LES IIEUHEIX EN EGYPTE
plus ou moins importants des forces égyptiennes, et bien plus souvent encore les Madjaï, peuplade soumise par les armes des pharaons de la XII e dynastie. Ces étrangers paraissent s'être aisément accommodés du joug égyptien. Ils formèrent longtemps une troupe spéciale chargée de maintenir l'ordre et de veiller à la sûreté publique.
Colonie productive, retenue par force sur le sol égyptien et employée par ses oppresseurs à des travaux variés , les Hébreux ont dû donner lieu à des mentions du même genre , et notre espoir d'en rencontrer quelques-unes est tenu en éveil par cette circonstance remarquable , que la plupart des papyrus hiératiques ont été écrits à une époque voisine des événements de l'Exode.
Ainsi que l'a proposé M. de Rougé, il faut reconnaître dans Ilamsès II le pharaon qui fit élever Moïse. Ce monarque est le seul en effet dont le règne fut assez long pour se prêter aux exigences du texte sacré. Celte identification s'accorde au surplus avec le récit un peu confus deManéthon L'historien égyptien parle d'un Hamsès, fils aîné et successeur de Séthos, et lui attribue un règne de GO ans ; ensuite il mentionne un Amenophis qui expulsa du territoire égyptien tous les lépreux et tous les immondes, qu'il força à travailler aux carrières situées à l'orient du Nil. Ces malheureux, ayant plus tard obtenu la possession d'Avaris, s'allièrent aux Pasteurs, alors maîtres de Jérusalem, et sous la conduite d'un prêtre d'Héliopolis , qui changea de religion et prit le nom de Moïse, repoussèrent les attaques d' Amenophis et opprimèrent Ptègypte pendant plusieurs années.
» JosfcpHE. Contra 4pp. I.iv. I, ch. î».
LES HÉBREUX EN EGYPTE
Josèphe ajoute que Manéthon confond les Hébreux avec ces mêmes lépreux.
Ce récit me parait dériver de sources véritablement authentiques. Nous connaissons l'usage égyptien qui consistait à accoler au nom des peuples ennemis une épithèle méprisante, et nous avons vu dans l'étude précédente que l'expression peste, pestiféré, avait servi à nommer les Pasteurs. Les Hébreux, devenus un danger pour l'Ëgypte, n'ont guère été mieux traités ; ils furent appelés lépreux , immondes \ réduits à travailler aux carrières , et leur délivrance , favorisée par quelques incursions d'Asiatiques , fut accompagnée de grands revers pour leurs oppresseurs. Je n'en doute pas , le récit de Manéthon parle des Hébreux de la même manière que celui du papyrus Sallier I parle des Pasteurs.
Dans cet Amenophis . sous le règne duquel , au dire de l'historien égyptien, s'accomplirent ces événements, nous reconnaissons aisément Ménephtah I , fils et successeur de Ramsès II. Les transcriptions grecques brillent généralement davantage par l'euphonie que par l'exactitude. Celle-ci du reste n'est pas aussi libre que la forme Bocchoris sous laquelle les listos manéthoniennes nous ont conservé le nom du pharaon Bekenranf.
Ainsi donc il parait bien conforme aux exigences d'une saine critique de placer sous les premiers Ramsès l'accroissement prodigieux des Hébreux , le système d'oppression
* La lèpre occupe une grande place dans le Lévitique ; les prescriptions qui la regardent ne sont précédées que de la loi des offrandes . de celle des animaux purs ou impurs et de celle concernant la purincation des femmes après l'enfantement
LKS IIEIMEIX K.N EU VITE.
et de violences suivi contre eux , et finalement leur éclatante délivrance. Ne trouverons-nous pas , dans les documents écrits sous les règnes de ces mêmes pharaons , quelques lignes se rapportant à des circonstances qui n'ont pu manquer d'occuper une assez grande place dans les annales de leurs règnes ? Nous y avons constaté l'emploi d'un nombre notable de mots hébreux très-exactement transcrits et des dénominations géographiques qu'on retrouve iJans l'Exode et dans le livre de Josué. L'absence du nom des Hébreux a lieu de nous surprendre.
Cherchons à nous rendre compte de la forme sous laquelle les hiéroglyphes pourraient nous avoir conservé ce nom.
senti? ou SMATtf , que MM. Heath 1 et Ch. Lenormant ' ont regardé comme désignant les Hébreux sous le nom générique de Sémites ou lils de Sem. Le mot égyptien manque constamment du déterminatif des peuples étrangers. Aussi , lors même que nous ne saurions pas qu'il représente les domestiques employés en petit nombre aux menus offices des temples \ nous ne pourrions pas l'appliquer à une race étrangère à l'Égypte.
Du reste la division des races humaines d'après les noms des enfants de Noé, ne saurait avoir été connue ni acceptée par les Égyptiens dont les annales ne s'arrêtaient
• The Kxodus Papyri.
* Les livres chez les Égyptiens. Voir mon .Mémoire sur l'Inscription •rinsamboul , Rev. arch. , t. 15.
t Voyez ci-devant , page 28.
Tout d'abord il faut écarter le groupe
LES IIÉUHEI X KN KGYI'TK.
pas à la limite du déluge. Quant aux Hébreux, ils ne se sont jamais désignés eux-mêmes sous le nom d'enfants de Sem.
L'expression enfants d'Israël n'est pas non plus un ethnique. C'est une désignation religieuse rappelant les promesses divines et analogue aux termes de semence d'Abraham , fils de Jacob. On ne rencontre ni dans la Genèse, ni dans l'Exode, le mot Israélite \ et nous ne devons pas non plus le chercher dans les papyrus. Quant à celui de Jeiiudi , Juif, il ne fut adopté que postérieurement au schisme de Jéroboam.
Au contraire le nom de'HD}?, HKBERI, hébreu, apparaît dès les premiers chapitres de la Genèse ". Ce premier des livres saints l'emploie fréquemment dans les locutions significatives*: un homme hébreu, un enfant hébreu , un serviteur hébreu, le pays des Hébreux , etc. , et l'Exode le met dans la bouche du roi d'Egypte lui-même, donnant aux accoucheuses son ordre cruel \ Enfin , la langue nationale portait déjà le nom de langue hébraïque à l'époque de la rédaction du livre d'Esther \
Si donc les Égyptiens ont nommé les Hébreux d'après la véritable désignation ethnique de ces derniers , le groupe hiéroglyphique dont ils auront fait usage sera l'exacte transcription du nom "H2y : on connaît en effet la fidélité avec laquelle les scribes égyptiens ont représenté les mots sémitiques.
