DÉPENDANT D'UN DOMAINE ROYAL
Les pharaons possédaient des domaines qu'ils faisaient exploiter , administrer et surveiller par des fonctionnaires de divers ordres, et dont les produits entraient dans le trésor particulier du prince. Â la suite de succès militaires ou en actions de grâces de quelques autres événements heureux , ils fondaient , agrandissaient on embellissaient des temples, et pourvoyaient par des dotations et par l'affectation de certains revenus à l'entretien du sacerdoce de ces temples et aux frais du culte ; quelques revenus sont souvent expressément réservés pour les dépenses de fêtes de création nouvelle.
Les dotations des temples en propriétés , revenus , droits quelconques portaient le nom général de neter-
hatapou ( j n^, , ,)» q"' signifie à la lettre offrandes divines , et se dit aussi des oblations périodiquement présentées aux dieux. Quand un texte constate qu'un pharaon a pourvu aux neter-hatapou, c'est comme si l'on disait qu'il a pourvu aux besoins du culte.
Presque tous les temples de la rive gauche du Nil , à Thèbes, avaient été construits en vue du culte à rendre aux pharaons , leurs fondateurs , après leur mort. Ceux qui ont cette destination spéciale sont souvent nommés temples des millions (Tannées ; ils devaient être éternels comme la tombe.
Le document qui fait l'objet de la présente étude concerne le temple funéraire du roi Séti-Méneptah II , successeur de Méneptah-Baïenra. Cet édifice est désigné daos le texte par le nom suivant :
C'est-à-dire : Le temple des millions d'années du roi de la haute et de la basse Egypte Ousor'Kheperoura'Sotep-en'ra\ vie-santé-force , dans Diopolis (Thèbes).
Séti-Méneptah II ne nous a laissé qu'un seul monument de quelque importance : c'est le temple qui forme l'angle nord-ouest du groupe de Karnak à Thèbes et que ce pharaon avait consacré à Ammon. 11 est probable que c'est de ce monument qu'il est question dans le texte que nous allons examiner.
Ce texte se rencontre au papyrus Anasiasi IV, pi. 6, lig. 10, à pi. 7, lig. 9. Les piècesqui le précèdent et qui le suivent sur ce papyrus sont d^une nature tout-àfait différente ; nous n'aurons pas à nous en occuper.
4 C'est le prénom royal.
80 MÉLANGES ÉGTPTOLOGIQUES.
Voici ce qu'oD y Ht :
« Autre [affaire] ' pour satisfaire mou maftre : « Je suis arrivé à la demeure de Ramsès-Mériamon \ a sur la rive du Petar \ avec la bari ^ de moû maître, et « le transport ' les deux taureaux, du temple des milliODS « d'années du roi Ousorkheperoura-sotepenra dans Dios- « polis , pour recueillir les provisions * des sommeliers ' « des celliers du temple des millions d'années du roi « Ousorkheperoura-sotepenra , dans (Diospolis ) *.
i Le mot parole, affaire est quelquefois sous-entendu. Voir cidevant , p. 28.
s Le groupe '^(JIJ ! 4Ui précède le cartouche doit être corrigé
en mmJ^. Mous allons trouver plus loin une autre étourderie du môme genre.
3 ^^ Aws^ . La fonne pleine se trouve dans le môme pa-
D ^np
pyrus: <-;>l|]v
J^^ll I ââ&' ^P^® ^•'^P* » fi:«^^P*«-
•il. . .•
lieu oik l'on dépose les produits d'un vignoble, cellier ; par extension : le vignoble, le fruitier; copte (ru)U , hortus, crue, custos vineœ, hortulanus: KOU«xprnic , vinitor, villicus. 8 Ici un lapsus calami du scribe ; U a passé le nom d'Ammon.
« J'ai trouvé dans les celliers :
« Hommes 7
« Chefs de corvée* . 4
« (Titre illisible) 4
« Jeunes garçons 6
« Total têtes 21
« Note faisant connaître à mon maître les quantités « de vins que j*ai trouvées rassemblées chez le chef des « celliers Batari ' :
« Vins mines 1500
^ Shethon (vin de liqueur). . . mines 50
« ?oer (moût) mines 50
« Hanouhalmaa (^rapj^es de ramns). canistres 50
« Raisins en grains canistres 50
« (Figues) couffes 60
« Je les charge sur le transport les deux taureaux du « palais des millions d'années du roi Ousorkheperoura- « Sotepenamon dans Diospolis ; je pars de la ville de « Ramsès-Mériamon, la grande personnification de Phra- « Harmakhis ; je les livre aux vérificateurs du palais <( des millions d'années du roi Ousorkheperoura-Sotepenra « dans Diospolis^ et j'envoie pour en informer mon « maître. »
Il serait difficile de trouver un document commercial
* Aiuuuu.xTw î * *'*^®*^*^^» ^**®'* aecondalres. Voir , ci-devant , tome I , p. 386.
s La première lettre de ce nom a disparu en partie.
82 MÉLANGES É6TPT0L0GIQUES.
de Style plas simple et plus clair. Il présente toutefois quelques particularités intéressantes.
