‹ Mélanges égyptologiquesChapitre 11 sur 66 · WWW I I I · texte numérisé non relu

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a Littér. : Qu'il nous soit fait l’acte de vivre !

3 Voyez Chabas et Lieblein : Deuxpap. hiérat. de Turin, in-8°, 1868. * Exode , XVI , 3 ; Nombres , XI , 5.

extrait du carnet d’un surveillant.

comprenait de simples manouvriers et des travailleurs de différents corps d’état , dont le plus grand nombre était payé en denrées.

On conçoit le dérangement que pouvaient apporter dans les distributions de vivres les troubles politiques dont la capitale de l’Égypte a été si souvent le théâtre. Ces distributions suspendues, la faim se faisait aussitôt sentir parmi ces mercenaires , qu’il ne faut pas s’étonner dés lors de voir si souvent impliqués dans des poursuites pour vols et pour attentats.

Les ouvriers réduits à la disette en ont appelé au roi; ils attendent et murmurent ; les fonctionnaires chargés de leur administration s’en préoccupent et les font surveiller; ils apprennent que plainte va être portée au

gouverneur, qui est le supérieur, du

quartier de la nécropole. Mais tout ce que les ressources disponibles permettent de faire, c’est de fournir un jour de vivres aux mécontents. Ce n’est qu’un atermoiement ; nous allons voir en effet se continuer les réclamations.

PL XL1II , lig. 6 à 10 :

« L’an 29, de pbamenot le 1er.

« Ouverture des enceintes par les ouvriers établis à

« la nécropole ( j, emmenés aux provisions

* par les trois sergents ('"zr’ % ^ ).

« Le manouvrier Mésou , fils d’Aanakhtou , a dit :

• Sainteté d’Ammon ! Prospérité du souverain vie- « santé-force , dont la grandeur des esprits tue!

• J’ai déjà porté l’affaire (^^j) au supérieur aut jourd’hui même, parce qu’il (le manouvrier Mésou)

MÉLANGES ÉGYI'TOLOGIQUES.

« s’est livré au repos et que ses anciens (?) compagnons « me l’ont dit. Mais ce n’est pas moi qui le ferai châtier « pour son jurement par le nom du pharaon. »

J’ai rédigé sur ce curieux épisode un court Mémoire, qui est imprimé dans le deuxième volume des Transactions de la Société d' Archéologie biblique de Londres , et je répète ici ma traduction pour montrer la grande variété des notes officielles tenues par les scribes. Il s’agit d’un ouvrier qui s’est rendu coupable du crime de jurement par le nom du roi. Le scribe rapporteur a signalé officiellement au supérieur de la nécropole la circonstance de moindre gravité que cet ouvrier s’est couché au lieu de travailler. Quant au blasphème, il le consigne simplement dans son rapport, et le fonctionnaire d'ordre plus élevé qui a le contrôle des rapports, décidera des suites à donner à l’affaire.

La culpabilité des imprécations par dieu , par le roi , par te père, est constatée dans le Rituel funéraire (ch. 125, 27 et 30). J’ai d’ailleurs discuté, dans le Mémoire que je viens de citer, un texte hiératique qui s’explique à l’égard des jurements dans les mêmes termes que la Bible : Il est dit dans les anciennes Écritures : Ne jette pas ta bouche en jurements.

La première phrase de la section se réfère à l’ouverture des enceintes de la nécropole. Il paraît que ce quartier , ou au moins la partie de ce quartier qui était affectée au logement de la population ouvrière, avait

trois enceintes fermées ( (j j ) > qui ne

s’ouvraient qu’à des heures et pour des circonstances

déterminées. Les sergents ou bas officiers de la nécropôle étaient préposés à ces clôtures que les ouvriers ameutés ne respectaient pas toujours.

XL1V , H à 17 : « Sont partis pour ouvrir l’enceinte • pour parvenir jusqu’à la ville , les manouvriers. Les

« trois sergents m’en ont entretenu sur le portail ' de

« la ville.

« Fait partir les deux rapporteurs avec le 5 , par

« le scribe Amonnakhtou de la nécropole; mis deux « ouvriers pour les ramener.

« Venue du rapporteur Khentirif pour nous dire:

« Kheftamon avec Kenna, fils de , (et) Tat 5 avec

« Maoui et Méri , ont dit : Nous ne reviendrons pas.

