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LES THÉATRES DE LA PLACE.DE LA CONCORDE

Dés 1790 la troupe nous apparaît dans une circonstance à la fois triste et bouffonne. Le 16 septembre de cette année on amenait devant le commissaire de police des Champs-Élysées, Pierre-Clément Dassonvillez; un pauvre diable nommé Jean Beaubois, perruquier le Jour, et acteur le soir. Il avait volé deux montres à sa camarade, M"° Dugard, une culotte à un acteur, etc. Les témoins, tous comédiens de la maison, sont : Dugard, rue de Malte au Carrousel; sa femme M"° Dugard, née Marie-Antoinette Morange, actrice au théâtre, âgée de 35 ans; Louis Rousseau, 27 ans, rue de Malte, acteur; Louis Belnie, 19 ans, rue de la Ville-L'Évêque, acteur, et enfin Guillaume Loyson, directeur et sa femme, Anne Maurice. Ces deux derniers devenus, sans doute après la déconfiture de leur théâtre, montreurs de marionnettes, payèrent de leur tête le crime d'avoir montré au public une Charlotte Corday, sans l’apothéose finale de Marat : leur lamentable fin a été racontée dans le Bulletin de la Société du VIIF de 1904, par M. Eugène Le Senne.

Mais nous ne sommes encore qu'en 1791. Les acteurs de Loyson sont en chair et en os, et le rédacteur de l’Almanach général des spectacles ne perd pas l’occasion de faire une réclame, sinon à sa chère M"° Dugard, du moins à sa fille, « âgée de dix ans, sujet plein de grâce et d’agilité » que d’inhumains directeurs viennent de chasser des Délassements-Comiques, alors situés sur le boulevard du Temple.

Le seul changement appréciable que Loyson semble avoir apporté à son entreprise au cours de cette année, est une modification de titre : le théâtre n'est plus désigné, comme en 1790, sous le nom de Rendez-vous des Champs-Élysées mais sous celui de Spectacle des comédiens des Champs-Elysées ou de Spectacle des Champs- Elysées, sis dans les Champs-Elysées, près la place Lous XV; ainsi le nomment les exploits d’huissiers, les pièces littéraires les plus nombreuses relatives à ce pauvre spectacle.

Les personnages faméliques du Roman Comique paraissent des millionnaires, comparés aux malchanceux de la troupe de Loyson : aussi la zizanie règne-t-elle perpétuellement entre acteurs et directeur. Au mois de mai 1701 deux artistes. Dercy et sa femme, sont

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assignés par Loyson et son épouse « directeurs du spectacle des comédiens des Champs-Élysées, y demeurant », en 100 livres de dommages et intérêts au profit des pauvres de la section des Champs- Élysées.

Toute la troupe, y compris le préposé aux accessoires, défile devant le juge et déclare avec une unanimité touchante ce qui suit : Le sieur et la dame Dercy ont insulté Monsieur et Madame Loyson et leur ont fait publiquement « des scènes affligeantes ». Dercy a menacé Madame Loyson de lui donner le fouet, il a cherché à faire tomber le spectacle en refusant les rôles qu'on lui donnait. Sa femme a jeté son rôle sur le théâtre et a failli faire manquer une représentation, et n’a consenti à jouer que devant les menaces du public.

À ces accusations M"° Dercy réplique qu'elle a été engagée pour jouer les soubrettes et qu'on a voulu lui faire chanter l'opéra, à elle qui n'a pas de voix.

« Pas de voix, répond Loyson, et avec lui toute sa troupe. Que si, Vous en avez : vous avez chanté plusieurs fois et même vous avez fait plaisir au public. » Si Dercy et sa femme manquent aux répétitions c’est de la part de la seconde pure mauvaise volonté, et de la part de son mari, parce qu'il cumule avec son engagement dramatique un emploi de piqueur dans les travaux de la Ville de Paris, emploi qui l'empêche de remplir ses devoirs vis-à-vis de son théâtre. Et le juge, par sa sentence, de déclarer que le sieur Dercy ne peut être engagé à la fois avec la Nation et avec Loyson et annule son engagement théâtral, cependant que la dame Dercy est condamnée « à assister à toutes les répétitions et à jouer tous les rôles qui lui seront présentés pour le bien du spectacle ».

Deux mois plus tard, nouvel incident : un acteur, Belnie, assigne Loyson en payement de trois livres seize sous avec les intérêts, savoir deux livres pour sa journée de la Grande Fête-Dieu, une livre pour l'amende qu'il veut lui faire subir et seize sols pour la partie d’un déjeuner dont il s’est porté caution.

Loyson se défend comme un beau diable : il ne doit pas deux livres à Belnie, parce que le jour de la Fête-Dieu, son spectacle, comme tous les autres, était fermé; les viagt sous d'amende sont convenus entre ses acteurs et lui « toutes les fois qu'ils manqueront de se trouver au spectacle à l'heure indiquée », « qu’enfin pour ce qui était de la partie du déjeuner, le demandeur devait être d'autant

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