‹ Mélanges égyptologiques (volume 3)Chapitre 21 sur 27 · LA LOCUTION · texte numérisé non relu

LA LOCUTION

Cette locution ne nous est encore connue que par les papyrus de formules mystiques. Aussi bien que les sciences sérieuses, la magie avait ses règles que les adeptes se transmettaient d'âge en âge. Pour la préparation des talismans et pour les charmes destinés à agir sur les personnes ou sur les choses, il y avait des formules mystérieuses conservées dans des livres spéciaux dont l'usage était interdit au vulgaire.

Dans mon étude sur le papyrus magique Harris , j'ai fait connaître la teneur et l'emploi de plusieurs de ces formules, et j'ai montré que l'usage des pratiques magiques remonte très-haut dans l'antiquité égyptienne. Je ne connaissais pas alors les papyrus hiératiques de Leide, qui ont mis à notre disposition un grand nombre de documents complétant et corroborant nos vues sur ce sujet.

En étudiant ces derniers manuscrits, M. Goodwin a remarqué la fréquente répétition de l'expression:

fils de Ment , qui représente constamment le personnage sur lequel doit agir l'opération magique. Avec sa pénétration habituelle, ce savant y a reconnu une locution analogue au grec o deina uios deinos, un tel, fils d'un tel, qui, dans les papyrus grecs et démotico-grecs , est le plus ordinairement remplacée par les initiales o A » ^ A • Sous cette forme abrégée , elle apparaît dans le fragment copte publié par Zoëga ( catal. , p. 627), où l'on trouve deux formules contre certaine maladie. Voici l'un des exemples : uApe fnxi^e ei e ko .w h m w , Fais que la maladie sorte hors d'un tel, fils d'une telle.

Dans le plus grand nombre des cas, l'orthographe de la

que le groupe VS \\ est ici remplacé par le trait oblique

qui suit toujours la forme hiératique de ce groupe.

Plusieurs mots hiératiques sont ainsi suivis d'un trait oblique qui parait constituer un simple remplissage. Le mot mes, par exemple, est écrit avec des signes qui tiennent toute la hauteur de la ligne , tandis que la préposition n , qui lie ordinairement ce groupe au groupe suivant , est une simple ligne horizontale. Il en résulte forcément un espace vide. Pour obvier à cet inconvénient , les scribes ont pris l'habitude d'y superposer le trait oblique. La même observation est applicable aux autres groupes où j'ai remarqué cette particularité.

Mais par rapport au groupe mes , si fréquemment répété dans les textes , cette barre insignifiante par elle-même a fini par usurper dans certains cas le rôle de déterminatif ;

locution étudiée est

On voit

c'est à ce titre que, dans la variante citée «le la formule qui nous occupe, elle représente à elle seule le mot mes.

Voici quelques-unes des formules dont l'explication de M. Goodwin uous fait saisir l'intention :

« Ouvrez vos bouches, vaisseaux d'un tel, lils d'une « telle, rejetez le mal qui est en vous \ »

arrangé en un paquet mis à la jambe droite

t d'un tel, fils d'une telle \ »

* 0 ennemi , démon , mort , ne tombe pas sur la tète . d'un tel, fils d'une telle! C'est la tête du Soleil lui- « même \ »

J'ai déjà cité la prière mystique que le papyrus médical recommande de prononcer avant de faire prendre les remèdes: « Qu'lsis, la divine, détruise le mal qui est dans • les membres d'un tel , fils d'une telle, t L'orthographe « est pleine : ment mes en ment. Enfin , au papyrus magique Harris, la même expression se rencontre avec la variante de la ligne oblique pour le groupe mes*.

Cette découverte de M. Goodwin a plus de portée qu'on ne le croirait au premier abord. Elle nous prouve, d'une part , qu'il faut tenir compte de tous les traits de plume des scribes. D'un autre côté, l'emploi de cette ligne oblique, avec la valeur mes, n'était pas limité à la formule étudiée.

« Pap. hiérat. Leide 1.845 , p. 2 , dernière ligne. « Ibld. . 1,348 . pl. 151 , IV , 1 3 ïbid. , revers IV . 3

* Pl. VIII ,ii. Le sens, qu'il m'était alors impossible de distinguer par cet unique exemple, es! : Tu es un tel, fils d'une telle ; cela s'adresse à Osiris. L intention du «onjurateur C8l d appeler sur la personne pour laquelle le charnu 1 c<i fail . la prodrlion dont Osiris fui l'Objel de la part il I si v

Nous le retrouvons notamment dans un passage du papyrus Abbott', où nous pouvons maintenant reconnaître, comme appartenant à un seul personnage et non à trois , le nom

I'EII'AK SE H'aKIL MES MICS'eRAU .

Pekhar, fils de Khariu, fils de la dame Miusherau \ Notons , en terminant , que le copte a conservé le thème antique

, m en , dans ii \<|> 1 1 vu . quidam.

« Pl. IV, I. 13.

* Ce nom de femme , qui signifie petite chatte, est le môme que celui de ia mère du prêtre Ara, dont le cercueil appartient au docteur Lee

Les légendes de ce cercueil donnent la variante

mal'-shar , où M. Goodwin avait trouve la preuve de la valeur ha,

pour le signe ^

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