‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 155 sur 186 · LE MARCHAND DE BOIS BIBLIOPHILE · texte numérisé non relu

LE MARCHAND DE BOIS BIBLIOPHILE

possèdent les Fables ne souscrivent certainement pas aux critiques acerbes formulées par les contemporains.

La Collection sur l'Imprimerie et la Librairie formée par Anisson, et conservée au Cabinet des Manuscrits de la Bibliothèque Nationale (Nouv. acq. fr. 3345), contient de nombreuses pièces concernant Montenault et les traverses que subit son entreprise.

Voici d’abord le prospectus imprimé: il prévoyait ainsi la publication des quatre volumes : le premier paraîtra au commencement de février 1755, le second au mois d'août suivant, le troisième au mois de mars 1756, et le quatrième et dernier au mois d'octobre de la même année. Les prix sont ensuite énoncés : papier ordinaire, 216 livres; grand papier, 252 livres; très grand papier : 288 livres. On y apprend enfin que les planches étaient imprimées au propre domicile de l'éditeur : « Les amateurs peuvent s'adresser chez M. de Montenault, rue Sainte-Anne, à Paris, vis-à-vis le Charon du Roi, où l’on tire toutes les planches. »

Puis on trouve dans le recueil une note non datée, mais qu'il faut placer à l’année 1757, adressée par l’éditeur dans l'embarras à M. de Malesherbes, directeur de la Librairie. Deux volumes sont parus, le troisième est prêt à paraître, une partie du quatrième est entre les mains des artistes, mais le débit ne va pas, les curieux et les bibliothèques attendent l’apparition du dernier pour souscrire, la vente n'a pas produit plus de 50000 livres et les débours se montent à plus de 220000 : « Cette disposition critique met la fortune de l'éditeur dans un péril d'autant plus cruel, qu'il a épuisé toutes ses ressources pour porter cet ouvrage au point où 1l est parvenu. » Et Montenault d'exposer divers expédients propres à le tirer d'affaire : souscription par le Roi d'un certain nombre d'exemplaires, 200 par exemple; proposition d'achat pour le Cabinet ou la Bibliothèque des dessins originaux d’Oudry qu'il abandonnerait pour 25 ou 30000 livres; un prêt consenti par le Roi; ou encore un emprunt fait directement auprès des amateurs.

Dans une seconde note, datée de 1558, tout au début de l’année, Montenault déclare que trois volumes sont parus et que le quatrième est aux trois quarts terminé : « Mais c’est icy où l'éditeur serait enfin arrivé à la fin de ses ressources et de ses facultés, 1l à mis. dans cette entreprise plus de 100000 écus de fonds, il a tout épuisé et se trouve réduit enfin dans une situation qui ne lui permet ni de discontinuer, ni d'atteindre à la fin de cette édition. Îl ne

lui reste donc que l'espérance de quelques secours extraordinaires de la part du Roy, ou de quelque citoyen recommandable, qui veuille bien l’ayder à consommer un ouvrage presque fini, qui fait autant d'honneur à la nation qu'aux arts et aux lettres. »

Tout à coup intervient dans l'affaire un personnage complètement inattendu, un véritable rôle de comédie : il se nomme Miger et exerce à Paris la profession de marchand de bois. Pour sauver la situation il propose une solution étrange, invraisemblable. C'est Montenault lui-même, évidemment d'accord avec ce « citoyen recommandable », qui transcrit son mémoire et l’adresse à M. de

Malesherbes, à la date du 13 février 1758.

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