‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 141 sur 186 · VATINELLE · texte numérisé non relu

VATINELLE

Vatinelle était donc chargé du droit de la médaille offrant un groupe allégorique; Petit avait le soin du revers représentant une vue cavalière du monument. Le travail des deux artistes fut terminé dans le courant de 1828.

La proposition de paiement, adressée au directeur des Beaux- Arts par M. de Puymaurin, porte une somme de 3000 francs au compte de Vatinelle, et roo0 francs pour solde et complément à Petit, bénéficiaire d’un acompte payé le 1° août 1828. Elle est datée du 29 janvier 1829.

La médaille dont je viens d’esquisser la genèse est décrite dans le catalogue des Médailles françaises dont les coins sont conservés au Musée monétaire (Règne de Charles X, n° 22). Le module est de 5o millimètres. Elle est en vente à la Monnaie.

A l’avers, la France personnifiée, la couronne royale sur la tête, ayant déposé derrière elle l’écu aux trois fleurs de lis, est agenouillée devant la Religion et lui présente le modèle de la chapelle. La Religion, également personnifiée, debout à gauche, tenant d'une main la croix et de l’autre un rameau, semble bénir ou recevoir l’offrande qui lui est faite. La composition est commentée par ces mots TELLVS.RITE.PIATVR. (Terrain purifié par une cérémone religieuse) et, en exergue : EFFOSSIS.REGALIVM.EXVVIARVM.RELLIQVIIS. (Les restes des

dépouilles royales exhumées). Au bas : DE PvyMmavrin.p. et sur le bord de la médaille, à gauche : vAriINELLE.

Le revers offre une vue en perspective de l'édifice avec cette inscription : MEMORIAE.LVDOVICI.XVI.ET.MARIAE.ANTONIAE. (A la mémoire de Louis XVI et de Marie-Antoinette), et en exergue, continuant la légende : DELVBRVM.EXPIATORIVM.LVDOVICVS.XVIIL.ET.CAROLVS.X.ANNO. m.pccc.xxvi. (Louis XVIIT et Charles X ont consacré un temple expiatoire l’an 1826). Au-dessous : PETIr.F.

L'œuvre des deux artistes constitue un ensemble très satisfaisant. Le groupe de Vatinelle, bien composé, inspiré de la véritable tradition iconographique, est plein de caractère à défaut d'originalité. Quant au type gravé par Petit, son rôle d'artiste se trouvait nécessairement restreint par la représentation architecturale de la chapelle; mais il a su faire preuve d’habileté dans l'interprétation de l’ensemble et par la perfection des détails. La médaille du monument de la rue d'Anjou n'est pas seulement un mémorial historique — parfaitement mensonger d'ailleurs, car Charles X a dénaturé le sens de la fondation de Louis X VIIT — elle est aussi une intéressante manifestation numismatique de l’art classique à son déclin.

FÉLIX MEUNIÉ.

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La Marseillaise de l’Arc de Triomphe

Rouget de Lisle, porté aux Invalides, a fait halte devant l'Arc de Triomphe. Non parce qu'il était naturel que le poète de la Marseillaise se retrouvât, au jour de son apothéose, au milieu des soldats qui chantaient ses strophes immortelles, mais parce que la Marseillaise, désormais, nous est aussi familière dans le bas-relief de Rude que dans l'air et les vers de Rouget de Lisle.

N'y a-t-il pas là une curieuse transposition d’une œuvre d'art? Nous voyons la Marseillaise figurée dans un groupe qui, dans Ha pensée de son statuaire, ne la représente vraisemblablement pas.

Qu'est-ce que cette figure ailée. dont David d'Angers, qui n'aimait pas Rude, dont il était jaloux, disait : « Si elle marche à si amples enjambées, pourquoi a-t-elle les ailes éployées? Si elle vole, pourquoi fait-elle le grand écart, comme si elle courait? »

Rude avait espéré avoir les quatre groupes à exécuter. Îl en avait composé les maquettes qui s’effritèrent peu à peu chez les mouleurs. Il n’en reste que les dessins qui sont au Louvre. C'était le Départ, la Défense, le Retour et la Paix.