En premier lieu, nous y apprenons que le palais funéraire de Séti-Méneptah II à Tbèbes comptait parmi ses domaines un vignoble situé tout prés d'une ville de Ramsés, à laquelle on arrivait par le Nil et par l'un de ses canaux. Le grand Ramsés avait fondé ou agrandi plusieurs villes qui » même après sa mort, continuèrent pendant un certain temps à porter son nom. La plus célèbre de ces villes était Ramsès du Delta, que j'ai assimilée à Péluse *. M. Brugsch a trouvé que le nom de demeure ou ville de Ramsès a été également donné à Tanis. Peut-être s'agit-il, dans notre texte, précisément de Tanis , ville à laquelle conviendrait aussi bien qu'à Péluse l'indication de sa situation sur le bord d'un lac ou d'un cours d'eau. Les textes qui parlent de la ville de Ramsès , à laquelle travaillèrent les Hébrenx *, ne mentionnent jamais cette particularité topographique. Il semble dès lorsque nous ayons affaire ici à une autre ville de Ramsès. Nous resterons dans l'incertitude sur ce point jusqu'à la découverte de renseignements nouveaux sur la situation de . ^I^i^.
Vingt-un agents étaient chargés du travail et de l'administration de ce domaine, sous l'autorité d'un f==^, her, ou supérieur résidant aux celliers d'emmagasinage. C'est à ce fonctionnaire qu'incombait le devoir de faire annuel-
4 Études swr V antiquité historique, p. 335.
t Ramsès et Pithom , Mélanges égypt. II , p. 108.
lement à l'envoyé do temple la livraison du produit des récoltes.
Ce produit a consisté pour l'année à laquelle se réfère notre document :
!• En 1500 ^^^^^f men, de vin. La traduction
mine ne suppose aucune analogie de contenance entre la mesure égyptienne et la miiw hébraïque. Le men égyptien servait à mesurer l'encens , le haq ou bière, d'autres liquides, le miel, et, d'après le papyrus médical, certaines substances végétales. Il est dès lors présumable qu'il y avait des men de contenances diverses, et que notamment le men de Tencens était moins grand que le men du vin. En général les mesures égyptiennes étaient de petite capacité.
2o En 50 men d^une boisson nommée shethou , '***^f ^"^^ qui , d'après sa place dans Pénumération , doit être une espèce de vin. On trouve le shethou fréquemment cité avec le vin. Le pays de Tsestsès
(-^i>tw,' ^' iié^)etcelDideKenemm (^'^^^^^^^^) produisaient à la fois le vin et le ihethou \ Plusieurs variantes suppriment le h final de
ce dernier mot et donnent la forme ^^<j«, ^^Jf shet , $heto , et aussi shetou. Parmi les provisions en-
i Dûmicbeo : KaL ,119,10; Rec. IV, 83 , 5 , 83 , 7 , etc. 2 Dûm.: Recueil rv, 79, c. 2.
84 MÉLANGES ÉGTPT0L06IQUES.
voyées d'Egypte à la colonie du Sioai sont cités le shethou et le vin , abondants comme de Veau \
Ce n'est qae dans des cas malheureusement trop rares qu'il est possible de parvenir à deviner la valeur exacte des termes techniques. Dans une traduction purement littéraire, le sens breuvage, liqueur, nous suffirait; mais on ne peut se contenter de cette idée générale dans un compte de liquides. Il convient donc que nous tentions quelques hypothèses.
Les Égyptiens passaient pour grands amateurs de vin et bons viniculteurs \ Hellanicus leur attribuait l'invention de la vigne *, sans doute d'après les traditions qui rapportaient cette invention à Osiris \ Le Dionysos des Grecs , dont les Latins ont fait leur Bacchus , est fondamentalement le même personnage qu'Osiris ; mais , indépendamment des mythes, l'origine égyptienne de la culture de la vigne s'appuie sur des monuments contemporains des pyramides , qui nous montrent qu'alors déjà plusieurs variétés de vins étaient usitées , et la vigne élevée en treilles élégantes'.
Depuis les plus anciennes époques jusqu'aux derniers temps , les textes égyptiens font si fréquemment mention du vin , qu'il serait possible aujourd'hui de discuter lon-
i Benhm. III, 219, e,tn/lf}«.
t Dion academieus vinosos ac bibaces £gyptio$ eise inquU. ( Athénée: Deipnos, , I, 35.) 3 Ibid.
« Diodore: Bibl. hUt I, 15.
5 Denkm. II , 69 , 70 ; ibid. , 85; Ibid. , 7 , etc. , etc.
VÉRIFICATION d'un CELLIER. 85
gQement sur les vins d'Egypte , leurs variétés , leurs noms , leurs proveoances ; mais uo pareil travail ne saurait trouver place ici. Il nous suffira de rappeler que la vigne était cultivée dans l'Egypte entière^ depuis sa limite méridionale à Syène jusqu'aux rives de la Méditerranée. Ce que dit Athénée de l'excellence des vins du Delta> et en particulier de ceux de Mendès et des vins dits Ueniotiques et maréotiques * , s'accorde parfaitement avec le témoignage des monuments originaux relativement aux vins d'Outi , du nome de la vache et d'autres localités qu'on sait être situées dans la basse Egypte. De toute antiquité le vin était employé comme boisson ordinaire , comme ingrédient médical , en aspersions et en libations dans les temples. On le mêlait au miel. Malgré les richesses de leurs vignobles , les Égyptiens importaient quelques espèces de vins d'Asie, parmi lesquelles le vin de Syrie ou de Khar est le plus souvent cité. Dans le tableau des félicités d'un homme parfaitement heureux, il est dit qu'il a la bouche remplie de vin, de bière , etc.
Le même texte constate les propriétés exhilarantes du vin:
Vinum aperit cantus jucundos ex te.
