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La Médaille de la Chapelle Expiatoire
Le monument érigé sur l'emplacement de l’ancien cimetière de la Madeleine où, en 1793, furent inhumés les corps de Louis XVI et de Marie-Antoinette, est une fondation du roi Louis XVIII. Elle consacre, par un souvenir religieux et familial, le terrain qui pendant vingt et un ans conserva les restes mortels d’un roi et d’une reine de France. Élevé aux frais de la cassette royale. cet édifice, œuvre de l'architecte P.-F.-L. Fontaine, fut commencé en 1816 et terminé sous le règne de Charles X !.
L'année même de sa mort, Louis XVIII avait eu la satisfaction de voir, dans la chapelle encore inachevée, le service anniversaire célébré pour la première fois, le 21 janvier 1824, par le grand aumônier de France, le prince de Croy, archevêque de Rouen. Deux ans plus tard, en 1826, le monument était achevé ainsi qu'en témoigne l'inscription gravée au fronton de la porte d'entrée.
Pour commémorer cette fondation, qui venait de doter Paris d’une œuvre architecturale très réfléchie et très expressive, on songea à
1. En collaboration avec M. Albert Vuaflart, je prépare un travail complet sur la Chapelle de la rue d'Anjou et les autres monuments expiatoires. Le présent article est emprunté à cet ouvrage.
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frapper une médaille destinée à enrichir la collection de l'histoire métallique de nos rois. Les Archives nationales (Série 0°,1470) conservent un dossier de pièces originales se rapportant à cette médaille. J'ai pensé que sa publication offrait un intérêt suffisant pour prendre place dans les Mélanges d'histoire parisienne dédiés à la mémoire
glorieuse d'Emile Le Senne.
C'est le graveur Louis-Michel Petit’ qui, du consentement de l'architecte Fontaine, et peut-être à son inspiration, eut le premier la pensée de commémorer par une médaille l'achèvement du monument. Je la trouve exprimée dans une lettre que l'artiste adressait en décembre 1826 au vicomte de la Rochefoucauld, aide de camp du roi et directeur du département des Beaux-Arts :
Désirant, comme graveur en médaille, saisir l’occasion de témoigner mon zèle, je m’empresse de vous prier de vouloir bien agréer ma demande pour être mis sur les rangs des artistes que vous daignerez proposer pour être chargé de l’exécution en médaille de l’achèvement de la chapelle expiatoire de la rue d'Anjou, ce monument étant du nombre de ceux que l’on est dans l’usage de perpétuer par un souvenir numismatique. Je n’ose me présenter pour solliciter ce nouveau travail, qu'après m'être assuré du consentement de M. Fontaine, architecte du roi, auteur du monument.
Quelques jours plus tard, le directeur des Beaux-Arts transmettait cette demande à M. de Puymaurin qui dirigeait alors la Monnaie des Médailles, et le priait de lui faire savoir ce qu'il pensait du projet et des titres de l'artiste, Le vicomte de Beaurecueil, qui remplaçait alors le directeur en congé, s’empressa de fournir au directeur des Beaux-Arts les explications demandées :
Je ne sais si votre intention est réellement de faire frapper une médaille destinée à perpétuer le souvenir de l’érection de la chapelle expiatoire de la rue d'Anjou, peut-être M. Petit est-il le seul qui en ait l’idée dans ce moment, quoique sa lettre semble demander une gravure projetée ; mais, M. le vicomte, si vous me permettez de vous présenter ici mon opinion, je pense comme ce graveur, que pour l'importance de son objet et sa perfection sous le rapport de l’art, le monument de la rue d'Anjou est digne des honneurs numismatiques et ferait une très belle médaille, dont un côté représenterait le buste du roi, et l’autre la vue du monument, avec une légende et un exergue que l’Académie serait invitée à composer. Je pense aussi que M. Petit est très capable de bien faire cette médaille, il en a donné plusieurs preuves, et nous le comptons parmi les artistes distingués.
