‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 153 sur 186 · ANNAS AT ATINA SADNVIAN · texte numérisé non relu

ANNAS AT ATINA SADNVIAN

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LES TROIS JOIES DE L’ICONOGRAPHE PARISIEN. »o1

son au drapeau, qui, encaissée dans de hauts immeubles, fait une triste figure.

La maison de la rue Guillaume-Tell n° 19, d’où a été prise la photo, existe toujours appuyée contre le pignon de l'hôtel du grand artiste Albert Besnard, et je m'imagine son propriétaire d'alors, assez cossu pour avoir le luxe d’un appareil, prenant « la belle vue qu'il avait de chez lui » pour l'envoyer à sa famille de Paris, afin de lui montrer qu'il était « maintenant » près de la gare, et qu'il « entendait passer les trains, et apercevait la fumée des locomo-

tives ».

Mais, aujourd'hui, pour pouvoir en faire autant, il faudrait voir à travers un pâté de maisons... le mieux est de retourner sur la place. |

Une chose m'intrigue : sur la photo, la gare est en bordure d’une rue, celle de Courcelles, et réellement, elle est à cinquante mètres en arrière |

J'en étais là de mes réflexions, quand j'avisai une librairie de la place Pereire pour acheter les cartes postales du quartier. Mon choix fait, la conversation s’engagea avec la marchande, une brave femme qui était installée là depuis quarante ans, et qui avait vu bâtir tout le quartier, sauf les immeubles de la place, construits avant la guerre (de 1870) sur un même plan, « mais, ajouta-t-elle, la gare n’était pas primitivement où vous la voyez; mon oncle, qui en a été le premier chef, m'a toujours dit qu'elle avait été reculée lors de la construction de la place, et qu'elle occupait alors l'emplacement du parterre d'en face. Quant à la gare, J'ai assisté à son agrandissement pour l’Exposition de 1889 ».

Depuis, notre collègue, E. Mareuse, à qui j'ai montré la photo, m'a dit se rappeler avoir vu, étant enfant, dans l'automne de 1860, les deux gares, l’une derrière l’autre.

Tout était donc éclairei!

Comme l'ouverture à l'exploitation du chemin de fer d'Auteuil est du 2 mai 1854, nous pouvons donc fixer approximativement la date de cette photo à quelque temps après, soit en 1855.

Jusqu'à cette époque, la plaine Monceau n’a pas d'histoire.

C'est, d’après les plans antérieurs, une plaine de culture, aux lieux dits «les Cultures Sainte-Catherine », « les Longues Raies », « les Fossettes », « les Couronnes », avec, au centre, un îlot boisé. « la Remise des Couronnes ».

29% VICTOR BERROT.

Une longue voie droite la traverse du nord au sud : le chemin du faubourg du Roule au village de Courcelles qui croise près des Ternes un sentier à travers champs, allant du village de Monceau à celui de Villiers.

Le plan de ces quartiers, tiré de l'Atlas départemental de Lefèvre. dressé vers 1858, va nous donner l'explication topographique de cette photo qui n’est, en somme, que le relief de ce plan.

La photo est prise sur les Ternes, du premier étage d'une maison, aujourd'hui n° 19, de la rue Louvain (rue Guillaume-Tell), au carrefour formé à gauche par la rue de la Fontaine-des-Ternes (rue d'Héliopolis), et à droite, par la rue Lombard (rue Rennequin).

Au bout de la rue Louvain, qui se prolonge par un chemin dans les champs (avenue. de Villiers), passe la rue de Courcelles que traverse le boulevard Pereire. La gare est construite en bordure sur le lieu dit la « Fontaine des Ternes », où vient aboutir le chemin de Monceau à Villiers (aujourd'hui rue Ampère), qui serpente dans la plaine.

Au second plan, se profilent les arbres et les maisons qui bordent la route d’Asnières (rue de Tocqueville); enfin, dans le lointain, on aperçoit dans le vague les ateliers de construction du chemin de fer de Rouen.

Tel est, très brièvement et très incomplètement, l'essai d’interprétation animée de ce document précis, mais froid, parce que sans vie, sans mouvement.

Par l'intérêt que cette photo prend à nos yeux, à soixante ans de distance, nous pouvons envisager quelle sera l'importance de ce procédé perfectionné : « le cinématographe », dans soixante ans!

: Et, je saisis encore cette occasion pour attirer de nouveau l'attention des Sociétés historiques de Paris et des Pouvoirs publics sur la nécessité de conserver précieusement les films actuels, ces « incunables de cette nouvelle écriture idéographique universelle »; car, au propre comme au figuré, la photo est au cinéma ce que les caractères, la page d'imprimerie, sont à la machine rotative, au livre composé.

Et Je songe avec tristesse que ce fut là l’un des sujets de ma dernière conversation avec Émile Le Senne, fin mai 1914...

I était venu me voir, très heureux de m'’annoncer que, pour rester à Paris. il avait accepté définitivement une situation momentanément modeste de préférence à une autre plus lucrative et plus

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