1 JfefMtoiim vinum eœUstia numina méiwfit Deipnos. , 1 , 80. s Pap, Ànoêt. IV, 8. 7.
' C'esl-À-dire : te dUpose h commencer les chants. Nous disons (mvrir le Jeu, ouvrir le bal, s'omrir h la joie , etc.
86 MÉLANGES Ë6YPT0 LOGIQUES.
Uoe lettre écrite par le cooservateor en chef des écritures Amenemap ao scribe Pentaour dous fournit de curieux renseignements sur la vie des jeunes débauchés de rÉgypte ; je la traduirai ici en entier, parce qu'elle m'aidera dans les recherches auxquelles je me livre sur la nature de la liqueur shethou :
c On te porte cet écrit de correspondance, qui te dit: c II m'a été dit que tu abandonnes les lettres , que tu te livres aux plaisirs ; tu cours de cabaret en cabaret, puant la bière au point de faire fuir. U bière , lorsqu'elle enVahit un homme , elle tient tOD âme* sous [sa] puissance. Tu deviens semblable à un aviron brisé en place et qui n'obéit plus d'aucun côté ; tu es comme une chapelle sans son dieu, comme une maison sans pain , et dont les murailles ont été reconnues chancelantes; tu jettes à bas la table ; les gens fuient devant toi ; tu leur infliges des blessures. • Oh! on t'a enseigné que le vin est abominable, en te faisant jurer relativement à la liqueur shethou que tu n'en laisserais pas pénétrer des flacons dans too sein'; que tu ne connaîtrais pas la liqueur tenruka\ < [Mais] tuas appris les chansons relatives^ aux
« Changement de penonne très-usité dans le style égyptien.
t Littéral. : dans ton cœur,
3 Espèce de Uqueur fabriquée avec une plante odoriférante.
* ^^ ' ^^^^'' opr^, signifie aussi relativement h, concernant. Les anciens se couronnaient de fleurs dans leurs festins ; le sens pourrait être : chansons dites après qu*on a pris les criUets et les roses.
< œillets', qui se disent à propos des roses \ qo'oD dit
< dans les orgies , avec accompagnemeDt de cithare*,
< qn'oD chante avec accompagnement de crotales \
• Si tu es assis dans l'appartement intérieur, les
< servantes survenant, tu te lèves pour faire la cour-
< bette; tu te baisses.
< S) tu es dans la société d'une dame enceinte, tu es
< imprégné d'huile; ta couronne de mélilot' est sur ton
< cou. Tu rampes sur ton ventre ; tu te remets; tu re-
• tombes sur ton ventre, et tu es tout barbouillé
• d'ordures*. •
Ce tableau du désordre moral et matériel causé par l'abus des liqueurs fortes n'est peut-être pas rendu
* y|jg^^^ Mw |i|> OTA3CAI, est traduit conjecturalement; rœaut,qui croissait en Egypte, a été souvent associé à la rose à cause de ses vives couleurs et de son parfum pénétrant.
*o|^^ I Wiii' ^'^^P'"'» ^^**' «® retrouve sans changement dans le copte orepr.
cithare ; c'est le mot bébreu "1133.
♦ ^^f I ^^ ^*=^ , iJA3CAl>i , instrument de bois dont il est
aussi malaisé de préciser la nature que celle du ghéthith et du maha. UUh des Hébreux. Isale (V, 13) criUque la musique dans les festins des Israélites : cW^ara et lyra et tympanum in canviviie vestris.
s La traduction méUlot est conjecturale; c'est une plante fleurie. Dans son désordre le buveur a laissé glisser sur ses épaules la guirlande dont il était coiffé.
0 Pap. Ànast IV , il, 8 à l» , 5.
88 MÉLANGES ÉOTPTOLOGIQUES.
exactement dans tous ses détails ; le texte présente des incorrections et des difficultés dont on peut s'apercevoir en examinant le duplicata qui se trouve au papyrus Sallierl» pi. 9, lig. 9. Malheureusement ce duplicata s'arrête à la mention de Taviron brisé.
Dans tous les cas , la traduction donne une idée exacte de rintention de cette énergique leçon : Thomme qui s'est laissé surprendre par Tivresse n'est plus maître de sa propre volonté ; celui qui se livre aux orgies de la débauche perd le sentiment des convenances, heurte toutes les règles du savoir-vivre et se couvre de honte dans la société.
Ce vice était signalé et stigmatisé dans la partie morale de l'éducation donnée aux jeunes lettrés : le vin devait demeurer pour eux une chose abominable ; on leur faisait jurer de s'abstenir de liqueurs enivrantes :
Avec ton serment sur le shethou : Tu
ne mettras pas flacons dans ton cceur^ etc. Je ne pousserai pas plus loin pour le moment mes recherches sur Tabus des liqueurs fortes chez les Égyptiens. Sous ce rapport , comme sous tant d'autres , trois mille ans écoulés n'ont rien produit de bien nouveau dans rhumanité. Ce qu'il m'importait de constater, c'est que le serment d'abstinence porte sur la liqueur shethou et non sur le arpe ou vin proprement dit , ni sur le haq ou boisson d'orge fermentée , dont les propriétés
enÎTrantes sont pourtant maintes fois citées par les textes. Il semble dès lors que le shethou soit la boisson la plas alcoolique que les Égyptiens eussent réussi à produire. Sans recourir à la distillation qui leur était certainement inconnue, ils pouvaient obtenir des vins de baot titre au moyen de raisins séchés et soumis à une lente fermentation sous Tinfluence de la chaleur solaire. Les Romains connaissaient aussi ces procédés , et Pline mentionne un vin qui excitait vivement la combustion '.
