‹ Mélanges égyptologiques (volume 3)Chapitre 3 sur 27 · UN AN NUM 111 IRI ENEF ARI · texte numérisé non relu

UN AN NUM 111 IRI ENEF ARI

« Num lui fit une compagne. »

Ensuite Afner traite avec un ^ ^ J^^l ' KE RAU " T '

Au poème de Pentaur , ce mot désigne le conducteur du char du pharaon; il sert à nommer les convoyeurs de l'or, dans les inscriptions de Kouban et de Radesieh , et ce dernier texte y donne la barque pour déterminatif. Il s'agit ti>»nc bien certainement d'un voiturier par (erre ou par

» Pap. Anast. 1 . pl. I . I. 3.

i Pap. d'Orbiney. pl. IX , î. y

AHIŒSTAT10N n'KSCLAVKS. '

eau qu'Afner avait chargé des transports nécessaires a sa mission.

Amer se rend ensuite au lieu indiqué, que le texte

nomme "J^ - *- de ïTTO ' U ^ SLTENNEN- [)ans seS

belles recherches géographiques, M. Brugscli a montré que le m ou uu est la métropole d'une subdivision administrative des nomes. Ce sens est distinct de celui do territoire qui appartient aussi au même mot '.

Le nom de la ville de Sutennen se retrouve , avec une légère variante orthographique, au papyrus Anaslasi IV, dans un passage où l'on voit qu'elle possédait un dépôt de matériaux servant à la construction «les barques ; elle était donc située soit sur le littoral de la Méditerranée, soit sur les rives du Nil , et c'est là tout ce que j'en puis dire quant à présent. Peut-être des variantes nous apprendrontelles que ce nom n'est qu'une forme particulière de celui d'Eleilhias. Je ferai remarquer que très-probablement le mot SUTES n'est employé ici que pour la syllabe si , et qu'il faut lire seulement SUNEN ou SUN '.

Arrivé à Sutennen, Amer y trouve deux esclaves, dont l'un appartenait au propriétaire des fugitifs et l'autre à un oflicier militaire. Ces deux esclaves lui viennent en aide ; ils avaient été envoyés à l'avance pour faire les préparatifs nécessaires. On voit que des esclaves de l'officier sont cités dans la suite du rapport, mais le récit est si peu circonstancié qu'il est impossible de savoir s'il s'agit d'autres esclaves échappés ou simplement d'esclaves chargés de prêter main-

< Voyez mon Mém. sur l'inscription d Ibsamboul. Rcv. arch. , W 784. aJu crois cependant devoir conserver la lecture intégrale des groupes

forte en cas de besoin. Quoi qu'il en soit, six hommes sont amenés d'un lieu nommé I'athu du tils d'un préposé du fisc. Le papyrus Anastasi VI nous apprend que ce

mot » ATHU ' désignait le local où on logeait

on détenait les ouvriers d'une exploitation agricole \ Après l'arrivée de ce renfort , Afner vint prendre les autres.

Ç i , , t'ai-, veut dire prendre, saisir, et, dans

un sens tropique , reprendre , réprimander. Un autre papyrus l'emploie également pour exprimer la prise , la saisie de deux femmes de cultivateurs*.

Le mot ^^^^ S, KETEH'O , les autres, a été suffisamment élucidé \ Il représente ici les esclaves fugitifs qu'il fallait arrêter et que le texte désigne par le groupe

H P J^^) ' S ESU ' lant *' s (,uc ' es ^ ens P art ' c 'P® renl à l'arrestation sont nommés , retu, gens, hommes.

De ces faits Afner rend compte à son maître et

l'invite àenvoyer[ ï"Dj^J^y^ f» hab, devant le juge

[C* u) )jjv^ ] ceux d'entre eux qui doivent y être amenés.

, en, amener, est l'expression propre de l'idée

« AOUt. VI , p. 2 , I. 2

2 Ibid. , pl. 4, 1. 3. Voy. Pap. mag. Harris, gloss. . n° 695. a Pap. mag. Harris . p. 17 ei 120, gloss. . n° 262. * Ibid. , n° 788.