« Dis- (le) à tes supérieurs. Ils se tiennent avec leurs « compagnons. Oui , est-ce que l’ouverture de la faim « ne s’approche pas4? Grande rumeur \ Je donne une « réponse plus grave qu’on ne saurait le dire. Ali!

, Conf. Pap. d’Orbiney , p. 16, lig. 9.

2 Mot que je ne réussis pas à déchiffrer.

. Dans le très-utile recueil de noms égyptiens publié par

M. Lieblein ( Diction . de noms hiérog. , Christiana, in-8° . 1871), on trouve plusieurs noms de cette forme.

AAAAAA

Voir ci-devant, p. 45, note 5.

: — vv j ./X mwm

— — nf c’est-à-dire: la

chose fait grand bruit.

« honorerait-on les prévarications ' dans le palais du • pharaon? Ainsi disent-ils.

« Or , nous sommes allés pour entendre leurs bou- « ches , et ils nous ont dit la parole du cœur en vérité. •

Ce texte présente des difficultés de traduction trèssérieuses. Je crois être parvenu à lui donner sa véritable physionomie. Les sections précédentes nous ont montré des symptômes de mécontentement parmi les ouvriers insuffisamment approvisionnés. Des agents avaient été chargés de se glisser parmi eux et d’entendre leurs bouches.

Voyant leurs demandes rester sans résultats, les ouvriers forcent les enceintes de leur quartier et cherchent à pénétrer dans la ville. Les officiers de la nécropole tâchent de les ramener, et, à cet effet, leur

dépêchent deux fonctionnaires ceux 9U*

répètent , rapportent ; aussi des seconds , des lieutenants ) , accompagnés de deux ouvriers choisis parmi ceux qui ne s’étaient pas mutinés.

L’un des rapporteurs revient avec leur réponse ; cinq d’entre les mécontents lui ont parlé au nom de tous. Ce sont sans doute les meneurs de la grève ; ils protestent qu’ils ne reviendront pas , et le rapporteur constate que les meneurs restent avec (ou à la tête de) leurs camarades (<=>^).

Le rapporteur donne son avis sur la gravité de la

extrait du carnet d’un surveillant. 51 situation: les ouvriers redoutent la famine, et, dans leur inquiétude, ils portent leurs critiques jusqu’à la personne du pharaon.

Par la dernière phrase le rapporteur affirme la véracité des faits qu’il relate et la fidélité avec laquelle il a rempli la mission qui lui était donnée ainsi qu’à son collègue (Y écouter les bouches.

PI. XLIV , I. 17, à pl. XLV , 1. 5:

* L’an 29, de (phamenot ) le 28 ,

» Le nommé Kaïto 1 est parti, parce qu’il va pour « conduire les dieux du midi aux panégyries.

• Le supérieur des Madjaiou \ Nohemphra, fils de

• Néhasi , est venu pour dire aux trois sergents des

• ouvriers qui président à la clôture de la nécropole « (et sont postés ) près d’elle, d’après la parole du

• gouverneur :

« Que j'aie fait que vous ne soyez point allé aux pro-

• visions ’, ce n’est pas moi qui vous ai fait ne point y « aller. Je n’ai aucune chose à vous apporter. Mais vous « dites : N’enlève pas nos vivres4. Suis-je donc le gou-

« verneur ( investi du droit d’enlever? Ce

« n'est pas moi qui ai placé celui qui a fait tout ce qui

1 Nom effacé en partie.

2 Milice de la nécropole. Voyez ci-devant . tome 1 . 51.

AAAAAA

« est arrivé. Ouvrez quelques-uns des greniers ' sous « son autorité \ Je vous donne ce que vous y trouverez.

« Le scribe Hora de la nécropole leur dit: Il vous « est donné la moitié des vivres ; je vais moi-même « vous faire le partage. »

Ce paragraphe est intéressant à plus d’un titre. Il parle d’abord du départ d’un agent qui s’est embarqué pour conduire les effigies divines aux panégyries. Nous connaissons par d’autres documents les déplacements des naos et des symboles des dieux, leurs périples sur le Nil et sur les canaux. On les transportait d’un temple dans un autre et on les ramenait en grande pompe 3.