On ne fabriquait du reste ces vins liquoreux qu'en quantité relativement petite ; ainsi, à côté de 1500 mines de Tin ordinaire , notre texte ne place que 50 mines de shethou oo vin de liqueur ; c'est ce dernier nom que nous adopterons pour traduire le mot égyptien.
30 En 50 men d'une troisième boisson nommée
^K^^^^\, poer, pour , sur hqueWe les textes ne
me fournissent aucun éclaircissement. Comme le ?in et ie shethou , elle était employée dans la médecine égyptienne ; elle servait de véhicule à diverses préparations qu'on 7 mélangeait après les avoir moulues, et qu'on passait ensuite au linge*. Dans des énumérations de produits, le poer se trouve cité avec le haq ou bière de Kati et le vin de Khar ou de Syrie. Il est nommé dans ces textes poer des sotemiou ', ce qui nous donne l'idée d'une boisson sucr-ée, d'une espèce de sirop.
* Certains vins méridionaux arrivent par la fermentation lente jttsqn'an titre de 34 à 25 degrés d'alcool.
s Pap. médical, édit. Bmgseh , pi. 11 , 1 et 16 , 7.
t AnaaL IT, 16. 1. — Anast. III, ult. , 2. Nous parlerons plus loin des Sotemiou,
90 MÉLANGES ËGTPTOLOGIQUES.
Il est à remarquer que le poer n'est jamais cité parmi les boissons excitantes dont Tabstention est recommandée ; ce n'est donc pas même on vin de liqueur. On peut adopter au moins provisoirement la valeur moût. Les anciens savaient réduire le vin doux par la cuisson pour le conserver et pour l'employer à enrichir les vins faibles, et probablement aussi aux mêmes usages que nous pour la confection des confitures de fruits.
En copte le moût est appelé euBpic , uBpic, MouBpic; si Ton observe que le p de poer peut être l'article masculin , attaché à ce mot d'une manière plus intime qu'à la plupart des autres mots de la langue égyptienne,
comme c'est le cas pour 2^.,^ ri' '^ nécropole; que, d'un autre côté, l'ancien égyptien ^^^^^llllv:^» oerri, char , est devenu en copte uBpe2i , on arrivera à penser que le copte uBpic, moût, dérive directement de
régyptien ^^^^ O *• Ces considérations sont toutefois insuffisantes pour déterminer la certitude.
Hanuhalmaa. Ce groupe se retrouve au même papyrus sous les formes|,,7;^^'^'^Ço.ffan»Aaw<ia'.
«^ l'.T.T^^^i' ^««tttoiaa». Cette incerti-
4 On trouve aux basses époques le mot "^(^^^rr avec le i final, qui pourrait indiquer la transition.
s Pi. 14, 5. Cette môme orthographe se rencontre aussi Pip. Anast. III, 3, 5.
3Pa|). Ànoit IV, 17, 5.
tode d'orthographe dous fait songer à une dénomination d'emprunt. La date de notre papyrus tombe dans l'époque où ces sortes d'emprunts étaient très-fréquents. Le vignoble qui a fourni les produits que nous cherchons à reconnaître était situé dans la partie orientale de la basse Egypte, c'est-à-dire dans une localité très-fréqoentée par les Palestiniens et par les Syriens. Or, en
comparant le groupe 1 1 '^^^ ■ ^ ô , hanulana , ou
mBmhaouUanay avec son type hébreu y\^V , chêne \ nous n'aurons nulle peine à reconnaître sous la transcription vague hanulmaa, ou mieux haoulmaa^ l'hébreu
mT)iy, grappes de raisins*, dont la forme singulière se prononcerait h'aoullâ. Cette interprétation est d'ailleurs assurée par la circonstance que le mot égyptien est quelquefois déterminé seulement par le signe de l'arbre et d'autres fois avec celui de l'arbre et des fruits , ce qui rappelle forcément la grappe ou même le pampre garni de grappes*.
5® En 50 patars de raisins (Q^!^^A' ^*^^» ^^P*^ AhOKî oAooAe). Cette traduction n'exige aucune justification; nous ferons seulement remarquer qu'il
* Voyez: Voyage d'un Égyptien , p. 348.
> Les coDsoimes liquides s'écbaDgent arec la plus grande facilité;
pour ^"^i , noH, prononcé ou; voyez Voyage d'un Égyptien, p. 348 et 349.
3 L'égyptien possédait aussi un nom pour la grappe; c'est
^^"^v ^^. Les anciens savaient conserver les raisins en brandies.
92 MÉLANGES ÉGYPT0L0GIQUB8.
doit être question ici de raisins en grains, distingaés par le texte des raisins en grappes. Ce sont probablement des raisins séchés , emballés comme ceux de nos jours dans des corbeilles de joncs tressés; les Égyptiens étaient trés-babiles dans les ouvrages de vannerie et de
spartene. Ce que notre texte nomme q, patar,
doit correspondre aux emballages aujourd'hui nommés couffes, confies, canistres, cabas, usités pour les fruits secs; le patar avait, selon toute vraisemblance, une con« tenance déterminée et servait de mesure de compte , mais nous manquons de points de comparaison pour éclaircir cette question. Le patar n'est cité par les t^tes qu'à propos des raisins en grains on en grappes ; je ne pense pas du moins que le ^^, péti , qui est indiqué comme poids ou mesure d'encens' , soit une variante de patar.
