‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 113 sur 186 · LEE · texte numérisé non relu

LEE

Re on Gr LT mi der

nat Zuheg "de (le Leilesgr!

À 3 1) 1. A1" Alle rescierr Cdicot partant pour Coinbat des forage

Lithographie de LasrevriE. — (Collection E. de Crauzat.)

MÉLANGES ÉMILE LE SENNE. Planche 15.

La médecine va devenir « une médecine aérienne couleur de rose ». La marche des chars facilite la circulation des organes abdominaux. Elle était recommandée aux valétudinaires, et l’attention du propriétaire de l'établissement avait été jusqu'à se munir de coussins « pour les personnes qui en faisaient un usage habituel ». Cette marche était également salutaire aux femmes névrosées ou indolentes, aux personnes menacées de coups de sang. Par contre, les poitrines délicates, les personnes atteintes d’affections anévrismales devaient s’en abstenir. L’exécution de l'établissement, ajoute Cotterel, avait été dirigé par M. de Liège, jeune architecte, auteur des bains de la Chaussée-d’Antin, et M. Delaunay, ingénieurmécaniste’.

Monsieur, frère du roi, voulut visiter une première fois les Montagnes, incognito, et se vit refuser l'entrée par le cerbère, un vieil invalide, qui demeura tout confus, quand le prince se fit reconnaître lors d'une seconde visite. La duchesse d'Angoulême y

vint également. On lui offrit un bouquet avec ce quatrain de mirliton : |

Un sourire de vous, Princesse magnanime, Vient de nos monts audacieux Exhausser l’orgueilleuse cime Et la porter jusqu'aux cieux.

Et comme une personne de sa suite lui proposait de porter son bouquet, Madame eut ce mot aimable : « Je vous le prête, mais non les vers, J'Y tiens beaucoup! »

La première année des Promenades aériennes fut clôturée par deux belles fêtes et des feux d'artifice exécutés par Claude Ruggieri. L'année suivante — 1818 — vit la foule se porter au nouvel établissement. L'exploitation des Montagnes continua jusqu'en 1824, mais elle ne paraît pas avoir eu toujours le succès que leur accorde Ruggieri et que laisse entrevoir le livre de Cotterel. Une petite plaquette sans date, publiée à Châlons, chez Boniez Lambert, imprimeurs rue de Brebis, n° 13, renferme les Adieux d’un Champenois à la Folie-Beaujon, Montagnes françaises, au sortir de la fête extraordinaire annoncée le 25 septembre.

mS1C.

Ce Champenois n’est guère enthousiasmé :

O ciel! que la folie est parfois ennuyeuse!

Aujourd'hui, sur la foi d’une affiche pompeuse,

Je brûle de courir à ce jardin vanté

J'entre. Dieux! Quel dézert!

Des couples ennuyés errant comme des ombres

Bâillaient nonchalamment sous des bocages sombres. Allons gravir ce mont.

Quoi ! pour le visiter, il faut payer encore!

Sans rouvrir sa bourse, on ne peut faire un pas...

Hâtons-nous de grimper sur un mont d'où la vue

De cette ville. immense embrasse l'étendue.

Quels plaisirs ravissants l'affiche nous promet !

Chacun attend son tour, brülant d'impatience

Laissons rouler ces chars; ils nous rompent la tête;

Descendons au jardin.

Observons ce café qui me (apte en passant.

Il appelle la foule, et je n'y vois personne.

Il gémit ensuite sur les sons importuns de « ménétriers

engourdis »,

Orchestre mal payé, surtout par les bravos.

Il regrette encore :

Ce joyeux Tivoli Que la nature et l’art ont si bien embelli.

Dans ce morne jardin, oh! quelle différence, Le dégoût suit déjà la froide indifférence.

La montagne en travail enfante une souris.

Pour moi, qui poursuivais un plaisir aussi mince, Dans un char léger je revole en province.

De m'être déplacé tout honteux et confus, Jurant bien que Beaujon ne me reverra plus.

Le tout est signé CLaupe SimeLet et contresigné : CoRDA.