« Il se trouve pour la première fois, Levil XXIV, 10.
a Genèse, ch. XIV. v. 13.
3 Exode. 1 . 16.
* Esther, ch III . v. 7.
LKS HKBHKl'X K.N EGYPTE.
Toutefois ne comptons guère sur la chance de retrouver dans les textes le nom des Hébreux lié au récit des événements miraculeux racontés par l'Exode; les traditions égyptiennes auraient certainement représenté ces événements avec un caractère bien différent de celui qify donne l'historien sacré, et nous aurions peine à les reconnaître. Mais il y a, dans le récit de l'Écriture, des faits purement historiques qui s'accordent parfaitement avec ce que nous savons des usages égyptiens. De ce nombre sont l'oppression des Hébreux traités en ennemis, et les travaux auxquels ils furent soumis sous la surveillance de chefs de corvées. La Bible nous les montre employés à la construction des villes de Pithom et de Ramsès , à la fabrication des briques et du ciment et aux travaux des champs les plus écrasants. Tel est effectivement l'usage que les pharaons faisaient de leurs prisonniers de guerre, ainsi que le montrent des textes nombreux dans lesquels les rois se font un mérite auprès de leurs dieux d'avoir rassemblé beaucoup de captifs pour l'édification des temples.
C'est dans cet ordre de faits qu'on peut espérer trouver une trace du séjour des Hébreux en Egypte.
Or, nous possédons précisément trois documents qui nous parlent d'individus de race étrangère , nommés
travaux de construction ; deux de ces textes datent justement du règne de Ramsès II.
Remarquons d'abord que le groupe hiéroglyphique remplit parfaitement les conditions d'exactitude que j'ai prévues ; c'est la transcription correcte de oniiy , hiberi-m , à la
, apeiu-u , occupés à des
\H LKS IIKBRKl X KN KtiYPTK.
finale plurielle près, que les Égyptiens n'ont jamais imitée, y = 1 ; c'est un point aujourd'hui hors de discussion ' ;
0 est 1; reste le Q dont le correspondant direct est
D> P; mais cette articulation paraît avoir été chez les Égyptiens très-voisine de B ; il semble qu'ils aient voulu représenter un son intermédiaire dans la forme hiératique
1 "^jf^ » BP , si fréquente pour la transcription de B. Quoi qu'il en soit , je puis montrer un exemple trèsremarquable de l'équivalence fl = 3 \ dans le groupe
N ^* < j > w^ | J iiorkp, qui désigne une arme importée
de Syrie en Ëgypte. C'est évidemment le y\Tl , HOREfi , des Hébreux , le plus terrible des instruments de carnage mentionnés par la Bible. Le même texte mentionne encore
le ^ » MARH ' fi" 1 ® » instrument de contu-
sion , d'écrasement, et le P*^"^V V ^ » SEF-T, le
couteau , Les lames de damas ont conservé jusqu'à
nous le renom des armes de fabrique syrienne, que les Égyptiens recherchaient déjà quinze siècles avant notre ère.
Ainsi donc des règles philologiques , bien constatées , nous permettent d'identifier le nom des Hébreux avec l'ethnique apkri-u.
• Voyez Papyrus mag. Marris, p. 17.1, note 2. ■ M. de Rougé a aussi signalé cette équivalence. Divers mon. d«> Thothmès III, Rev. arch 1861, p. 366.
3 Anaslasi IV. dernière pl., lig. 1.
LES HEBREUX EN' ÉGVPTE
Voyons maintenant si l'étude des documents où cet ethnique se rencontre , nous fournira quelques indices favorables a l'identification des deux peuples.
Dans le premier, le scribe Kauisar rend compte en ces termes à son maître , le scribe Bck-on-Ptah , de l'exécution d'un ordre concernant les aperiu ! :
« Pour la satisfaction de mon maître ; j'ai obéi au « mandat que m'a donné mon maître , en disant : Délivre « la nourriture aux soldats , ainsi qu'aux Aperiu qui char- « rient la pierre pour le grand Bekhen du roi Uamsès « Meriamen , ami de la justice, (lesquels sont) confiés « au chef des Madjaï Ameneman. Je leur donne la nourri- « ture chaque mois , selon les instructions excellentes « que m'a données mon maître. •
Le second titre est du même genre ; il est adressé par un scribe nommé Keniamen à son maître le Kadjena Hui de la cour de Ramsès II \ En voici les termes:
« J'ai obéi au mandat que m'a donné mon maître , en « disant : Donne la nourriture aux soldats , ainsi qu'aux « Aperiu qui charrient la pierre pour le Soleil du Soleil « Ramsès Meriamen, au sud de Memphis. »
Soit que le scribe ait voulu s'exprimer métaphoriquement, soit qu'il ait commis un lapsus calami , et qu'il faille lire , comme je le crois , pour le temple du Soleil de Ramsès, nous sommes dans tous les cas certains que les pierres charriées par les Aperiu étaient destinées à la construction d'un édifice au sud de Memphis,
Nous trouvons donc les
» Pap. hiérat. Leidc ! , :mm pt 6 i s a Pap. Leule 1 , 34»
LES HÉBREUX EN EGYPTE
aperii , employés aux travaux de construction «le deux édifices différents, et placés sous la direction supérieure de hauts fonctionnaires résidant à Memphis , car c'est dans les ruines de cette ville qu'ont été trouvés les deux manuscrits qui nous les font connaître. Ils sont chargés spécialement du transport de la pierre. Or, pour quiconque connaît les énormes blocs mis en œuvre par les anciens Égyptiens, il est aisé de comprendre que l'Écriture ait pu qualifier de labeur écrasant , la tâche de manier ces masses et de les amener à pied d'oeuvre.
Dans le premier cas , l'édifice en construction est nommé
le grand ® ^ , beh'en, de Ramsès II. Cette
expression pouvait s'entendre de toute espèce de demeure, des temples des dieux *, comme de la modeste case de l'ouvrier * et des somptueuses résidences royales ".
