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AUJOURD HUI CASERNE PENTHIÈVRE

(Dessin de F. Vépx.)

MÉLANGES ÉMILE LE SENNE, Planche 18,

SOND'ATEDATCVPAT CENT ANS: 197

trois mois, un emploi de son grade. Ce n’est que lorsque son ancien chef en Espagne, le maréchal Soult, est nommé ministre, que l’ancien capitaine du 8° de ligne est enfin affecté au 10° léger.

Mars 1815 : l'espoir glorieux renaît.

En juin, mon grand-père est à l’armée du Rhin, avec Rapp; Strasbourg ne se rend pas, et il ÿ a encore là quelques belles heures, malgré qu'on soupçonne le désastre de Waterloo.

En août, la garnison reçoit la visite du duc d’Angoulème. Le capitaine et ses hommes n'ont pas trouvé de cocardes blanches, et se présentent avec la cocarde tricolore! Aussi, par un décret du 9 septembre 1815, mon grand-père est-il mis en « non activité »!

Tout cela me paraissait curieux, en ces temps lointains d'avant la « Grande Guerre ». Mais, combien je le trouve pâle, mesquin presque, à côté de l’immensité de ce drame, où nous remplissons des rôles modestes ou sublimes. Le courage, le dévouement, l’endurance, l'horreur, la gloire, se précipitent pêle-mêle, autour de nous, en cataractes. À peine avons-nous le temps de saluer et de glorifier les Le Senne, que d’autres camarades se pressent pour les imiter, les venger, et nous assurer le triomphe.

Et combien seront doux les temps qui suivront la Victoire! combien différera l'estime réservée à ceux qui auront combattu de 1914 à 1917, du sort réservé aux braves soldats de l’ancienne Épopée!

Mon grand-père fut en effet réveillé le 12 novembre 1815 par deux messieurs, peu distingués, qui lui présentèrent un papier sur lequel était écrit : « Louis, par la Grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, ordonnons que :

« Le capitaine La Vallée Poussin (Étienne, Pierre, Rémi de) inculpé de complot contre la sûreté du Royaume, sera écroué au fort de Vincennes, et après enquête, s’il est présumé coupable, déféré à la Cour Martiale siégeant en l'Hôtel du Val-de-Grâce, à Paris. »

Les deux messieurs le conduisirent à Vincennes. Au cours de l'instruction, mon grand-père apprit que la façon dont il s'était exprimé, à plusieurs reprises, sur le compte de la « Commis-

Fig. 11.

sion chargée d'examiner la conduite des officiers de l’armée des Cent Jours », pouvait mettre le trône en péril, et prouvait son affilation à un complot destiné à ramener l’Usurpateur. Cette commission était composée d'officiers rentrant de Gand avec le roi, ou ayant gagné leurs galons en Vendée ou à l’armée de Condé.

Le juge d'instruction, au cours d’un interrogatoire, ayant dit à mon grand-père « qu'en tenant de tels propos sur la Commission royale, il déshonorait son uniforme », vitle prévenu lui sauter à la gorge!

Il faut croire que ce geste rude n’arracha pas au magistrat sa conscience, car un ordre de lever l’écrou du capitaine de La Vallée Poussin fut envoyé, le 8 février 1816, au commandant du fort de Vincennes, lui disant « que l’inculpé était renvoyé des fins de la plainte pour manque de preuves ».

Quelques années après, mon grand-père se mariait. Il épousait une Belge, mademoiselle de Cauwer, fille de l’ancien intendant du Comte de Namur.

En 1830, avec la joie de revoir le drapeau tricolore, mon grandpère eut celle d’être rappelé à l’activité comme chef de bataillon, et d’être attaché à la mission que son ami, le maréchal Magnan, commandait en Belgique. Il fit valoir, peu après, ses droits à la retraite.

Mort à la veille du désastre de 1870, il n'eut pas le chagrin de voir, souillées de Prussiens, l’Alsace et la Lorraine.