6^ Enfin, et comme dernier article, figurent 60
^^^^T^^Z W^' ^^^f^^^» c'est-à-dire soixante mesures d'une denrée qui n'est pas nommée ; en recourant à l'unique texte qui contient indication du karhanta , indépendamment de celui que nous traduisons , nous voyons que cette mesure s'applique an fruit nommé
teb, J^i dans lequel j'ai reconnu la figue', fruit habituellement associé au raisin sur les monuments
i Pap, AnoBtasi W , U, 6.
1 Étrtdes 8ur V Antiquité historique ,- p. 106. Les Hébreux conservalent leurs figues sèches dans des cabas nommés Q^ /l^l , déhéHm ( Munck : Palestine ,25).
VÉRIFICATION d'ON CELLIER. 93
égyptiens. Il est absolument certain pour moi que le scribe du document étudié a oublié le mot teb. Ces lapsus calami ne sont pas très-rares ' ; ils ajoutent aux difficultés de l'interprétation » mais l'abondance des textes est telle que nous pouvons souvent surmonter cet obstacle.
Après l'énumératioD des produits du vignoble» le scribe explique qu'il les a chargés sur le navire qu'il avait amené , et les a transportés à Tbèbes , où il les a livrés aux vérificateurs , ^^^^.^^s: /i"^! » du palais fooéraire de Séti^Méneptab II ; et de l'ensemble de l'opération il rend compte à son supérieur.
Remarquons en terminant l'exactitude de l'explication que j'ai plusieurs fois donnée de la fonction des Rotau ' ou vérificateurs.
1 Voir ci-devant, p. 80, notes 3 et 8.
s Voir notamment, tome I, 170, et ci-devant, p. 69.
Sar le papyrus Anastasi IV , immédiatement à la suite de la pièce qui fait Tobjet de la dissertation précédente , se trouve une lettre d'affaires que je vais encore essayer de traduire. 11 s'agit d'un ordre adressé à un scribe et à un charpentier en bateaux » à propos de la réparation d'une barque dont la construction première avait été vicieuse et qui demeurait hors de service.
Dans cette nouvelle tâche nous aurons encore à lutter contre les difficultés de deux espèces qui ont rendu la première très-ardue» c'est-à-dire contre le défaut de correction du texte hiératique et contre la presque impossibilité d'arriver à la précision dans la traduction des termes techniques. Ce n'est toutefois que par une série d'inductions tirées de textes bien compris que nous parviendrons à compléter nos glossaires sous ce rapport.
La lettre comprend neuf lignes et le commencement d'une dixième *• En voici la traduction suivie; les diffi-
« De la lig. 9, pi. 7, à la ligne 7, pi. 8.
cultes seront discutées dans des notes disposées selon l'ordre des lettres de Talphabet :
• Le scribe dn trésor Kakebou parle an scribe Ennana i et au chef ouvrier des travaux sur bois (A) Amen- « nakhtou. Communication :
« Il y a une barque (B) d'acacia (C) échouée (D),
• qui n'a pas fait beaucoup d'années à l'eau ; on n'y
• avait pas mis de longues membrures (E); on avait « fait des (F) poteaux (G) d'acacia qu'on y avait mis
• comme membrures; ils n'avaient pas tenu (H) le « revêtement de bois ( 1) de la barque. Elle s'est relevée « d'échouage (J) et n'a pas fait beaucoup de jours à
• l'eau . On n'y avait pas mis de longues membrures i d'acacia et l'on n'y avait pas mis de longues membrures i de noyer (K). Cependant il y en avait dans la barque (L).
• Lorsque ma letire voas arrivera , vous partirez en- «' semble (M). Vous examinerez les pièces (N) de i cèdre (0) qui sont de reste de la barque les Dieux
• qui reste au chantier (P) de Rèsnou; vous choisirez
< quatre pièces parmi elles ; qu'elles soient très-ldligues ;
• qu'elles soient très - bonnes ; qu'elles soient très-
< larges (Q) ; vous les mettrez comme membrures à la
• barque d'acacia que vousavez.au chantier; qu'il y
< en ait deux de chaque côté.
< Vous examinerez ce qu'il y a de reste en bois de
< couverture (R) de bonne qualité , et vous les dispose- « rez (S) à la proue et à la poupe (T). »
(A)f^^^^|. Les ouvriers de cet ordre s'occupaient du travail d'ébénisterie , de marqueterie,
96 MÉLANGES É6YPT0L0GIQUES.
de ciselure; ils travaillaient le bois et les métaux, même les métaux précieux. Nous voyous qu'ils étaient aussi constructeurs de barques*. Nous n'avons pas en français de désignation aussi générale. C'est parmi ces abou que furent choisis les ouvriers emmenés par Gambyse pour construire les palais de Suse et de Persépolis *. Vabou oer est le grand abou ou chef des abou ; ce titre est connu par d'autres textes.
B. Notre scribe > un des plus habiles calligraphes de son temps , était en même temps fort étourdi et fort négligent; nous avons déjà relevé quelques-uns de sas
lapsus calami. Ici , il a écrit le nom de barque [i}Q^
avec le seul signe \. Malgré la grande élasticité de l'orthographe égyptienne , cette licence dépassait les limites de la pratique ordinaire ; aussi retrouve-t-on eu tête de la page le groupe écrit en entier comme correction faite ou ordonnée par le maître.