L'expression biblique ville de Ramsès pourrait être figurée en hiéroglyphes sous la forme "^J* , ,\ , ou £j , pa,
de Ramsès (littéralement demeure de Ramsès), mais elle .s'accorde également bien avec celle de bekhen de Ramsès , qui se rencontre dans plusieurs textes de l'époque , indépendamment de celui que je viens de citer \
A en croire la description que nous donne d'un de ces somptueux édifices le papyrus Anastasi IV, on voit qu'il s'agit d'un établissement considérable: le vin et la liqueur hak y abondent , ainsi que les provisions de toute espèce ;
« Pap. Sali, m , pl. 2 . lig. b.
a Pap. d Orbiney. pl. IX . I. 1.
j Pap. Aiiasl I\ pl. !, I :
* Pap A hast IV , pl fi l 1.
LES HÉBREUX EN EGYPTE
le chef de l'onction y prodigue les aromates ; le jardinier en chef y entasse les fleurs; le chef de culture y apporte la volaille, le pêcheur, ses poissons; les vaisseaux du roi, revenus de Syrie, y déchargent leurs riches cargaisons- On peut se faire une idée de l'étendue du Bekhen de Ramsès II par les détails que nous en fait connaître un texte dont nous possédons deux copies \
• Sa Majesté , dit ce texte , s'est bâti un Bekhen , dont « le nom est le très- fort , entre le pays de Zahi et l'Ëgypte ; « pour ses provisions délicieuses , il ressemble à Hélio- « polis ; pour la joie de l'existence , il est comme Memphis. « Le soleil se lève à son horizon et s'y couche ; chacun « quitte sa ville et est accueilli dans son étendue ; son « occident est à la demeure d'Ammon , son sud à la t demeure de Sutech; Astarté est à son orient, Ouaté à « son nord, etc. »
La Bible appelle n^DDb les villes construites par les Hébreux au Delta. A cette expression on a attribué la signification de villes de provisions , de trésors , penaria apothecœ. Ce sens est en harmonie avec ce que nous savons des Bekhens royaux.
Dans la seconde lettre , il s'agit de la construction d'un temple ou d'une ville du Soleil , ce qui pouvait être exprimé en hiéroglyphes par les groupes *\* ® , pa-ra ,
deux dénominations comme représentant Tune et l'autre le nom sacré d' Héliopolis. L'hébreu Pithom transcrit régu-
I Pap. Anasl. Il . pl I ; Anast. IV, pl. 6.1 l.
et
, pa-tum. M. Brugsch a signalé ces
52 LES HÉBREUX EN EGYPTE
lièrcment l'égyptien pa-tum. Je n'admets pas le système de M. Brugsch, qui retrouve Pithom dans J^Qq »
ii'tem; car les Hébreux, dont la langue possède le même motDnit, ayant les mêmes significations, sigillare , sigillum , claudere , n'en auraient pas ainsi altéré la forme dans leur transcription.
Quoiqu'un papyrus nous parle d'un Pa-Tum situé à la limite orientale de la Basse- Egypte \ je ne veux pas prétendre que nous soyons ainsi en possession non-seulement du nom des Hébreux , si longtemps cherché dans les hiéroglyphes, mais encore de ceux des deux localités mentionnées spécialement par l'Écriture comme théâtres de leurs pénibles travaux. Il est probable que les Égyptiens les employèrent sur beaucoup d'autres points , même en dehors du Delta. C'est du reste ce qui résulte de la teneur du troisième document qui nous parle des Aperiu.
Il s'agit d'une stèle sculptée sur les rochers des carrières d'Hammamat (en hiéroglyphes bokhen), et datée de l'an III deKamsès Mati Meriamen , le Ramsès IVdeM. Lepsius. Voici le sommaire de l'inscription ■ :
En l'an III, le 24 du mois de Payni, le roi parcourut la montagne sainte pour rendre hommage aux dieux , et fit graver la stèle à son nom. Il avait chargé trois hauts fonctionnaires, entre autres l'un des prophètes du temple de Ghons à Coptos , de veiller à l'exécution de ses ordres à la montagne de Bokhen, et lorsque les travaux furent achevés , il donna ordre au premier prophète d'Ammon ,
• Anast. Vf , (ii i iJfrni'V.' ligiu»
a ivtikm. III . pl. 21!» V.
LES HÉBREUX EN EGYPTE
architecte en chef, de les amener en Êgypte. Le texte énumère ensuite les fonctionnaires qui assistèrent le prophète dans sa mission , ainsi que les prêtres, les chefs , la force armée et les ouvriers chargés des travaux , le tout s'élevant à environ 9,000 personnes. Leurs provisions avaient été amenées d'Ëgypte dans des chars attelés chacun de six paires do bœufs \
Les Aperiu figurent, dans cette colonie industrielle, au nombre de 800, et de même que dans les premiers cas ils s'y trouvent accompagnés d'une force armée et d'un détachement des Madjaï; cette gendarmerie de race étrangère fournissait sans doute les soldats étrangers, toujours prêts à frapper, dont parle Agatharchido dans sa relation des Mines d'or d'Éthiopie. Mais Ramsès IV a régné dans le siècle qui suivit l'Exodo. Si mon assimilation est exacte , il faut supposer que tous les Juifs n'avaient pas quitté l'Egypte. Il se pourrait en effet que tous n'aient pas eu la possibilité de répondre à l'appel de Moïse , et tel a dû être le cas pour ceux que les Égyptiens auraient relégués au sud de leur empire ou dans les établissements du désert. Les conquérants se faisaient une gloire d'entraîner les vaincus loin do leur patrie \ Traités en ennemis , les Hébreux ne durent pas échapper complètement à des déplacements dont leurs maîtres s'enorgueillissaient. On sait du reste que le souvenir de l'Êgypte resta profondément gravé dans la mémoire des Juifs et donna lieu à des séditions que Moïse eut à réprimer sévèrement. Quelques troupes de mécontents auraient pu gagner les établisse-
» Pour ce dernier détail j adopte la traduction de M. Brugsch a Voyez Inscription d Insaraboul , p 707
LES HÉBREUX EN EGYPTE
ments égyptiens de la péninsule du Sinaï , et de là, reprendre le chemin de l'Ëgypte.
