‹ Mélanges égyptologiquesChapitre 18 sur 66 · H 11 "LT · texte numérisé non relu

H 11 "LT

shethou Plusieurs variantes suppriment le h final de

} et celui de Kenemm ) produisaient à la fois le vin et le

ce dernier mot et donnent la forme

shet , sheto , et aussi shetou. Parmi les provisions en-

1 Dümichen : Kal. ,119,10; Rec. IV, 82 , 5 , 83 , 7 , etc.

2 Düm. : Recueil IV, 79, c. 2.

voyées d’Égypte à la colonie du Sinaï sont cités le shethou et le vin, abondants comme de Veau

Ce n’est que dans des cas malheureusement trop rares qu’il est possible de parvenir k deviner la valeur exacte des termes techniques. Dans une traduction purement littéraire, le sens breuvage, liqueur, nous suffirait; mais on ne peut se contenter de cette idée générale dans un compte de liquides. Il convient donc que nous tentions quelques hypothèses.

Les Égyptiens passaient pour grands amateurs de vin et bons viniculteurs \ Hellanicus leur attribuait l’invention de la vigne 1 2 3, sans doute d’après les traditions qui rapportaient cette invention à Osiris 4. Le Dionysos des Grecs, dont les Latins ont fait leur Bacchus , est fondamentalement le même personnage qu’Osiris ; mais , indépendamment des mythes , l’origine égyptienne de la culture de la vigne s’appuie sur des monuments contemporains des pyramides, qui nous montrent qu’alorsdéjà plusieurs variétés de vins étaient usitées , et la vigne élevée en treilles élégantes5.

Depuis les plus anciennes époques jusqu’aux derniers temps, les textes égyptiens font si fréquemment mention du vin, qu’il serait possible aujourd’hui de discuter lon-

1 Denkm. III, 219, e, in fine.

2 Dion academicus vinosos etc bibaces Ægyptios esse inquit. ( Athénée : Deipnos. , 1 , 35.)

3 Ibid.

4 Diodore: Bibl. hist. I, 15.

5 Denkm. II , 69 , 70 ; ibid. , 35; ibid. , 7 , etc. , etc.

VÉRIFICATION d’(JN CELLIER.

guement sur les vins d’Egypte, leurs variétés, leurs noms , leurs provenances ; mais un pareil travail ne saurait trouver place ici. Il nous suffira de rappeler que la vigne était cultivée dans l’Égypte entière, depuis sa limite méridionale à Syène jusqu’aux rives de la Méditerranée. Ce que dit Athénée de l’excellence des vins du Delta, et en particulier de ceux de Mendès et des vins dits tœniotiques et maréotiques ' , s’accorde parfaitement avec le témoignage des monuments originaux relativement aux vins d’Outi , du nome de la vache et d’autres localités qu’on sait être situées dans la basse Égypte. De toute antiquité le vin était employé comme boisson ordinaire , comme ingrédient médical , en aspersions et en libations dans les temples. On le mêlait au miel. Malgré les richesses de leurs vignobles , les Égyptiens importaient quelques espèces de vins d’Asie, parmi lesquelles le vin de Syrie ou de Khar est le plus souvent cité.

Dans le tableau des félicités d’un homme parfaitement heureux, il est dit qu’il a la bouche remplie de vin, de bière , etc.

n & i Xo ni

Le même texte constate les propriétés exhilarantes du vin :

Vinum

"TÏÏÏÏÏÏTT

aperit

cantus jucundos ex te.

* ilendœum vinum cœlestia numina meïunt. Deipnos. , 1 , 30.

