était, d'après le texte, un signe de très-grande force.

^' I n9u ""^^^^ ' lîTy^pr.ory rendre les devoirs, rendre hommage , saluer*. C'est la formule de politesse ordioaire dans la correspondance des anciens Égyptiens. Ici» elle est employée par le fils à Tégard du père. Mais^ à la ligne 6 de notre texte , c'est le père qui s'en servait à r^ard de son fils. J'ai su^ dit le fils à son père , que tu as envoyé pour me saluer. Dans la suite de la phrase, MT i>pT*or se dit de l'assistance , de la faveur des dieux : Que Phra et Plah fassent ton salut !

3. <:==> , ^ ^, ep u uij. Cest du copte: 26pi U UHM6, tranquillité quotidienne , continue.

4. Phra-Haremakhou à son lever et à son coucher. On sait que Harmakhis représente le soleil dans l'ensemble de sa course diurne. Notre texte rend la chose manifeste.

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