AVANT-PROPOS
méthodiques contenant le fonds commun de nos recherches. Notre tache consiste à rétablir par voie de comparaison, d'induction et d'analyse, une langue perdue dont le copte nous a conservé quelques débris. Nous procédons du connu à l'inconnu, et l'on conçoit facilement que, de même que pour l'algèbre, chaque élimination d une inconnue fournit un levier pour attaquer les autres.
Vulgariser promptement une découverte , c'est donc en assurer de nouvelles et rendre à l'étude de véritables services. Sous cette impression, j'ai réuni , dans ce petit volume , le résultat de quelques observations récentes auxquelles mon savant ami , M. Goodwin, m'a permis de joindre d'importantes constatations philologiques.
Rapport sur une arrestation d'esclaves fugitifs.
MfiLAMS ÉGYPTOLOGIQUES.
ARRESTATION 1>F. SIX ESCLAVES F l UlTlFS , Sors LK HÈGNE
DE HAMSÈS H.
Les papyrus hiératiques , publiés par le gouvernement Néerlandais sous l'habile direction de M. le D r Leemans, contiennent un grand nombre de documents intéressants. Par son sujet, l'un d'entre eux (1.368, pl. CLXXIX) ' rappelle le papyrus égypto - grec sur lequel Letronne a publié un mémoire très-remarquable Nous ne trouverons pas dans le manuscrit égyptien les détails circonstanciés dont le savant archéologue a su tirer tant de lumineuses déductions, toutefois il m'a paru soulever quelques questions d'un haut intérêt.
Il consiste en un rapport adressé par un fonctionnaire nommé Afner, au prince Sha-em-tam, sur la recherche et la capture de six esclaves fugitifs appartenant au prince Atefamen. Ces deux princes nous sont connus par les
< La transcription de ce papyrus en hiéroglyphes linéaires fait l objet de la planche I.
l Récompense promise à qui découvrira ou ramènera deux esclaves échappés d'Alexandrie. Paris, Journal des savants, 1833.
monuments comme fils de Ramsès H 1 , pharaon qu'on sait avoir été identifié avec le monarque qui accueillit Moïse à sa cour. Notre papyrus porte par conséquent date certaine à une époque un peu avancée du règne de Ramsès II , et nous parle de faits antérieurs d'une douzaine de siècles à ceux qui ont attiré l'attention de Letronne.
Des treize lignes d'écriture hiératique dont il se compose, les quatre premières sont considérablement endommagées par des lacunes; mais on peut encore y distinguer les formules ordinaires d'entrée en matière d'un inférieur à l'égard de son supérieur dans les communications écrites :
« Le préposé aux troupeaux Afner pour satisfaire son
• maître le prêtre de Ptah, le prince Sha-em-tam. Vie
• saine et forte • î ceci est pour rendre compte à mon
• maître Encore une
« fois pour satisfaire mon maître. »
Le rapport commence au troisième groupe de la troisième ligne par les mots er enti , est quod , que M. Goodwin a bien expliqués \ C'est une affirmation de ce qui va suivre. Dans les débris de la troisième et de la quatrième ligne , on distingue qu'Amer relate son arrivée à Memphis avec certains agents de son maître qui étaient ses subordonnés.
En suppléant un groupe a la fin de la quatrième ligne, on peut traduire à peu près sans interruption le reste du rapport :
« Mon maître m'a ordonné d aller pour chercher six
< Ilsllgurent au K<enigsbuch . n<» 449 et 440. f Formule de souhait ; on y trouve souvent l'addition : et faveurs (l'Ammon-Ra , ou de quelque autre dieu.
3 Sur les l»ap. hieïat. . Revue ardi. . nouvelle srrie , IV , p. 122.
« esclaves du prince Atefamen qui sont au bourg de « Sutennen ; alors j'ai fait parler leurs compagnons et j'ai « chargé le voiturier Ncferho de les conduire. Puis je nie
< suis rendu à Sutennen et j'y ai trouvé Piai, esclave du
< chef militaire (nom effacé), ainsi que Kenhikhopeschef ,
< esclave du prince Atefamen ; ils amenèrent avec eux six hommes, pris ' dans l'atelier du fils de l'intendant du
< trésor royal ; ils sont revenus pour prendre les autres, « et j'envoie pour informer mon maître , en l'invitant a « envoyer devant le juge ceux qui doivent y être amenés, • avec les hommes également. Les esclaves ont été con- « trôlés à Memphis, et voici que ceux qui appartiennent à « Mer-en-Ptah, fils du chef militaire (nom efface) seront « amenés, à moins que mon maître ne lui ordonne «le « les faire retourner à leur travail. »
Ce petit texte présente des difficultés assez sérieuses ; nous allons les examiner successivement.
L atent chargé de la recherche porte le titre de ^"?j^J ,
mer menaient , préposé aux troupeaux. Ses fonctions devaient avoir pour objet l'administration d'un domaine rural appartenant au prince Sha-cm-tam. Dans les domaines des temples , l'emploi de mer-menmenu était quelquefois rempli par des personnages d'un rang très-élevé.
Amer se rend d'abord à Memphis, où, indépendamment de ses autres fonctions civiles et militaires, le prince Sha-em-lam occupait un poste élevé dans le sacerdoce du temple de Phtah. C'est là qu'il reçoit l'ordre de se rendre à Sutennen.
< Lacune.
Avant do partir, Àfner se munit d'informations en faisant parler les compagnons des esclaves fugitifs. L'idée compagnon est exprimée par le groupe ^^^^^j j ' ■ aru; cette
valeur, qui a d'abord été signalée par M. Goodwin , emporte souvent, de même que le latin cornes, une idée de surveillance , de garde. Deux exemples suffiront pour la démontrer.
Du héros dont les hauts mérites sont célébrés par le scribe du papyrus Anastasi I . il est dit qir il est :
APK AlU'-EF IIA-T A M- TU ET HA EN TAMU EF \
tète de ses camarades, devant de ceux qui sont avec lui, chef de sa famille. C'est une expression un peu allongée de l'idée primas inter pares.
Au papyrus d'Orbiney les dieux invitent Num à créer une femme pour Batau et