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LES TROIS JOIES DE L'ICONOGRAPHE PARISIEN

un résultat certain avec quelque travail dans les livres et par des moyens méthodiques de fortune, ainsi que je l'ai prouvé dernièrement en identifiant une aquarelle du peintre Meunier, de la cotllection de M. Foulon : « l’Incendie des Menus-Plaisirs, en 1787 ».

Mais, s'il s’agit de la photographie, procédé essentiellement anonyme, qui ne comporte généralement ni nom d'auteur, ni indication de sujet, c'est une autre affaire : l’érudition purement théorique, à la portée de tous, ne peut suflire ; il en faut une autre, de qualité plus rare et plus personnelle, — celle d’un Bonnardot ou d'un Blondel, — faite d'une connaissance visuelle et approfondie de la topographie du Paris ancien et moderne, servie par une longue expérience et des dons naturels.

Le document photographique que nous reproduisons ici peut nous en fournir une modeste démonstration.

Qu'est-ce que ça peut bien être? Un aspect général de coin de banlieue qu'on va lotir; une agglomération en formation. La gare fraîchement bâtie, et son inséparable caboulot ; tel m'apparut Béconles-Bruyères 1l y a trente ans!

À première vue, ce n'est pas là précisément un site bien parisien |

Examinons de plus près :

Au premier plan, une rue, dont l'entretien laisse quelque peu à désirer, encombrée de gravois, aboutit à des terrains vagues, sorte de décharges publiques, d’où un chemin de traverse conduit à une gare isolée.

À gauche, deux piliers, surmontés, selon la mode du temps, de vases de fonte, encadrent la porte d'une pelite propriété de campagne; deux pans coupés indiquent l'entrée d’une rue, où se balance un réverbère de forme archaïque, au bout d’une potence d’aspect très primitif.

A droite, se dessine le tournant d’une autre rue, où l’on ht sur un écriteau : « Rue interdite aux voitures non suspendues » ; nous sommes donc sur des voies privées. Dans un Jardin, entouré de murs délabrés, qui en forment l’encoignure, une grande pancarte : « Terrains à vendre »; au fond une maison de construction légère et peu élégante, sans comble; la hampe d’un drapeau, à la cheminée, indique qu'elle vient d’être achevée.

Au second plan. deux routes nouvellement remblayées, l’une, droite; l’autre, contournant la courbe d’une tranchée profonde de voie

ferrée, se croisent près d’une gare, où aboutit un chemin de traverse qui s'éloigne dans la plaine. |

À l'horizon, dans le vague de la photographie, se profilent des maisons, des arbres, des murs, des cheminées d'usines, mais sans indications précises; — pas le moindre clocher!

Et l'œil, à travers la loupe, se fixe sur la gare avec le suprême espoir d'y découvrir le nom de la station. Au-dessus de la marquise et de l'horloge, une inscription? On ne peut y lire, avec beaucoup de peine, que : « Chemin de fer!!... »

Mais, si Je suis à Paris, cette gare par sa forme, son architecture, c'est le modèle bien connu des gares du chemin de fer d’Auteuil, et par son orientation : Batignolles, Courcelles ou Neuilly. Mais, à Batignolles où à Neuilly, la voie est droite; cette courbe bien caractéristique n'existe qu'à Courcelles.

Alors, cette gare toute neuve? Ce serait la gare de Courcelles; cet emplacement nu et désert? la Place Pereire!…

Et, l’on a besoin de se frotter les yeux fatigués par une longue attention, pour être persuadé qu'on n’est pas victime d'une hallucination iconographique !

Vite, par le métro Gambetta-Champerret. descendons place Pereire, en face de la gare. La photo en mains, comparons : c'est bien la même gare dont on a agrandi légèrement les deux ailes d'une fenêtre; c’est bien la même courbe de la voie ferrée; mais des deux côtés, la plaine est convertie en immeubles de rapport.

Retournons-nous du côté où la photo a été prise : encore des immeubles; contournons-les par la rue Guillaume-Tell, cette voie encore paisible, avec ses petits hôtels, et quelques maisons à cinq étages de construction récente.

Mais, qui donc, là-bas, vers le milieu de la rue, me fait des signes d'intelligence? Voyons, est-ce bien vous, mes deux piliers? Dans quel état je vous retrouve! Enfin! je suis bien content tout de même | i

Pauvres piliers, seuls, délaissés, délabrés. L'un d'eux n’a plus l’ornement de son vase de fonte. Cachés sous une toiture, ils ne servent plus d'entrée qu’à... un hangar, abritant le jardin disparu! Et ils ne sont plus éclairés que par un bec de gaz!!!

Et vos anciens voisins, que sont-ils devenus?

Et j'erre, à leur recherche, en face, à droite. Dans la rue Rennequin, j'entre au n° 70, où, dans la cour, se dresse encore la mai-

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