2 Pop. Anast. IV, 3, 7.

3 C’est-à-dire : te dispose à commencer les chants. Nous disons ouvrir le jeu, ouvrir le bal, s’ouvrir a la joie, etc.

Une lettre écrite par le conservateur en chef des écritures Amenemap au scribe Pentaour nous fournit de curieux renseignements sur la vie des jeunes débauchés de l'Égypte; je la traduirai ici en entier, parce qu’elle m’aidera dans les recherches auxquelles je me livre sur la nature de la liqueur shethou :

« On te porte cet écrit de correspondance, qui te dit: « Il m’a été dit que tu abandonnes les lettres , que « tu te livres aux plaisirs ; tu cours de cabaret en « cabaret, puant la bière au point de faire fuir. La

* bière, lorsqu’elle envahit un homme, elle tient ton « âme' sous [sa] puissance. Tu deviens semblable à t un aviron brisé en place et qui n’obéit plus d’aucun

* côté ; tu es comme une chapelle sans son dieu, comme « une maison sans pain , et dont les murailles ont été « reconnues chancelantes; tu jettes à bas la table ; les « gens fuient devant toi ; tu leur infliges des blessures.

« Oh! on t’a enseigné que le vin est abominable, en

* te faisant jurer relativement à la liqueur shethou que « tu n’en laisserais pas pénétrer des flacons dans ton « sein2; que tu ne connaîtrais pas la liqueur tenruka3.

« [Mais] tuas appris les chansons relatives 4 aux

• Changement de personne très-usité dans le style égyptien.

2 Littéral. : dans ton cœur.

3 Espèce de liqueur fabriquée avec une plante odoriférante.

littér. après, signifie aussi relativement à, concernant.

Les anciens se couronnaient de fleurs dans leurs festins ; le sens pourrait être : chansons dites après qu'on a pris les œillets et les

roses.

VÉRIFICATION D’üN CELLIER.

« œillets1, qui se disent à propos des roses’, qu’on dit « dans les orgies , avec accompagnement de cithare’, « qu’on chante avec accompagnement de crotales \

• Si tu es assis dans l’appartement intérieur, les

* servantes survenant , tu te lèves pour faire la cour-

* bette; tu te baisses.

« Si tu es dans la société d’une dame enceinte, tu es « imprégné d’huile; ta couronne de mélilot 5 est sur ton « cou. Tu rampes sur ton ventre ; tu te remets; tu re-

* tombes sur ton ventre, et tu es tout barbouillé « d’ordures »

Ce tableau du désordre moral et matériel causé par l’abus des liqueurs fortes n’est peut-être pas rendu

|(|, or axai, est traduit conjecturalement ;

I œillet, qui croissait en Égypte, a été souvent associé à la rose à cause de ses vives couleurs et de son parfum pénétrant.

I m' OTAPT > r°se, se retrouve sans changement dans le copte ovepT.

cithare ; c’est le mot hébreu "1123.

, d'après le Kinnour , la

fl , IJ axa l)i , instrument de bois dont il est

aussi malaisé de préciser la nature que celle du ghéthith et du maha. lath des Hébreux. Isaïe (V , 12) critique la musique dans les festins des Israélites : cithara et lyra et tympanum in conviviis vestris.

5 La traduction mélilot est conjecturale; c’est une plante fleurie. Dans son désordre le buveur a laissé glisser sur ses épaules la guirlande dont il était coiffé.

6 Pap. Anast. IV , 11, 8 à 12 . 5.

MELANGES ÉGYPT0L0G1QUES.

exactement dans tous ses détails; le texte présente des incorrections et des difficultés dont on peut s’apercevoir en examinant le duplicata qui se trouve au papyrus Sallier I , pl. 9, lig. 9. Malheureusement ce duplicata s’arrête à la mention de l’aviron brisé.

Dans tous les cas , la traduction donne une idée exacte de l’intention de cette énergique leçon : l’homme qui s’est laissé surprendre par l’ivresse n’est plus maître de sa propre volonté ; celui qui se livre aux orgies de la débauche perd le sentiment des convenances , heurte toutes les règles du savoir-vivre et se couvre de honte dans la société.

Ce vice était signalé et stigmatisé dans la partie morale de l’éducation donnée aux jeunes lettrés: le vin devait demeurer pour eux une chose abominable; on leur faisait jurer de s’abstenir de liqueurs enivrantes :

sur le shethou : Tu

Avec ton serment

ne mettras pas flacons dans ton cœur, etc.