En 1824, le jardin disparut. Les Montagnes n'avaient eu que sept années d'existence, et Ruggieri avait continué jusqu'à la clôture à donner ses feux d'artifice. Le dictionnaire de Beraud et Dufey, publié en 1825, nous apprend qu'à cette époque, la partie aménagée en jardin public appartenait à M. Moreau, entrepreneur de l'éclairage des rues de Paris. L'autre partie : jardin anglais, belvédère et anciens bâtiments, était la propriété de la famille Vandenberghe. De 1825 à 1850, le domaine de Beaujon fut morcelé, et des constructions s’édifièrent, sous le patronage d’une société. Les rues Chateaubriand, Lord Byron et Fortunée, furent ouvertes, — cette dernière ayant pris le nom d’une des sociétaires, M° Hamelin ‘. L'hôtel proprement dit fut ensuite habité par Gudin, le peintre de marines, et par le marquis de Bercy”. Nous avons vu comment Balzac avait acheté un petit coin de terre à la Chartreuse et y était venu mourir, tout près de la chapelle Saint-Nicolas qui constituait pour le romancier un des charmes de sa modeste habitation*.

« J'ai la maison de monsieur Beaujon, disait Balzac mourant à Victor Hugo, j'ai la maison, moins le jardin, mais avec la tribune sur la petite église du coin de la rue. J’ai là, dans mon escalier, une porte qui s'ouvre sur l’église. Un tour de clef, et je suis à la messe. Je tiens plus à cette tribune qu au jardin. » Et Victor Hugo ajoute dans ses Choses Vues : « Balzac fut d’abord exposé dans la chapelle Beaujon, et 1l passa par cette porte dont la clef lui était à elle seule plus précieuse que tous les jardins-paradis de l’ancien fermier général. » Victor Hugo commet ici une légère erreur. Beaujon ne figure pas sur la liste des fermiers généraux dressée par le baron Pichon et publiée par Paul Eudel.

1. Cf. dans Paris qui s’en va une fort belle eau-forte de Léopold Flameng sur le Cèdre de Beaujon et l'atelier de Gigoux. Le catalogue de Noël Charavay — juillet 1916 — signale parmi les autographes une pétition des habitants du quartier Beaujon, août 1850, pour demander que le nom de la rue Fortunée soit changé en celui de Balzac. Parmi les signataires figurent le peintre Gudin et le surintendant des Beaux-Arts de Nieuwerkerke.

2. L’aimable autorisation de M. Leblanc-Barbedienne nous permet de reproduire un curieux tableau de Louis Cabat, exposé au Salon de 1834, et représentant les jardins Beaujon. Ce tableau fit partie de la collection de la duchesse d'Orléans et de la collection Deforge. Il a figuré au Pavillon de la Ville de Paris, en 1900. L'œuvre de Cabat, sur les jardins Beaujon, « reproduit un des terrains en friche où l’abandon laissait alors tomber « les parcs splendides du richissime banquier de l’ancien régime. Elle à marqué dans les « annales du siècle dernier ». Elle a fait l’objet d’une étude de M. Prosper Dorbec dans la Gazette des Beaux-Arts, avril 1909, et a été signalée par M. Vuaflart dans le Bulletin de la Société d'Iconographie parisienne, 1910.

3. C’est aujourd’hui, transformée et presque méconnaissable, la propriété de la baronne Salomon de Rothschild. Cf. notre étude sur Balzac à Beaujon. Bull. du VIII arrondisse-

ment.

Simple attirance, ou coïncidence de faits, comme l'Histoire se complaît à nous en offrir : Balzac repentant, Balzac venant expirer dans les sentiments religieux, à l’ombre de celte même chapelle que Beaujon, l’auteur de la Folie, avait fait édifier près de sa Chartreuse, à l'heure du retour à Dieu, Balzac, qui se complut à étudier la vie de province et la vie de Paris, à composer tant de personnages symboliques dont les figures complexes demeurent à jamais pour fixer d’un nom telle ou telle classe d’individu, Balzac qui sut incarner dans chacune de ses créations le prototype de nos travers ou de nos manies, Balzac fatigué d’avoir si bien disséqué l'existence, vient apprendre à mourir dans le logis d’un de ces personnages qui ont si bien vécu.

Et il est curieux de voir que le dernier habitant du domaine de Beaujon, de ce Beaujon qui fut tour à tour financier, constructeur de Folie, et fondateur d’édifices pieux, de ce domaine qui connut tant de vicissitudes et de fortunes diverses, fut précisément l’auteur de la Comédie humaine.

Secrétaire Général du Vieux-Montmartre, secrétaire adjoint de la Soc. Hist. du VIT: arrt.

ANNAS AT J'IINA SHONVIAN

CLASS SC (-AUU91p2QUDE 9UV1Q9T U0192))07)) HOBÉEPOUOTES

NOfAVAY SNIQUVL SAT — ‘’LVAVO SIAOT

Page 1