Ce fait noté, notre scribe revient à la grosse affaire des ouvriers mutinés. On a vu par le paragraphe précédent que les ouvriers avaient franchi l’enceinte de la nécropole, et que les efforts tentés pour les ramener avaient échoué , circonstance que notre scribe considère comme très -grave.

Ainsi qu’on doit naturellement s’y attendre , le commandant supérieur de la milice attachée à la garde de la nécropole intervient par l’ordre du gouverneur, et parlemente avec les ouvriers par l’intermédiaire des trois sergents ou bas officiers préposés aux clôtures , que la nature de leurs fonctions mettait continuellement en rapports directs avec la population ouvrière.

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/www V — r-ZJ I * *

, même valeur que <=* o

3 Comparez: Décret de Canope ,!Aexte gree .4ig. 50.

EXTRAIT DU CARNET d’üN SURVEILLANT.

Ce général ne parle pas de recourir à la force ; il se présente tout d’abord comme absolument étranger aux abus qui ont été commis. Ce n’est pas lui qui a empêché les approvisionnements ; il n’est pas chargé non plus d’y pourvoir; il n’a rien à apporter, rien à enlever, car

ce pouvoir appartient au gouverneur seul

et , de plus , ce n’est pas lui qui a placé hauteur de tout ce qui est arrivé.

Ce coupable, qu’on ne nomme pas, avait l’administration des greniers ou dépôts de vivres ([J~\/ ^). Le général des Madjaiou propose un excellent moyen de satisfaire les ouvriers : il les autorise à chercher dans les greniers et à y prendre ce qu’ils y trouveront.

Un scribe nommé Hora réduit l’allocation à la moitié

des vivres ( / — : i ^ ^ , et se charge aussitôt

d’effectuer le partage.

PI. XLV , l. 6, à pl. XLVI , 1. 13 :

« L’an 29 , de pashons le 2 ,

« Donné les deux mesures de blé aux ouvriers pour « la nourriture du 1er pashons, par Amonshaou et « Ousorhanakhtou.

« Le chef ouvrier Khons a dit aux manouvriers : a Voyez! je vous ai dit: Prenez des vivres; vous des-

• cendrez au port ’ ^ans *e c^onj°n

‘ Que les je"nes §ensf!§M)d"

• gouverneur le lui disent.

« Puis le scribe Amonnakhtou s’occupa de leur faire

« donner des vivres qui étaient déposés au port , ainsi « qu’on le leur avait dit.

« Puis, l’une des enceintes ayant été ouverte, le scribe « Amonnakhtou alla et leur dit : Pourquoi avoir forcé

" ''entrée du port?

<■ Je vous ai donné (moi-même)1 2 des grains sur » l’heure. Donc, partez (ou ) je vous tiendrai coupa- « blés pour tout objet * pour lequel il y aura eu dépla- « cernent.

« Je les ai ramenés de nouveau au supérieur. »

Il paraît que les approvisionnements étaient fort peu abondants , car la distribution faite au commencement du mois est bien mesquine. Les greniers de la nécropole ont été vidés , comme nous l’avons vu. Un chef ouvrier excite de nouveau la population ouvrière au désordre. Allez , leur dit-il , prendre des grains où il y en a, c’est-àdire au port de débarquement sur le Nil , où se trouvait

un dépôt fortifié ( ). Le meneur ne redoute

pas du reste les conséquences de cette violence ; il désire au contraire que le gouverneur en soit informé. On s'aperçoit à la hardiesse des réclamations , aux concessions de l’autorité et à l’absence de toute répression que l’administration de la nécropole est dans une situation difficile.

1 Mot effacé.

2 Le groupe traduit par objet est difficile à reconnaître. Le sens porterait à y voir celui qui représente le mot oTCt|A , chômage , oisiveté, au papyrus publié par M. Lieblein.

Cette fois encore l’autorité cède et donne les vivres réclamés, non toutefois sans insister pour que l’incident ne se renouvelle pas.

Munis de vivres , les ouvriers sont ramenés à leur supérieur, c’est-à-dire réintégrés dans leurs ateliers habituels.

PI. XL VI , 1. 14 à 18 :

« L’an 29, de Pashons le 13 ,

* Ouverture des enceintes par les manouvriers , « disant : Nous avons faim , et se tenant assis derrière le « temple de Baïenra-Meriamon (Méneptah I).