I Ibid. , n° 857 . phonétique incertain.

conduire devant un juge, traduire devant un tribunal.

dénomination dont la spécialité est certaine. On en trouve la preuve manifeste dans un papyrus encore inédit dont la publication rendrait un grand service à la science. Ce précieux document jette quelque jour sur la procédure criminelle au temps des Ramessides et ajoute une nouvelle importance aux papyrus Lee et Rollin , en même temps qu'il modifie quelques passages de la traduction que j'ai donnée de ces deux manuscrits'.

Bien que je ne me croie pas autorisé à donner mes preuves , je dois saisir cette occasion de rétablir dans sa forme véritable la version de ces deux documents importants.

J'ai fait connaître qu'ils dépendent d'un seul et même manuscrit , lequel avait été divisé après sa trouvaille et dont tous les fragments ne sont pas parvenus jusqu'à nous. L'ensemble formait la minute tenue par le greffier d'une cour criminelle , qui jugea un grand nombre de causes; au papyrus Lee nous avons les débris du plumitif de deux de ces causes, et ceux d'une troisième au papyrus Rollin. Us correspondent l'un et l'autre à la portion du papyrus où se trouvaient groupés les jugements des criminels ayant usé de moyens magiques pour perpétrer leurs crimes.

Voici la teneur de la première sentence à partir des phrases restées entières :

■ Ce Penhaiben , étant intendant de troupeaux , avait

, juge , nous avons aussi une

« Pap. mag. Harris . p itit»

lU ARRESTATION D' ESCLAVES.

« dit : Puissé-je avoir un livre qui me donne une puissance

t redoutable! et il lui fut donné un livre de recettes dan-

« gereuses appartenant au roi Ramsès II, le dieu grand,

« son royal maître ; et il lui arriva de fasciner les hommes ;

« et il parvint d'une part jusqu'au Pakhent, de l'autre

• jusqu'au lieu très-profond; et il lit des hommes de « menu , des écrits d'amour, qu'il lit porter dans l'intérieur « (du palais) par les mains du sculpteur Atiruia... , afin « de charmer l'un des agents et d'agir magiquement sur « les autres; transportant quelques discours au dedans et « en rapportant d'autres au dehors.

t II fut jugé sur cela, et l'on trouva la vérité de tous les « crimes et de toutes les turpitudes que son cœur avait

• imaginé de faire. Et la vérité sur eux, c'est qu'il les « avait commis tous , avec les autres grands criminels ,

• horreur de tout dieu et de toute déesse.

« En conséquence, il lui a été appliqué le châtiment « grand jusqu'à la mort , que les divines écritures disent

• devoir lui être appliqué. »

La seconde page du papyrus Lee et celle du papyrus Rollin contiennent deux autres jugements à peu près dans les mêmes termes. On n'y retrouve pas le nom des coupables , qui a été emporté avec le haut des pages , mais on voit qu'il s'agit de complices des mêmes crimes, ce qui est exprimé par les mots : avec les autres grands criminels. répétés ;i chaque affaire.

Les faits relévés dans ces sentences capitales donneront lieu à un curieux commentaire, que l'heureux possesseur du document auquel j'ai fait allusion voudra bien ne pas nous faire attendre trop longtemps.

AHKËSTATIUN D'ESiXAVKS. M

Revenons à noire rapport.

Afner demande que les coupables soient déférés à la justice en présence des hommes. Je comprends qu'il veut parler des hommes qui ont assisté à L'arrestation et dont le témoignage pouvait être utile. Il dit ensuite que les

esclaves ont été » NET,XET ' » il Memphis. Il

est impossible de se rendre un compte précis du sens de cette phrase ; nkt'net' signifie convaincre , persuader , mais dans le style judiciaire le mot avait certainement une valeur spéciale qui m'échappe. Dans L'ancienne Ëgypte, les propriétaires d'esclaves étaient tenus de

les faire enregistrer , W ^i^s^t) ' SNHA ' SUI un rôle, N^j>j|^*^y auti, tenu parle gouvernement', et

les litiges relatifs à cette propriété étaient portés devant des juges*. Il est probable qu'en ramenant à Me m phi S les six fugitifs, Afner avait eu à remplir ii leur égard quelque formalité de contrôle.