Je ne pousserai pas plus loin pour le moment mes recherches sur l’abus des liqueurs fortes chez les Égyptiens. Sous ce rapport, comme sous tant d’autres , . trois mille ans écoulés n’ont rien produit de bien nouveau dans l’humanité. Ce qu’il m’importait de constater, c’est que le serment d’abstinence porte sur la liqueur shethou et non sur le arpe ou vin proprement dit , ni sur le haq ou boisson d’orge fermentée , dont les propriétés

VÉRIFICATION D’UN CELLIER

enivrâmes sont pourtant maintes fois citées par les textes. Il semble dès lors que le shethou soit la boisson la plus alcoolique que les Égyptiens eussent réussi à produire. Sans recourir à la distillation qui leur était certainement inconnue, ils pouvaient obtenir des vins de haut titre au moyen de raisins séchés et soumis à une lente fermentation sous l’influence de la chaleur solaire. Les Romains connaissaient aussi ces procédés , et Pline mentionne un vin qui excitait vivement la combustion ’.

On ne fabriquait du reste ces vins liquoreux qu’en quantité relativement petite ; ainsi, à côté de 1500 mines de vin ordinaire , notre texte ne place que 50 mines de shethou ou vin de liqueur', c’est ce dernier nom que nous adopterons pour traduire le mot égyptien.

3° En 50 men d’une troisième boisson nommée

P061'’ Pour ’ sur ^a(ll,e"e ^es tex,es ne

me fournissent aucun éclaircissement. Comme le vin et 1 e shethou , elle était employée dans la médecine égyptienne ; elle servait de véhicule à diverses préparations qu’on y mélangeait après les avoir moulues, et qu’on passait ensuite au linge1 2. Dans des énumérations de produits, le poer se trouve cité avec le haq ou bière de Kati et le vin de Khar ou de Syrie. Il est nommé dans ces textes poer des sotemiou 3, ce qui nous donne l’idée d’une boisson sucrée, d’une espèce de sirop.

1 Certains vins méridionaux arrivent par la fermentation lente jusqu’au titre de 24 à 25 degrés d’alcool.

2 Pap. viédical, édit. Brugsch , pl. 11 , 1 et 16 , 7.

» Anast. IV, 16, 1. — Anast. III , ult. , 2. Nous parlerons plus loin des Sotemiou.

Il est à remarquer que le poer n'est jamais cité parmi les boissons excitantes dont l’abstention est recommandée; ce n’est donc pas môme un vin de liqueur. On peut adopter au moins provisoirement la valeur moût. Les anciens savaient réduire le vin doux par la cuisson pour le conserver et pour l'employer à enrichir les vins faibles, et probablement aussi aux mêmes usages que nous pour la confection des confitures de fruits.

En copte le moût estappeléeunpic , uBpic, iieuRpic; si l’on observe que le p de poer peut être l’article masculin , attaché à ce mot d’une manière plus intime qu’à la plupart des autres mots de la langue égyptienne ,

comme c’est le cas pour la nécropole ; que,

d’un autre côté, l’ancien égyptien ^ I) f| . oerri,

char , est devenu en copte LiBpeei , on arrivera à penser que le copte UBpic, moût, dérive directement de

l’égyptien Ces considérations sont toutefois

insuffisantes pour déterminer la certitude.

4° En 50 patars de j| j

i i ira

Hanuhalmaa. Ce groupe se retrouve au même papyrus

sous les

et

formesjj

i i ira<2>-

Q o , Hanuhamaa* ,

p , Hanulmaa \ Cette incerti-

1 On trouve aux basses époques le mot avec le s

final, qui pourrait indiquer la transition.