1. Petit (Louis-Michel), sculpteur et graveur en médailles, né à Paris, le 29 août 1991, mort dans la même ville, le 19 juillet 1844. Élève de Simon et de Cartelier:
Cependant le vicomte de La Rochefoucauld, bien que favorable au projet, se voyait arrêté par une difficulté matérielle, le budget de l'exercice 1827 ne pouvant fournir aucune ressource pour faire face à la dépense. Le 19 décembre il écrit à M. de Puymaurin :
A moins que le paiement n’en fût différé jusqu'en 1828, il serait de toute impossibilité de donner suite à ce projet. Je vous prierai donc de voir si M. Petit consentirait à ce que le prix de cet ouvrage ne fût acquitté que dans l’année dont il s’agit. Dans le cas où il se déciderait à attendre ce terme, je vous autoriserais à entrer en arrangement avec lui pour les conditions ultérieures, et vous voudriez bien prendre toutes les mesures nécessaires à l’effet de faire suivre à cette affaire une marche régulière.
Les choses s'arrangèrent, puisque, le 29 décembre, le directeur des Beaux-Arts faisait part de sa décision au directeur de la Monnaie
des Médailles :
J'ai jugé convenable d'enrichir la collection du roi de la médaille destinée à perpétuer le souvenir de l'érection du monument expiatoire du cimetière de la Madeleine, et pour parvenir d’une manière régulière à l’exécution de cette entreprise, je viens de soumettre aux lumières de l’Académie des Inscriptions et Belles- Lettres la composition du type et de la légende de cette médaille. Je vous ferai connaître le résultat de son travail lorsqu'il me sera parvenu, vous aurez ensuite à débattre, avec M. Petit, le prix auquel vous paraîtra devoir être fixé l'exécution de l'ouvrage qui lui sera confié.
En même temps, il écrivait au baron Dacier, secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions :
Le monument expiatoire construit sur le terrain de la Madeleine ayant pour objet de consacrer dignement l'hommage public de regrets et de douleurs rendu à l’auguste victime de nos orages politiques, j'ai pensé qu’il était du nombre de ceux dont l'érection mériterait d’être transmise à la postérité par un souvenir numismatique, et j'ai cru pouvoir compter sur la coopération de l’Académie pour l’exécution de cette entreprise. Je viens en conséquence vous prier de vouloir bien lui en mettre l’objet sous les yeux et de l’inviter à m'aider de ses lumières, en se chargeant de composer le type et la légende dont le but de cette médaille lui fournira la matière.
La réponse de l’Académie demanda près de trois mois pour parvenir à la direction des Beaux-Arts. Pendant cet intervalle, un autre graveur, Vatinelle', avait fait valoir ses titres académiques pour obtenir la commande de la médaille. Sa qualité d’ancien pension-
1. Vatinelle, Ursin-Jules, graveur en médailles, né à Paris en 1798. J’ignore la date de son décès. En 1819 il avait remporté le Grand-Prix de Rome de gravure en médailles dont le sujet était Milon de Crotone.
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naire à Rome lui donnait un droit reconnu et, par l'intermédiaire de Dacier, la Compagnie le recommanda tout particulièrement au choix du directeur des Beaux-Arts. Celui-ci accueillit favorablement la nouvelle candidature, mais il se -:ontra moins accommodant à l'égard des propositions de l’Académie.
Voici la lettre de Dacier, datée du 13 mars 1827; elle contient de curieux détails sur la composition de la médaille projetée :
D’après la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 29 décembre dernier, l’Académie s’est occupée, avec un pieux empressement, de la composition de la médaille relative au monument expiatoire construit sur le terrain de la Madeleine, et consacré à la mémoire de deux augustes victimes. Les dessins de ce projet de médaille sont joints à cette lettre. Vous y remarquerez que, dans ce projet, l’Académie n’a pas suivi l'usage ordinaire de placer la tête du roi d’un côté et le sujet du type de l’autre. Il y a dans l’histoire métallique des rois de France, comme dans les médailles antiques, des exemples de cette espèce, et l’Académie a dû l’adopter dans cette circonstance, afin de n’avoir point à décider si la médaille porterait la tête de S. M. le feu roi, ou celle du roi régnant, le monument ayant été commencé et presque achevé sous le règne de Louis XVIII et ayant été consacré sous celui de Charles X. La médaille aura donc deux types, et sur l’un des deux les deux rois seront nommés. |
Le premier type représente la Religion, l’aspersoir d’une main, bénissant le lieu où avaient été déposés les restes du Roi et de la Reine, et posant, de l’autre, la croix sur ce lieu même indiqué par une pierre tumulaire. Vis-à-vis de la Religion, la France personnifiée tient d’une main le modèle, en petit, du monument, et indique, de l’autre, la place qu'il occupera. Ces deux idées sont expliquées par la légende : TELLVS RITE PIATVR, et par l'inscription de l’exergue : EFFOSsIS REGALIVM EXVVIARVM RELLIQVIIS.