Nous avons vu qu'un officier militaire avait envoyé im «le ses serviteurs à Sutennen , en même temps qu' Afner y remplissait sa mission. On peut supposer qu'il s'agissait aussi de s'emparer d'esclaves futitifs. Le dernier paragraphe du rapport a trait à ces gens , propriété du fils du chef militaire, lesquels seront amenés devant le juge, à moins que le frtince n'ordonne de les renvoyer à leur travail.

« Vnastasi VI . pl. ■} . I. r> ,6,7, '■i Ibitl. pl. -2 , I ta .l i, 16. rte

i2 ARRESTATION D'ESCLAVES.

L'expression - >^ > mta-a, que je rends par à moins que, sera étudiée dans un chapitre spécial. Je ferai remarquer en passant la forme ^Jy^^^ » NE " M »

composée de l'article pluriel et de la préposition à, de; les de, ceux de, ceux qui sont à.

Le groupe que j'ai rendu par esclave est jj , s'es , mot qui exprime à la lettre l'idée servant , suivant. Les prisonniers faits à la guerre et réduits en

servitude sont désignés par J[|^) » groupe dont le

premier signe est polyphone. On trouve encore , dans les

textes, » bak , servus, et plusieurs autres

désignations de serviteurs ou d'ouvriers engagés dont la spécialité n'est pas encore déterminée ; telles sont

!' MEm; ' 01 ^iâi i '°"'" T "-

Nous manquons de renseignements sur le régime auquel étaient soumises ces différentes catégories de travailleurs ; mais nous avons appris par le rapport dont je viens de donner l'analyse que le droit des maîtres n'était pas absolu. Ce n'est point en vertu des ordres du propriétaire des esclaves que la recherche est faite, mais bien par ceux d'un très-haut fonctionnaire , à qui il est directement rendu compte du résultat de l'affaire et demandé des ordres pour la procédure qui doit suivre.

Des officiers de titres divers remplissaient les fonctions

de juges; le plus souvent ce sont des ^n^n - mer

ARRESTATK >.\ D'BSCLA VKS.

hat-pa-ti, ou intendants du trésor royal Les personnages investis de dignités élevées , parmi lesquels les juges étaient choisis , formaient une classe que les textes nomment f^\"^ , URU. Ce nom correspond parfaitement

à l'expression moderne : magistrats.

Le prince Atefamcn s'était borné à déposer une plainte entre les mains de l'autorité, en y joignant les documents qui pouvaient être nécessaires pour faire retrouver sa propriété. Je vais examiner dans le chapitre suivant deux papyrus qui se trouvaient roulés avec le rapport d'Amer et qui s'y rattachent plus ou moins directement.

« Pap. Anast. VI, p. 3 , I. 12 , M , etc.

COMMERCE. — SALAIRES. — COMPTES. — l'OIDS ET SIGNES MONÉTAIRES.

Industrieux et commerçants , les égyptiens furent de bonne heure initiés aux habitudes du luxe : meubles , parures, bijoux , etc. , ils possédèrent de temps immémorial les objets qui font l'élégance de la vie privée et la somptuosité des cérémonies publiques. Des étoffes de divers genres montrent que l'art du tissage et la filature étaient exercés par eux avec une grande perfection ; et la multiplicité des mets et des boissons, dont les textes nous ont conservé les dénominations , prouve aussi que la science culinaire elle-même n'avait pas été négligée. Entre la classe supérieure, composée des prêtres et des scribes occupant les emplois civils et militaires , et celle des agriculteurs, il existait une classe intermédiaire de travailleurs et de vendeurs dont l'importante fonction avait pour objet de satisfaire, par l'industrie et le commerce, aux besoins multipliés d'une civilisation de vieille date.

