‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 147 sur 186 · EMILE · texte numérisé non relu

EMILE

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orné de nombreuses planches gravées, se trouve dans un ouvrage édité par le Gouvernement en l'an IV, et dont un exemplaire annoté de la main même de Grobert, se trouve à la Bibliothèque Nationale (Description des travaux exécutés pour le déplacement, transport et élévation des groupes de Coustou. Imprimée et gravée par ordre du Gouvernement, présentée au directoire exécutif, par J.-J. Grobert, chef de brigade d'artillerie, imprimerie de la République, germinal, an IV).

Grobert rencontra quelques mauvaises volontés pour son transport. La lettre suivante en témoigne :

(Arch. Nat., Série C. 354, Dossier 18/6.)

À Paris, ce 15 Thermidor, l’an II de la République, etc., ete.

Le Directeur de l’Arsenal de Meulan, etc.

Aux représentants du peuple Fourcroy et Gasnet.

Citoien Représentant,

En exécution de l'arrêté des Représentants du Peuple... etc... je me dispose à transporter à Paris les grouppes de Coustou existant dans le Jardin National de Mari: Il est urgent que le transport de ce groupe s’effectue dans nul délai aux conditions suivantes :

1° Le grouppe est déjà monté sur son chariot et il est important de ne pas fatiguer inutilement l'équipage.

20 Le tems nécessaire à démonter l’échaffaud qui doit ètre apposé au second grouppe prolongerait cette opération dans la mauvaise saison ce qui nuirait à son succès.

L'arrêté des représentants Delacroix et Musset suffirait peut-être pour lever tous les obstacles que ce transport peut rencontrer. Mais comme il existe quelque conflit d'autorité entre la Municipalité de Bougival et l’Inspecteur de la Machine de Marly,

‘Je vous prie, citoyen Représentant, de vouloir bien me transmettre sous le plus court délai un arrêté contenant ces deux dispositions } .

Le citoyen Grobert... est autorisé à requérir l'inspecteur de la Machine de Marly afin de faire détacher et poser de suite les leviers de communication qui gènent le passage des grouppes... etc., etc. .

Les Représentants du Peuple auprès de l’École de Mars sont invités à laisser passer à travers le camp sur la grande route ordinaire les grouppes susdits, etc.,

Salut et fraternité.

GROBERT.

Nous n'entrerons pas dans le détail du transport des deux groupes, ni des frais qui furent importants, mais nous en donnerons une idée en mentionnant que Grobert employa pour chaque groupe, A5 chevaux, 17 charretiers, 2 conducteurs, 5 garde-forêts et 2 bri- . gadiers (Lettre adressée par Grobert aux administrateurs du Comité de travaux publics, en date du 27 thermidor an IT (14 août 1794), et non pas 10 chevaux pour les paliers et 15 pour les rampes, comme Grobert le mentionne complaisamment dans sa « Description ». Dans une lettre datée du 16 floréal an IV, écrite par Grobert au Ministre de l'Intérieur il dit que « les travaux relatifs au « déplacement, transport et élévation des groupes ont été payés sur «les dépenses de l’Arsenal de Meulan, et qu'ils ont coûté, du « 13 pluviôse an Il au 30 nivôse an IV, la somme de 163 104 livres. » (Lettre retrouvée par M. Raulet et mentionnée par lui, dans le Bulletin de la Sociéte du VIIF Art. Cf. Raulet, Ê 84.)

En outre des gravures, dans la « Description » de Grobert, il existe de ce transport une série de dix dessins aux Arts et Métiers (portefeuille de Vaucanson, salle 53, tiroir 35, 2° carton, n° 111, dossier 2), que M. Raulet a mentionnés la première fois dans sa notice; mais il dit qu'ils ne font pas double emploi avec les gravures de l'ouvrage de Grobert. Nous ne sommes pas de son avis; nous avons photographié ces dix dessins et, en les comparant avec les planches de Grobert, nous sommes certain que ce sont là les originaux qui ont servi au graveur pour l'établissement de ses planches. Nous remarquons que les gravures portent : « Grobert, inventeur ; Crussière, del., Sellier, secrétaire ».

Or, Crussière était secrétaire de l’Arsenal de Meulan. Je crois qu'il ne peut subsister ancun doute à cet égard et que voilà identifiés et dûment attribués les dix dessins signalés par M. Raulet.

Le premier groupe arriva à Paris, le 27 thermidor an II (14 août 1794), après n'avoir subi que des détériorations insignifiantes, « frottements sur la terrasse occasionnés par les cordages, « cassures au pied, au genou, au jarret, à la main, à la queue et à « la crinière du cheval ». (Cf. Raulet, Fo 79.) (Rapport des experts Auguste Hubert, architecte et Denis Antoine Chaudet (le sculpteur).

Quatre jours après, un « citoyen » (c'était un nommé Rossat, un des inspecteurs de la Promenade des Champs-Élysées à Paris) venait remettre à l’architecte Hubert en son domicile, « un morceau

de marbre provenant de la queue du cheval qu'il avait trouvé » sur l'herbe le long du fossé. (Arch. Nat., F. 13, 855.)