L'autre type présente, sur une plus grande dimension, la figure exacte de la chapelle expiatoire, avec cette légende : MEMORIAE LVDOVICI XVI ET MARIAE ANTONIAE ; on lit à l’exergue : DELVBRVM EXPIATORIVM LYDOVICVS XVIII ET CAROLYS %.
C'est ainsi que l’Académie a cru pouvoir répondre à vos désirs ; elle apprendra avec plaisir qu’elle y a réussi.
Elle croit devoir en même temps vous recommander pour l'exécution de cette médaille, M. Vatinelle, graveur d’un talent reconnu et le dernier pensionnaire du roi, revenu de Rome. Il est d'usage, dans la peinture et la sculpture, que tout élève, à son retour de Rome, reçoive une commande du gouvernement, soit comme encouragement de faveur, soit comme moyen fourni à l’élève de faire connaître son talent et ses progrès. Cet usage, adopté pour les graveurs en médailles, ne peut qu'être très favorable à l'avancement de l’art; une pareille circonstance ne se présente d’ailleurs que tous les quatre ans, le prix de ce genre de gravure n'étant décerné qu’une fois dans le même intervalle. Le Ministre de la Maison du Roi ayant la Monnaie des Médailles dans ses attributions, ce n’est que de ce ministère que peut procéder la faveur que l’Académie demande, et avec toute justice, pour M: Vatinelle. C’estle vœu qu’elle me charge d’avoir l’honneur de vous exprimer.
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a. — Projet pour le revers de la b. — La Médaille de la Chapelle
Médaille.
expiatoire, 1826.
Planche 26.
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De son côté, le graveur Vatinelle, dans une lettre du 19 Mars, se recommandait en ces termes au directeur des Beaux-Arts :
Sensible à l’accueil favorable dont vous m'avez honoré, j'en réclame les bons effets en vous priant de me désigner pour l’exécution de la médaille du monument expiatoire de la famille royale dont les dessins vous ont été présentés par l'Institut qui, m'a-t-on assuré, prend un intérêt particulier pour que j'en sois chargé comme seul pensionnaire graveur et comme un acte de justice à me rendre, n'ayant pas encore obtenu, depuis deux ans que je suis de retour d'Italie, aucun travail de la munificence du Roi.
Le vicomte de La Rochefoucauld jugea à propos de faire quelques observations à l’Académie, au sujet du revers de la médaille et de la langue latine employée dans les inscriptions, à laquelle il aurait voulu substituer la langue française. D'autre part, il proposa de confier aux deux artistes sur les rangs, Petit et Vatinelle, la gravure de la médaille. Le 31 mars, 1l répondit à Dacier :
J'ai reçu, avec la lettre que vous m’avez fait l'honneur de m'écrire, le 13 de mars, les deux dessins de la médaille relative au monument expiatoire construit sur le terrain de la Madeleine. Le premier type de cette médaille... m’a paru composé d’une manière convenable et qui explique parfaitement l’objet de la médaille. Le second type représentant en perspective la figure exacte de la chapelle expiatoire m'a paru susceptible de quelque modification : cette manière de représenter à vol d'oiseau un monument, me semble surannée et n'être pas du ressort de la numismatique. Une élévation géométrale conviendrait peut-être mieux, c’est une observation que je soumets aux lumières de l’Académie.
Il en est de mème de la langue qu’il paraîtrait convenable d’adopter pour les inscriptions de médailles. La langue française est aujourd’hui universelle, ses formes sont désormais fixées et quelques exemples prouvent que, malgré les articles et les auxiliaires, elle ne répugne pas,’autant qu’on veut bien le dire, au style des inscriptions. Dans un sujet destiné à consacrer l’expiation d’un grand crime et qui intéresse particulièrement toute la nation, ne serait-ce pas une heureuse innovation de se servir de la langue française pour expliquer le sujet de la médaille ? Ceci toutefois n’est qu’une simple réflexion que l’Académie appréciera dans sa sagesse. J'ai donc l’honneur de vous renvoyer les deux dessins que vous m'avez transmis, afin que si elle adopte les observations que je vous prie de lui soumettre, elle puisse faire exécuter un nouveou type pour la face de la médaille qui doit représenter le monument, et composer en langue nationale les inscriptions destinées à perpétuer le souvenir de son érection.