A ces besoins l'industrie nationale était loin de suffire , et le commerce avait à se procurer au loin une foule d'objets devenus indispensables aux habitudes luxueuses

COMPTKS, POIDS , KTC. 15

des Égyptiens. Indépendamment de l'or, de l'argent . du bronze, du fer, du plomb, du lapis, des bois solides et précieux que diverses contrées leur fournissaient, ils importaient de l'étranger beaucoup de produits fabriqués, parmi lesquels on peut citer :

Les vases de Chypre ou de Crète ;

Les sièges marquetés de Kati ;

Les chars de Béryte , garnis de cristal , de lapis . d'argent et d'or, ayant des sièges du pays de Pehor et leurs timons du pays d'Aup :

Les outres ou coffres garnis de peaux de Rehob:

Les vins de Kanem et de Syrie, que ne remplaçaient pas les bons vins nationaux de Kakem , si propres à être mélangés avec le miel ;

Le hak, espèce de boisson de grains, fabriquée à Kati, pays très- renommé pour ce produit, dont les Égyptiens faisaient une grande consommation. Il y en avait de deux espèces: l'une, alcoolique comme le vin; l'autre, douce, qu'on employait surtout dans la médecine. Les pharaons avaient leur fabrique spéciale de hak de Kati.

Divers autres liquides fournis par les pays de Khita , d'Assur, de Singar, d'Amor et de Nabaraïn ;

Des oiseaux et des poissons d'espèces multipliées, parmi lesquels on remarque le poisson séché de Tyr ;

Les collyres de Kaanma et de Syrie :

Les fruits de la même provenance ;

Les chevaux de Singar ;

D'autres animaux domestiques de Khita, etc., etc. Ces importations étaient effectuées soit par des caravanes étrangères , telles que celle des Galaadites qui

achetèrent le patriarche Joseph soit par des expéditions parties de l'Égypte elle-même. Dans le style poétique, il est question, à l'époque des premiers Ramsês, de vaisseaux qui arrivaient chargés des produits de toutes les natious. Quelquefois des spéculateurs égyptiens parcouraient isolément les contrées étrangères, et, malgré les dangers de ces voyages, se remettaient gaiement en chemin après avoir revu le sol natal \

Les communications entre l'Égypte et l'Asie s'étaient multipliées au point que , dans le traité conclu avec les Khitas , il fut inséré une clause d'extradition pour les fugitifs des deux nations. D'intimes relations unissaient de même à PËgypte les îles de la Méditerranée, ainsi que l'Éthiopie , et , jusqu'au milieu du désert , des colonies de travailleurs exploitaient des mines de métaux précieux , des carrières de marbre, de porphyre, etc.

Mises en œuvre par d'habiles artisans , les matières premières se transformaient en produits appropriés aux besoins de tous; les textes et les peintures monumentales nous font connaître les dénominations et quelques-uns des procédés d'un assez grand nombre de métiers, tels que le maçon, le sculpteur, le graveur , l'ouvrier en métaux, le doreur, le fondeur, le charpentier, etc.

Chez une nation si complètement organisée est -il présumable qu'il n'ait pas existé , sinon une véritable monnaie , du moins un signe conventionnel d'échange?

I Genèse , Ch. 37, v. 25.

* Pap. SallierH, |>. 7, I. 6. Le texte explique que, par suite des dangers qu'ils avaient à courir de la part des animaux féroees et des hommes, ils faisaient leur testament avant de partir.

COMPTES, POIDS, KTC.

Pour ma part je suis porté à croire que le grossier système d'échanges , propre à l'enfance des sociétés , n'a pu subsister longtemps en face des besoins journaliers d'une civilisation séculaire.

Les enseignements de l'histoire nous laissent dans une complète incertitude sur l'époque à laquelle a commencé l'usage des monnaies; on a généralement révoqué en doute le témoignage de la Bible , qui parle de pièces ayant cours chez le marchand dès les temps d'Abraham \ Mais les savants qui ont le plus approfondi ces questions n'ont pas réussi à y donner une solution satisfaisante; les textes égyptiens apporteront probablement dans la discussion quelques faits nouveaux. /

li nous reste de l'époque pharaonique plusieurs documents de comptabilité dont l'étude sera certainement profitable. Trois seulement me sont connus ; ils font partie des papyrus hiératiques publiés par le gouvernement Néerlandais?] Je me propose d'en dire quelques mots pour encourager les recherches sur les documents inédits du même ordre.

Je parlerai d'abord des deux papyrus qui ont été trouvés roulés avec le rapport sur l'arrestation des esclaves.

Le premier, 1 , 351 , pl. 179, est un compte de dépenses daté de la fin de Méchir et du commencement fie Phamenoth , sans indication d'année.