G. X Al, shenti. Il ne faut pas confondre ce
groupe avec celui qui désigne l'arbre en général et correspond au copte ^hu. L'arbre shenti formait une espèce particulière dont il était fait fréquent usage chez les anciens Égyptiens, concurremment avec l'o^A ou cèdre. Le shenti ou seulement shent (quelquefois même le i final n'est pas écrit) était l'un des arbres sacrés du temple de Denderah '. De même que le cèdre, le shenii
4 ("onf. ci-devant , pages 8 et 15.
s Diodore : 1 , 46.
3 Naville : Mytht d'Horus, 14, 7. — Dûmichen : Bauurk. , VIII. 3.
était employé pour la construction des navires ' , et il fournissait à la médecine divers ingrédients \ Dans Tune des opérations de la fabrication du parfum ana ou anti de première qualité» il fallait que le feu placé sous le récipient fût allumé avec du bois de shenti \ On en faisait des SAAOU , poteaux ou solives, ainsi que le montre notre texte , et ces pièces pouvaient servir de membrures pour la carène d'une barque. Des meubles de shenti sont cités en même temps que des meubles à'ash.
Ces particularités conviennent à Tacacia d'Egypte^ qui porte en arabe le même nom (shont), tandis qu'en copte ^oMT6 désigne surtout un arbuste épineux^ ce qui rappelle encore l'acacia. II est donc à peu près certain que le shenti est Tacacia ; car le chêne, quelquefois désigné en copte par le groupe li^nu , ne semble pas remplir aussi bien toutes les autres conditions. Plusieurs égyptologues ont admis le sens acacia. M. S. Birch, dans son Vocabulaire , a laissé la question indécise entre la valeur chêne et la valeur acacia.
D. yjC, signifie abattre, renverser, mettre sens dessus dessous; c'est le qualificatif des cornes /\ retournées qui entrent dans le nom de la déesse Safekh. Ce mot convient bien pour désigner une barque qui n'est
i Cet emploi remontait aux temps mythologiques ; l'arrière de la barque de Pbra était de shenti (Nayille . loc, laud. ,6,5.
9 Pap.médieal de Berlin, édit. Brugsch, p. 4, 3; il, s, 4, 6; 13, 9, etc., etc.
3 Dflmicben : Die Flotte, etc., 18, l , 4 et 10. Ibid. , 19 à 9.
98 MÉLANGRS ÉGTPTOLOGIQUES.
plus à flot et qui se trouve renversée sur le flanc ou même complètement retournée pour les opérations Au radoub.
E. o ^ j j et ^^j^mIJ''^,» A^ et *<*'*«* pièces de bois qui entrent dans la construction d'une barque. Aucud autre texte ne m'a fourni ces groupes. Ces pièces n'avaient pas été mises suflisamment longues dans la barque en question , aussi n'avait-olle pu naviguer longtemps. A l'occasion d'une première réparation on y mit d'autres pièces de bois d'acacia , mais cette disposition laissa imparfait l'assemblage d'autres pièces ; aussi» lorsque la barque fut relevée et mise à l'eau de nouveau , elle ne put y demeurer que quelques jours. Pour la réparer sûrement, il devint indispensable d'y placer des heris très-longs.
D'après ces détails , je vois dans les heris les pièces de charpente dressées de chaque côté de la quille et formant le squelette de la barque, auxquelles on donne le nom de membrures, et sur lesquelles on cloue le revêtement en bois de la coque. Je suppose que plusieurs de ces pièces se trouvant trop courtes , des portions considérables du revêtement vers le haut de la coque n'ont point eu une solidité suffisante ; le bois s'est tourmenté et des fuites d'eau ont condamné le navire à l'innavigabilité. On a voulu y obvier au moyen de poteaux ou chevrons placés latéralement sur les points faibles, mais sans toucher à la carène. Cette demi-mesure est restée insuffisante, et il a fallu adopter le moyen radical consistant à fixer
de chaque côié du navire deux nouvelles membrures de longueur suffisante.
^' 7n ^ § t^ ! , quelques, un petit nombre, en anglais some, en français des.
G. HiH^J"^,, saaou\ ce mot est évidemment le même que le copte coi , trabs : il se dit de pièces de bois de longueurs et de forces variables. Le sens poteau, support , est établi par des textes tels que celui-ci :
colonne du ciel , ■"*~^^^kl|l|^'^ ^® '^ ^^^^^ * , où le moi saaou, orthographié saat, est placé en antithèse avec l'idée colonne. Dans la description de la barque divine il est parlé de peaux solidement établies sur les saaî\ sans doute pour rendre l'imperméabilité plus complète.
il s'agit des saaou ou poteaux qui n'ont pas opéré l'effet nécessaire sur les kasanou. Je ne réussis pas à compléter le verbe auquel il manque un ou deux signes, et que je rends par tenir, fixer, arrêter. C'est dans tous les cas une action de force. Cette action s'opère sur les kasanou de la barque , objets qu'on trouve ici nommés pour la première fois.