2 Pi. 14, 5. Cette même orthographe se rencontre aussi Pap. Anast. III , 2, 5.

3 Pap. Anast. IV , 17 , 5.

VÉRIFICATION D’üN CELLIER.

tude d’orthographe nous fait songer à une dénomination d’emprunt. La date de notre papyrus tombe dans l’époque où ces sortes d’emprunts étaient très-fréquents. Le vignoble qui a fourni les produits que nous cherchons à reconnaître était situé dans la partie orientale de la basse Égypte, c’est-à-dire dans une localité très-fréquentée par les Palestiniens et par les Syriens. Or, en

♦ AMAAA A

comparant le groupe i | "V V ’ ^anu^am > ou mieux haoulana, avec son type hébreu , chêne', nous n’aurons nulle peine à reconnaître sous la transcription vague hanuhnaa, ou mieux haoulmaa, l’hébreu

mS^y , grappes de raisins s, dont la forme singulière se prononcerait h'aoullâ. Cette interprétation est d’ailleurs assurée par la circonstance que le mot égyptien est quelquefois déterminé seulement par le signe de l’arbre et d’autres fois avec celui de l’arbre et des fruits, ce qui rappelle forcément la grappe ou même le pampre garni de grappesi * 3.

5° En 50 patars de raisins

o°0, aïlou, copte

aaoai eAooAe). Cette traduction n’exige aucune justification; nous ferons seulement remarquer qu’il

i Voyez: Voyage d’un Égyptien, p. 348.

3 Les consonnes liquides s’échangent avec la plus grande facilité ; pour /VV^AA| ) non, prononcé ou ; voyez Voyage d’un Égyptien, p. 348 et 349.

3 L’égyptien possédait aussi un nom pour la grappe ; c’est

Les anciens

savaient conserver les raisins en

branches.

MELANGES ÉGYPT0L0U1QUES.

doit être question ici de raisins en grains, distingués par le texte des raisins en grappes. Ce sont probablement des raisins séchés , emballés comme ceux de nos jours dans des corbeilles de joncs tressés ; les Égyptiens étaient très-habiles dans les ouvrages de vannerie et de

spartene. Ce que notre texte nomme q, patar,

doit correspondre aux emballages aujourd’hui nommés couffes, coufles, canistres, cabas, usités pour les fruits secs; le patar avait, selon toute vraisemblance, une contenance déterminée et servait de mesure de compte , mais nous manquons de points de comparaison pour éclaircir cette question. Le patar n’est cité par les textes qu’à propos des raisins en grains ou en grappes ; je ne pense pas du moins que le péti , qui est indiqué comme poids ou mesure d’encens’ , soit une variante de patar.

6û Enfin , et comme dernier article , figurent 60

"|[j O 9 karhouta ,

c’est-à-dire soixante

mesures d’une denrée qui n’est pas nommée ; en recourant à l’unique texte qui contient l’indication du karhouta , indépendamment de celui que nous traduisons , nous voyons que cette mesure s’applique au fruit nommé

teb, dans lequel j’ai reconnu la figue1, fruit

habituellement associé au raisin sur les monuments

1 Pap. Anastasi IV, 14, 6.

a Études sur l’Antiquité historique , p. 106. Les Hébreux conservaient leurs figues sèches dans des cabas nommés O* /HT , débélim ( Munck : Palestine ,25).

VÉRIFICATION D’UN CELLIER

égyptiens. Il est absolument certain pour moi que le scribe du document étudié a oublié le mot teb. Ces lapsus calami ne sont pas très-rares 1 ; ils ajoutent aux difficultés de l’interprétation , mais l’abondance des textes est telle que nous pouvons souvent surmonter cet obstacle.

Après l’énumération des produits du vignoble, le scribe explique qu’il les a chargés sur le navire qu’il avait amené, et les a transportés à Thèbes, où il les a livrés aux vérificateurs , ... > du palais

funéraire de Séti-Méneptah II ; et de l’ensemble de l’opération il rend compte à son supérieur.

Remarquons en terminant l’exactitude de l’explication que j’ai plusieurs fois donnée de la fonction des Rotou * ou vérificateurs.

< Voir ci-devant, p. 80, notes 2 et 8.