Écrites en plusieurs articles a la suite de chaque date,

les dépenses sont indiquées par le groupe ^ t M\ ,

RTAiu , donné, livré, payé, lié à la désignation de la partie prenante par la préposition n , à.

» Genèse , ch. 23, v. 3.

COMPTES, l'oins. RTC.

Au nombre des parlies prenantes figurent principalement des serviteurs (s'esu). Les choses qui leur sont données

représente ailleurs la distribution quotidienne faite aux . ouvriers de la moisson \

A la ligne 13, un gardien ou un ol'aou , reçoit, au nombre de dix, des objets dont le compte ne porte pas la désignation. La même chose se remarque à la ligne H. On ne peut guère supposer que akk soit ici sous-entendu, car le scribe n'a pas craint de répéter ce mot, non-seulement dans des lignes successives , mais jusqu'à deux fois dans la même ligne.

Il est possible que nous ayons ici le carnet de dépenses tenu par Afner pendant sa mission à Sutennen.

Le second papyrus, attaché au même groupe (1 , 352), semble bien plus directement encore provenir de la même alïaire. L'écriture en est sensiblement pareille à celle du rapport. Nous lisons dans le titre, qui est heureusement sans lacunes :

« Note faisant connaître les objets emportés par l'esclave du Kadjen, Pakharri. »

Pakharri est le nom de l'esclave ; c'est une désignation ethnique signifiant le Syrien. Bien souvent , dans l'antiquité , les esclaves furent désignés par une qualification ethnique. Il en était ainsi en tègypte surtout, car nous trouvons (1ms Syriens mentionnés au papyrus Abbott : parmi les

• i.o dernier signe . ini lijiur. in . r ( >pivseiiii* un pain.

2 |'ap. S;iI1mt I , p . I. 7.

sont exprimées par le groupe

, akk , assez

analogue à

ak , copte coK , pain. Ce même mot

COMPTES, POIDS , KTC. 49

esclaves du capitaine Ahmès se trouvent un Madjai , un Oriental, un Amu et une femme appelée l'effroi de Cusch. L'an des esclaves échappés , dont le signalement est donné au papyrus expliqué par Letronne, était syrien de naissance. Nous n'avons pas le nom du propriétaire de l'esclave

Pakharri , mais seulement son litre de ij//^y J jQ/^, kat'ena, ou kat'en, fonction militaire qui paraît correspondre au grade de colonel. Ce titre a pu être celui du prince Atefamen. Mais il peut aussi avoir appartenu à un autre personnage; dans ce cas le document se rapporterait à une autre recherche d'esclaves opérée par le môme agent.

Disposé en six colonnes , ce compte , dont je donne le fac-similé \ présente quelques particularités dignes d'attention , mais quant à présent bien difficiles à expliquer. En voici la transcription 1 :

Nom effacé. 1

uten ?

20 faisant dja-hronze-uten. 40

Nom effacé. 4 faisant uten 6

Nom effacé. 1

Outil ou arme. 1

Nom effacé. 1

Shes-n-tan toua. 2

Shes... sesta. 1

Toiles de haupt. 1 7

faisant dj

a-toile-haupta.

Shen 1

faisant dja....

« Voy. pl. I.

2 Les points sont disposés comme dans l'original. Ils représentent, comme de nos jours , les mots idem ou dito.

20 COMPTES, POIDS j KTC.

Ainsi qu'on le voit , la première colonne contient la désignation des objets ; l'écrilure en est malheureusement elTacée dans la plupart des lignes ; à la seconde on trouve le nombre des objets ; leur poids pour les cinq premiers est exprimé en uten dans la quatrième colonne, ainsi que le montrent les mentions de la troisième. Ces cinq premiers articles étaient sans doute en métal , mais nous n'en avons la certitude que pour le quatrième.

La dernière colonne est le produit des chiiïres de la quatrième par 2 pour le premier article , et par 3 poulies autres.

D'après l'indication de la cinquième , on voit que le produit donne des djau-bronze-uten ,

Les trois objets qui suivent sont des vêtements ou des sacs à l'usage des esclaves; il n'y avait pas lieu de les peser, mais le produit de leur nombre, multiplié par trois, est également reporté à la dernière colonne.