« Ils en appelèrent au commandant de la ville

« ® ) qui passait, et il leur envoya le jar-

« dinier Saounefer, fils de Pimenmenament ’ pour leur « dire : Voyez ! je vous donne les 50 mesures de grains « pour (tenir)1 2 3 le serment qui a été fait par le pharaon « de vous donner des vivres. »

La disette n’avait pas tardé à se faire de nouveau sentir dans la nécropole ; aussi les ouvriers recommencent leurs doléances. La présence accidentelle du haut fonctionnaire qui porte le titre de Ha de la ville leur fournit l’occasion d’en appeler à sa puissante intervention \

Cette intervention fut en effet promptement efficace ; les ouvriers obtinrent 50 mesures de grains. La circons-

1 La lecture de ce nom n’est pas certaine.

2 Mot en partie détruit.

3 Le papyrus Abbott nous renseigne sur les fonctions importantes remplies par le Ha de la ville dans les affaires de la nécropole. Ci-devant, t. I, p. 70, 96 et 164.

tance du serment fait par le pharaon de subvenir à leur nourriture prouve qu’on les avait quelquefois calmés avec des promesses.

A la suite de la ligne 18, où se termine le texte que je viens de traduire, mais un peu au-dessous du niveau delà ligne, se trouve une courte mention suivie d’une autre formant la ligne 19. On y lit des noms, dont l’un Ousorha nous est déjà connu et l’indication d’un objet placé dans la nécropole. Ces notes paraissent étrangères au sujet des plaintes des ouvriers.

A la ligne 20 commence l’insertion d’un nouveau paragraphe. La date a disparu ; on distingue encore qu’il s’agit d’un discours du scribe Hora, que nous avons vu se charger de faire le partage des grains concédés par le général des Madjaiou.

Vient ensuite, sur les pages XLV1I et XLVIII, la section qui contient 1a, note comminatoire dont traite la dissertation précédente. Celte note est du 15 ou 16 de pashons. L’ordre des dates a été régulièrement observé jusqu’ici. Mais le texte qui couvre le reste de la page XLVIII, et qui comprend sept lignes écrites en sens contraire et numérotées à rebours 23 à 17 , remonte au 13 de méchir. On y lit :

« L’an 29, de méchir le 13. Au donjon de la nécro- « pôle.

• Dit [aux manouvriers par le scribe]5 Montoumès : « Voyez! je vous dis ma réponse: Allez vers le supé-

C’est peut-être le même que Ousoremba.

Les mois entre crocbets manquent dans le texte.

« rieur ; vous prendrez vos outils 1 ; vous fermerez vos « portes; vous emmènerez vos femmes et vos enfants. « Je vais aller avec vous au temple de Menmara ( Séti I) « et je vous y installerai aujourd’hui. »

Par sa date cette pièce devrait venir à la suite du paragraphe auquel nous avons donné la date du 1er de tobi ( ci-devant p. 45); mais, placée sur le papyrus en dehors de la série des pièces que nous avons traduites dans l’ordre de leur insertion , elle doit être attribuée soit à un scribe différent, soit à une affaire tout-k-fait spéciale. Chaque grand temple de la nécropole avait son administration particulière , ses employés , ses ouvriers et ses dotations.

Notre dernier document concerne des ouvriers qui avaient fait des réclamations contre leur installation ; leurs réclamations ont été accueillies; ils sont transférés au temple de Séti I , c’est-à-dire dans le Sétheum de Qournah.

Ces petits documents nous permettent de pénétrer très-intimement dans le mécanisme de l’administration égyptienne aux temps pharaoniques. Ils nous montrent les fonctionnaires de tout ordre dans leurs rapports avec les classes laborieuses de l’époque. Lorsque l’étude de ces pièces sera complète , on se sera rendu maître d’un grand nombre de faits intéressants pour l’histoire.

emploi très -remarquable du verbe devant, p. il , note 4.

• tk * \\

ç /1. Voyez ci-

Un point k noter dès k présent, c'est la régularité des procédures, l’observation des formalités, la hiérarchie des pouvoirs, qui témoignent d’une civilisation avancée, d’un ordre social vieilli par l’expérience et correspondant k des mœurs douces et policées. Ce fonds n’est du reste pas moins fécond pour les conquêtes philologiques.

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