‹ Mélanges égyptologiquesChapitre 8 sur 66 · PM · texte numérisé non relu

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seigneur.

Il apparaît, d’après la teneur de ce document, que les deux individus qu’il désigne dans son préambule , savoir : le scribe Amennakhtou et le chef ouvrier Djetsou exerçaient la fonction de gardiens du Kher ou quartier des tombeaux à Thèbes. L’écrivain du document, dont nous ne connaissons ni le nom , ni les titres, agit comme surveillant des gardiens, et remplit les fonctions d’inspecteur de police que nous avons vu exercées par les scribes du gouverneur ou poliarque et par le Ha ou commandant de la ville. lia sa police à lui, et recueille des informations sur tous les faits irréguliers

NOTE COMMINATOIRE

ou criminels commis dans la nécropole ; c’est à lui qu’on adresse ces déclarations de paroles grandes , c’est-à-dire les révélations de crimes dignes du dernier supplice, que nous avons discutées à propos du papyrus Abbott'. Il est digne de remarque que Horasherau , scribe rapporteur de ce dernier document, est fils d’un Amennakhtou, et il est fort possible que cet Amennakhtou soit le même personnage que celui dont notre texte gourmande la négligence.

Les délations sont le plus souvent empruntées aux propos tenus par les gens de la population de la nécropole. Ici, il s’agit d’un simple manouvrier qui aurait signalé aux gardiens du Kher, en les taxant de négligence, un certain nombre de méfaits, et incriminé plusieurs individus dont les noms sont donnés. S’ils eussent été informés, Amennakhtou et Djetsou auraient dû adresser un rapport circonstancié au gouverneur , à qui appartenait le droit d’investigation et de poursuites. Ils ne Pont pas fait , et, par la pièce que je viens de traduire , ils sont mis en demeure de procéder contre les individus dénoncés, sinon il sera fait rapport au pharaon. Cette marche est parfaitement conforme aux habitudes formalistes et méticuleuses de la procédure égyptienne, telles que je les ai exposées dans mon travail sur la spoliation des hypogées et dans d’autres dissertations.

Il y a encore lieu de remarquer dans ce nouveau

1 Ci-devant , tome I , p. 121 et suiv.

MÉLANGES KGYPTOLOGFQUES.

document les tendances ironiques du style des scribes, dont le papyrus Abbott nous a donné de remarquables échantillons. L’écrivain met dans la bouche de l’ouvrier dénonciateur des paroles qui constituent une critique assez énergique de la négligence des gardiens : Vous êtes mes supérieurs , vous êtes les gardiens du Kher ! Le pharaon, votre maître , vous loue de votre zèle. Eli bien! je n'ai rien dit , moi , mais voyez les crimes que vous laissez commettre sans paraître les apercevoir , etc. , etc.

Beaucoup de ces méfaits échappaient à la répression ; on ne les révélait pas toujours; mais lorsqu’ils avaient été révélés et consignés dans un rapport écrit, ils devenaient authentiques, et alors les fonctionnaires avaient le

devoir rigoureux de les déférer à la justice. Ces observations fournissent un excellent commentaire du passage du papyrus Abbott dans lequel , à propos d’affaires criminelles, il est expliqué :

« Qu'on ne les a pas passées sous silence ; qu’elles ont eu de l’authenticité »

Ces discussions serrées des textes sont encore absolument nécessaires , et d’autant plus nécessaires qu’on a déjà cherché à codifier les règles de la grammaire et à constituer le vocabulaire de la langue égyptienne. Ces essais témoignent d’un travail immense et peuvent offrir aux débutants des facilités très-appréciables. Mais , quanta présent, la science ne cesse de s’enrichir, et l’inventaire d’hier est insuffisant aujourd’hui. En ce qui

i Ci-devant, tome I,p. 122.

NOTE COMMINATOIRE

concerne la syntaxe, il faut se montrer extrêmement circonspect avant d’adopter des règles ; il faut surtout ne citer que des textes dont l’interprétation soit tout-àfait indiscutable. Or, c'est ce qui n’a pas toujours été observé * et ce qu’il est peut-être encore impossible d’observer complètement. L’unique voie du progrès consiste toujours dans l’investigation directe des textes et dans le classement méthodique des mots et des formes bien authentiques. Je proposerai comme exemple à noter les deux modes du futur des verbes constatés par le texte transcrit p. 40 ci-devant :

(j "<S>' , vous êtes pour faire , vous ferez ;

et

Ce dernier exemple prouve que le suffixe-pronom joint au radical du verbe, qu’on sait représenter le présent et le passé , peut aussi s’employer pour le futur. On connaît au surplus des centaines d’exemples de cet emploi , qu’il ne faut jamais perdre de vue dans la traduction de textes embarrassants.

i Des membres de phrase appartenant à des phrases nettement distinctes et indépendantes ont été souvent réunis en une phrase unique .absolument arbitraire , et cependant proposée comme exemple A l’trçpui de certaines règles grammaticales.

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