Quant à la vroposition que l’Académie a faite de confier à M. Vatinelle le soin de graver cette médaille, je suis très disposé à le charger du type principal, mais je pense en même temps qu'il est de toute justice de charger M. Petit de la gravure de l’autre type, car c’est lui qui, le premier, a conçu l’idée de la faire frapper. Il pouvait à ce litre en revendiquer l’exécution, mais quand il a su quel était le graveur proposé par l’Académie, il s’est empressé de se désister de ses prétentions en rendant hommage au mérite de son concurrent et en reconnaissant qu’en la qualité de pensionnaire du roi à Rome, M. Vatinelle avait droit à la préférence qui lui était accordée, Une semblable conduite honore trop M. Petit pour que je ne la
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fasse pas connaître à l’Académie, et comme par une circonstance particulière la médaille dont il est question doit avoir deux types, il devient possible de partager le travail. Je ne doute pas que l’Académie n’éprouve, ainsi que moi, une véritable satisfaction de pouvoir encourager deux artistes également recommandables par leur talent et par d’honorables sentiments.
Les dessins qui étaient joints à la lettre de Dacier ne se trouvent plus au dossier; leur perte est regrettable car ils devaient être de la main du sculpteur Lemot, dessinateur officiel de l’Académie. Par contre ce même dossier contient un dessin à la mine de plomb représentant une élévation géométrale du monument. Il est permis d'y reconnaître un croquis envoyé par le vicomte de La Rochefoucauld à l’appui de sa thèse. La planche 26 donne la reproduction de ce dessin et celle de la médaille.
Les observations du vicomte de La Rochefoucauld furent mürement pesées par l’Académie qui, le 12 avril, chargea son secrétaire perpétuel de transmettre les réflexions suivantes pleines de sagesse et de bon sens :
1° À l'égard de la représentation en perspective de la chapelle, au lieu d’être figurée en géométral, l’Académie a adopté ce parti pour plus d’une raison, tout en blâmant en général les vues perspectives, soit à l'égard des monuments, soit pour les scènes des figures, puisque la sculpture en bas-relief, et telle est la gravure en médailles, ne doit jamais viser au pittoresque, étant une sorte d’écriture figurative, et dans la nature de ses moyens, de donner l’idée abrégée des choses, plutôt que l’image d’uue réalité effective. L'Académie sait bien que ce goùt de pittoresque et de perspective a régné, en Hollande surtout, dans les médailles, et même dans quelques-unes de l’histoire métallique de Louis XIV.
Cependant il faut se garder de toute opinion exclusive sur ce point. Ainsi l’antiquité qui nous a donné les règles et les modèles de toutes les bonnes méthodes, et dont on ne saurait trop suivre les procédés dans l’art de la gravure en médailles où les anciens sont encore nos maîtres, l'antiquité, dis-je, nous a transmis dans un grand nombre de superbes médaillons, des exemples d’édifices figurés en perspective et à vol d'oiseau. On croit en voir la raison dans la nature même des objets qu'ils ont ainsi figurés en perspective et à vol d'oiseau, et qui sont assez généralement des ports de mer, des cirques, des amphithéâtres et d’autres monuments semblables; c’est qu’un simple extérieur géométral n’aurait donné qu’une faible et fausse idée de ces constructions. Pour en développer la grande étendue intérieure, les anciens durent les montrer à vol d'oiseau et en perspective; ils ont été jusqu’à représenter les spectateurs assis sur les degrés circulaires de quelques-uns de ces intérieurs.
