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LES CHEVAUX DE MARLY PENDANT LA RÉVOLUTION

Nous voici arrivés à la Révolution. Comme la plupart des beaux monuments de France et notamment ceux qui rappelaient les splendeurs du régime déchu, les Chevaux de Marly furent immédiatement en butte aux tentatives de vandalisme du peuple. Ils furent

notamment l’objet de quelques menues déprédations de la part de volontaires de l’an I. Voici une lettre de Grobert, en date du 26 fruc-

tidor, an IL, relative à ces faits :

(Arch. Nat., G. 354, dossier 1845-1846.)

À Paris, le 26 fructidor, l’an II, etc.

Le Directeur de l’Arsenal de Meulan, chef de bataillon d’artillerie, Aux Citoyens représentants, composants le Comité des Inspecteurs de la Salle.

Citoyens Représentants,

En exécution de l’arrêté des Représentants du Peuple, Députés dans le département de Seine-et-Oise, en date du 29 Nivose et de celui du Comité de Salut Public en date du 27 Thermidor, tous deux relatifs au transport des grouppes de Uoustou, existants dans le Jardin National de Marli, je vous préviens que je viens d'amener à Paris, sur la Place de la Révolution, le second de ces grouppes sans qu’il soit entamé par aucun accident, si ce n’est ceux qu'il a essuiés il y a environ un an, par une fusillade très vive et quelques coups de crosses qu’il a reçu d’un détachement de Volontaires qui passaient par Marli. Les chaires sont seulement tachées par les percussions des balles et nullement entamées. Les fractures ne portent que sur la queue et sur la crinière dont la réparation sera très facile, ces dommages ont été adressés à la Commission des Monuments.

Je vous prie de donner des ordres très promptement, afin qu'il soit établi sur le champ une garde auprès de ce grouppe et que l’on fournisse les bois nécessaires pour le chantier sur lequel l'équipage doit être établi.

Je vous prie de m'indiquer également si vous ordonnez que le charriot qui a servi au transport de ces grouppes rentre à l’Arsenal de Meulan ou si vous jugez convenable qu'il soit déposé à Paris en indiquant à cet effet Le lieu ou vous désirez qu’il soit placé.

Salut et fraternité, J. GROBERT.

Ce chariot fut pendant longtemps aux Arts et Métiers, comme nous le verrons plus loin. |

En attendant le transport à Paris, et avant même que cette décision eut été prise, on fit protéger les groupes au moyen d'une caisse qui fut construite autour d'eux et l’on paya, en floréal an II, une somme de 225 livres à un certain Huzard, charpentier, pour 45 journées de travail.

Le 29 nivôse an IT (18 janvier 1794), Delacroix et Musset, représentants du Peuple en mission dans le département de Seine-et- Oise, prirent un arrêté (dont il est fait mention dans la lettre précitée), ordonnant que les groupes seraient transportés à Paris. (Voir registre des délibérations du Conseil général de la commune

de Meulan (Seine-et-Oise), 5 pluviôse an II (25 janvier 1794), publié in extenso par M. Lucien Raulet dans le Bulletin historique et archéologique des VIIF et XVIF arrondissements de Paris, janvier-Juin 1909, F° 74.) (N. B.) Le travail de M. Raulet, auquel nous renvoyons le lecteur avide de détails, est le plus complet qui ait été publié sur les Chevaux de Marly pendant la période révolutionnaire et contient de nombreux documents inédits dont il est fait plusieurs fois mention ici. Il complète heureusement notre précédente étude sur ces groupes célèbres, qui s’arrêtait à la Révolution.)

L'emplacement définitif des groupes ne fut pas arrêté tout d'abord; ce ne fut que plus tard, dans sa séance du 5 floréal an II

(24 avril 1794), que le Comité de Salut Public décida que « les « Chevaux de Marly seront placés à l'entrée des Champs-Elysées, « en face des deux figures de Coyzevox, au Pont-Tournant, sur des « piédestaux dont David concertera avec le citoyen Hubert, inspec- « teur des travaux nationaux... » (Arch. Nat., À. F. 11. N° 80) (Cf. Raulet, op. cit.), et le 24 floréal de la même année (14 mai 1794), le Comité de Salut Public, arrêta, par l’article 23 de sa délibération du même jour, que « l'entrée des Champs-Élysées sera agrandie, « on y placera les Chevaux de Marly en face de ceux du Pont- « Tournant, les Chevaux de Marly seront flanqués de deux por- « tiques correspondant à ceux placés aux deux côtés de l'entrée du « Pont-Tournant, les quatre portiques sont destinés à être ornés de « sujets révolutionnaires en peinture et en sculpture. »

Ces portiques ne furent jamais exécutés; mais on voit que c’est à l'installation des Chevaux de Marly, que notre belle avenue des

Champs-Elysées doit sa largeur actuelle, car il fallut déplacer les lanternes, « rallonger les têtes du pont qui se trouve sur le fossé et « supprimer les murs qui les accompagnent. » (Arch. Nat., F. 13, 365.) — Cf. Raulet, F° 54, 75, 76, etc.

Les bornes furent également déplacées et reculées, et leur nombre augmenté. Le 13 pluviôse, l'architecte Lannoy annonça qu'il « a « profité de l'élargissement de l'entrée de la belle promenade des « Champs-Élysées pour laisser aux gens de pied deux larges trot- « toirs. » (Arch. Nat., F. 13, 875.) Cf. Raulet.

Le premier projet avait été de les faire transporter par eau, comme ils étaient venus à Paris. Plusieurs projets avaient été soumis notamment par Berceault et Hersent (qui demandaient 50 000 francs) et par un nommé Sandric de Bièvres qui Joignit à son projet un dessin d’échafaudage, qui se trouve aux Estampes.

Noury et le sculpteur Boizot furent chargés d'examiner la question et par un rapport lu à la séance du 3 brumaire an II (Arch. Nat., F., 17, 1263. Cote 110), recommandèrent un certain Pellagot, charpentier, demeurant, rue Basse-du-Rempart, n° 13, lequel présenta un devis, daté du 22 frimaire, s’élevant à 22 872 livres. (Arch. Nat., F. 17, 1293. Cote 113.) Le transport par eau devait avoir lieu par les soins d’un certain citoyen « Le Gros Père ». (Est-ce son nom ou un surnom?) Le citoyen Hersent, dénommé dans le document comme « Marbrier », devait être chargé de faire tous les « descellements des agraffes joints et boulons, etc. », et « poutrels factics » (probablement poutrelles factices).

Grobert, directeur de l’Arsenal de Meulan, à qui était probablement due la désignation de l’emplacement des chevaux, présente alors un devis de 9360 livres, et le 13 messidor, le Comité de Salut Public charge Grobert de cette opération.

C'était une grosse difficulté ; le poids considérable des groupes et leur extrême fragilité donnaient de sérieuses craintes, le public se passionnait pour cette question.

Grobert, dans son Ouvrage (voir plus loin), donnait le chiffre de 30000 livres pour chaque groupe (les blocs bruts pesaient 90 000 livres), mais M. Raulet a signalé que Grobert s'était trompé car l'ouvrage auquel se référait Grobert (Mémoires d'artillerie de Saint-Rémy), se rapporte aux chevaux de Coyzevox. Les Chevaux de Coustou étaient donc beaucoup plus lourds. Grobert fit construire à l'arsenal de Meulan, un chariot et des treuils spéciaux dont le détail,

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