Il ne lui fut commandé que le Départ. Etex lui fut préféré pour la moitié de la décoration, et le sage Cortot pour le pendant de son groupe. | |

La commande officielle porte « qu'un haut-relief dira l'élan du patriotisme de 1792 ».

Il le dit admirablement. Et rien ne serait plus naturel que de supposer que la Marseillaise n'y est pas étrangère : mais Rude ne

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paraît pas même y avoirsongé. Quand on inaugura l’Arc de Triomphe, personne n'y songea. Dulaure vit cette figure, 1l écrivit (1836) : « Le Génie de la guerre, le glaive à la main, pousse le cri d'alarme... »

Louis de Fourcaud, dans son livre sur François Rude, reproduit la figure avec cette légende : « Tête de la Guerre. »

Pour lui, aussi, c’est la Guerre. Il donne même ce curieux détail : que c'est M"° Rude qui a posé cette figure. L'artiste l’incitait à crier de toutes ses forces, s’excitant lui-même. exigeant qu'elle clamât : « Plus fort! Plus fort! »

Et, en effet, cette bouche formidable hurle et crie, elle ne chante pas. |

Larroumet avait souvent parlé de Rude avec Frémiet, le neveu de Rude et son élève; Frémiet n'a jamais entendu nommer la Marseillaise À propos du groupe de l'Étoile. Lorsque ce groupe fut surmoulé, Larroumet obtint de l'architecte Esquié d'y avoir accès. « De palier en palier, par le frêle échafaudage, écrit-1l dans ses Petts Portraits et Notes d'art, nous sommes arrivés Jusqu'à la tête de la République. Et tout à coup, dans la cage de bois, la bouche formidable jetant son appel jusqu’à l'horizon, jusqu'aux frontieres, s’est ouverte devant nous. Vue d'en bas, cette tête est superbe; vue de près, elle est terrifiante. »

Ainsi, en cette femme, Fourcaud et Dulaure voient la Guerre, Larroumet, la République : aucun critique n'y voit la Marseillaise.

Nous qui l'y voyons, avons-nous tort? Ce n'est pas elle. Et ce sera elle, pourtant, après cette guerre, et à tout jamais. Rude n'y songeait point lorsque, de son pouce puissant et fiévreux, il modelait cette strophe ailée de son poème de glaise. Le grand artiste classique ne cherchait qu'à exprimer l'appel aux armes, le cri de la Patrie en danger. Ce cri, cet appel, la Marseillaise l'avait traduit dans ses strophes. Le sculpteur l’a traduit dans l'emportement de son chefd'œuvre. L'artiste, supérieur au poète, a rejoint le poète, mais il l’a rencontré sans le chercher.

Cette admirable figure ailée était donc, jusqu'à ce jour, anonyme. Nos héros, dignes de ceux que Rude immortalisa, nous ont révélé son nom.

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Princières Reliques du Palais Pompéien

PROVENANT DE L'HÔTEL ÉLEVÉ POUR LE PRINCE NAPOLÉON DANS L'AVENUE MONTAIGNE ET EXPOSÉES DANS LE MUSÉE-BIBLIOTHÈQUE CHARLES NORMAND AU PALAIS DE SULLY

À. Normand eut un grand et légitime succès avec son Palais Pompéien, construit pour le prince Rat, quelques années après la guerre.

Pour nous, élèves de l’École des Beaux-Arts, cette construction si peu semblable aux demeures coutumières était un rêve ; nous étions à Pompéi et nous étions tout surpris de ne point voir le panache rose et gris du Vésuve flotter au-dessus de l’Atrium.

Le nom de Normand était déjà célèbre et tous les jeunes architectes enviaient ce grand artiste qui avait pu, sortant de toutes les banalités, édifier en plein Paris cette évocation de la Grande-Grèce et nous faire revivre en pleine antiquité paiïenne.

(Discours de M. Nénot, président de l’Académie des Beaux-Arts 1.)

