CONTRE LA PARTIALITE DES JUGES
A l’époque des Ramessides , et même en des temps bien antérieurs, l’Égypte était parvenue à un degré de civilisation et d’organisation sociale que nous n’avons pas dépassé de beaucoup aujourd’hui. La vie civile , politique et religieuse y était réglée d’après des habitudes de vieille date, conservées par les lois en vigueur, et, à côté des lois, il existait des codes de politesse, de savoir-vivre et de morale qui réglementaient les rapports de société.
Loin d’être reléguées dans l’ombre d’un harem , comme chez la plupart des peuples orientaux, les femmes sortaient librement, présidaient à l’éducation de l’enfance, recevaient les hôtes de la maison, et participaient aux honneurs et quelquefois à l’autorité de leurs époux.
Les avantages et les inconvénients inévitables de cet état de choses, tels que nous les avons chaque jour sous les yeux, se produisaient alors comme aujourd’hui. Aussi les plaintes contre le beau sexe étaient-elles un
sujet assez commun dans les écrits des littérateurs ; la richesse, la pauvreté, les inégalités sociales excitaient aussi leur verve sarcastique , et ce n’est pas sans quelque étonnement qu’on les voit ne pas même épargner dans certains cas les objets sacrés des croyances et du culte.
On devait s’attendre à rencontrer de la même manière des plaintes contre la justice, et, en effet, un texte ayant ce caractère existe dans la collection de documents qui forme le papyrus Anastasi II. J’en insère ici la traduction , à la suite des dissertations qui ont eu pour objet des documents relatifs à l’administration de la justice en Égypte ; il nous montrera que les Égyptiens n’avaient pas toujours une coniiance absolue dans leurs magistrats, et qu’alors comme aujourd’hui, la haute position et la fortune jouissaient parfois d’une influence prépondérante devant la justice.
Voici la traduction et la transcription interlinéaire de ce texte, qui forme le commencement d’une prière à Ammon , dont la fin est déplorablement mutilée :
Pap. Anastasi II , p. 8, lig. 5, à p. 9 , lig.- 3.
O Ammon ! prête ton oreille à ( qui est ) seul
( et contre )
dans le tribunal,
étant misérable
lui un opulent , et le tribunal est à V opprimer ,
i Les magistrats qui jugent. Voyez ci-devant, tome I , p. 133.