11 y a un rapprochement fort curieux à faire entre les regrets exprimés par tes Hébreux , mutinés au désert au souvenir des poissons qu'ils mangeaient en Égypte \ et celte circonstance mentionnée par l'inscription d'Hammamat , que 200 pêcheurs étaient attachés à la colonie industrielle dont faisaient partie les Aperiu V
Sur la stèle d'Hamraamal le nom des Aperiu est accom- >s pagné d'une addition singulière:
APEH-U EN NE PETU ANTI
Aperu, des barbares Anti.
L'arrangement du groupe final anti me laisse quelques doutes sur l'exactitude de la copie ; le scribe a peut-être répété le mot Aper-u et voulu dire: Aperu, des barbares Aperu t comme pour appeler plus particulièrement l'attention sur une race sortie violemment de TÊgyptc; quoi qu'il en soit de cette conjecture , et dût le groupe anti , dont j'ignore la valeur, être correct, je conçois aisément que quelques années après l'Exode, alors que le souvenir de ce grand échec était dans toute sa force , les Égyptiens aient accolé au nom des Hébreux une épithète spéciale.
J'ai exposé la question et signalé le point de difficulté. Je la livre maintenant à l'examen des savants.
• Nombres , ch. \I . *>■
t Ces pécheurs exploitaient MMM doute les eAles de la Mer-Rougf
LA MEDECINE DES ANCIENS ÉGYPTIENS. — ANTIQUITE DES CLYSTÈRES. — SIGNES DE LA GROSSESSE.
» Un des papyrus hiératiques les plus curieux à étudier , c'est sans contredit le Recueil de formules médicales qui appartient au Musée de Berlin, et que les égyptologues désignent ordinairement par le nom de papyrus médical.
Il consiste en vingt-une pages au recto et deux au verso d'une belle écriture hiératique de la grande époque pharaonique. Complet à la fin , sauf quelques lignes usées , ce manuscrit a perdu ses premières pages ; la première et la deuxième de ce qui nous reste sont en mauvais état , mais la conservation du surplus est satisfaisante.
Le papyrus médical n'a pas été publié avec les autres documents de cette classe dans le grand ouvrage de la commission prussienne \ et c'est peu regrettable , car cet ouvrage , dont le prix est très-élevé , n'a point été accessible ii la plupart des égyptologues. Sous ce rapport , comme sous celui de son vaste format, qui le rend diflicile à étudier dans les bibliothèques publiques f il ne rend pas à la science tous les services qu'on était en droit d'en
* Denkmacler aus /Egyptcn und jEtluopicn
attendre. C'est ici le cas de rendre hommage à l'esprit éclairé qui a présidé en Hollande et en Angleterre à des publications similaires; les Select papyri du British Muséum et les Papyrus hiératiques du Musée de Leide ont été mis à la disposition des savants qui pouvaient en tirer parti. Aussi les uns et les autres ont-ils puissamment contribué aux derniers progrès de la science , tandis que ceux de Berlin , malgré leur extrême importance , sont jusqu'à présent demeurés lettre-morte.
Du papyrus médical je possède un calque photographique, d'après une copie duc à une main exercée; néanmoins, quelque confusion dans l'indication des rubriques me porte à croire que certaines lectures douteuses pourraient être facilitées par l'inspection de l'original ou d'un fac-similé fait avec soin. Ne me proposant pas une étude complète , ma copie suffira au but que j'ai en vue, et qui consiste uniquement à déterminer la nature et les principales divisions du texte.
L'ouvrage ne contient pas moins de cent soixante-dix prescriptions médicales applicables à un assez grand nombre de maladies. On conçoit à priori que les expressions techniques représentant les noms des médicaments et des maladies auxquelles ils sont opposés , doivent être extrêmement nombreuses. Un essai de traduction exigerait la collaboration d'un égyptologue et d'un médecin versé dans la connaissance de la thérapeutique des anciens. Si ce travail n'avait pas pour résultat de nous mettre en possession d'agents médicamenteux oubliés, il contribuerait au moins a enrichir le dictionnaire d'un assez grand nombre de mois , et ce résultat if est pas à dédaigner.
Je distingue dans le papyrus médical . tel qu'il nous a
été conservé, trois parties distinctes. La première, qui a perdu son titre avec le commencement du manuscrit , s'étend jusqu'à la fin de la page 14; la seconde, qui commence avec la page 15, occupe le surplus du recto. Restent les deux pages du verso qui constituent la troisième. La première section contient une série de remèdes,
T , rer-u ou lel - u , dont les rubriques précisent
l'usage ; lorsqu'il y a plusieurs remèdes pour le même cas, la rubrique est répétée ou lo plus souvent remplacée par le mot ket, autre. Les rer-u sont les remèdes qui se prennent à l'intérieur sous forme liquide ou solide^ Un autre moyen de médication est désigné par le groupe
( l u ' on trouve aussi sous les formes"^
et k^Qîl * Ija ,cclurc ,,APU ne me paraît pas certaine » je crois qu'il s'agit de topiques, sous forme de frictions ou d'emplâtres , car, après chaque recette de ce genre , le texte dit qu'il faut hapu la personne avec cela.
Les onctions ou linimenls sont indiqués par les groupes
^jj , mesu , et p f kas, qui paraissent
avoir un emploi identique.
Pour donner une idée de la forme des prescriptions, je traduirai quelques-unes d'entre elles , en faisant observer que le nom des médicaments est le plus souvent transcrit , ou traduit conjecturalement.
« Pl. 2 , I. 1 . Remède qui guérit subitement les tumeurs
< Aussi déterminé par le bras armé
• aux seins: Végétal auau. , blé blanc, pincée de Car , « pincée de nitre naturel , son de blé ; faire assembler en « une seule chose; panser avec cela.
« Pl. 2, L 2. Autre: Pincée de t'ar, miel, besau . « uru et ru de grains; piler et employer de même.
« Pl. 3, L 5. Remède qui détruit les boutons: Semi « de bœuf et miel ; faire manger à la personne, 4 jours.
• Pl. 3 , 1.5. Autre qui détruit les boutons chez les « enfants: Son de blé blanc... ; faire mettre dans un vase « de lait et boire par l'enfant.
« Pl. 6, I. 6. Topique (hapu) qui dissipe divinement « les parties malades de meurtrissures : Bois khet , besau , « uru , pierre saptu , srut de chèvro ; appliquer à la « personne.
t Pl. 7, I. 6. Autre qui détruit les piqûres de la ver-
• mine : Bois de khet , sel menh , besau , uru , herbe « anauï, pierre saptu et srut de chèvre; faire mettre sur i le feu et appliquer.
