‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 112 sur 186 · Le Moniteur, 31 décembre · texte numérisé non relu

Le Moniteur, 31 décembre

h. Id., 31 juillet 1818.

Du belvédère on découvrait le tableau de Paris, la promenade des Champs-Élysées dont le jardin semblait faire partie. L’exhaussement du terrain au-dessus du niveau primitif avait seul coûté à M. Beaujon dix-huit cent mille francs. Ce belvédère était couronné d’un phare. Des pelouses, des tapis de verdure, des bouquets d’arbustes exotiques invitaient à la promenade, des cabinets de charmilles ménageaient d’agréables surprises, tandis qu'un restaurant, tenu par Bussière, réjouissait les gourmets”.

Cotterel, dans sa plaquette, nous donne en outre quelques considérations sanitaires sur les Promenades aériennes, affirmant que plusieurs malades paralysés, qui l'avaient consulté à ce sujet, en avaient éprouvé des effets si salutaires qu'ils y étaient revenus souvent, se bornant d’abord aux courses ascendantes et arrivant par degrés à la course totale. « Le plaisir, ajoute-t-il, est le baume de la santé, comme la santé est le baume de la vie. » Et dans le style exagéré de l’époque, avec des considérations sur le corps humain « assemblage de liquides et de solides », et « le poids de l'air ambiant sur notre surface cutanée », remontant au traité de l’air, des eaux et des lieux d'Hippocrate — ah! passons au déluge! — le bon docteur s'efforce de démontrer que les Promenades aériennes sont, dans la plupart des cas, non seulement un moyen d'’affermir et de conserver la santé, mais aussi de la rétablir. Chemin faisant, on y trouve quelques recommandations sur les médicaments alors en vogue : les grains de santé du docteur Franck et le vin de Séguin. Que ces réclames viennent-elles faire dans cette galère, ou mieux dans ces chars aériens ? Ce sont encore certaines allusions aux médecins à la mode, à l’enchanteur Alibert, le médecin des dames, qui plonge ses malades dans les eaux minérales factices de Tivoli ou de la Pompe à feu. « Nous osons, s’écrie Cotterel, enchérir sur ce célèbre médecin... ; nous baignons nos dames dans l’air, ce qui vaut mieux que de les condamner par le mauvais temps à frotter leur bonheur du jour, leurs chiffonniers, leurs commodes, ou même leurs parquets. » L'air! milieu huit cents fois moins dense et plus léger que l’eau, dit l’auteur. Mais ce dernier ne désespère pas de voir « les Naïades et les Zéphyrs » se donner rendez-vous aux Promenades aériennes, idée que, de nos iours, réaliseront les

Water-Chutes.

1. Au temps de la Chartreuse, une salle du rez-de-chaussée avait été surnommée par Beaujon le Salon des Lilas, à cause des lilas peints à fresque qui la décoraient.

Page 1