2 Voir notamment, tome I, 170, et ci-devant, p. 69.

Sur le papyrus Anastasi IV , immédiatement à la suite de la pièce qui fait l’objet de la dissertation précédente , se trouve une lettre d’affaires que je vais encore essayer de traduire. 11 s’agit d’un ordre adressé à un scribe et à un charpentier en bateaux , à propos de la réparation d’une barque dont la construction première avait été vicieuse et qui demeurait hors de service.

Dans cette nouvelle tâche nous aurons encore à lutter contre les difficultés de deux espèces qui ont rendu la première très-ardue, c’est-à-dire contre le défaut de correction du texte hiératique et contre la presque impossibilité d’arriver à la précision dans la traduction des termes techniques. Ce n’est toutefois que par une série d’inductions tirées de textes bien compris que nous parviendrons à compléter nos glossaires sous ce rapport.

La lettre comprend neuf lignes et le commencement d’une dixième '. En voici la traduction suivie; les diflï-

< De la lig. 9 , pl. 7 , à la ligne 7 , pl. 8.

cultés seront discutées dans des notes disposées selon l’ordre des lettres de l’alphabet :

« Le scribe du trésor Kakebou parle au scribe Ennana

* et au chef ouvrier des travaux sur bois (A) Amen- « nakhtou. Communication :

« Il y a une barque ( B) d’acacia (C) échouée ( D) , « qui n’a pas fait beaucoup d’années à l’eau ; on n’y

* avait pas mis de longues membrures (E); on avait « fait des (F) poteaux (G) d’acacia qu’on y avait mis

* comme membrures; ils n’avaient pas tenu (H) le

* revêtement de bois ( 1 ) de la barque. Elle s’est relevée « d’échouage ( J ) et n’a pas fait beaucoup de jours à « l’eau. On n’y avait pas mis de longues membrures « d’acacia et l’on n’y avait pas mis de longues membrures « de noyer (K). Cependant il y en avait dans la barque (L).

* Lorsque ma lettre vous arrivera , vous partirez en- « semble (M). Vous examinerez les pièces (N) de « cèdre (0) qui sont de reste de la barque les Dieux « qui reste au chantier (P) de Rèsnou ; vous choisirez « quatre pièces parmi elles ; qu’elles soient très-longues ;

« qu’elles soient très -bonnes; qu’elles soient très- « larges (Q) ; vous les mettrez comme membrures à la « barque d’acacia que vous avez au chantier; qu’il y « en ait deux de chaque côté.

* Vous examinerez ce qu’il y a de reste en bois de

* couverture (R) de bonne qualité , et vous les dispose- « rez ( S) à la proue et à la poupe ( T ). »

(A) Les ouvriers de cet ordre

s’occupaient du travail d’ébénisterie , de marqueterie,

de ciselure; ils travaillaient le bois et les métaux, même les métaux précieux. Nous voyons qu’ils étaient aussi constructeurs de barques'. Nous n’avons pas en français de désignation aussi générale. C’est parmi ces abou que furent choisis les ouvriers emmenés par Cambyse pour construire les palais de Suse et de Persépolis *. L 'abou oer est le grand abou ou chef des abou ; ce titre est connu par d’autres textes.

B. Notre scribe, un des plus habiles calligraplies de son temps , était en même temps fort étourdi et fort négligent ; nous avons déjà relevé quelques-uns de ses

lapsus calami. Ici , il a écrit le nom de barque

avec le seul signe Malgré la grande élasticité de l’or-

thographe égyptienne , cette licence dépassait les limites de la pratique ordinaire ; aussi retrouve-t-on en tête de la page le groupe écrit en entier comme correction faite ou ordonnée par le maître.

confondre ce

MWM \\ ii I

groupe avec celui qui désigne l’arbre en général et correspond au copte ^hh. L’arbre shenti formait une espèce particulière dont il était fait fréquent usage chez les anciens Égyptiens, concurremment avec Vash ou cèdre. Le shenti ou seulement shent (quelquefois même le t final n’est pas écrit) était l’un des arbres sacrés du temple de Denderah \ De même que le cèdre, le shenti

t Gonf. ci-devant , pages 8 et 15.