. k Pl. 7, 1. 7. Autre pour les coupures : Sel ordinaire,
• tah de hak doux; appliquer à la personne.
• Pl. 7, 1. 7. Liniment (unsr) qui détruit la brûlure: « Herbe tahaa pilée dans du miel ; oindre la personne t avec cela.
• Pl. 8, I. 11. Autre onguent [kasJ: Bak , sel ordi- « naire.... encens, onguent; faire mettre en une" seule « chose et oindre la personne avec cela.
• Pl. 8, 1. 12. Autre : Herbe ascht, bois khet, miel , « semi et lait; faire boire à la personne; appliquer au « lit ; tout mal qui en est oint se guérit aussitôt.
« Pl. H, l. 13. Remède qui détruit les élancements
« douloureux , en été el en hiver, dans tous les membres : • Encens , corne de cerf , délayés dans du hak doux , « grain auau, etc.
« Pour tout membre en hiver: Herbe ascht, tahut de « l'arbre nebs , huile et miel ; panser avec cela. »
Les formules présentent pour la plupart cette grande simplicité et admettent de curieuses abréviations ; par exemple, le mot enfant , dans la recette pour détruire les boutons , est exprimé simplement par le signe du petit oiseau (p. 3, I. 6). On trouve les locutions manger
chaud, sous la forme <J1 (P 3.1. 8), et boire
p. «4, 1. 6), etc.
Dans certains cas cependant , quelques indications sont données sur le diagnostic de la maladie. J'en citerai un
celle qui joue le plus grand rôle dans le papyrus médical. Elle ligure dans rémunération de maux contre lesquels un papyrus de Leide fournit des invocations magiques '. Cette maladie est indiquée comme ayant le plus souvent son siège dans les intestins , mais elle pouvait aussi atteindre les membres. Je crois qu'il faut y reconnaître l'inflammation intestinale, avec sentiment de pesanteur, de dureté el de ténesme , et l'engorgement des articulations.
Au singulier, le mot \ • % parait signifier enfler, se
exemple qui concerne la maladie
4 P;ip hierai Leide I . 848 . revers, pl. VI, i 6 ot 7
dilater, se gonfler ou s'échauffer. Sur un texte que m'a montré M. Devéria, j'ai copié la phrase suivante:
M EN UH'T NE HETU EN MERUT-K
Les cœurs ne sont-ils pas gonflés de ton amour f
Voici du reste le diagnostic de la maladie :
« Son ventre est pesant , la bouche de son cœur ( os
• ventriculi) est malade , son cœur ( son estomac ) est
• brûlant.... , ses habits sont lourds sur lui , beaucoup « d'habits ne le réchauffent pas (uu't); il a soif la nuit;
• le goût de son cœur est perverti 1 comme un homme qui « a mangé des figues de sycomore ; ses chairs sont amor-
• lies comme un homme qui se trouve mal ; s'il va au
• siège, son ventre refuse de s'exonérer 1 . Prononce sur ■ lui: ... il y a un nid d'inflammation dans son ventre ;
• le goût de son cœur est malade. . . ; s'il se lève , il est
• comme un homme qu'on empêche (de marcher). •
Le texte donne ensuite les moyens curatifs :
• mations par échauffement , ainsi que les moyens pour
• détruire l'inflammation dans le ventre. »
Suivent trois recettes différentes dans Tune desquelles ligure la chair vive.
Le dosage et la préparation d'un remède se trouvent
l C'est encore l'expression vulgaire: Avoir le cœur sens dessus dessous.
* L'égyptien s exprime bien plus crûment 3 !,«• groupe srp dan» l'original est au pluriel
« Applique-lui les moyens g
pour les inflam-
indiqués avec détail p. 11, I. 8 à 13 , mais il serait inutile de multiplier les citations dans une étude aussi succincte.
De la deuxième section du papyrus nous possédons le titre, qui est ainsi conçu :
« Commencement du traité pour faire cesser ' Pinflam- « mation [uh'tu], trouvé en écrit sur des feuilles, dans « un coffre contenant des livres, sous les pieds d'Anubis « à Sokhem \ au temps du roi Thot , le justifié. Après « qu'il eut succombé, il (le traité) passa au roi Snat , le • justifié, pour être achevé. »
A l'exemple de M. Lepsius \ j'ai attribué au roi Thoth
le cartouche
. Cette attribution n'est malheu
reusement pas rigoureusement certaine. Il faut remarquer
d'abord que rien no démontre l'identité des signes hH
et ■ | , et que c'est ce dernier seulement qui exprime la syllabe t'ot dans les formules ki t'ot , autre dire , autretnent dit. Quant au premier de ces deux signes , il se rencontre très-souvent dans les textes comme signe initial de différents mots, tantôt suivi d'un t complémentaire, ce qui conviendrait bien au son t'ot, tantôt avec n, ce qui nous montre dès à présent deux emplois fort différents. Le papyrus médical ajoute aux mots déjà connus le
groupe tJ^^X , qui désigne un liquide ou une graisse.
Le cas le plus décisif se trouve dans une légende
« Litt. abattre.
« Létopolis
* Introduction au Tndtenbuch , p. 12
copiée par Champollion à l'hypogée de Séti I ' ; les divinités qui frappent le serpent Apophis y sont nommées
ijiÏl^^V-^!!^' T AT U ' ^repoussent le serpent. Ici le signe HH est une répétition de la première
partie du groupe t'at\ xox. Aussi n'ai-je pas hésité à y reconnaître cette même valeur dans l'hymne à Osiris dont j'ai publié la traduction \ Il s'agit des honneurs que rendent au Soleil les différents ordres des dieux : » Les « paut neteru l'adorent, les dieux du ciel infénjmr tombent « prosternés , les dieux xox-r s'inclinent ; tous sont en « prières, etc. Le mot xox-v est exprimé par le groupe
La lecture t'ot a donc quelques probabilités; d'ailleurs
les cartouches ( ] | 1 et | ( f) | * rappellent
très-bien le double et le triple Hermès , et de môme que celui du papyrus médical , sont mentionnés à propos de la découverte de certains livres.