Comment pourrais-je mieux honorer la mémoire de mon ami Émile Le Senne, glorieusement tué à l'ennemi, qu'en évoquant le

1. Discours et Articles nécrologiques, réunis dans L’Ami des Monuments et des arls, 1° partie du tome vingt-trois (n° 130) par son fils Charles Normand. Un tirage à part a été publié

souvenir de ses Notes sur la villa pompéienne de l’avenue Montaigne” », et en continuant, en l'honneur du patriote, l’œuvre qu'il eût complétée s’il n'eût noblement sacrifié sa vie à son pays.

Je conterai quelque jour l'histoire piquante de mes efforts pour conserver à Paris ce joyau, si célèbre au dix-neuvième siècle, et comment je pus du moins sauver ses restes importants, que jé me suis efforcé de mettre en valeur, depuis 1909, dans le Musée-Bibliothèque que je fonde en ce merveilleux monument historique de la Renaissance. J'y garde un précieux dossier inconnu de mes correspondances avec le dernier propriétaire du Palais Pompéien pour mes entrevues répétées avec lui, les lettres de 1887 et la carte de visite, qu'il laissa chez moi. Voici son libellé : « Comte Parrry, 18, avenue Montaigne, 6, WaLc Srrasse. » Cette dernière adresse doit être, je suppose, celle de sa demeure en son pays d’origine, à Vienne en Autriche, pays où, dit-on, il recevait le prince de Bismarck, en ses voyages... diplomatiques.

Afin de sauver le palais pompéien, je cherchai à y prendre pied. J'offris au comte Palffy, son dernier propriétaire, d'en être l’architecte à titre gracieux. Il me répondit par une lettre de quatre pages, armoriée de deux couronnes au-dessus d’un lambel, en date du. 15 novembre 1887. Il déclarait, dans ce document précieux pour l'histoire de Paris et de ses monuments, qu'il ne recourait jamais aux architectes pour ses travaux et qu'il les ordonnait lui-même à ses ouvriers. Îl ajoutait, entre autres, « ...…. La gloire de M. votre père (ou la vôtre peut-être) effacerait la mienne si J'attachais votre nom à nouveau en qualité d'architecte à la maison romaine... » On voit à quel genre d'obstacles je me suis heurté en ma guerre de trente ans, en mes luttes de « poilu civil ». Le nom du comte Palffy demeurera inséparable d’un des plus « colossaux » actes de vandalisme.

Je ne puis oublier de citer ici le nom de la principale personne qui me seconda dans mon œuvre d'artiste patriote, soucieux de garder à son pays sa fortune monumentale, partout dilapidée : mon ami QuEzLLIEN, dit le « BARDE », chantre de PEriNnaïc, la « Jeanne d'Arc » bretonne, secrétaire de Renan et du diner celtique, dont Je sous le titre : « ORAISONS FUNÈBRES PRONONCÉES SUR LA TOMBE DE A. NORMAND, ancien Président de l’Académie des Beaux-Arts, et de l’Institut de France. » .

1. Bulletin de la Société historique et archéologique des huitième et dix-septième arrondisse:

ments. — Quatorzième année. — Juillet à décembre 1912. Paris, Libr. ancienne H. Champion, pages 76 à 89. — In-8° avec six gravures photographiques.

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garde aussi les lettres dans mon dossier d'essai de sauvetage du Palais Pompéien.

Mon ami Quellien fut tué, vers ces temps, par l’automobile de Schliemann, depuis député à Athènes et fils de l’explorateur célèbre, que je connus aux Dardanelles, quand je m'y rendis pour écrire mon livre sur ses fouilles de La Trore »'Houère.

Les autres concours pour sauver le monument furent de parade seulement, et sans conviction ou désir sérieux d'obtenir la solution favorable et nécessaire.