Les groupes J|], ^^(jP^, JPuL' ••*^' éveillent l'idée de clôture , fermeture , entourage , enveloppement ( case, caisse); c'est tout ce que nous pou-
1 Mariette: Àbydos , 6 , 3rj , « NavlUe: Mythe d'Horu$,T, 6.
vons dire à l'appui des vraisemblances qui nous portent à voir dans les ^^t^uji '^^ plateaux de bois qui forment l'enveloppe extérieure d'un navire.
partie entre parenthèses est restituée d'après les débris des signes ; elle n'offre cependant pas une certitude absolue. Le sens est toutefois naturel ; la barque en
radoub était M*^ryi> ^'®st-à-dire renversée ; après sa réparation, elle s'est relevée de cette position.
K. De lonyties membrures de bois de tamou ( J^^ A i ),
L'arbre tamou ou tam est rarement cité dans les
textes ; il est du nombre des sept arbres sacrés de
Denderah , mais il ne figure pas parmi les arbres rares
du jardin du scribe Anna à Tbèbes '.
Le texte le plus significatif a été cité par M. Le Page- Renouf, d'après un monument mentionné au Musée Clar<ic, où il est parlé de liquide ou huile de tam pour allumer les lampes des temples \ Il suit de là que l'arbre tam fournissait de gros et longs madriers , et d'un autre côté produisait de l'huile à brûler. Je ne vois guère que le noyer qui puisse satisfaire à ces deux conditions. Cet arbre, originaire de la Perse, a pu être connu des Égyptiens, au moins comme arbre rare. On sait que les Égyptiens de l'époque pfiaraonique recherchaient et importaient chez eux tous les produits naturels ou fabriqués
i Bnigsch : Recueil, 1 , 36 , 1. Voyez Études sur V Antiquité historique , p. 396.
« Zeitsehrift de Berlin, 1867 , p. 33.
des nations étrangères , et en particulier les bois précieux'.
On ne trouve plus de noyers en Egypte , mais on n'y trouverait pas davantage les arbres dont parle Pline, et qui étaient si gros que trois hommes en embrassaient à peine le tronc*.
M. Vous partirez ensemble: ^^t^p^^y^ » ^ , ffun seul départ; c'est un idiotisme remarquable.
N. O. ij P^^^ ^^, ) asouaaut. Ce sont des bois qui peuvent être plus larges et plus longs que les ^l^iT^» ^^(iou ; l'un de ces noms n'est probablement que l'augmentatif de l'autre. Ces pièces plus fortes étaient plus facilement fournies par l'arbre]^ ^j),
ashs ou cèdre» que par le noyer et l'acacia. Le scribe prescrit positivement l'emploi de Vash \
P. ^J[^|^, » OY3CA , magasin , lieu de dépôt ,
affecté principalement aux objets volumineux , tandis que le crz3|cr33 est le trésor ou dépôt des choses précieuses. Pour les navires I'otjca est le chantier, la cale.
Q. IT^^©» Resnou, port du Nil qui nous est connu par le papyrus de Leide 1 , 368, pi. 179 , dont j'ai donné la traduction dans la première série de mes
t Voyez notamment Études sur l'Antiquité historique, p. 157.
^Hist, nat., XIII, 10.
3 Voyez ma disserta: ion sur le cèdre dans les hiéroglyphes , Rev. areh. 1861 , et celle de M. de Horraclc sur le nom égyptien du cèdre, ibid.
1U2 MÉLANGES ÉGÏFTOLOGIQUËS.
Mélanges égyptologiques \ Resnou signifierait littéralement : la ville du midi de la ville; mais il n'est pas certain qu'il faille toujours attribuer aux noms propres la signification apparente des groupes qui les composent. D'après le document cité , Resnou parait avoir été en relations avec Memphis.
Vous examinerez les existants bois de
revêtement.
La construction de cette phrase est très-curieuse ; le dernier mot signifie couvrir^ revêtir.
S. ^^^> TMTM , T6MeoiJ » disfoser , organiser,
régler. Un texte inédit donne l'exemple suivant : ^ Va I , ^ , je mets chacun à son rang ,
^< * o * /wvwsA uJjLj H^^
à la place qui lui convient.
T. La proue , ^^ ^^ , copte 2h ; la poupe ^^\a^âèi* copte nA20T. Ces deux noms sont restés les mêmes.
< Cetle traduction est susceptible de quelques améliorations ; j'avais mal lu le nom géographique qui nous occupe ici.
Les anciens Égyptiens ont taillé, transporté an loin et dressé sur leurs bases des monolithes de dimensions colossales. On s'est toujours demandé de quels procédés ils avaient pu Taire usage pour accomplir des efforts qui DOQS sembleraient exiger aujourd'hui toutes les ressources de la mécanique. De notre temps Tabattage, l'embarquement et la mise en place de l'obélisque de la place de la Concorde ont pu être considérés comme un travail remarquable , ayant fait honneur à l'habile ingénieur qui l'a mené à bonne fin. Mais cet obélisque est de médiocres dimensions comparativement à quelquesuns de ceux que mentionnent les textes originaux. Celui dont parle le papyrus Anastasi I aurait eu 100 coudées, c'est-à-dire 45 métrés ^ non compris son pyramidion ; d'autres monuments de ce genre sont cités comme ayant eu 108 coudées, c'est-à-dire une longueur plus que double de l'aiguille de Louqsor devenue parisienne. Mais, sans parler de ces colosses que le temps a fait disparaître, on peut encore voir à Rome l'obélisque de St-Jean de
Latran, qui est de Tbothmès III, et dont la hauteur dépasse de moitié celle de celui de Paris *•
AmmieD-Marcellin nous a transmis quelques détails sur la difficile et merveilleuse opération du dressemeot de ce prince actuel des obélisques à la spioa du grand cirque de Rome ; on avait élevé une charpente de hautes poutres, pareille à une Torèt; les solives et les cordages étaient en si grand nombre que leur épaisseur cachait le ciel ; par le moyen de cette machine compliquée , les efforts de plusieurs milliers d'hommes réussirent à élever l'obélisque et à le placer dans la cavité qu'on lui avait ménagée sur le piédestal V
Les Égyptiens paraissent avoir employé des moyens plus simples pour le transport des lourdes masses de pierre et l'érection des obélisques ; nul peuple n'éleva autant de colosses ; les aiguilles hardies abondaient sur les rives du Nil. Séti I , nous dit un texte , avait rempli d'obélisques la ville d'Héliopolis.