D'après le témoignage de Manéthon , Athothis, fils et successeur de Mènes, aurait été médecin. On lui attribuait des ouvrages sur l'anatomie. Ce renseignement coïncide très-curieusement avec celui que nous donne le papyrus médical , s'il parle réellement du roi Tholh. Je ferai observer à ce propos que les débris du cartouche hiératique
» Notices manusr. , p. 43:).
a Rcv. arch. . XIV- année, p. 45; planche, lig. G. 3 Lepsius, loc. lauri. , cl après nn Rituel de l.cide. i Todlb. . <Mi 130, ! Î8.
du canon de Turin \ dans lesquels on a voulu retrouver le nom d'Athothis , ne me paraissent pas comporter cette lecture. Il est fort douteux que le premier signe , surmonté d'une boucle ouverte, soit un a, mais à coup sûr le suivant n'est pas l'ibis. D'un autre côté , la mention de notre papyrus : qu'après la mort du roi Thoth " , le livre
passa au roi Snal {&rÛ » nous force * rapprocher
ces deux règnes , et par conséquent à adopter un nouvel arrangement pour les fragments du canon royal déjà tant de fois déplacés.
Examinons maintenant l'ouvrage du royal médecin.
Il traite d'abord de certains véhicules des principes vitaux et morbides :
« La tète de l'homme a trente-deux vaisseaux ; ils char- « rient des souffles à son cœur ; ils donnent des souffles « à tous ses membres.
« Il y a deux vaisseaux aux seins ; ils donnent réchauffement aux poumons [ ^Jjj , h'erii]. Il faut leur
« faire pour remède: Farine de blé vert herbe haka,
« teput de sycomore ; réduire en une seule chose , faire « boire a la personne; elle s'en trouvera bien; 4 jours.
« Il y a deux vaisseaux aux jambes. S'il a mal aux « jambes , si ses bras sont sans force , c'est que le vaisseau « secret de la jambe a pris le mal. Il faut lui faire pour « remède
i Kœnigsb. Taf. VIII , fragm. 1 , I. i.
* 2 j ai discuté l'expression h'fs , s'affaisser, s'anéantir, employée Comme euphémisme pour mourir V. ri-devant, p. 36.
« Il y a deux vaisseaux aux bras. Si son bras lui fait « mal , s'il a des élancements dans les doigts , prononce « que c'est le cas des élancements. Il faut faire à cela « pour remède
« Il y a deux vaisseaux de l'occiput , deux du sinciput, « deux de l'intérieur, deux des paupières, deux des narines « et deux de l'oreille gauche. Les souffles de la vie entrent « par eux.
« Il y a deux vaisseaux de l'oreille droite ; des souffles « entrent par eux. »
Après une rubrique où il est question de la dilatation du cœur et des dernières fonctions de la digestion , le texte ajoute :
« Il y a le mal du fondement ; ceux-là ne vont pas à la « selle. Cela est amené par le vaisseau des pieds jusqu'à « la mort. »
Voilà à coup sûr une bizarre doctrine ; je ne pense pas qu'on puisse jamais la concilier avec de saines notions
anatomiques. Le mot , que j'ai rendu par vais-
seaux , se trouve ailleurs sous la forme f m m ^ f""*
Aux papyrus de Leide il exprime, de même qu'ici , ridée de canaux conducteurs des germes morbides , et Ton y trouve ces phrases significatives: Ouvrez vos bouches, ô vaisseaux d'un tel , fils d'une telle , rejetez la maladie qui est en vous ' / Je vous parle, à vous, vaisseaux qui avez reçu le mal \ etc. Par ces vaisseaux les Égyptiens distinguaient-
* Pap. !u«t. Letde , i , 345 p. 8 , dernière ligne.
a Ibiil . pl. III .il /
ils les artères, les veines, les nerfs? ou bien s'agit-il do conduits imaginaires? c'est ce que je ne me permettrai pas de décider. 11 y a lieu de remarquer toutefois que le jeu normal et anormal de vaisseaux de ce nom est mentionné dans les papyrus \
Quoi qu'il en soit , le mal d'intestins , amené par le vaisseau des pieds , était considéré comme un cas trèsgrave, puisqu'il pouvait aller jusqu'à la mort, d'après ce que dit le texte. Aussi lui opposait-on un luxe de médication vraiment formidable. La formule nomme d'abord des médicaments dont je ne distingue pas l'espèce \ mais qui doivent avoir eu une importance particulière, puisqu'ils sont mentionnés spécialement dans la partie du litre que j'ai laissée sans traduction.
« On les emploie d'abord avec du lait de vache ; on les « met dans un vase et on les chauffe une première fois ; « lorsque la préparation a bouilli , on la délaie dans un « liquide nommé ur ; on passe au linge ; on ajoute du « miel ; boire pendant quatre jours.
« A faire après cela: Lait de chèvre chauffé, miel; « employer dejmêmc.
« Fais: Mahut d'huile, sérum de lait humain ; clyslèrc, « étant couché , à la pointe du jour.
« A faire après cela : Bak, miel, hesau , nauaï, sel « ordinaire; clystère, 4 jours.
« A faire après cela: Miel, bak, hesau, nauaï, hak « doux, sel ordinaire; clystère, 4 jours.
* Pap. Anast. IV, pl. 12 . I. u ; ibid. , pl. 13 . I. 6. 2 Le dernier se nomme neter hatapi , offrande ou propriété divine.
6G LA MÉUIXINE DES ANCIEMS ÉGYPTIENS, ETC.. J
« A faire après cela: Bak , hakdoux, sel ordinaire; « elystère, 4 jours.
« A faire après cela : Miel , bak , hak doux ; elystère , « 4 jours. »
Voilà effectivement un régime rafraîchissant et laxatif assez complet. Le fameux remède de M. de Pourceaugnac
y porte le nom significatif de | J^*""^ \\ C '
uthu km kefi , potion pour ou /Kir le fondement. 11 ne se trouve mentionné qu'une seule fois dans la première partie du papyrus , et c'est précisément à l'occasion des douleurs intestinales; l'orthographe est un peu différente:
fi^^^âb^*' UTHU KEFU ' P° tion ^ u fondement.