Au dixième article sont portées des toiles , mat ,

au nombre de dix-sept pièces, qui sont estimées non plus îiî dja-mélal-ulen , mais 51 dja-ioile-haupta, Enlin , le onzième et dernier article, dont le nom est effacé, fait simplement trois dja.

Le nombre et le poids des objets se trouvant exprimés clairement à la deuxième et à la quatrième colonne , que peuvent représenter les chiffres de la dernière , sinon la valeur de ces objets ? S'il en était ainsi, et l'on ne voit pas comment ou pourrait concevoir différemment le mé-

canisme du compte, ce petit papyrus aurait une véritable importance et mériterait une élude attentive.

prendre, saisir, et signifier une poignée , une prise. Il serait assez bien choisi pour exprimer une quantité déterminée, maniable , choisie comme unité de la mesure de valeur. A cause de la difficulté de tout ramener au type métallique , on aurait imaginé des types spéciaux à chaque catégorie de produits. Ceci nous expliquerait la mention , dans le compte étudié, du dja simple, du dja-mdtal et du djaétoffes. Tous ces types pouvaient du reste avoir un rapport fixe avec le type métallique, ou titen de bronze, qui représentait ainsi une espèce de monnaie.

Ce sont là, je l'avoue, de simples conjectures; il faudrait, pour y donner quelque autorité, trouver des titres plus concluants ; les musées de l'Europe en renferment peut-être. On peut cependant dès-à-présent citer le passage du papyrus Anaslasi III dans lequel le scribe Penbesa reçoit Tordre de prendre des mains d'un autre scribe 50 ou 100 uten de bronze, pour le* s'aï-t des Smatu du Ramesseum. L'idée la plus naturelle est qu'il s'agit d'une distribution faite à ces employés subalternes , soit une paie périodique, soit une gratification à l'occasion d une féte. On ne peut voir dans les Smatu des ouvriers travaillant le métal. Dès-lors le bronze ne pouvait leur être distribué que comme signe représentatif de leur salaire.

Le mot uja peut être dérivé du verbe -^tV C

Le métal est indiqué par le groupe hiératique

» Anaslasi III , pl. h , I. w.

COMPTES , l»«HDS. ETC.

dont le correspondant hiéroglyphique ne m'est pas exactement connu. J'hésite entre Jj/. et JJ* , tout en penchant pour le premier de ces groupes, qui représente probablement le bronze ou quelque autre combinaison du cuivre. C'est de lingots de cuivre que les Komains paraissent s'être servis dans l'origine comme de monnaie. Numa introduisit l'usage des pièces de bronze , sans marque , qu'on prenait au poids en échange des denrées; mais dès le règne de Servius Tullius les as portèrent certaines marques qui leur donnèrent un caractère plus monétaire.

En l'an 317 de Rome , les sénateurs ne purent réunir encore assez de cuivre monnayé pour payer la taxe qu'ils s'étaient imposée, et l'acquittèrent en lingots qu'on transporta dans des chariots au trésor public ' ; un usage analogue a pu exister en Egypte.

Nous connaissons Vuten comme poids égal à 40 kat , pesant, d'après le bel étalon de M. Harris, 91 grammes'. Je ne crois pas qu'on ail signalé aucun autre étalon revêtu d'une marque intelligible. Les pierres , de poids plus ou moins rapproché, qui peuvent se trouver dans les musées , manquent d'autorité pour infirmer les données de celles de M. Harris, qu'il convient par suite de prendre pour type quand il s'agit d'apprécier la quantité d'or et d'objets précieux mentionnés dans les papyrus et sur les inscriptions monumentales.

Les expressions livré . ittcadrachme , dont on s'est servi , (►ut le grave inconvénient de présenter à l'esprit des valeurs

* TlTE-LlVK , liv i.

i Voyez un note' sur un poids égyptien. IW. arrh 1 , p, 19.

COMPTAS, POIDS, KTC. 23

très-éloignées de la réalité. Évidemment il est préférable de laisser au poids son nom égyptien ; malheureusement le premier signe est très-embarrassant ; la finale n seule est certaine.