2 Diodore : 1 , 46.

3 Naville : Mythe d’Horus , 14,7.— Dümichen : Bauurk. , VIII 3.

était employé pour la construction des navires', et il fournissait à la médecine divers ingrédients1 2 3. Dans l'une des opérations de la fabrication du parfum ana ou anti de première qualité, il fallait que le feu placé sous le récipient fût allumé avec dubois de shenti \ On en faisait des saaou , poteaux ou solives , ainsi que le montre notre texte, et ces pièces pouvaient servir de membrures pour la carène d’une barque. Des meubles de shenti sont cités en même temps que des meubles d 'ash.

Ces particularités conviennent à l’acacia d’Égypte, qui porte en arabe le même nom (shont) , tandis qu’en copte ^owT6 désigne surtout un arbuste épineux, ce qui rappelle encore l’acacia. Il est donc à peu près certain que le shenti est l’acacia ; car le chêne, quelquefois désigné en copte par le groupe ^jhij , ne semble pas remplir aussi bien toutes les autres conditions. Plusieurs égyptologues ont admis le sens acacia. M. S. Birch, dans son Vocabulaire , a laissé la question indécise entre la valeur chêne et la valeur acacia.

D. signifie abattre, renverser, mettre sens

dessus dessous; c’est le qualificatif des cornes f\ retournées qui entrent dans le nom de la déesse Safekh. Ce mot convient bien pour désigner une barque qui n’est

1 Cet emploi remontait aux temps mythologiques; l'arrière de la barque de Phra était de shenti (Naville . loc. laud. , 6 , 5.

2 Pap. médical de Berlin , édit. Brugsch , p. 4. 2; 11. 3, 4, G; 13, 9, etc., etc.

3 Diimichen : Die Flotte, etc. , 18 , 1 . 4 et 10. Ibid. . 19 à 9.

MELA Nf, ES EG Y PTOLOG IQUES .

plus à flot et qui se trouve renversée sur le liane ou même complètement retournée pour les opérations <lu radoub.

^ , lier et heri, pièces de bois

qui entrent dans la construction d’une barque. Aucun autre texte ne m’a fourni ces groupes. Ces pièces n'avaient pas été mises suffisamment longues dans la barque en question , aussi n’avait-elle pu naviguer longtemps. A l’occasion d’une première réparation on y mit d’autres pièces de bois d’acacia, mais cette disposition laissa imparfait l’assemblage d’autres pièces ; aussi, lorsque la barque fut relevée et mise à l’eau de nouveau , elle ne put y demeurer que quelques jours. Pour la réparer sûrement, il devint indispensable d’y placer des keris très-longs.

D’après ces détails , je vois dans les heris les pièces de charpente dressées de chaque côté de la quille et formant le squelette de la barque, auxquelles on donne le nom de membrures, et sur lesquelles on cloue le revêtement en bois de la coque. Je suppose que plusieurs de ces pièces se trouvant trop courtes, des portions considérables du revêtement vers le haut de la coque n’ont point eu une solidité suffisante ; le bois s’est tourmenté et des fuites d’eau ont condamné le navire à l’innavigabilité. On a voulu y obvier au moyen de poteaux ou chevrons placés latéralement sur les points faibles, mais sans toucher cà la carène. Cette demi-mesure est restée insuffisante, et il a fallu adopter le moyen radical consistant à fixer

de chaque côté du navire deux nouvelles membrures de longueur suffisante.

F. "rol^ : ’ peignes > m Veta nombre, en

anglais some, en français des.

G. (] ^ . saaou; ce mot est évidemment le même que le copte coi , trabs : il se dit de pièces de bois de longueurs et de forces variables. Le sens poteau, support , est établi par des textes tels que celui-ci:

colonne du ciel , ~ de la ferre ’ , où le

mot saaou, orthographié saaï , est placé en antithèse avec l’idée colonne. Dans la description de la barque divine il est parlé de peaux solidement établies sur les saaï \ sans doute pour rendre l’imperméabilité plus complète.