On savait que l'usage des lavements remonte à une haute antiquité. Diodore de Sicile et Pline parlent de ce moyen thérapeutique employé par les Égyptiens , et dont une tradition attribuait l'invention à l'ibis '. Suivant Pline , cet oiseau s'injectait, au moyen de son bec, de l'eau dans le fondement. Cette fable ridicule s'explique par une confusion qu'a pu faire le narrateur grec entre l'ibis et le roi Thoth , dont le nom s'écrit précisément au moyen de l'hiéroglyphe de cet oiseau. Prenant Tibis pour sa valeur figurative , et trouvant dans son imagination le bec qui sert de canule, il nous a grotesquement travesti une tradition sérieuse.
Notre papyrus contient vingt-huit recettes de lavements; au nombre des substances dont on faisait usage . je distin-
i PLINE. Ilist. nal . I Mil «h >i
guc le lait humain, celui de vache, le bak, le hak doux, le miel , l'huile et le sel , ainsi qu'un grand nombre de végétaux. Parmi les cas pour lesquels les clystères étaient prescrits , je découvre , indépendamment des douleurs intestinales, les urines ou les selles sanguinolentes, les douleurs pour uriner , les urines anormales , et une maladie des os.
Vers la fin du papyrus sont décrites deux préparations pharmaceutiques :
« P. 19, I. 41 : Huile rouge Herbe tesher (rouge),
« baa de sut, am-t*ar, miel, huile, eau. Jette l'eau et le « sut dans le vase : pour .la première fois cela chauffe ; « après que cela a bouilli , jettes-y l'herbe tesher ; après « que cela a bouilli une seconde fois , jettes-y le t\\r ; « après que cela a bouilli encore , jettes-y l'huile pour « cuire. Étant cuit , jette sur du miel tout d'un coup ; t cela fait un mélange ; laisser reposer, fdtrer au linge. « Boire par la personne , 4 jours. »
La seconde formule a aussi pour objet une huile potable.
Aux recettes médicales succède un texte d'une nature différente, dont le titre se lit, page 20, ligne 9: Chapitre pour boire les remèdes. C'est une formule mystique par laquelle le malade ou l'un des assistants invoquait l'intervention divine en faveur de la cure : « Lève-toi î bien per- « manent à jamais, détruisant tout mal devant toi ; ton « œil est ouvert par Ptah ; ta bouche est ouverte par « Sakri ; par ce livre puissant de baa où le Paut-to a
« montré les remèdes ; par Isis la divine , soient
« détruits les germes mortels qui sont dans les membres « d'un tel, fils d'une telle, etc. »
(Jn autre paragraphe du même sujet commence p. 21, 1. 3; le titre n'en est plus lisible, la dernière page du papyrus ayant beaucoup de lacunes. On y reconnaît une invocation à Isis et à Horus, et l'indication d'une formule à prononcer. La clause finale explique qu'il faut la dire en broyant les mélanges sur le liquide à boire par la personne , et que cela la guérit sur-le-champ.
Le docteur égyptien , possesseur du livre médical que je viens de décrire , avait inscrit au dos quelques notes sur un sujet plus délicat et dont il nous reste deux pages. Usée par le frottement des mains, la première a perdu le commencement de toutes ses lignes ; aussi le déchiffrement en est- il assez difficile. Je vais néanmoins essayer de faire connaître la teneur de cette dernière section.
Comme dans les sections précédentes, le texte est coupé de rubriques qui servent de titres. De la première je distingue le seul mot ^5*^5*^) , dur , coticevoir. On peut
croire qu'il s'agit d'un procédé pour favoriser la conception. Autant que les lacunes permettent do le distinguer , le moyen est indiqué en ces termes: « Masse, elle se « tenant debout , ses membres pour la préparer ; elle ne
« reçoit pas le Fais-lui pour remède : Huile,
« herbe mal , hak doux ; boire chaud , quatre matins. » Lo second titre est également effacé , sauf le groupe
, U€C, enfanter. Mais le contexte montre qu'il s'agit
d'un moyen de reconnaître si une femme est enceinte ou
i .Ma copie 11011110 ici un i>iguo dans lequel je crois reconnaître le phallus.
LA MÉDECINE DES ANCIENS ÉGYPTIENS, ETC. Gi)
non : « Herbe batatu do taureau \ piléeen vase clos , avec « du lait d'une femme accouchée d'un enfant mâle. On « fait manger cela à la femme; si elle vomit, elle enfan- « tera ; si elle a des borborygmes , elle n'enfantera pas , « au contraire. »
Ce procédé est répété sous la rubrique suivante , avec cette seule différence que la drogue, au lieu d'être avalée,
Dans le premier cas, le groupe que j'ai rendu par vomir
est KUA ' et ^ ans ' e sccoml ^ivPf^ '
kas , copte ka , vomitus ; hébreu FIRp. Le groupe
"^^y^c , t'a, qui veut dire un coup de vent, une
bourrasquo, est le même dans les deux cas. Il m'a fourni fidéc ttorborygme; mais on songe aisément, soit pour t'a, soit pour kas, à d'autres effets qu'il est inutile d'énoncer'. Le titre suivant est complet , sauf le premier mot ki :
Cj fflP/^\ ' MAA SA " T MEN MES ' * autre
montre de la femme qui n enfante pas. » La formule indique l'emploi de substances répugnantes: « Si elle rend « des urines sales ou troubles ou sédimenteuses , elle cn- « fantera. Si cela n'arrive pas , elle n'enfantera pas »
Autre montre : « Elle étant couchée, oins abondamment « ses bras jusqu'aux avant -bras, d'huile de maut; le « lendemain matin , tu la vois et tu trouves ses vaisseaux
* Ce nom est composé comme nos mots chiendent, pas d'âne, etc. 2 Comparez mou , crepitum ventris.
« bien , elle n'enfantera pas. Si an contraire lu les
« trouves unis comme la peau de ses membres , c'est
« Si tu la trouves le matin en la voyant, elle n'enfan-
« tera pas »
Autre montre : « Presse ses doigts dans ta main , reploie
« ses bras,s^^\^y ^J^l V ' ,alors
< tu saisis son dans tes doigts , en même temps ton
« serpente tout autour de son bras
« dis : elle concevra. »
Autre montre ; le latin ne braverait pas assez l'honnêteté pour rendre ce que je comprends dans la première phrase de ce nouveau moyen , mais je puis traduire la suite: « Si tu lui trouves dans la couleur de l'œil, l'un « comme un Aamu, l'autre comme un nègre, elle n'en- « fantera pas ; si tu les trouves d'une même peau , elle « enfantera. »
Voici la dernière formule, et ce n'est pas la moins curieuse :
« Autre montre de la femme qui enfantera et de celle « qui n'enfantera pas : Blé et orge que la femme trempe
« dans son urine , et placés dans deux sacs ; s'ils
« germent à , elle enfantera ; si c'est le blé qui
« germe , ce sera un enfant mâle, si c'est l'orge qui germe, « ce sora une fille: s'ils ne germent pas. elle n'enfantera « pas. »
• Euphémisme que je me dispense de Induire.