Le second groupe arriva à Paris, le 25 fructidor an IT (12 septembre 1794.) Une garde fut immédiatement établie auprès de lui : Voici une lettre de Grobert à ce sujet :

(Arch. Nat., Série CG. 554, Dossier 18/46.) A Paris, ce 26 Fructidor de l’an IL, etc., etc.

Le Directeur de l’Arsenal de Meulan, etc:

À la Commission des Monuments, Citoyens, Je vous préviens que je viens d’apporter à Paris, sur la Place de la Révolution, le second grouppe de Coustou existant jadis dans le Jardin National de Marli. Je

vous prie de vouloir bien donner les ordres nécessaires pour qu'il soit établi une garde sur le champ auprès du grouppe susdit.

Je vous remettrez incessamment une expédition du rapport des dommages qu'a reçus ce grouppe il ÿ a environ un an lorsque quelques soldats égarés . adressèrent une fusillade très vive. Ces dommages ne portent que sur la queue et la crinière et peuvent être facilement réparés. Les coups de balles qui ont porté sur les chaires ne les ont pas entamées, et il serait nécessaire de procurer promptement des bois aux ouvriers afin d'établir un chantier au-dessous du plateau qui supporte

le groupe et débarrasser l’équipage.

Salut et fraternité...

GROBERT.

P. S. Je fais transporter dans une petite caisse les quatorze morceaux formant les fragments de la crinière.

Ce second groupe fut déposé (et non installé) auprès du premier sur la Place de la Révolution où ils furent entourés d’une palissade et où ils restèrent un an veillés jour et nuit par une garde.

Voici une lettre à ce sujet

(Arch. Nat., CG. 354, Dossier 1846.) Paris, le 28 Thermidor à 4 heures.

Le citoyen Grobert prévient les citoyens Fourcroy et Granet, chargés des embellissements de Paris, qu'il vient d’amener de Marly un des Chevaux de Coustou, qu'il est sur la Place de la Révolution du côté du Cours qui longe la rivière ; il le prie de remarquer qu'il est exposé en restant à découvert sans garde, qu'il est assujeti. Qu'ils veuillent donner ordre à la Section sur laquelle 1l est, d'y mettre deux sentinelles ou tout autre mesure de sureté de ce genre.

Demain le citoyen Grobert fera faire une palissade autour, avec des ouvriers qu'il attend de Marly ce jour pour cet effet...

GROBERT,

Cette garde resta en attendant les piédestaux construits par les architectes Lannoy et Leloir, sur le modèle des Propylées de Menesclès, avec le concours de l'entrepreneur Margueron.

M. Raulet a également signalé au Musée Carnavalet (Bibliothèque) deux dessins originaux des piédestaux surmontés des statues, dessins approuvés par la Commission des Travaux Publics, 21 messidor an IIT; l’un de ces dessins porte la signature et l'approbation du président de la Commission, « Rondelet ».

Ce ne fut que le 25 fructidor an IIT que les Chevaux furent montés sur leurs piédestaux... avec l'effort de 8 hommes seulement et la vitesse de 11 pouces par minute », dit Grobert dans sa « Description » avec le treuil spécialement inventé par lui et décrit dans tous ses détails dans l'ouvrage.

Les piédestaux coûtèrent des sommes énormes. Le mémoire présenté pour l’un d'eux seulement, par Margueron, était de 314050 livres 16 sous 2 deniers (Arch. Nat., 13327/328). Un document des Archives Nationales (F. 13 875), mentionne que la dépense des piédestaux s'élevait déjà, à la date du 30 fructidor an [IT (16 septembre 1795) à 325 000 livres, et celui qui restait à faire était évalué à 445 000 livres, ce qui donne un total d'environ 770 000 livres.

Les travaux du mur de revêtement du fossé et du pont avaient coûté 1 070 932 livres 9 sous 6 deniers. (Arch. Nat., F. 13, 327/8),

les frais annexes étaient également considérables :

La réfection du pavé avait été payée . . . 6 164 liv. 17 sous

La charpente, sur un mémoire de OOBUTE He y avait été payée :°,.4.:23 1100, DONC PNROUE ER

Le terrassement»... Mu SCENE 8 516 liv. 26 sous

La serrurerie . . . D) 0 ir.

Le plomb pour she Fe REA PAL € À et 77" 4v000

La maçonnerie sous les voûtes entre les chèy aux. Xe 0700

Nous avons vu que le chariot et les dépenses à Meulan avaient été de 163 104 livres, sans compter les dépenses accessoires nécessitées par la garde des soldats en permanence préposés à la sécurité des groupes.

Nous arrivons ainsi à la somme globale fantastique de 2141333 livres 16 sous 6 deniers, répartie il est vrai sur plusieurs années.

Nous devons faire remarquer cependant que ces sommes sont comptées en assignats, dont la dépréciation était alors considérable et

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