J'avais proposé la lecture i'ten pour remplacer celle de m en ou mine, dont l'emploi présente les mêmes inconvénients que celle de livre et de décadrachme. Je suis aujourd'hui en mesure d'appuyer ma lecture sur des indices assez concluants.

Les hiéroglyphes expriment par le groupe le

poids dont il est question. En hiératique on trouve les formes \^ et » dont la P remière correspond

à ^=> et la seconde à jg? . I — ! représente un fi 1

métallique plié et ressemble au déterminatif des mots utennu, utebu \ dans lesquels il devrait figurer un écoulement de liquide; mais il est à remarquer que ce déterminatif lui-même devient quelquefois jEEz)'

Or, ce dernier signe vaut dans certains cas n, car nous savons par des variantes que <=* — 9^ et -

; ailleurs il représente, à lui seul, le groupe kkb, ainsi que le montrent les deux variantes :

« Todth. 135 . a ; 1)7,5.

» Ibid. 78. 5.

3 Sharpk. Eg. Inscript , II- série, pl. 10, l. :<

Il est donc évident que les signes du inétal ployé ou des écoulements répondent à plusieurs idées différentes et appartiennent à la classe, heureusement peu nombreuse, des caractères polyphoniques. Aussi n'oserais-je affirmer

la lecture kn pour le groupe r ? 1 ; quant à la lecture

mkn , rien ne l'autorise , si ce n'est l'analogie avec l'hébreu JT3D, mine, si connu comme mesure de poids et de capacité. Mais il faut remarquer que les Égyptiens eux-

mêmes avaient la mesure de capacité TTZ , IIEN, et une

mesure de longueur ou pièce d'étendue déterminée pour

l'évaluation des étoffes, nommée mennui.

Il n'est guère probable qu'une mesure de poids du même nom, si elle avait existé, ait eu une orthographe trèsdifférente.

J'ai du reste trouvé dans les textes un groupe uten,

^J^|JjB , déterminé par la pierre comme notre

poids , et signifiant lourd , pesant. Il se trouve dans un passage du papyrus médical de Berlin , où sont décrits d'une manière fort détaillée les symptômes d'une maladie que je crois être la fièvre. Le ventre du malade, dit le texte , est pesant (uten), le creux de son estomac douloureux, son estomac brûlant. Vient ensuite la phrase suivante :

^IT— 2> ® Î J \ ÎiTiÊ^ ■ u lTKX HEBSU "

» Shaiipk. Ey. Insir. , pl. H7;Todtb< 147, Il, Rrugsrh . .Mon., IV, i a . 3.

COMPTES, - POIDS , RTC.

EF eh-ef , et lourds ses vêtements sur lui. La seule impression analogue que le malade puisse ressentir à la fois de son ventre et de ses vêtements est celle de pesanteur , qu 1 se concilie d'ailleurs très-aisément avec le déterra inatif pierre.

Comparons maintenant ce passage à celui du papyrus Sallier II , où se trouve décrit le travail pénible d'un artisan, au voisinage du feu :

, IIEHSL'-Tl F-iNAH*T-

tu ma l'TEN ce qui parait signifier : Ses habits ont la raideur ou la pesanteur de la pierre. Les deux phrases hiéroglyphiques ont trop d'analogie pour que nous ne soyons pas autorisés à appliquer au dernier groupe de celle-ci le son

De la racine HiD, supjmter, compter , dérive le mol D^D, manim, vices, fois. Le radical égyptien uten paraît avoir développé la même idée , car on trouve les expressions trente fois et trois fois écrites au moyen du nom de notre poids *. Entre l'égyptien et les dialectes sémitiques il existe plus de rapports qu'on ne se l'imagine généralement.

Les observations qui précédent demandent a être complétées par des observations nouvelles. Je n'en rencontre pas d'importantes dans le troisième des documents de comptabilité que j'ai mentionnés \ 11 consiste en cinq colonnes écrites au revers d'un hymne. Le haut des pages

« Pap. Sallier II . p. 5. I. H.

« AoftsUsi I, pl. lo. I. r,, il»i<I . p|, n . I. n.