Aujourd'hui, après quarante-six ans, je puis évoquer le vieux soldat de Wagram, de Torrès-Vedras, de Ziga, d'Almandoz, de Glogau, de Dresde, de Strasbourg, et le réveiller aux cris : « Au pas! Au trot! Au galop! Chargez! En avant! Au Rhin français! Vivent les armées de la République! »

Capitaine ne LA VALLÉE POUSSIN, . de l’État-Major de l'Armée.

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Les Théâtres

de la place de la Concorde:

La place de la Concorde, d'aspect solennel, que nous sommes habitués à voir et à admirer, est une création du xix° siècle.

Bordée jusque vers 1854 de fossés larges de 25 mètres, profonds de 5, plantée de gazons et d'arbres, garnie de cabarets fréquentés par une population assez louche, elle avait jadis un caractère presque populacier que nous avons peine à nous représenter aujourd'hui. N’avait-elle pas abrité de 1771 à 1777 les saltimbanques de la foire Saint-Ovide émigrés de la place Louis XIV ou de Vendôme? Sous la Révolution, à peine débarrassée de la guillotine, elle devint le champ d’exhibition préféré des montreurs de curiosités, des Savoyards qui y faisaient danser leurs marmottes. L'Empire, ni la Restauration ne purent lui faire perdre son caractère, et sans donner la liste des phénomènes qu'on yÿ produisit, rappelons seulement que sous le règne de Charles X, au mois de juillet 1829, on y présentait au public la baleine royale, devant laquelle Geoffroy

1. Le charmant et héroïque jeune homme à la mémoire duquel est consacrée cette publication projetait, en collaboration avec Lucien Raulet, une histoire de la place de la Concorde. Ces notes auraient trouvé place dans son livre : on les dédie aujourd’hui à son

souvenir.

14O LUCIEN LAZARD).

Saint-Hilaire vint faire une conférence. En 1835 on songea à y installer une gare de chemin de fer‘. En 1842 on pouvait y contempler au Navalorama les vues de Sainte-Hélène et l'embarquement des cendres de Napoléon « reproduits avec une vérité remarquable : les marins qui ont fait le voyage se plaisent à rendre cette justice à l’auteur », disait la réclame que répandirent dans Paris les entrepreneurs de cette sorte de panorama.

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Au début de la Révolution deux baraques en bois décoraient, sur la place de la Concorde, l’entrée des Champs-Élysées. C’étaient deux théâtres. Les voici décrits par l’auteur anonyme et peu indulgent de l'Almanach général des spectacles paru chez Froulé en 1791 :

Il y a deux salles en bois, bâties en face l’une de l’autre, à la place Louis XV : c’est le refuge des acteurs sur le pavé : quelques-uns ne sont pas sans mérite. Mr° Dugard et sa fille, injustement renvoyées des Délassements Comiques, y ont joué quelque temps. Le public qui compose l'assistance est le corps des ouvriers qui travaillent au pont de Louis XVI, auxquels se joignent les curieux de Chaillot qui passent par là. Le prix des places, comme on pense bien, est très modéré. On pourrait profiter de cette organisation pour mettre sous les yeux du peuple des leçons de modération, de justice et d'humanité.

Un des premiers acteurs de ce spectacle disait l’autre jour à haute voix à son camarade, en vidant la pinte au cabaret : « Je sommes bien enrhumé depuis que j'ons joué Beverley. »

Ce texte appelle un commentaire. Beverley aujourd'hui bien oublié, est une tragédie bourgeoise, imitée de l'anglais de Lillo, en cinq actes et en vers libres de Saurin, jouée pour la première fois à la Comédie-Française le 5 mai 1768. Elle mettait en scène d’une façon effrayante les malheurs causés par la passion du jeu : ce fut un des triomphes du grand acteur Molé. Le fait pour ce petit théâtre de représenter une pièce de cet ordre indique que son répertoire était d'un genre assez élevé.

Quant à M”° Dugard, à laquelle l’auteur de l'Art paraît porter un vif intérêt, elle jouait à celui des deux théâtres qui survécut à l’autre, à partir de 1793.

1. Eugène Le Senne, Bulletin de la Société du VIII arrondissement, 1904.

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