‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 142 sur 186 · Mon père n’a pas écrit de légende au dos de ce panneau · texte numérisé non relu

Mon père n’a pas écrit de légende au dos de ce panneau

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Ce monument, d’un goût exquis, eut jadis les honneurs d’une belle planche, gravée au burin. |

Tel, également, LE MASQUE ANTIQUE. EN BRONZE DE LA STATUE DE NapoLÉéON [* PAR LE STATUAIRE EUGÈNE GUILLAUME, ornait son piédestal, comme on le voit sur l’admirable dessin aquarellé d'A. Normand, représentant le palais en coupe. Ce précieux document, qui donne toutes les mesures véritables, est exposé au « Musée-Bibliothèque » de Charles Normand, qui en a donné une reproduction en héliogravure, du vivant de son père, dans les publications de la Société des Monuments Parisiens ‘. Théophile Gautier, à la p. 14, parle de cette statue, qu'il qualifie d’abord, et à tort de « buste ». C'était une statue en pied dressée sur un piédestal orné de triglyphes, selon la mode des autels antiques, et qui portait en son milieu ce masque d’un si beau caractère. De sa bouche l’eau jaillissait dans le bassin de l’Atrium. Ce bronze figure à mon Musée tel que mon père l'avait disposé, sur un fragment de beau marbre.

L’ESCALIER EN BOIS PRÉCIEUX, EXOTIQUES, que ] ai dans mon Musée- Bibliothèque, adossé à un mur pour accéder à mes livres étagés jusqu'au plafond, avait été relégué depuis la démolition dans les chantiers d’un entrepreneur ; son successeur ignorait l’origine de ce précieux monument que Je sauvai en l’achetant et en le transportant au palais de Sully. Sa rampe est faite de croisillons d'un profil exquis, selon les principes antiques dont mon père connaissait tous les secrets, grâce à ses longues études en fualie, faites avec une conscience et un art incomparables. Il faisait plans et profils à grandeur d'exécution, dans les monuments anciens qu'il relevait, comme dans les monuments qu'il a construits. À la rencontre des croisillons le centre est orné d’un fleuron ravissant. Il m'est impossible, 1c1 encore, de donner les informations détaillées sur cet escalier, qui figure sur la belle coupe dessinée par mon père et donnant les colorations harmonieuses et puissantes du vestibule d'entrée. Ce merveilleux dessin est encadré à sa place naturelle, au-dessus de l'escalier, près du portrait de mon père. Ainsi l'architecte a sans cesse sous les yeux, après sa mort, son œuvre ordonnée par son fils Charles. Il vit ainsi, entouré de l’œuvre à laquelle il avait donné toute son affection et qui le fit entrer à l’Académie des Beaux-Arts, pour en devenir le Président, quand il fut Président de l’Institut de France en 1900.

1. Bulletin de la Société des Amis des Monuments parisiens. Première partie du septième volume N° 25, vis-à-vis la page 64.

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Sous cet escalier, J'ai emmagasiné les cartons de dessins qui servirent à l'exécuter, et qui sont à toutes échelles, même à grandeur de l'exécution. J'ai d’ailleurs une multitude de dessins qui permettraient de reconstruire la châsse que constituait ce petit palais. Les uns sont des « rendus » d’une exécution magistrale : telle la porte magnifique en bois précieux et exotiques, l’un des rares morceaux que l'entrepreneur, à ma demande, avait cédés à la Ville, et que celle-ci devait transférer en ses magasins. Personne ne les a vus depuis lors. Cette porte était ornée d’ornements en bronze, selon l'habitude des portes de l'Antiquité, ainsi que je l’ai expliqué dans mon Æssai sur l'existence de l'architecture métallique antique. J'ai exposé des fragments de ce décor métallique, d'une somptuosité extraordinaire, d'un goût sûr et sévère. On les voit sous la forme des modèles exécutés par mon père à grandeur d'exécution, en la matière même de l’œuvre finale, au titre d’essai avant la réalisation définitive. Avec sa conscience, ainsi poussée aux dernières limites, 1l exarainait l'effet produit, à fins de corrections au besoin. Îl agissait souvent ainsi, comme }j ai pu le constater dans les autres travaux où 1l avait coutume de m'emmener. J'ai conservé et sauvé beaucoup d'autres modèles en plâtre, fer ou bronze; c'est une collection unique et d'un prix sans pareil, le seul moyen d’avoir idée sûre du chefd'œuvre que le huitième arrondissement a perdu. Ces modèles voisinent avec le chapiteau de la façade extérieure, polychrome, à la mode de l’Erechthéion, le monument tant célébré de l’Acropole d'Athènes où mon père avait fait aussi de fortes études. Certains de ces modèles, tels que ustensiles de portes, sont des bijoux antiques. Ils luttent d'intérêt avec les originaux, tels que poignées en bronze, qui jadis ornaient les portes du prince Napoléon, et que j'ai fixées sur les portes intérieures du palais de Suliy.

En cette très incomplète esquisse d’un monument fameux, victime comme tant d’autres de l'ignorance et de l’insouciance d’un monde officiel qui a semé bien d’autres ruines, J'ai voulu honorer la mémoire d'un des braves poilus qui sont aujourd'hui les véritables « amis des monuments parisiens et français ».

De leur corps ils ont fait ce long mur qui s'étend de la mer du Nord à Belfort, cimenté à boue et à sang. Émize Le SENNE, grâce à l'éducation due à un père lettré et raffiné, fut parmi ces héros chargés de réparer les imprévoyances, l’un de ceux qui comprenaient le mieux la noblesse de cette tâche. C'est pour honorer ce

vaillant fils de France que j'ai détaché ce chapitre inédit de l'ouvrage que je prépare sur mon Musée pu VANDALISME que J'ai dû soustraire jusqu'ici aux yeux curieux, pour raison d'organisation ; j'avais fait exception, peu avant sa mort, pour Émile Le Senne, pour l'historien qui a consacré avec émotion l’un de ses derniers écrits à une œuvre qui fut une des gloires de Paris.

Que ce glorieux enfant de France, que son père, sa mère et tous les siens reçoivent ici le trop modeste hommage de mon tribut, et

celui de mon cher père.

Président de la Société des Amis des Monuments Parisiens, Président du Syndicat français de la Presse d'Art et d’Érudition, Vice-président de la Soc. Hist. des VIITe et XVII arr‘.

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Les Chevaux de Marly

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