3 Pap. hurat. Leide I , :i50 , revers , pl. 114 , 145 et 1 Ifi.

comptes, poids, i;n:

ayant disparu , le titre nous manque , mais on reconnaît aisément qu'il s'agit d'un brouillard ou main - courante , où sont inscrites la réception et la sortie de diverses denrées au Ramesseum , depuis une date antérieure de quelques jours, au 27 Méchir jusqu'au 8 Phamenoth de l'an 52 de Ramsès II. Les entrées sont indiquées par le groupe

, enu , apports , à la suite duquel se trouve le

nom des individus qui apportent. Parmi eux on remarque un Kadjen (col. 2, 1. 9), et un chef militaire (col. 3 , I. 8).

De même que dans le rapport déjà expliqué , les dépenses sont notées au moyen du mot rtaï, donné , livré. Elles consistent en denrées diverses distribuées aux gens de service du palais, telles que pain, vin, bois à brûler, etc. Malheureusement l'écriture est tellement hâtive et indistincte que la plupart des mentions m'échappent. Le ^eul point intéressant qui me frappe, c'est la mention plusieurs fois réitérée de la population domestique du palais.

Voici l'un des articles qui la regardent 1 :

• Donné en pain aux hommes en ce jour

(Illisible). . . .

Smatu du temple. . .

Gens de (illisible)*. .

Serviteurs (illisible). .

Mau ( supplémentaires ) .

l Col. 3, lig. 16.

î Probablement esclaves, roinp. , col. 5, ! 1

Une autre distribution est rapportée au 1 de Phamcnoth 1 :

Gens de (illisible). chacun 2 jours cela fait 16

Smatu du temple. » 9 cela fait \H

Serviteurs (illisible). » 6 cela fait 12

Hau » 2 cela fait 4

Total 50

Autre article au 6 de Phamenoth * :

Au (illisible et détruit). . 5 cela fait. . 10

Gens esclaves 8 » 16

Smatu du temple 9 » 48

Gens de la maison. ... 12 » 21

Hau 2 . 4

Enfants du (illisible). . . 2 » 4

Mer-ma (espèce d'ofîicier de justice ). » 2

La somme , qui est seulement 78

est portée pour 82 sur le papyrus , mais avec des annotations que je ne comprends pas.

Au 7 Phamenoth , nouvelle distribution pour deux jours ; les serviteurs de la première catégorie reçoivent pour trois jours , et tous les autres pour deux jours seulement. Le nombre en est le même, mais de nouvelles parties prenantes interviennent ; le total 90 est exactement noté.

Enfin, au 8 Phamenoth, le scribe trop pressé a réuni son monde en un seul article :

« Donné pour le pain des gens *^ 40 tous 2 cela

fait 80 \

I Col. IV , 29.

a Col. 5. I. .1. La date manque, tuais elle précède forcément le 7 Phamenoth qui vient après.

3 Dernière ligne.

Ce papyrus montre avec quel ordre était tenue , dans ses moindres détails, la comptabilité des temps pharaoniques ; il fait justice définitive de l'importance qu'on avait donnée aux Smatu en les assimilant aux Hébreux, sous la dénomination de peuple de Sem. C'étaient des domestiques d'ordre inférieur, attachés en assez petit nombre aux temples de l'Ëgypte. On les soumettait à une surveillance particulière , à raison des abus que leurs fonctions de domesticité les mettaient a même de commettre. Aussi les scribes surveillants avaient-ils l'ordre précis de les compter exactement, de connaître leurs noms, etc.

La population domestique du Ramesseum , et ici il est utile de faire observer qu'il ne s'agit pas nécessairement du grand Ramesseum de Thèbes, ne s'élevait pas au-delà d'une quarantaine de personnes; ce qui pouvait à la rigueur suflire pour les soins matériels d'ordre et de propreté. Devant chaque chiffre énonçant un nombre de parties prenantes, se trouve constamment répété le signe

, qui pourra être rapproché du groupe DJA dont

j'ai parlé plus haut.

D'autres notions intéressantes couronneront certainement les efforts des égyptologues qui consentiront à mettre leur patience à l'épreuve d'une tentative plus complète de déchiffrement.

Cette tâche sera du reste facilitée par des comparaisons avec des documents qui ne sont pas à ma disposition.

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