Il s’agit des saaou ou poteaux qui n'ont pas opéré l'effet nécessaire sur les kasanou. Je ne réussis pas à compléter le verbe auquel il manque un ou deux signes, et que je rends par tenir, fixer, arrêter. C’est dans tous les cas une action de force. Cette action s’opère sur les kasanou de la barque , objets qu’on trouve ici nommés pour la première fois.

Les groupes /[}> aWPiil» JfPua > Kic’ éveillent l’idée de clôture , fermeture, entourage, enveloppement ( case, caisse ); c’est tout ce que nous pou -

* Mariette: Abydos , 6,37.

- Naville: Mythe d'Horus , 7, 6.

MELANGES EGYPTOLOGIQUKS.

vons dire à l’appui des vraisemblances qui nous portent à voir dans les *es plateaux de bois qui

forment l’enveloppe extérieure d’un navire.

partie entre parenthèses est restituée d’après les débris des signes ; elle n’offre cependant pas une certitude absolue. Le sens est toutefois naturel ; la barque en

radoub était

c’est-à-dire renversée ; après sa

réparation, elle s’est relevée de cette position.

K. De longues membrures de bois de tamou

L’arbre tamou ou tam est rarement cité dans les textes ; il est du nombre des sept arbres sacrés de Denderah , mais il ne ligure pas parmi les arbres rares du jardin du scribe Anna à Thèbes '.

Le texte le plus significatif a été cité par M. Le Page- Renouf, d’après un monument mentionné au Musée Clarac, où il est parlé de liquide ou huile de tam pour allumer les lampes des temples \ Il suit de là que l’arbre tam fournissait de gros et longs madriers , et d’un autre côté produisait de l’huile à brûler. Je ne vois guère que le noyer qui puisse satisfaire à ces deux conditions. Cet arbre, originaire de la Perse, a pu être connu des Égyptiens, au moins comme arbre rare. On sait que les Égyptiens de l’époque pharaonique recherchaient et importaient chez eux tous les produits naturels ou fabriqués

1 Brugsch : Recueil, I , 36 , 1. Voyez Études sur l’Antiquité historique , p. 396.

2 Zeitschrift de Berlin , 1867 , p. 33.

des nations étrangères , et en particulier les bois précieux

On ne trouve plus de noyers en Égypte , mais on n’y trouverait pas davantage les arbres dont parle Pline, et qui étaient si gros que trois hommes en embrassaient à peine le tronc \

M. Vous partirez ensemble : ;

d’un seul départ ; c’est un idiotisme remarquable.

asouaout. Ce sont des bois

qui peuvent être plus larges et plus longs que les — ~;f]^>rT^i . saaou : l’un de ces noms n’est probablement que l’augmentatif de l’autre. Ces pièces plus fortes

étaient plus facilement fournies par l’arbre ^ f

ash, ou cèdre, que par le noyer et l’acacia. Le scribe prescrit positivement l’emploi de Yash \

p- ^ , ovxa , magasin , lieu de dépôt ,

affecté principalement aux objets volumineux , tandis que le suses

cr=i|crz] est le trésor ou dépôt des choses précieuses. Pour les navires I’otxa est le chantier, la cale.

^o"©©’ ^esnou 5 Port ^u Nil qui nous est ' connu par le papyrus de Leide 1 , 368 , pl. 179 , dont j’ai donné la traduction dans la première série de mes

1 Voyez notamment Études sur l’Antiquité historique, p. 157.

2 Hist. nat. , XIII, 10.

3 Voyez ma dissertation sur le cèdre dans les hiéroglyphes , Rev. arch. 1861 , et celle de M. de llorrack sur le nom égyptien du cèdre, ibid.

MELANGES EGVPÏOLOGIQUE^.

Mélanges égyptologiques Resnou signilierait littéralement : la ville du midi de la ville; mais il n’est pas certain qu’il faille toujours attribuer aux noms propres la signification apparente des groupes qui les composent. D’après le document cité , Resnou paraît avoir été en relations avec Memphis.

AMAM

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