2 Détail obscène laissé sans traduction
A la suite do ces curieux débris du charlatanisme antique viennent quatre courtes recettes contre la dureté d'ouïe et contre les élancements dans les oreilles. C'est par là que se termine le texte du revers.
Je crois que la comparaison des recettes décrites dans le papyrus médical avec celles que nous ont conservées les médecins anciens , surtout Galien et Dioscoride, fera découvrir de grandes analogies entre l'antique thérapeutique des Grecs et celle des Égyptiens, et l'on sera amené à reconnaître que pour la médecine , comme pour toutes les autres branches des connaissances humaines , les Égy ptiens ont devancé les autres peuples. Sans entrer dans cette étude pour laquelle je ne suis pas préparé , je dirai cependant quelques mots d'un petit nombre de médicaments.
1 i le miel - Figure dans la plupart dos po-
tions ; il remplaçait le sucre et possédait d'ailleurs des propriétés nombreuses ; Dioscoride parle de son emploi pour les maladies des seins , et Galien pour les clystères. Nous retrouvons ces deux emplois dans le papyrus médical.
2° • H P n > tewii. Employé comme médicament,
le vin était mélangé avec le miel, l'encens, le sang, etc. Ces mêmes mélanges sont cités dans Dioscoride et dans Galien.
epuiTe , le lait. La médecine des anciens
employait, comme celle des Égyptiens , le lait humain , celui de chèvre . et relui de vache. Notre papyrus mentionne le
couchée d'un garçon ; Pline parle aussi de l'usage spécial de ce lait Les principaux mélanges , notamment avec le miel et avec l'huile, et l'emploi pour elystères, se retrouvent également relatés par cet auteur, ainsi que par Galicn , Dioscoride , etc.
4° ^> £ 9 » «BRU. Je crois qu'on doit reconnaître
Y huile dans ce mot que Ton a généralement traduit par cire y à cause du copte uorcsz. Le merii entrait dans la composition de remèdes qui s'administraient en breuvages ou en aliments. Il figure dans la formule de la plupart des elystères et s'employait encore pour onctions. Il serait trop long de faire ressortir les analogies qui existent entre l'emploi médical de l'huile chez les anciens et les recettes que nous a conservées le papyrus médical pour le merii.'
? ^ jiak , liqueur fermentée , fabriquée avec des
grains. C'est probablement la bière d'orge mentionnée par Pline " comme en usage chez les Égyptiens. Des textes précis montrent que c'était une boisson enivrante. Bien que l'on doive distinguer les deux espèces de grains nommées
et J ••-CD «••« ]\\! ....
, qui figurent séparément dans de nom-
• Hîst. nat. . Eiv. XX VII 1 , ch. T. Pline l'indique comme un remède .(»iitre la rage, et affirme que pour tous les mires usages il est supérieur au lait de la femme qui a fait une fille.
a Ibid , L. XIV . in line Liv XXII . in lin-v
breux documents, il résulte de plusieurs passages du Rituel <|ue toutes les deux, mais dans leur variété rouge, servaient à la fabrication du hak. Je ne saurais donc décider si ces groupes représentent l'un le froment l'autre l'orge. Quoi qu'il en soit, le hak paraît n'avoir eu en médecine qu'un emploi limité. Je ne le trouve que dans quatre ou cinq recettes. La thérapeutique de Dioscoride employait deux liqueurs d'orge, le Zythum ou cervoise et le curmi.
6° g ^ * HAK NET,EM, **** doux ' ^ e ^ ui ^°
entre dans la composition d'un grand nombre de remèdes, et principalement dans les clystères. C'est évidemment une infusion adoucissante, peut-être la ptisana hordeacea de Dioscoride.
7° 1 jj y^ y , hak , liqueur fournie par l'arbre
Bak. On a proposé d'y reconnaître le vin de palmier. C'est fort douteux. Il est toutefois remarquable que ce produit était importé d'Assur et de Naharana ', contrées célèbres dans l'antiquité pour l'abondance des palmiers et la qualité supérieure de leurs dattes \ Il y avait deux sortes de liqueurs bak, l'une verte (bak uat), l'autre douce (bak net'em. Toutes les deux figurent dans nos recettes médicales ; le bak vert est un des liquides le plus souvent employés dans les clystères. Galien a traité des propriétés médicinales des différentes parties du palmier'.
I Pap. Anast. IV, pl. XV , l. î et 4.
» Pline. Hist. nat. . Liv. XIII , < h 1 3 Simpl medic. L Mil
vent le détermi natif des substances pulvérulentes , je reconnais le sel , copte euov , qui n'avait pas encore été signalé dans les hiéroglyphes. Cette utile substance était amassée dans les magasins royaux, ainsi qu'on le voit dans une mention du grand papyrus inédit de M. Harris , où le
sel figure pour 44,000 tebs [*Jn,> espèce de poids
pour les objets volumineux et lourds), à côté d'une même quantité de hesmen (nitre ou sel ammoniac). Les Égyptiens connaissaient le sel marin et le sel fossile. Un papyrus cite l'étang d'Harphra qui contenait du sel \ Les emplois médicaux de cette précieuse substance étaient nombreux. Pline et Dioscoride parlent de son introduction dans les liquides des clystères, et c'est là un premier point de ressemblance avec les usages égyptiens. Nous en pourrions signaler beaucoup d'autres, surtout dans les mélanges avec l'huile , le miel , etc. Au papyrus médical le nom du sel est constamment accompagné du groupe meha , qui désigne une espèce particulière, probablement plus pure que les autres. J'ai traduit simplement sel ordinaire.
substance a été identifiée. Il n'est pas douteux que le mot eopte ne dérive directement du groupe hiéroglyphique. Les Égyptiens l'employaient dans les opérations de l'embaumement des morts. J'ai mentionné dans l'article précé-
i Pap \nast. III . pi 2 . 1 9