On jugera de l'intérêt que pouvait présenter pour la postérité la vue de cette fameuse et somptueuse demeure. J'avais obtenu de l'entrepreneur de démolition la concession gratuite, à la ville, de l’ArRIUM avec ses colonnes de si belles proportions. L'incapacité du service compétent officiel laissa perdre ce joyau. J'ai recueilli alors, grâce à la bienveillance de M" Porgès et de M. Samson, nombre de reliques, que chacun aujourd'hui demande à voir. Si j'avais disposé d'emplacement, j'en aurais sauvegardé bien d’autres, en ces trente ans d’incompréhension monumentale des richesses d'art de Paris. Il m'est impossible de faire ici la nomenclature complète et inconnue des débris que j'ai réunis en l'hôtel de Sully, et je suis obligé de ne même pas citer les plus curieux et les plus rares. J'en signalerai aujourd'hui quelques-uns, avec leurs titres exacts, rectifiant ainsi quelques-unes des erreurs en cours dans les écrits.

La nomenclature des sujets représentés tire une valeur particulière du cachet d'authenticité dont elle est empreinte : elle est la copie des mentions, écrites de sa main, par mon père, l’auteur du monument, au dos de la plupart des chässis qui supportent les toiles ornant autrefois les parois. On n’a jamais publié le texte de ces légendes officielles et mon intention, jusqu ici, était d’en réserver la publication pour l'ouvrage que je prépare sur le PALAIS POMPÉIEN et pour le futur CararoGue du Musée dont j'ai jeté les fondements dans la magnifique résidence de Suzy.

L'un de ces tableaux, qui se trouvait du côté gauche du vestibule, au Palais Pompéien, représente Le PRINTEMPS COURONNANT L'ÉTÉ DE FLEURS.

Il se détache sur fond rouge antique d’une très belle tonalité, encadré d’ornements selon la mode des peintures pompéiennes. Ce sujet était accosté de deux autres dont le fond bleu contrastait heureusement.

En pendant, j'ai placé le motif qui lui faisait face : L'AUTOMNE S’'ENDORT DANS LES BRAS DE L'Hiver. Comme on peut le voir sur la magnifique aquarelle géométrique d’A. Normand que j'ai suspendue au-dessus de l'escalier de l'hôtel, ce sujet était encadré par de très élégantes figures, un Cnasseur, une BAGCHANTE, traités à l'antique.

De l’Arrium — côté gauche — provient la « Lutte cosmogonique de la Terre contre l'Air. — La Révolte des Titans contre le Ciel. — Jupiter monté sur un quadrige guide la Victoire. — Mi-

nerve guerrière et l’Hercule céleste aident leur père et assurent son triomphe. — Cette composition symbolise l'Air. »

Je dois citer aussi plusieurs panneaux des ornements qui formaient encadrement des parois peintes. Ges morceaux sauvés donnent idée du goût véritablement pompéien formant les cadres des figures symboliques.

Au-dessus des panneaux à figures de L’Arrrum courait sur chacun des quatre murs une FRISE A PERSONNAGES, d'un grand intérêt parce que le peintre fort goûté, SÉBAsTIEN Cornu, y avait symbolisé avec grand art les idées antiques sur LA Vie. Je les ai sauvegardées en les exposant dans une frise au-dessus de la GRILLE DE Lurrr, payée par Molière, et que J'empêchai de prendre le chemin de l'Angleterre. Trois représentent LA Doureur, LA Vie Er LA Mort, LE TRAvAIL‘. Sur la quatrième frise, que j'avais placée au-dessus de mon lit, le lit antique de bronze le plus ancien connu, et datant de l’époque de la fondation de Rome environ, on a représenté la CRÉATION DE L'HOMME. Cette frise À BEAUCOUP DE STYLE ET DE CARACTÈRE, écrivent avec raison d'excellents juges : Théophile Gautier, Arsène Houssaye et Charles Coligny.

J’arrête 1c1 cette nomenclature incomplète des peintures que j'ai hospitalisées pour signaler quelques-uns des fragments d'architecture et de sculpture qu'on peut admirer à nouveau, quoique déplacés de leur cadre. Telle une vasque en marbre blanc, gardant des traces de son ancienne peinture à rehauts d'or. Elle est surmontée du masque en bronze d’une tête d'animal qui crachait l’eau. Cette fontaine se trouvait dans la salle froide des Bains du Palais Pompéien.

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