C’est en vertu de ces nombreuses autorités que, ayant à représenter sur le type de la médaille dont il s’agit, un monument consistant en une succession de bâtiments et d’avant-cours qui, dans la réalité, indiquent avec beaucoup de goût le caractère et la destination de la chapelle expiatoire, on a pensé devoir profiter des exemples donnés par les anciens, ce qui a paru en tout plus convenable qu’une
imitation en petit, réduite au trait géométral du seul corps de la chapelle. Ces accompagnements, avec quelques cyprès si l’on veut, formeront un type plus riche, plus varié et plus caractéristique. Aussi pour plus d’exactitude, a-t-on eu recours à l'architecte, M. Fontaine, qui a bien voulu prêter un de ses dessins.
Rien, sans doute, ne serait plus facile que de réduire le tout à la ligne froide du géométral, et l’Académie se conformerait à l’ordre qu'elle en recevrait, mais elle regretterait d’être obligée de supprimer ce qui, dans cet ensemble, désigne avec plus de clarté le genre sépulcral et la destination du monument.
2° À l'égard de la langue qu’il convient d'adopter pour les légendes des médailles et pour les inscriptions, l'Académie pense n’avoir plus rien à dire de nouveau sur cette question tant de fois débattue. Elle a été souvent renouvelée, et l’on pourrait en citer un exemple qui n’est pas très ancien, ainsi que de l’inutilité des tentatives faites pour remplacer le latin par le français.
L'Académie vous prie d’observer, quelle que soit d’ailleurs l’universalité de la langue française, que le latin est bien aussi une langue universelle, puisqu'il est connu dans toutes les parties de l’Europe, de tout ce qui a quelque éducation et quelque culture. De plus, que l’avantage du latin est d’être à la fois une langue vivante et morte ; vivante, dans les He pour tous les hommes instruits, morte puisqu'on ne la GÉ plus, et que dès lors elle n’est plus sujette à aucun changement. Il ne saurait en être de même pour les langues qu’on parle, et entre toutes celles-ci, il n’en est aucune qui soit assujettie à de plus fréquentes, à de plus notables variations que le français, en sorte qu’il arrive à bien des mots de changer d’acception au bout de quelques années.
L’Académie observe, enfin, qu'entre toutes les langues connues, la langue latine par son génie propre, et par le grand usage que les Romains en ont fait pour les inscriptions, a seule la propriété d’une concision grammaticale qui permet de dire beaucoup en peu de mots, qu’elle a le privilège des inversions, des syncopes ou abréviations, des ellipses, etc., et qu'il n'existe que chez elle des formules qui constituent une sorte d’idiome numismatique. Le français a précisément, par sa clarté, par son ordre de construction, par sa syntaxe, toutes les DOPESIES contraires.
C’est pourquoi la langue latine est reçue par toute l’Europe pour les inscriptions, et l’Académie ne déroge à l'emploi du latin que dans quelques cas particuliers pour les inscriptions de quelques monuments; mais elle pense que, dans les médailles où il faut s'exprimer sur de très petits espaces par un petit nombre de mots, et souvent sur des sujets assez nombreux, l’emploi du français est inadmissible, hors quelques cas très rares, comme sur des jetons où l’on peut admettre le genre des devises. Il n’est pas non plus inutile de rappeler que toutes les histoires métalliques des rois ont été comprises dans ce mème système.
Je désire que ces détails puissent satisfaire à tous vos désirs au sujet des deux questions sur lesquelles vous avez attiré l’attention de l’Académie.
do ES La décision tarda six mois encore, mais ce fut l’Académie qui l'emporta, et les deux graveurs, ardents à se mettre au travail, le] ?
purent enfin demander les dessins officiels. La lettre est du 29 octobre 1827
L'intérêt que vous avez bien voulu prendre à nous, en daignant nous charger de l’exécution de la médaille destinée à l'inauguration du monument expiatoire de
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la rue d'Anjou, nous fait désirer que les dessins qui vous ont été présentés par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, nous soient remis, pour nous mettre à même d'utiliser notre temps et de justifier autant qu’il est en nous la confiance que vous avez bien voulu nous accorder.
Restait à débattre la question du prix. Appelés à la Direction des Monnaies et Médailles, Petit et Vatinelle remirent au directeur, le 15 novembre, leurs soumissions ainsi conçues :
Je soussigné m'engage à graver pour la monnoye des médailles, et d’après le dessin qui m’est remis, le revers de la médaille de l’inauguration de la chapelle expiatoire de la rue d'Anjou. Je fournirai pour ce revers deux creux et un poinçon, moyennant la somme de deux mille francs.