On ne connaît pas de grands obélisques antérieurs à la XIl€ dynastie , mais l'usage s'en est continué presque sans interruption jusqu'aux basses époques.
Deux scènes monumentales nous montrent des rois consacrant des obélisques. En présence du dieu qui loi promet ses faveurs » le monarque dresse sur leurs bases
i Cout. Voyage d'un Égyptien , p. 49.
2 Lorsque cet obélisque fut réiabU sur la pUce de SaUit-Jean de Latran par ordre du pape Sixte V . il était rompu eo trois morceaux ; le dressement des trois fragments ne présentait plus autant de difficultés.
deax obélisques attachés avec des cordes oq avec des chaînes '.
Il D6 faudrait pas toutefois prendre à la lettre cette représentation symbolique ; ce n'est dans la réalité qu'une image graphique , un hiéroglyphe de l'expression
Pî A • s/ M' ^^^ ^^ obélisques. Le procédé qui consisterait à relever l'aiguille par son extrémité supérieure , sans la maintenir de chaque côté pendant le dressement, est évidemment inapplicable; mais, si le procédé n'est pas détaillé par Pimage^ nous y trouvons du moins très-certainement l'indication de la marche de r opération : elle consistait d'abord à élever le pied de l'obélisque sur le dé qui devait lui servir de base » puis à le faire lentement basculer sur l'un des angles de sa tranche inférieure jusqu'à ce qu'il tombât de lui-même et sans secousse sur sa base.
D'après ce qu^on peut comprendre dans les détails que nous donne le papyrus Ânastasi 1% on faisait usage de sable pour ces sortes d'opérations. C'est le procédé qui rendit célèbre Chersiphron , l'architecte du temple de Diane à Éphèse. Il élevait, sur un appareil rempli de sacs de sable, d'énormes corniches à une hauteur supérieure à celle des colonnes qui devaient les recevoir. On vidait ensuite les sacs de sable par le bas, et les corniches descendaient à leur place '.
f Lepsius : Denkm. III. 148 : Ramsès II dresse deux obélisques h Kamak. Ibid. IV , 48 : un Ptolémée dresse deux ohéHsques h Edfou. s Voyage d'un Égyptien , p. 48 à 51.
«Pline: HUL nal. ,36, 14.
106 MÉLANGES ÉOrPTOLOGlQUES.
Lorsqu'il s'agissait seulement de traîner des matériaui on des monuments considérables , les Égyptiens muHi* pliaient les bras, comme le font encore aujourd'hui les Chinois; nous en pouvons juger par diverses scènes représentant l'opération. Ils se servaient aussi de bœufs attelés pour la traction des traîneaux chargés de grosses pierres.
La présente dissertation est consacrée à l'élucidatiOD d'une de ces scènes, qui date de l'ancien empire» et dont la légende présente un intérêt particulier. Elle est sculptée sur l'une des parois d'un tombeau creusé dans le rocher, à Berscheh , bourgade de l'Heptanomide» au sud d'Antinoé. M. Lepsius l'a publiée dans son splendide ouvrage *.
Kaï, le personnage qui s'est préparé cette sépulture, appartenait à une de ces familles considérables qui formaient sous la Xll* dynastie une espèce d'oligarchie, se partageant le gouvernement des nomes. Nehera, fils de Numhotep, le plus célèbre représentant à nous connu de cette oligarchie » nous a laissé sa biographie dans les hypogées de Beni-Hassan.
Kaï était de race royale , car son père Thothhotep avait eu pour mère une fille du pharaon Osortasen I ; cette généalogie illustre explique Télévation de Kaï aux grandes charges de l'État. Il régnait à cette époque dans les hautes régions de la société égyptienne un esprit de caste et des tendances aristocratiques qu'on ne trouve point aussi nettement manifestées en d'autres temps :
< Denkm, 11 , 134.
être fils OU fille de Ha, c'était un honneur qu'on aimait alors à faire ressortir , surtout à propos des alliances matrimoniales. Notre Tbothhotep est si fier de sa royale descendance qu'il oublie complètement de parler du personnage qui fut son père.
De même que son père Tbothhotep , Kaï avait exercé un grand nombre de fonctions dont les noms nous sont connus par des monuments multipliés , mais dont la nature nous échappe à peu près complètement jusqu'à présent.
Voici les plus remarquables :
1. §«, j>hAJ kharheb supérieur, ou prêtre principal , lecteur dans les panégyries ;
^' ^^^^ ïîi I* ^^^f ^^ prophètes , c'est-à-dire chef du sacerdoce d'un temple ;
3. 1 1^^» 5am , prêtre principal des funérailles et du culte des morts ;
4. n llli' ^wp^^f^wr du mystère des hiéroglyphes , le plus haut grade scientifique de la doctrine; -